semaine 03

Les cadeaux de Noël de l’ONU

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 23 décembre 2018

La vie aux champs n'est pas exempte de droits enfin clairement exprimés

Il faut dire que le grand machin qui rassemble toutes les nations du monde ne reste pas inactif. Impuissant sans doute face aux exactions de certains Etats, mais pas apathique. Pour les fêtes, l’ONU nous offre deux belles nouvelles. D’abord le Pacte global sur des migrations sûres et contrôlées dont un des effets bénéfiques a été de faire tomber notre gouvernement particulièrement liberticide par rapport aux migrants et ceux qui les accueillent. Ensuite, en adoptant, ce 17 décembre, la « Déclaration sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales » (UNDROP).

Les droits des paysan.ne.s

En 28 articles, sont enfin définis les droits les plus importants qui doivent être octroyés aux paysannes et paysans du monde entier. « Les éléments clés de la Déclaration, pour ne citer qu’eux, sont le droit à la terre et aux ressources naturelles, le droit à un revenu décent et aux moyens de production, le droit aux semences, le droit à la sécurité sociale et bien sûr la souveraineté alimentaire. », explique Melik Özden, directeur du CETIM, une ONG qui a statut consultatif aux Nations Unies et qui, avec La Via Campesina, une organisation qui regroupe des millions de paysan.ne.s dans le monde, a rédigé avec eux cette déclaration. Un processus qui a duré 17 ans, quand même !

Le CETIM nous rappelle que « les petits agriculteurs, les pêcheurs, les éleveurs et les autres personnes travaillant dans les zones rurales jouent un rôle clé pour assurer la sécurité alimentaire mondiale. Néanmoins, ils sont victimes de discriminations multiples ; dans de nombreux pays, ils ne reçoivent pratiquement aucun soutien, au contraire : avec l'industrialisation et la standardisation de l'agriculture, l'accès à la terre, à l'eau ou aux semences traditionnelles devient de plus en plus difficile, voire impossible. Ces personnes sont également les plus exposées aux conséquences dévastatrices du changement climatique. Beaucoup souffrent de la faim et de la pauvreté. »

On ajoutera à ce triste panorama l’usage quasi imposé de pesticides, herbicides et autres poisons chimiques censés améliorer le rendement des terres agricoles, ce qui, en réalité, emprisonne le paysan dans un endettement considérables causé par l’industrialisation de son métier. Les actions en justice intentées contre Monsanto, à présent racheté par Bayer, démontrent en plus que les paysan-ne-s sont les premières victimes de ces poisons qu’ils doivent épandre parfois sans les protections nécessaires.

A l’heure des bombances de Noël et Nouvel An, achetons bio, favorisons ces agriculteurs-trices qui ont le courage de relever le défi du durable et qui changent le modèle de production. Ce ne sera viable que si nous changeons notre modèle de consommation. Il nous faut réapprendre à acheter plus parcimonieusement, frais et de saison, de préférence en circuit court, à cuisiner sain, à éviter les sodas et boissons alcoolisées. Bref, aller à contre-courant de nos mauvaises habitudes implantées depuis notre enfance par un matraquage publicitaire qui poussait à l’hyper consommation en toutes saisons. Parions que cela nous coûte moins cher à l’achat et que nous ferons des économies en soins de santé.

Reste à mettre en œuvre cette Déclaration. Nous approchons des élections européennes. Le bon moment pour faire pression sur nos eurodéputés afin qu’ils aident à instaurer cet autre modèle agricole et du commerce des ressources agricoles dans l’optique d’un développement durable de toutes les régions du monde.

Ne laissons pas les migrations aux passeurs et aux terroristes

Avec cela, nous en revenons au deuxième cadeau de Noël de l’ONU : le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières qui vise à maximiser les bénéfices des migrations.  Dans son préambule, il est bien précisé que : "Il favorise la coopération internationale en matière de migration entre tous les acteurs compétents, sachant qu’aucun État ne peut gérer seul la question des migrations, et respecte la souveraineté des États et les obligations que leur fait le droit international."

Soulignons qu’on parle bien ici de migrants et non pas de réfugiés qui bénéficient d’un statut spécial.

