semaine 04

Liberté pour la critique politique

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 03 décembre 2020

"Juifs/Juives, pas sionistes" peux-t-on lire sur ces pancartes de membres de l'organisation américaine Jewish Voice For Peace. Photo Facebook

Cela fait très longtemps que des pouvoirs politiques, lorsqu’ils sont acculés, tentent par tous les moyens de museler la presse et les associations de citoyens. Ces dernières années, les propagandes sécuritaires et autres sont heureusement contrecarrées par la diffusion d’informations non seulement par les médias traditionnels mais aussi par les réseaux sociaux, formidables caisses de résonnance pour les opinions privées qui veulent devenir publiques. On ne s’étendra pas sur les usages pervers de ces facilités de communication. Ce n’est pas l’objet de cet article.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est la lutte contre les méfaits des propagandes, des formatages mentaux, les fausses informations, les silences et les secrets qui masquent des décisions vitales pour nos sociétés, prises par des cercles fermés de « puissants de ce monde ». Il ne s’agit pas de complotisme ici : il s’agit de détournement des voies démocratiques et multilatérales grâce auxquelles les Etats peuvent régler des différends entre eux ou avec des populations, de manière ouverte, claire et conforme aux règles de droit que nous avons acceptées.

Propagande marocaine

La semaine passée, nous parlions ici du cessez-le-feu brisé par les forces marocaines contre les Sahraouis à Guerguerat à la frontière avec la Mauritanie. Depuis des décennies, le Maroc diffuse une propagande constante sur la marocanité du Sahara Occidental, ce qui est sans cesse contredit par l’histoire et par les déclarations nombreuses des Nations Unies. Dès l’enfance, les Marocains sont abreuvés de ces mensonges auxquels ils croient dur comme fer. Et le roi du Maroc utilise cet argument pour rameuter sa population autour de son pouvoir que l’on sait corrompu et tenter de faire oublier la pauvreté qui augmente dans certaines parties déshéritées de son royaume et où les manifestations de paysans, de pauvres gens et surtout de jeunes se sont multipliées et ont été durement réprimées.

Des militants marocains pour la démocratie et les droits humains tentent de se faire entendre, au Maroc même et dans l’importante diaspora en Belgique. Ils dénoncent la corruption, le despotisme et l’économie de rente dirigée par le roi et son entourage proche. La pauvreté augmente, les inégalités sociales s’accroissent, l’intégrisme religieux est instrumentalisé, les arrestations d’intellectuels, d’artistes se multiplient.

Mais tout cela n’apparaît que peu dans les médias et nos représentants politiques se cachent derrière les accords économiques, culturels et militaires avec le Maroc pour ne pas dénoncer ces atteintes graves à la démocratie et à la liberté d’expression. Il est vrai que le phosphate abonde au Sahara occidental et que l’Union européenne en est très dépendante, car cette matière est vitale pour la fabrication d’engrais, explique l’économiste Xavier Dupret. Le secteur de la pêche est aussi au centre des compromissions européennes avec le Maroc car les ressources halieutiques du Sahara Occidental sont importantes. Malgré plusieurs arrêts de la Cour européenne de Justice, les accords entre pays européens et Maroc se poursuivent et le pillage des ressources du Sahara occidental n’est pas pénalisé. (1)

Il est frappant de constater le parallélisme entre ce déni de droit de la part du Maroc vis-à-vis du Sahara Occidental et celui des Israéliens vis-à-vis des Palestiniens.

« Les emmurés » d’Israël

Récemment, nous avons assisté à un webinaire au cours duquel l’ancienne représentante de la Palestine auprès de l’Union européenne, Leila Shahid, présentait et interrogeait Sylvain Cypel, juif, journaliste, français ayant vécu de longues années en Israël, il fut aussi pendant des années correspondant du Monde aux Etats-Unis. Autant dire qu’il connaît la mécanique de la colonisation des territoires palestiniens sous tous ses aspects. Il connaît encore mieux la psychologie profonde des Juifs israéliens et les politiques successives de déni dans lesquelles ils ont baigné depuis leur enfance.  La majorité des Juifs israéliens se sont « emmurés » dans la peur de l’ « Arabe », dans l’aveuglement face au nettoyage ethnique qu’a constitué l’expulsion brutale et souvent meurtrière de centaines de milliers de Palestiniens en 1948 et après. Un négationnisme conforté par la destruction de villages entiers, par l’effacement des traces historiques et physiques de la vie, de la culture, de l’histoire des Palestiniens.  Les petits Israéliens apprennent à l’école la glorieuse histoire d’un « peuple sans terre qui occupe une terre sans peuple » et qui est menacé par tous les pays arabes qui veulent le rejeter à la mer. (2) On ne leur apprend pas les résolutions des Nations Unies sur l’installation de la population juive en territoire palestinien, les limites acceptées par ces derniers, les refus répétés des dirigeants israéliens de bâtir une coexistence de deux Etats, la révolte légitime des Palestiniens présentés uniquement comme terroristes alors qu’ils sont des résistants luttant pour la reconnaissance de leurs droits pourtant reconnus par la « communauté internationale ».

