semaine 38

La Grèce écrasée par le néolibéralisme USA-Europe

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 12 juillet 2019

La droite extrême triomphe en Grèce. Photo : @ Kyriakos Mitsotakis, le président de la Nouvelle Démocratie / Facebook

Au lendemain des élections qui, le 7 juillet 2019 en Grèce ont vu la défaite du parti Syriza et la victoire du parti libéral « Nouvelle démocratie », une déclaration de Geoffrey Pyatt, ambassadeur étatsunien en Grèce salue « l'excellent travail effectué par Syriza sera poursuivi par la Nouvelle démocratie ». Il s’agit bien d’un commentaire qui tue ! Il poursuit : « Je suis confiant que la Nouvelle Démocratie maintiendra sa politique de défense des intérêts américains, comme ce fut le cas avec le gouvernement Syriza ».

Bien au fait de l’actualité politique grecque, Fotoula Ioannidis Tsironi commente sur son site Facebook le point fait par l’ambassadeur sur les relations gréco-turques et la logique de cogestion de la mer Égée, sous la supervision des États-Unis. Il s’y montre très satisfait de l'octroi de droits d'exploration et d'exploitation sur les hydrocarbures en Crète, faisant référence à un « grand pas en avant ». Il réitère le rôle particulier consacré aux États-Unis dans le nord de la Grèce en matière d’énergie, en déclarant que « la Grèce du Nord est au cœur de ce processus avec le pipeline TAP, de l’IGB qui débute actuellement, des progrès de FSRU (comme le stockage flottant de gaz naturel liquéfié à Alexandroupolis et l’infrastructure d’interconnexion énergétique entre Thessalonique et la Macédoine du Nord ».

Il note que les relations entre la Grèce et les États-Unis sont « stables à 100% », notamment en raison de l'accord de l'Otan concernant Prespa (la Macédoine du  Nord dans l’OTAN) et il évoque la « vision que les États-Unis défendent faisant de Thessalonique un carrefour régional, une porte d'entrée et en particulier, le rôle joué par la Macédoine grecque en tant que partenaire pour aider la Macédoine du Nord à faire avancer les réformes européennes et à consolider sa position dans la famille euro-atlantique, dans les institutions euro-atlantiques, à commencer par l'OTAN. »

Donc, pour l’ambassadeur, « la Grèce du Nord est en train de devenir le carrefour essentiel de la sécurité et de la diversification énergétiques, un espace d'investissements à long terme » (déclaration publiée par Atexos, 3/7/2019).
Le pays représente donc un enjeu majeur pour les Etats-Unis qui veulent maîtriser les approvisionnements en énergies fossiles dans tout le Moyen Orient (voir sa « guerre » actuelle contre l’Iran), contrer les flux de gaz naturel russe approvisionnant largement nombre de pays européens et forcer l’Europe à acheter le gaz de schiste américain dont le coût écologique est incommensurable !

La Grèce a été prise dans un étau d’intérêts géostratégiques énormes et l’Union européenne n’a pas voulu défendre la tentative du parti de gauche Syriza et de son leader Alexis Tsipras de sauver l’économie du pays sans faire souffrir sa population. Elle lui a imposé un programme d’ajustement structurel drastique. On a bien vu ce qu’il en est advenu : des fleurons économiques du pays, comme le port du Pirée, ont été vendus à des entreprises étrangères, obligation de remboursement de la dette énorme du pays, dette d’ailleurs provoquée par les gouvernements de droite précédents (Nouvelle Démocratie) et socialiste (PASOK) , achats d’armes et de matériel militaire pour rencontrer les impératifs de l’OTAN, ponctions fiscales sur les couches moyennes de la population tout en épargnant les plus riches comme la puissante église orthodoxe grecque (qui a d’ailleurs appelé les électeurs à voter pour la droite) ou les armateurs qui éludent l’impôt et cachent leurs immenses bénéfices à l’étranger…

Résultat : une catastrophe économique pour les Grecs soumis à une « orthodoxie » budgétaire drastique et qui ont perdu une grande part de leur pouvoir d’achat. Mais le système bancaire européen a bien profité du remboursement des prêts qui avaient été accordés. Aucun cadeau n’a été fait à ce peuple qui souffrait des profondes corruptions des gouvernants de droite et d’extrême-droite et qui n’avait jamais reçu de la part de l’Allemagne la moindre réparation des énormes dommages de guerre causés pendant la dernière guerre mondiale.

Sachant cela, on peut mesurer l’hypocrisie des messages envoyés par nos plus hautes instances européennes au lendemain des élections : le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a félicité le dirigeant de la droite conservatrice grecque Kyriakos Mitsotakis pour sa « nette victoire » aux législatives et lui a rappelé qu’il restait « beaucoup à faire » pour redresser son pays. « L’un des grands efforts et l’une des réalisations dont je suis fier de la Commission européenne que j’ai eu l’honneur de présider ont été d’aider la Grèce à tourner la page de la crise et à se créer un avenir. La Grèce occupe aujourd’hui la place qui lui revient au cœur de l’Europe et de l’euro. Beaucoup a été fait, mais il reste encore beaucoup à faire », a-t-il conclu.
Le commissaire aux affaires économiques Pierre Moscovici a également adressé ses félicitations à Kyriakos Mitsotakis. « Merci à @tsipras_eu qui a beaucoup fait pour son pays et pour l’Europe, félicitations et bon courage à @kmitsotakis pour continuer à redresser l’économie grecque. La @EU_Commission sera toujours aux côtés du peuple grec ».