Les préambule précise aussi : "Nous avons appris que les migrations font partie intégrante de la mondialisation, reliant entre elles les sociétés d’une même région et d’une région à l’autre et faisant de nous tous des pays d’origine, de transit et de destination". Autrement dit : on nous a imposé un modèle de développement économique capitaliste néo-libéral mondialisé. Il faut assumer ! Ou changer de modèle ce qui ne peut se faire que lentement tant la tâche est immense. Or, la précarisation de parties de plus en plus importantes de populations précipite les migrations et active les révoltes sociales. Le problème est qu’au milieu de ces révoltent se réveillent de vieux démons qui s’appellent racisme, antisémitisme, xénophobie, esclavage, traite des êtres humains. Or, le pacte est clair : il nous faut : "Éliminer toutes les formes de discrimination et encourager un débat public fondé sur l’analyse des faits afin de faire évoluer la manière dont les migrations sont perçues".

Parmi les informations à donner au public, il y a sans aucun doute la démonstration que les migrations sont amplifiées par des réseaux de passeurs sans scrupules qui volent les migrants et s’enrichissent de manière éhontée sur la vie et la mort de ces pauvres gens.

Ainsi, pouvons-nous lire ceci dans « Jeune Afrique » : « Selon les analystes d’Interpol, le passage de chaque migrant rapporterait entre 3.000 et 4.500 dollars aux « péages » de Syrte, à l’approche des rivages de la Méditerranée. A raison de 150.000 à 170.000 personnes qui, chaque année, traverseraient le Sahel pour essayer d’atteindre l’Europe, le chiffre d’affaire de cette « industrie » varierait donc de 450 à 765 millions de dollars par an, dont un quart rien qu’en Libye. Sur la base d’une telle hypothèse, les groupes armés de la région en tireraient un bénéfice annuel allant de 45 à 225 millions de dollars. ». Voilà pourquoi ils restent très actifs et perpétuent le terrorisme causé par les lamentables interventions des pays occidentaux en Libye, en Irak, en Afghanistan.

Voilà pourquoi le Pacte précise que les Etats doivent "élaborer des protocoles de coopération (..) et faciliter la coopération transfrontière en matière de renseignement et d’application de la loi afin de prévenir et de combattre le trafic de migrants, de manière à mettre fin à l’impunité des passeurs et à endiguer le phénomène des migrations irrégulières, tout en veillant à ce que les mesures prises pour lutter contre ce trafic respectent pleinement les droits de l’homme."

Ne laissons pas la planète aux mains des riches

Par une politique économique ultralibérale, par des interventions armées visant essentiellement à protéger les grandes entreprises multinationales exploitant les dernières ressources fossiles du globe, les puissances occidentales ont accentué les migrations des populations plus pauvres vers nos pays réputés encore un peu riches.

Cela fait l’affaire de quelques-uns quand même : récemment, le patronat allemand s’est félicité de l’apport de la main-d’œuvre syrienne, travailleuse et bon marché accueillie par Angela Merkel. Une bonne décision dans l’optique d’un capitalisme plus humain mais dont l’extrême-droite s’est emparée pour détrôner la chancelière. L’ingratitude de la bêtise! En intégrant ces familles, en leur faisant bénéficier de la sécurité sociale, de l’enseignement et de formations, l’Allemagne lutte contre un déficit démographique inquiétant pour sa prospérité et renforce la réserve de travailleurs qui assureront les pensions des contestataires qui veulent les voir partir. Pourtant, ils devraient donner une médaille à leur chancelière !

Même cet argument de sauvegarde de notre capitalisme local n’empêche pas la vague haineuse de l’extrême-droite, chez nous et ailleurs en Europe, qui ne veut pas de cette recommandation du Pacte : "Nous nous engageons à aider les travailleurs migrants à tous niveaux de qualification à accéder à la protection sociale dans les pays de destination et à bénéficier de la portabilité des droits de sécurité sociale applicables et des avantages acquis dans leur pays d’origine ou lorsqu’ils décident de travailler dans un autre pays."  

Conclusion : si on ne musèle pas cette extrême-droite, si on ne sauve pas notre modèle de solidarité sociale, si on ne change pas de modèle agricole, on va droit dans le mur. Les manifestants pour le climat le savent bien. D’ailleurs, ils remettront cela au menu de l'après-réveillon...

Meilleurs vœux quand même !

- Un livre sur cette déclaration des droits des paysan.ne.s : https://www.cetim.ch/product/declaration-de-lonu-droits-paysan-ne-s/

- Jeune Afrique n° 3019, 18 novembre 2018 : « Le contrebandier, le terroriste, le policier », par Marc-Antoine Pérouse de Montclos.

- https://fr.wikipedia.org/wiki/Pacte_mondial_sur_les_migrations

 

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