Ce livre « Les emmurés » date de 2006 et constitue une sorte de bilan après les accords de Camp David et la révolte populaire palestinienne (surtout des jeunes armés de cailloux) nommée « intifada ».

Sylvain Cypel vient de publier un deuxième livre « L’Etat d’Israël contre les Juifs » où il explique que 85% des Israéliens n’ont jamais rien connu d’autre qu’une occupation « légitime », créant ainsi une société juive d’où les arabes sont absents et les Palestiniens invisibilisés et réprimés. Une mentalité nouvelle a ainsi été créée : il est normal qu’un peuple en opprime un autre si c’est pour des raisons religieuses (le peuple juif, supérieur) et de sécurité. Une mentalité coloniale comme nous l’avons connue chez nous par rapport au Congo, profondément raciste, sauf que nos colons avaient besoin des travailleurs congolais pour développer l’économie de rente belge. Dans les territoires occupés par Israël, on n’a pas besoin des Palestiniens, on fait travailler les colons juifs qui volent les terres ancestrales des Palestiniens à qui on dénie systématiquement le droit de les reprendre. Tout est mis en œuvre pour les chasser.

Sylvain Cypel estime qu’à peu près 15% des Israéliens seulement se disent opposés à cette politique d’apartheid parce qu’ils ne voient aucun avenir avec cela. De nombreuses ONG et associations qui critiquent ce processus sont minoritaires dans le concert colonial israélien et sont mêmes ostracisées. Les Israéliens, surtout jeunes, qui manifestent ces derniers temps contre le gouvernement Netanyahu n’évoquent pas la colonisation, ils dénoncent la paupérisation croissante de la population, les inégalités criantes et surtout la corruption de Netanyahu lui-même.

De même, les grandes organisations juives européennes critiquent peu les politiques liberticides d’Israël, à la différence des Juifs américains qui dénoncent de plus en plus cette politique d’apartheid et se montrent actifs dans la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) qui fait un tabac sur les campus. Ces jeunes sont antiracistes et critiquent virulemment le gouvernement israélien qui préfère bénéficier du soutien des évangélistes les plus bornés mais les plus nombreux, des extrêmes-droites blanches, suprémacistes américaines et européennes qui comptent parmi leurs membres et même leurs dirigeants  de nombreux antisémites déclarés.

La plupart des observateurs craignent que l’avènement de Joe Biden à la présidence n’améliore pas la situation. Ce catholique qui se dit sioniste aura d’autres priorités : relever les USA durement meurtris par la pandémie corona et rééquilibrer les relations avec la Chine et l’Union européenne. A moins qu’Israël ne boute le feu en Iran afin de forcer les Etats-Unis à intervenir.

La dénonciation de la politique d’apartheid d’Israël risque d’attendre… Et qui va forcer ce gouvernement corrompu et d’extrême-droite à mettre fin à une occupation si lucrative pour lui ? Seul un Conseil de sécurité assez fort pourrait arriver à cela, estime Sylvain Cypel. 

Il semble bien que les Palestiniens devront encore s’armer de patience et pleurer leurs morts, leurs prisonniers, leurs maisons détruites.

Nous ne sommes pas antisémites

Voilà pourquoi le mouvement BDS est la seule arme assez puissante pour forcer une évolution politique vers une solution pacifique et juste.

Le gouvernement israélien est bien conscient de ce danger et accuse systématiquement d’antisémitisme les contestataires, les critiques, les défenseurs des droits humains quels qu’ils soient. Le leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, a fait les frais de ces accusations mensongères. Il a été exclu avant d’être repris dans son propre parti.

L'organisation américaine Jewish Voice For Peace a déposé tout récemment une pétition avec près de 10 000 signatures à Mike Pompeo et Elan Carr, l'envoyé américain chargé de surveiller et de combattre l'antisémitisme. « L'antisionisme n'est PAS l'antisémitisme. », clament ces manifestants. « Le BDS n'est PAS antisémite. Arrêtez d'attaquer les Palestinien.ne.s et leur lutte pour la liberté. ».

