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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Les terrorismes blessent nos mémoires

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 11 mars 2018

Le 31 janvier 2015, une vague de solidarité submergeait Molenbeek. Un moment lumineux dans l’histoire bruxelloise. Photo © Gabrielle Lefèvre

Ce dimanche 11 mars a été célébrée à Bruxelles la 14ème Journée européenne en mémoire des victimes du terrorisme. Hommage a été rendu aux personnes décédées lors d’attentats et aux survivants touchés au plus profond de leur chair et de leur esprit par cette violence extrême ayant des civils comme cibles.

Pourquoi le 11 mars ? Les drames sur le théâtre européen ont débuté à Madrid, le 11 mars 2004 en la gare d’Atocha. Entre 7 h 30 et 7 h 40 du matin, dans quatre trains bondés de travailleurs, quatre bombes explosaient causant la mort de 191 personnes et faisant 1.900 blessés. 29 terroristes ont été arrêtés, la plupart Marocains appartenant à la nébuleuse d’Al-Quaida. Ils ont été condamnés trois ans après. Sauf quelques organisateurs de ces attentats, qui se sont suicidés collectivement, à la bombe, le 3 avril 2004 dans un appartement de la banlieue sud de Madrid.

 L’Europe découvrait alors les ravages d’un islamisme radical, sectaire et manipulé politiquement par quelques Etats voyous. Cette nébuleuse islamiste radicale avait déjà frappé les Etats-Unis au cœur, le 11 septembre 2001.

Le 22 mars 2016, le cœur de Bruxelles sera, lui aussi, cruellement touché. Cet événement douloureux sera longuement évoqué dans toute la presse, assurant ainsi le devoir de mémoire.

Depuis 2005, la Commission européenne commémore chaque année les victimes des atrocités commises par les terroristes. En congé ce dimanche, les éminences européennes ont évoqué ces drames ce vendredi 9 mars. Les représentants européens ont exprimé leur sympathie et leur soutien à ceux qui sont dans la peine et portent les séquelles physiques et psychologiques d'actes de terrorisme. La commission rappelle aussi son engagement à soutenir les victimes et leur famille, à renforcer leurs droits, à défendre leurs intérêts.

Une question de droits de l’Homme

A l’invitation de l’association Life4Brussels, la Ligue des Droits de l’Homme était présente à la cérémonie d’hommage aux victimes des attentats du 22 mars 2016. Alexis Deswaef, président de la LDH, souhaitait ainsi marquer son soutien aux victimes et à leur famille dans leur souffrance et dans la remarquable dignité de leur appel à l’union pour dire NON au terrorisme, à la peur et à l’ignorance. La Ligue belge des droits de l’Homme affirme ainsi son engagement à continuer son travail de vigilance afin que la lutte légitime contre le terrorisme ne soit pas attentatoire aux libertés fondamentales de l’ensemble des citoyens.

Car le terrorisme, d’où qu’il vienne, provoque un renforcement de la sécurité intérieure, culminant avec la présence de militaires dans les rues et une surveillance de plus en plus fine des suspects et des mouvances sympathisantes avec ces terrorismes. Il s’agit d’un combat sans fin si ce contre-terrorisme accroît le sentiment d’injustice et une pression antidémocratique sur les populations. Ajoutons le terrible sentiment des deux poids deux mesures lorsqu’on riposte impitoyablement contre certains Etats seulement et donc des populations entières accusées de complicité avec ces mouvements radicaux comme ce fut le cas pour l’Irak.

En effet, au terrorisme exercé par de petits groupes il faut ajouter le terrorisme d’Etat qui s’est développé ces dernières décennies de manière effroyable. Il suffit de prendre conscience de l’horreur absolue que constituent les bombardements de villes et de villages peuplés de civils par le régime syrien, allant jusqu’à utiliser des armes chimiques prohibées. Ce terrorisme d’Etat correspond bien à la définition du terrorisme : frapper des populations civiles non armées, pour créer la terreur. Une forme de terrorisme qui a des précédents bien connus : le terrorisme étatsuniens lorsque son armée bombardait au napalm et à l’agent orange les villages vietnamiens et cambodgiens ; le terrorisme de l’Etat d’Israël qui frappe une population, piégée à Gaza ; le terrorisme de Saddam Hussein en Irak lorsqu’il a gazé des populations kurdes sans défense. Il y a aussi le terrorisme de l’Arabie saoudite qui massacre les Yéménites. La liste est malheureusement longue et ne fait que révéler cette part noire de notre humanité qui s’ingénie à exterminer une partie d’elle-même.

Quelle fraternité ?

Nos mémoires sont ainsi blessées. Au-delà des commémorations, comment agir pour tenter de comprendre et de lutter pour un rétablissement de la paix entre les humains ? Nos moyens de citoyens sont faibles mais bien présents. Il nous faut d’abord nous informer de manière critique en démontant les slogans et propagandes utilisées par les populistes de tout bord.

L’action, on l’a vu, a été menée merveilleusement par les citoyens qui ont accueilli et aidé des centaines de migrants et parmi ceux-ci, des candidats réfugiés, victimes de ces terrorismes armés ou du terrorisme économique qui sévit dans des pays aux populations pauvres mais aux ressources nombreuses.

L’éducation aussi, une arme pacifique et de longue durée pour que de la compréhension, de l’analyse critique, naissent les outils destinés à affûter une démocratie un peu trop branlante.

Cette année et la suivante seront celles des votes aux niveaux locaux, régionaux, nationaux, européens. Espérons que nous ne cèderons pas aux voix des extrême-droites qui surgissent un peu partout en Europe. Ce serait la victoire des terrorismes, quels qu’ils soient.

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