semaine 46

Ce 17 octobre : rendre visible la pauvrophobie

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 15 octobre 2018

Les résultats des votes lors des élections communales et provinciales de ce 14 octobre sont un appel net à plus de politiques sociales, à plus de lutte contre les inégalités et ce dans un monde où la nature, notre capital vital et partagé par tous, doit être préservé d’urgence. C’était l’objet de notre précédent article : « Climat, l’indignation en marche ». Les citoyens belges, principalement francophones, partagent manifestement ces revendications.

Ce 17 octobre sera la journée que le monde consacre à la lutte contre la pauvreté et au refus de la misère. Comme l’an dernier, diverses associations tracent un parcours dans les rues de Bruxelles, afin de « rendre visible l’invisible » et rencontrer les nouveaux élus.

L’invisible c’est la « pauvrophobie », « un terme qu’ATD Quart Monde souhaite inscrire dans le vocabulaire social et politique pour nommer le rejet du pauvre ainsi que la peur, voire la haine, que la pauvreté inspire. C’est une notion dont s’est également emparé Le Forum-Bruxelles contre les inégalités pour lancer la campagne de sensibilisation multimédia – pauvrophobie.be – dès le mois de septembre. », lit-on sur le site  https://1710.be/. Ajoutons à ces organisateurs la Fédération des Services Sociaux et de nombreuses associations et organismes actifs à Bruxelles. Le tout se fait en coordination avec le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, un des pionniers de ces journées. Sur leur site, vous trouverez les activités programmées ce jour-là à Namur.

L’opinion publique est en effet traversée de clichés et de lieux communs qui ne correspondent pas à la réalité. Ils se retrouvent cependant dans certaines politiques mises en place au niveau fédéral, régional et local. Le 17 octobre 2018, les organisateurs de cette marche appellent les partis qui négocient les prochaines majorités à les rejoindre dans l’une des « 19 communes éphémères » disséminées sur le parcours de la marche.

« Ces « maisons communes temporaires » seront nichées dans des associations sociales ou des lieux culturels mais seront aussi abritées, à l’extérieur, sous des tonnelles, des tentes, voire des minibus. Elles seront réparties sur un parcours en boucle de douze kilomètres, que chacun pourra emprunter à sa guise entre 11 et 17 heures. », précisent les organisateurs.

Les élus rencontreront ainsi « des citoyens engagés et des membres d’associations de services sociaux qui auront dressé, commune par commune, le tableau des mesures politiques problématiques et créatrices de pauvrophobie, mais aussi des décisions positives qui prennent en compte la situation des personnes vivant la pauvreté. »

Un bel exemple de démocratie participative !

http://entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/climat-l%E2%80%99indignation-en-marche

 

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Commentaires

Portrait de Marc Sinnaeve
Est-ce la "haine" des pauvres, qu'il faut combattre en priorité, comme s'il s'agissait de lutter contre un nouveau type de discrimination visant une "nouvelle" minorité à défendre (MAD)? Ou faut-il se concentrer avant tout sur la lutte contre la pauvreté elle-même, c'est-à=dire pointer et dénoncer les processus d'appauvrissement, ainsi que les logiques et mécanismes du tout-au-marché et des réformes politiques antisociales? Le premier combat est avant tout d'ordre symbolique, moral et sociétal. En cherchant à faire disparaitre le rejet des pauvres en montrant leur réalité sans préjugés, il entend d'abord faire "respecter" les pauvres. Ce qui en racine ceux-ci dans un statut... respectable mais inchangé, comme l'a fort justement Daniel Zamora (ULB). "Les pauvres sont des personnes, des citoyens comme les autres", donc... Non, justement: c'est ici que la démonstration est trop courte. Car, en étant privés des moyens matériels de l'accès plein et entier aux droits fondamentaux, les pauvres ne subissent pas une discrimination: ils ne sont pas victimes d'un non-accès aux droits en raison de ce qu'ils sont (comme les minorités sexuelles, culturelles, ethniques, religieuses...), mais en raison de ce qu'ils ont: trop peu. Le second combat est d'ordre politique et social. L'objectif est différent. Il vise à rejeter non le mépris de la pauvreté et des pauvres, mais les formes contemporaines d'exploitation qui génèrent appauvrissement et pauvreté durable. Demandons-nous pourquoi, dans cette société de la communication, le concept de "pauvrophobie" parvient à faire le "buzz" sur les très modernes réseaux sociaux et dans les médias traditionnels, alors que celui de lutte sociale, a fortiori syndicale, y est plus méprisé que les pauvres eux-mêmes....

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