En Europe, cent vingt-deux intellectuel(le)s palestiniens et arabes ripostent à la définition de l’antisémitisme promue par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, utilisée dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique pour réprimer le soutien aux droits palestiniens. Cette Déclaration est publiée conjointement en arabe par Al-Quds (Londres) et Al-Ayyam (Ramallah), en hébreu par Haaretz (Tel-Aviv), en anglais par The Guardian (Londres), en allemand par Die Tageszeitung (Berlin) et en français par Mediapart. (3)

Une belle mobilisation en faveur du droit de critique politique que certains gouvernements veulent faire taire par les moyens les plus brutaux ou les plus pernicieux.
Il est vrai et c‘est tragique que des actes d’antisémitisme se multiplient en même temps que des actions et agressions racistes contre les musulmans et contre tous ceux qui affichent une différence quelle qu’elle soit. L’on constate une montée des violences en tout genre, y compris policières. Comme si le confinement exacerbait les rancœurs, les rivalités, les solitudes acariâtres et surtout les peurs : peur des lendemains, peur des autres, peur de la maladie, peur de la mort…

Face aux peurs, aux sentiments déchaînés, aux hantises complotistes de toutes sortes, écoutons plutôt les multiples appels à la solidarité, à la compréhension, à l’action transformatrice vers une société plus juste, plus humaniste, plus solidaire. 

1. https://lecourrier.ch/2020/11/27/la-derniere-colonie-dafrique/?fbclid=IwAR1vFs6PvewWoSFc6nY5Tabqj35vWyOJ3UgBVxZIRy0_bClPPDyDvK7Bhm0

2. https://www.middleeasteye.net/fr/en-bref/quest-ce-que-la-nakba-la-catastrophe-palestinienne-expliquee-en-cinq-infographies?fbclid=IwAR1egSdBvg0jhQ5u1afDJ3LdCXVED_SUACJf4h2loYZgDSxHVDWRJLKkN9Y

3. https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/301120/declaration-sur-l-antisemitisme-et-la-question-de-palestine

Livres et webinaire:

Déclaration sur l’antisémitisme et la question de Palestine

Nous, soussignés, universitaires, artistes, journalistes, et intellectuels, Palestiniens et Arabes, affirmons par la présente déclaration notre position au sujet de la définition de l’antisémitisme produite par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (AIMH), ainsi que sur son adoption, interprétation et diffusion dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique du Nord.
La lutte contre l’antisémitisme a été de plus en plus instrumentalisée ces dernières années par le gouvernement israélien et ses partisans dans un effort systématique visant à délégitimer la cause palestinienne et à réduire au silence les défenseurs des droits des Palestiniens. Détourner ainsi le combat nécessaire contre l’antisémitisme pour le mettre au service d’une telle entreprise menace d’avilir ce combat et partant de le discréditer et de l’affaiblir.
L’antisémitisme doit être combattu et discrédité. La haine des Juifs en tant que Juifs ne saurait nulle part être tolérée, quel qu’en soit le prétexte. L’antisémitisme se manifeste à travers des stéréotypes et des généralisations relatives aux Juifs, sur les thèmes de l’argent et du pouvoir en particulier, ainsi que sous la forme de théories du complot et du négationnisme de la Shoah. Nous estimons légitime et nécessaire de combattre ces tendances. Nous croyons également que les leçons à tirer de la Shoah, comme des autres génocides des temps modernes, doivent être partie intégrante de l’éducation des nouvelles générations contre toute forme d’hostilité et de haine raciales.
Ce combat contre l’antisémitisme doit cependant être fondé sur des principes, faute de quoi il contredirait sa propre finalité. Par certains des « exemples » qu’elle fournit, la définition de l’AIMH présuppose que tout Juif est sioniste et que l’État d’Israël dans sa présente réalité incarne l’auto-détermination de tous les Juifs. Nous sommes en profond désaccord avec ce postulat. Le combat contre l’antisémitisme ne saurait être transformé en stratagème pour délégitimer la lutte contre l’oppression des Palestiniens, contre la négation de leurs droits et l’occupation continue de leur terre.
Nous considérons que les principes qui suivent sont fondamentaux à cet égard.
1. Le combat contre l’antisémitisme doit se dérouler dans le cadre du droit international et des droits humains. Il doit être indissociable de la lutte contre toutes les formes de racisme et de xénophobie, y compris l’islamophobie et les racismes anti-arabe et anti-palestinien. Ce combat doit avoir pour finalité d’assurer la liberté et l’émancipation de tout groupe humain opprimé. Il est donc profondément dénaturé quand on le dévie pour servir à la défense d’un État oppresseur et prédateur.
2. La différence est considérable entre le cas de Juifs discriminés, opprimés et persécutés en tant que minorité par des régimes ou groupes antisémites et celui de l’autodétermination d’une population juive en Palestine accomplie sous la forme d’un État ségrégationniste sur le plan ethnique et expansionniste sur le plan territorial. Tel qu’il est actuellement, l’État d’Israël est fondé sur le déracinement de la grande majorité des autochtones – ce que Palestiniens et Arabes appellent la Nakba –, l’assujettissement de ceux qui résident encore dans le territoire de la Palestine historique, confinés dans un statut de citoyens de second ordre ou de peuple sous occupation, et leur privation de leur droit à l’autodétermination.
3. La définition de l’antisémitisme par l’AIMH, ainsi que les dispositions légales qui en ont découlé dans plusieurs pays, ont été principalement utilisées contre des groupes de gauche et des associations de défense des droits humains solidaires des droits des Palestiniens et contre la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), plutôt que contre la menace très réelle contre les Juifs que constituent les groupes d’extrême-droite nationalistes blancs en Europe et aux États-Unis. Qualifier la campagne BDS d’antisémite est une déformation grossière de ce qui est fondamentalement une forme de lutte non-violente et légitime pour les droits palestiniens.
4. La définition de l’AIMH fournit à titre d’exemple d’antisémitisme « le refus du droit à l’autodétermination des Juifs, en affirmant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste ». C’est un bien étrange exemple qui ne s’encombre pas de prendre acte du fait qu’au regard du droit international, l’État d’Israël est une puissance occupante depuis plus d’un demi-siècle, comme cela est reconnu par les gouvernements des pays où la définition de l’AIMH est admise. Tout comme il ne s’encombre pas de juger si ce droit à l’autodétermination inclut celui de créer une majorité juive par voie de purification ethnique et s’il doit être considéré en prenant en compte les droits du peuple palestinien. En outre, la définition de l’AIMH est de nature à disqualifier en tant qu’antisémite toute vision non-sioniste de l’avenir de l’État israélien à l’instar des plaidoyers pour un État binational ou pour un État laïc et démocratique fondé sur l’égalité de tous ses citoyens et citoyennes. L’adhésion sincère au principe du droit des peuples à l’autodétermination ne saurait en exclure la nation palestinienne ou toute autre nation.
5. Nous croyons que le droit à l’autodétermination ne saurait inclure le droit de déraciner un autre peuple et de lui interdire de retourner à son territoire, ou tout autre moyen de s’assurer une majorité démographique au sein de l’État. La revendication palestinienne d’un droit au retour au pays dont eux- mêmes, leurs parents et grands-parents ont été expulsés ne saurait être qualifiée d’antisémite. Le fait qu’une telle demande suscite de l’angoisse chez des Israéliens ne prouve en rien qu’elle soit injuste ou antisémite. Il s’agit là d’un droit reconnu par le droit international, consacré en 1948 par la résolution 194 de l’assemblée générale des Nations unies.

6. Accuser d’antisémitisme quiconque considère que l’État d’Israël actuel est raciste, et cela en dépit des discriminations institutionnelles et constitutionnelles sur lesquelles se fonde cet État, équivaut à gratifier Israël d’une impunité absolue. Israël peut ainsi bannir ses citoyens palestiniens, les dépouiller de leur citoyenneté ou les priver du droit de vote, tout en demeurant immunisé contre toute accusation de racisme. La définition de l’AIMH et la façon dont elle a été utilisée interdisent toute critique de l’État d’Israël comme étant fondé sur une discrimination ethno-religieuse. Ceci est en contradiction avec les principes élémentaires de la justice, des droits humains et du droit international.
7. Nous croyons que la justice requiert un plein appui au droit à l’autodétermination des Palestiniens, y compris leur revendication de mettre fin à l’occupation de leur territoire reconnue internationalement en tant que telle, ainsi qu’à la spoliation infligée aux réfugiés palestiniens. L’oblitération des droits des Palestiniens dans la définition de l’antisémitisme par l’AIMH révèle une attitude qui défend la préséance des Juifs en Palestine plutôt que leurs droits, et leur suprématie sur les Palestiniens plutôt que leur sécurité. Nous croyons que les valeurs et les droits humains sont indivisibles et que la lutte contre l’antisémitisme doit aller de pair avec le soutien de la lutte de tous les peuples et groupes opprimés pour la dignité, l’égalité et l’émancipation.

Publiée le 30 nov. 2020 sur Mediapart
 

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