Le peuple grec semble écrasé par la situation car les précédentes élections législatives anticipées (demandées par Tsipras lui-même) montrent un taux d’abstention qui s'élève à 42% avec plus de 103.678 votes blancs ou nuls.  Les libéraux (droite extrême) du parti de la Nouvelle Démocratie ont gagné 39,7% des voix, obtenant 158 sièges au parlement, et donc une majorité confortable. Le nouveau gouvernement est dirigé par Kyriakos Mitsotakis, « le gamin incompétent et inexpérimenté de la dynastie des Mitsotakis au pouvoir en Grèce depuis des générations », écrit Fotoula Ioannidis. Elle souligne que « la Nouvelle démocratie est à l'origine de la terrible crise économique en Grèce, avec le parti socialiste Pasok, devenu aujourd'hui Kinal qui obtient 8% et 22 sièges ». « Avec le retour de la Nouvelle démocratie c'est tout un système de clans, dynastie, corruptions, fraudes, clientélisme, régionalismes, enfumage, magouilles mais toujours au service de la bourgeoise grecque, du patronat, des riches armateurs grecs, des banques, des entreprises locales et des multinationales sans oublier pour sauvegarder les intérêts de l'UE, Otan et des USA. »

Syriza a perdu presqu'un million d'électeur-trices qui se sont tourné-e-s vers la droite, Syriza qui est le nouveau visage de la social-démocratie n'obtient que 31,55% avec 86 sièges. Quant au KKE - Parti Communiste de Grèce – il s'est maintenu avec 5,36% des voix et 15 sièges au parlement.

Le parti néonazi Aube dorée est laminé. Avec 2,9% des voix, il n'obtient aucun siège au parlement. Laos l'autre parti fasciste, proche de Nouvelle Démocratie, ne s'est même pas présenté aux élections. Par contre, explique Fotoula Ioannidis, « un troisième parti fasciste, raciste, hyper chauvin et intégriste religieux orthodoxe "Elliniki lisi" (Solution grecque) obtient 3,7% et 9 sièges, alors qu'il a été créé il y a 2 ans seulement! » La chroniqueuse note qu’une « large majorité d'électeurs-trices de ces partis fachos ont préféré voter pour le parti Nouvelle démocratie qui a ainsi récupéré ces votes mais aussi leurs slogans racistes et de droite extrême! »

Ainsi, le nouveau gouvernement qui vient d’être mis en place comporte deux anciens cadres d’extrême droite, membres du cabinet de M. Mitsotakis lorsqu’il était dans l’opposition. Adonis Georgiadis, 46 ans, prend en charge le portefeuille du Développement et de l’Investissement. Ex-membre du parti d’extrême droite LAOS, il avait dû faire des excuses publiques en 2017 pour avoir fait la publicité d’un ouvrage antisémite dont il affirmait que c’était son « livre préféré ». Makis Voridis, ancien membre de LAOS, qui a dirigé une organisation de la jeunesse nostalgique de la dictature militaire en Grèce (1967-1974), a été nommé ministre de l’Agriculture.

Une des premières mesures de ce gouvernement est de placer la chaîne publique ERT sous la tutelle directe du Premier ministre…

Ce 8 juillet, le nouveau chef du gouvernement a prêté serment sur la Bible comme le veut la tradition grecque, qui ne reconnaît pas de séparation entre l’Eglise et l’Etat. Alexis Tsipras, lui, avait inauguré le serment civil après son élection en 2015.

Ainsi, une pestilence brune se développe en Europe, encouragée par les politiques néolibérales à savoir les plus inégalitaires de l’Europe et des Etats-Unis.

https://www.lemonde.fr/europe/article/2016/04/08/le-port-grec-du-piree-integralement-vendu-a-un-armateur-chinois

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/08/grece-kyriakos-mitsotakis-investi-premier-ministre

Lire aussi:

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_dette-grecque-alexis-tsipras-aurait-il-pu-agir-differemment?id=10269401

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Commentaires

Portrait de Hélène Herting
Quand la gauche gouverne comme la droite, les hemos "préfèrent traiter directement avec le patron qu'avec ses représentants". Je l:si entendí en diferentes langues dans différents pays. Se retirer de l'Europe comme le voulait Varoufakis aurait probablement eu des effets graves pour l'Europe mais aurait peut être coûté moins cher au peuple grec à la fin du tunnel. Tsipras et Syrisa ont payé le prix fort... ou plutôt c'est le peuple grec Qui l'a payé. En Amérique latine, c'est l'oscillation éternelle del'Argentine: quand le pays obéit aux règles internacionales, le peuple rápidamente tombe dans la misère, et quand la victoire revient aux "désobéissants" peu à peu le niveau de vie s'améliore...

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