semaine 09

Les jeunes du « nouveau monde »

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 12 février 2021

Une photo de manifestants du Rif, prise sur Twitter. Voir l’article sur Orient XXI.

Au Maroc, cinq ans après le début du « Hirak », la révolte des populations et principalement des jeunes est toujours active. Il faut dire que la politique du roi du Maroc est désastreuse : répression musclée de la contestation, pas de moyens budgétaires pour développer les zones les plus pauvres du pays, emprisonnement des intellectuels qui se montrent courageusement critiques, et surtout, une occupation militaire brutale des territoires du Sahara Occidental, au mépris du droit international et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce qui vient de provoquer une réaction armée des Sahraouis et un risque de conflit régional. Plutôt que de venir en aide aux jeunes de son propre pays, le Roi du Maroc encourage leur départ, comme réfugiés économiques, vers l’Europe. Il utilise leur pauvreté et leur désespoir comme instrument de chantage vis-à-vis de l’Europe afin qu’elle se montre complaisante envers lui. L’indignité politique plutôt que l’accueil de réfugiés… Un air européen que l’on connaît bien.

Les jeunes Tunisiens, eux, se mobilisent sans cesse depuis dix ans pour un changement de régime, pour une meilleure démocratie, pour un développement plus juste des zones les plus pauvres du pays. Comme les jeunes Algériens, ils réclament avec courage une politique de justice sociale, la fin de la corruption des caciques au pouvoir politique et économique. Pendant ce temps, les Egyptiens sont réduits au silence par un régime militaire extrêmement dur et soutenu par les Etats-Unis et l’Europe.

Les jeunes turcs d’Istanbul manifestent avec constance contre l ’ingérence sécuritaire du gouvernement du président Erdogan dans leur campus universitaire.  Il a en effet imposé un recteur choisi par lui seul, n’appartenant pas au corps académique de cette université mais proche du parti au pouvoir l’AKP. Le président Erdogan a emprisonné des milliers de professeurs, de journalistes, de militaires qui s’opposent à sa politique dictatoriale. La révolte des étudiants est donc le signe d’un courage extraordinaire quand on connaît la rigueur de la répression.

En Biélorussie, on a pu suivre l’intense mobilisation, notamment des jeunes, là aussi contre un régime accroché au pouvoir aux mains de caciques très riches, des corrompus qui ne veulent pas entendre parler de démocratie plus directe, plus ouverte. Idem en Russie actuellement, autour de l’affaire Navalny, ce qui est fondamentalement en cause c’est la longévité d’un pouvoir fort qui n’ouvre pas les portes à la participation de tous dans la décision politique.

Ces jeunes ne se plaignent pas nécessairement d’injustices sociales mais de manque de démocratie. Les temps ont changé : les nouvelles générations, bien informées, veulent participer aux décisions politiques, elles veulent s’inscrire dans le mouvement mondial de sauvegarde du climat, à savoir l’avenir de notre terre.

Dans nos pays démocratiques où les formes de participation sont plus avancées, les jeunes se mobilisent en masse pour souligner l’urgence climatique, celle de changer de mode de vie pour sauver leur futur. Mais aussi, ils protestent contre les violences policières de plus en plus fortes qui marquent une réponse brutale et injuste de nos gouvernements, confrontés aux défis énormes posés par la situation économique désastreuse et la pandémie actuelle.

Au lieu d’avancer vers un développement économique « durable », équitable et donc l’invention d’un modèle nouveau, nos gouvernements hésitent entre les tenants du marché ultra libéral, qui disposent d’un pouvoir financier démesuré, et un dirigisme qui oublie un peu trop les droits humains.

Lors d’une récente réunion, un jeune gestionnaire associatif parlait de « personnes de l’ancien monde ».

Ces jeunes qui bougent sont déjà dans « le nouveau monde » et nous ne le savons pas assez, nous ne les entendons pas suffisamment. Non pas qu’ils aient « la » solution, cela n’existe pas, mais ils peuvent participer à créer ce nouveau monde qu’ils habiteront quand nous ne serons plus là.

2021, le futur leur échappe

Pour comprendre l’émergence de ce nouveau monde, pour lire la parole de ces jeunes tellement créatifs, solidaires, lisez le numéro spécial d’Imagine Demain le monde » de janvier-février 2021. Ce dossier a été co-réalisé avec les 18 – 25 ans. Avec eux, vous explorerez ce nouveau monde dans ces rubriques « sur le volcan », « le 6ème continent », « zones fertiles », « terra incognita », « les confluents », « au large ». Et méditons cet appel du rédacteur en chef Hugues Dorzée : « la crise s’éternise, l’issue est incertaine, la patience s’érode, les esprits s’échauffent et la jeunesse sert d’exutoire à notre société qui tâtonne tant pour faire corps, assurer la solidarité intergénérationnelle, briser la spirale infernale des inégalités, garantir une véritable cohésion sociale.

Et si, en 2021, on cessait ce dénigrement anti-jeunes ?! En les associant activement à la prise de décisions. En misant sur leur sens des responsabilités et leur créativité. En se mettant réellement à leur écoute. »


www.imagine-magazine.com
https://orientxxi.info/magazine/maroc-le-hirak-ou-la-revolte-dans-le-rif,1898

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