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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Le Prix Sakharov : quelle liberté de l’esprit ?

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 27 octobre 2017

Lolita demande que l’Union européenne envoie une délégation dans les territoires mayas. Photo © justassociates.org

Le « prix Sakharov pour la liberté de l'esprit », décerné depuis 1988 par le Parlement européen, honore les personnes ou les organisations qui ont consacré leur existence à la défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Cette année, le prix Sakharov a été décerné à l’opposition au Venezuela, les anti-Maduro et donc anti-chavistes et anti-révolution bolivarienne. Leur candidature était portée par le Parti populaire européen (PPE) très à droite et abritant même des partisans d’une extrême-droite comme la Hongrie, par l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), par les Conservateurs et réformistes européens (CRE) et l'extrême droite de l’Europe des nations et des libertés (ENL).

Plutôt que de primer des militants pour les droits humains et pour la paix, le parlement européen a succombé à la prise de position idéologique en faveur du système néolibéral dont on dénonce partout l’injustice profonde. Cela a provoqué l’ire des formations de gauche du parlement européen car, parmi cette opposition vénézuélienne, se trouvent des leaders, actuellement prisonniers politiques, qui ont lancé l’opposition à Maduro dans des manifestations d’une violence extrême provoquant des ripostes tout aussi violentes des forces de l’ordre. Inexcusables dans les deux cas.

Or, l’Europe promeut une vision pacifique et le dialogue entre forces politiques plutôt que les affrontements violents. Mais les intérêts économiques, la pression des Etats-Unis sur l’économie mondialisée et la hantise de l’avènement de gouvernements progressistes en Amérique latine ont pris le dessus sur les idéaux européens.

Il est intéressant de noter que les deux autres candidats qui ont été  écartés sont le journaliste suédois Dawit Isaak, arrêté en 2001 par les autorités érythréennes, et l'ancienne institutrice guatémaltèque Aura Lolita Chavez Ixcaquic, en lutte pour la protection des ressources naturelles et la défense des droits humains. Deux figures emblématiques et courageuses : Dawit Isaak a – heureusement- reçu le prix mondial de la liberté de la presse, décerné par l’Unesco en mars 2017.

Aura Lolita Chavez Ixcaquic est membre du Conseil du peuple quiché, « un ensemble de communautés qui se sont organisées pour défendre leurs territoires, leur droit à l’autodétermination et aussi les droits à la vie telle que la souhaitent les peuples indigènes ». Elle milite également contre les violences faites aux femmes.

Ces deux candidatures répondent pourtant à une actualité plus que brûlante : la liberté de la presse, garante de la démocratie, est de plus en plus menacée. Le droit à l’autodétermination se heurte aux pires brutalités économiques dans le cadre de l’appropriation de terres et de ressources naturelles par les puissantes multinationales et la violence faite aux femmes reste un scandale absolu au moment où l’on proclame hypocritement l’égalité et la dignité des humains.

Les forces de droite au parlement européen ont triomphé, symboliquement, le résultat étant que ce prix, pourtant très honorable, est discrédité par le choix d’honorer une opposition, légitime certes, mais qui privilégie la violence plutôt que la négociation où peut s’épanouir la « liberté de l’esprit ».
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D'autres informations:

https://www.humanite.fr/une-defenseure-des-peuples-indigenes-du-guatemala-finaliste-dun-prix-sakharov-2017-politise-par-la

https://blogs.mediapart.fr/saintupery/blog/241017/venezuela-bulletins-embrouilles-et-paradoxes?utm_source=20171024&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xts=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20171024&xtloc=&url=&M_BT=55928234313

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