semaine 50

Oxfam bashing

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 23 février 2018

Oxfam soutient des coopératives d’agriculteurs en développant le commerce équitable. Photo © Oxfam Fairtrade

Le bashing (mot qui désigne en anglais le fait de frapper violemment, d'infliger une raclée) est un anglicisme utilisé pour décrire le « jeu » ou la forme de défoulement qui consiste à dénigrer collectivement une personne ou un sujet. (Wikipedia).

Le bashing devient aussi l’autre nom de l’information de presse et ce dénigrement rime avec scandale, émotion, désinformation, manque de recul et de perspective lorsqu’il s’agit d’un sujet aussi complexe que la coopération au développement et l’aide humanitaire.

Peu de journaux s’interrogent sur la raison pour laquelle cette campagne est lancée sept ans après les faits - inacceptables en effet - qui sont déroulés en Haïti. Il est tout de même étrange, alors qu’Oxfam a fait le ménage sur cette affaire à l’époque, que celle-ci surgisse après que cette organisation se soit lancée dans la dénonciation forte et argumentée des injustices mondiales. Ses dirigeants ne font d’ailleurs que relayer sous une forme plus efficace ce qui est largement expliqué par les divers organismes des Nations Unies.  Mais ils le font au cœur même du système le plus inégalitaire qui soit : le Forum économique de Davos. Le rapport Oxfam est une bombe informative lancée lors du rassemblement des plus grandes fortunes mondiales, des multinationales les plus puissantes et  prédatrices, des chefs d’Etat et de gouvernement dont certains ne se distinguent que par leur corruption et leur répression des citoyens et des peuples qui se battent pour la dignité, pour la survie même.

Le cru 2018 était excellent en teneur en vitriol. Le titre déjà : « Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent ». Résumé : « Des richesses engendrées l’année dernière, 82 % ont profité aux 1 % les plus riches de la population mondiale, alors que les 3,7 milliards de personnes qui forment la moitié la plus pauvre de la planète n’en ont rien vu. » Exemple : « Porter les salaires des 2,5 millions d’ouvrières et ouvriers du textile vietnamiens à un niveau décent coûterait 2,2 milliards de dollars par an. Cela équivaut à un tiers des sommes versées aux actionnaires par les cinq plus grands acteurs du secteur du textile en 2016. »

Inacceptable pour les conservateurs britanniques et ce gouvernement de Brexit qui déjà, l’année dernière, a coupé 34 millions de livres de financement de l’ONG. Quasi 39 millions d’euros retirés à l’aide aux personnes les plus démunies dans le monde entier.

Une des rares voix qui s’élèvent contre ce désastre, c’est le Guardian, fidèle à sa tradition humaniste. Le 8 février on peut y lire ceci « A l’ère de Trump, du Brexit et de Rees-Moggery (un député conservateur qui veut que la Grande-Bretagne coupe drastiquement dans son budget de l’aide au développement, NDLR), la notion selon laquelle les nations prospères ont une responsabilité morale et pratique envers les plus pauvres n’est plus à la mode. La droite populiste tend la main pour détruire le département pour le développement international, en les caricaturant comme payeurs de proxénètes et en pervers. Ceux qui croient en l’obligation persistante de la Grande-Bretagne à aider les désespérés du monde se battent aujourd’hui pour continuer à exister. »

En réalité, ne pouvant plus justifier l’exploitation au niveau mondial des plus pauvres qui ont le malheur de vivre dans des pays riches en ressources naturelles, les plus riches dénoncés par Oxfam ont lancé cette campagne de dénigrement relayée volontiers par les médias asservis eux-aussi à leurs payeurs. En ne relayant que quelques scandales sans les mettre en perspective, ces médias jettent ainsi le discrédit sur les milliers de bénévoles, de volontaires et de salariés de ces ONG dont le travail est courageux, admirable et ne devrait qu’être encouragé. Car ils sont la solution aux problèmes de mal développement : ils aident les populations à ne pas sombrer dans le désespoir, à combattre pour la dignité des travailleurs, des agriculteurs, contre les néo-colonialismes et pour l’instauration de processus démocratiques.  

Il faut rappeler aussi que, depuis 1996, de nombreuses ONG se sont groupées pour créer une « Association pour une Ethique dans les Récoltes de Fonds » afin de répondre aux demandes d’une meilleure transparence dans la collecte et l’utilisation des fonds récoltés dans le public. Sur le terrain, souvent les ONG - dont Oxfam - pallient les insuffisances et les manques de moyens des Nations Unies. Leur travail en commun sauve des milliers de vies lors de catastrophes naturelles ou causées par les humains. Ce travail est encadré, vérifié, contrôlé de nombreuses façons, même s’il y a toujours plus à faire en ce domaine.  Cette face si belle de notre humanité ne peut être occultée par de malheureux et regrettables faits-divers.

https://www.oxfamfrance.org/communique-presse/justice-fiscale/davos-2018-1-plus-riches-ont-empoche-82-des-richesses-creees-lan

http://www.vef-aerf.be/

https://www.theguardian.com/global-development/2018/feb/17/oxfam-scandal-does-not-justify-demonising-entire-aid-sector

 

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