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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

C’est quoi, un humaniste européen ?

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 02 juin 2017

La liberté d’expression s’allie à l’humour sur un mur de Wroclaw en Pologne. Photo © Gabrielle Lefèvre

Il y a eu les Lumières au XVIIIe siècle et à présent quantité de loupiotes s’allument un peu partout en Europe, souvent sous forme de clignotants rouges, avertisseurs utiles pour nos autorités européennes et nationales en cas de dérives menaçant nos libertés.

L’assemblée générale de la Fédération Humaniste Européenne, le 19 mai à Wroclaw en Pologne a été l’occasion de rencontrer un panel intéressant d’humanistes italiens, espagnols, maltais, grecs, français, belges (fr et nl), hollandais, allemands, britanniques, écossais, irlandais, autrichiens, roumains, polonais, norvégiens, suédois, finlandais, danois, slovaques et russes… Plus de 60 organisations humanistes d’une vingtaine de pays européens. La grande Europe, en fait, celle que les Lumières tentaient d’illuminer.  

A travers leurs diverses associations, ces humanistes pratiquent l’éducation permanente aux valeurs de la laïcité à savoir la séparation de l’église et de l’Etat, défendre la liberté de croyances et de non  croyance, la liberté d’expression. Ils entendent bien, promouvoir la non-discrimination de genre, d’ethnie, de nationalité, de religion, de croyance, d’handicaps, d’âge, d’orientation sexuelle. Ils apportent l’assistance morale aux personnes en souffrance face à un deuil, à l’emprisonnement, à l’avortement, à l’euthanasie, à des doutes philosophiques, à des renoncements religieux… Bref, dépasser l’obscurantisme et promouvoir les connaissances et la raison, comme au XVIIIe s.

Le chantier est vaste, ainsi que le rappelait Pierre Galand pour sa dernière présidence de l’AG de la FHE : le projet européen est en danger, d’abord à cause du Brexit mais surtout à cause de la marée populiste dans certains pays européens, une émergence accentuée par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Nos valeurs les plus chères sont menacées : la solidarité avec les plus vulnérables, les droits des minorités, l’intégrité du corps des femmes, la justice sociale, etc.

Le deuxième gros problème est l’importance du religieux dans la conduite de la politique européenne : le 24 mars 2017, les chefs d’Etats et de gouvernements européens, réunis pour discuter du futur de l’Europe, ont posé dans la Chapelle Sixtine avec le Pape François après une audience au Vatican. Comme s’ils cherchaient une bénédiction catholique pour l’Europe au lieu d’affirmer la laïcité qui permet de répondre aux attentes de tous. Le poids de l’église catholique est particulièrement visible dans les pays les plus extrémistes de droite comme la Hongrie, la Pologne mais il croise aussi le repli identitaire de mouvements populistes comme en France, en Allemagne, aux Pays-Bas. Peur de l’immigration peur de l’islam radical, injustices sociales, mondialisation ravageuse pour la masse des peuples : le cocktail est détonnant et les instances européennes ne se réveillent que trop tard.

Face à l’ampleur de la déliquescence de l’idéal européen, les associations humanistes tentent vaille que vaille d’épauler les mouvements sociaux et citoyens en informant les citoyens, en interpellant les pouvoirs publics, en diffusant des outils d’éducation permanente : une tâche qui prend du temps face à l’urgence politique et sociale mais essentielle pour alimenter le débat démocratique.  

Informer, dénoncer, lutter contre le politiquement correct, défendre la liberté d’expression, défendre les droits des minorités, retourner aux règles européennes (la Charte européenne des droits de l’Homme notamment) et des Nations Unies : tel est le cap tracé pour les humanistes européens. Pour cela, ils devront travailler sur les politiques opaques de nombre de gouvernements nationaux qui prennent des décisions difficiles pour les populations, en conseils européens, portes closes et viennent ensuite devant leurs propres parlements accuser l’Europe. Parce que leurs origines sont diverses, ils devront intégrer les cultures, les religions et surtout les valeurs partagées, celui des droits humains.  

http://humanistfederation.eu/

Lire : Une révolution des esprits

« Les Lumières radicales sont le système d’idées qui, historiquement, a principalement façonné les valeurs sociales et culturelles les plus fondamentales du monde occidental à l’époque postchrétienne. (…) Mais cette manière de penser est également devenue – dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique et dans la Russie contemporaine notamment – la principale source d’espoir et d’inspiration pour tous les humanistes assaillis et harcelés, pour tous les défenseurs de l’égalité et des droits de l’homme qui, contre des forces bien souvent écrasantes, luttent héroïquement pour les libertés humaines fondamentales et pour la dignité, y compris des femmes, des minorités, des homosexuels et des apostats, face à la résurgence de toutes les formes de bigoterie, d’oppression et de préjugés qui, dans une grande partie du monde actuel, paraissent étendre inexorablement leur empire. »

Jonathan Israel. « Une révolution des esprits ». Ed. Agone.

 

 

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