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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Le pou, la poule, l’œuf et l’abeille

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 08 août 2017

Histoire de poules traitées sans pesticide : http://bellescocottes.canalblog.com/archives/2014/10/27/30846081.html

Des centaines de milliers de poules sont sacrifiées aux Pays-Bas sur l’autel de la rentabilité économique des élevages industriels. En cause : le traitement préventif du pou rouge qui colonise les poules. Ces petits acariens vampires sucent la bête et l’épuisent ce qui réduit sa rentabilité de pondeuse. Donc, dans certains élevages hollandais, on a traité la poule au Fipronil, un puissant insecticide utilisé pour éradiquer les acariens mais aussi pour traiter des semences, notamment celles du maïs. Du coup, des millions d’œufs ont été contaminés et doivent être retirés des circuits de la consommation en Europe. Les industriels de l’œuf subissant un grave manque à gagner et doivent donc sacrifier leurs poules puisqu’ils n’ont plus d’argent pour les nourrir… Tristement absurde.

La substance principale du Fipronil, le phénylpyrazole, est sinistrement connue comme étant une des responsables de la mortalité des abeilles et son usage a été – enfin - interdit en 2013 par la Commission européenne pour le traitement des semences. Elle est aussi interdite dans le cas d’animaux destinés à la consommation humaine.

Pour les Français qui s’affolent ces jours-ci de la possible dissémination chez eux d’œufs contaminés et  produits aux Pays-Bas, rappelons que le phénylpyrazole a été créé par la firme française Rhône-Poulenc en 1987, qu’il a été vendu à Aventis puis à Bayer et ensuite à BASF. Là, il porte le nom de Regent, à la base du scandale de la mort des abeilles domestiques et autres pollinisatrices dans nos pays et dans le monde entier.

Ce produit se trouve aussi dans nombre de ménages puisqu’on l’utilise contre les puces, les tiques, les cafards, les moustiques…

En 2005, des chercheurs démontrent les effets nocifs de cette substance sur les abeilles et la même année, l’agence française pour la sécurité des aliments affirme qu’elle est sans danger pour l’homme. On n’interdit pas cette substance, alors que les analyses démontrent qu’elle reste très longtemps active, dispersée dans la nature, soit lors du traitement des semences, soit lors du combat contre les termites. Il a fallu le long combat des défenseurs des abeilles, suite à la menace majeure que leur disparition pose à l’agriculture et donc à l’alimentation de tous, pour qu’en 2013, l’Europe se décide à partiellement interdire l’usage de ce poison. C’est que la pression des multinationales de l’agrochimie, de la pharmacie et des industriels de l’agriculture est puissante auprès des fonctionnaires et parlementaires européens. Les intérêts financiers sont gigantesques. Le souci de préserver la santé humaines et la survie des espèces animales, même les plus vitales comme les abeilles, pèsent trop peu face à cela.

Selon Le Monde et AFP du 7 août, « Une enquête pénale a été ouverte aux Pays-Bas et en Belgique pour déterminer les responsables de cette utilisation frauduleuse du Fipronil. Dans le collimateur des enquêteurs, la société spécialisée dans la désinfection d’élevages ChickFriend (hollandaise NDLR), et son fournisseur belge Poultry-Vision, selon les médias. » Selon le journal La Croix paru le 6 août, « Le produit antiacariens Dega-16, composé d’huile d’eucalyptus et de menthol, avait été mélangé avec du fipronil, un pesticide prohibé dans le traitement des animaux destinés à la chaîne alimentaire. Chickfriend s’était approvisionné chez un distributeur belge, Poultry-Vision, qui aurait fait lui-même le mélange, à partir de fipronil acquis en Roumanie… L’avocat de Poultry-Vision a rejeté toute responsabilité en soulignant que l’entreprise avait « correctement informé les acheteurs de ce produit».

Alors que l’interdiction du Fipronil était connue, ces sociétés ont utilisé cet insecticide qui a contaminé les poules qui ont contaminé les œufs que nous mangeons. On nous assure bien que les doses sont minimes et peu dangereuses pour l’humain. Mais cet insecticide, ajouté à beaucoup d’autres utilisés dans notre alimentation, chacun en doses inoffensives, nous assure-t-on, donnent tout de même un cocktail effrayant parce qu’inconnu.

Le scandale politique, aux Pays-Bas comme en Belgique, tourne autour de la responsabilité des agences de sécurité alimentaire et sanitaires qui surveillent ces pratiques et sont censées contrôler le respect des interdictions. En Belgique, l’AFSCA a constaté le problème depuis juin mais n’a rien empêché… pour protéger le secret de l’instruction judiciaire… De quoi faire bondir les écologistes et les autres partisans du principe de précaution qui veulent une interdiction immédiate de la commercialisation des œufs contaminés. Responsable de ce secteur et donc de cette agence : le ministre fédéral de l’Agriculture était M. Willy Borsu, devenu ministre-président wallon et remplacé depuis par Daniel Ducarme, tous deux libéraux. Responsable de notre santé : la ministre Maggie De Block, Open VLD. Le débat devrait avoir lieu à la Chambre lors d’une réunion extraordinaire de la commission Economie et Agriculture présidée par le socialiste Jean-Marc Delizée. Il y aura sans nul doute de l’ambiance, vu les visions idéologiques diamétralement opposées : celle des protecteurs des grandes entreprises de l’agro-industrie et celle des protecteurs de la nature et de notre santé. Un vrai débat de société, donc.

L’affaire démontre une fois de plus l’absurdité d’un système économique et alimentaire mondialisé, industrialisé à outrance, qui épuise et empoisonne les ressources de la nature pour le plus grand profit financier de quelques-uns.

Bel été quand même !

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