semaine 24

Plaidoyer pour une Europe sociale

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 22 mai 2019

Vidéo © JFH / entreleslignes.be

C’est en militant des droits humains et de la solidarité internationale que Pierre Galand nous explique ici sa vision de l’Europe et appelle à voter, ce 26 mai 2019, pour la rendre plus sociale. Voir la vidéo ci-dessous.
Son discours se base sur un constat historique. Lorsque Jacques Delors était président de la Commission européenne (pendant dix ans, de janvier 1985 à Janvier 1995) « le projet européen franco-allemand pense l’Europe comme un espace de liberté (libre circulation des biens et services et des personnes) mais aussi comme un socle de valeurs. »

Le projet de Jacques Delors

« Delors plaide pour que l’intégration économique et monétaire, l’Europe des marchés, soit accompagnée d’une Europe sociale. »

« Il alerte déjà sur les risques que représente l’absence d’avancées sociales communes car cela constitue une opportunité pour les partis populistes, xénophobes, ultranationalistes qui se saisiront des tensions sociales pour gangrener tout l’édifice européen. C’est, pour lui, un risque pour la Paix et le progrès. », écrit Pierre Galand dans le texte d’une conférence sur les enjeux européens.

« Sur le plan international, le président Delors et l’Allemand Genscher, ministre fédéral des Affaires étrangères et vice-chancelier, sont convaincus de l’importance de travailler au rapprochement avec la Russie.

Ils estiment que la sécurité et la coopération européenne peuvent se fonder sur un accord avec la Russie post soviétique et que les nouveaux mécanismes de marché qui ont bénéficié à l’Europe d’après-guerre peuvent s’appliquer à la Russie.

L’un et l’autre pensent que la doctrine Harmel, ce Belge visionnaire qui déploya durant la guerre froide une stratégie et des propositions de sécurité et de coopération avec l’URSS, peut s’appliquer à la Russie. Ils vont faire appel à l’ONU pour tenter d’une part de jouer leur rôle de garant de la paix et pour proposer de doubler le Conseil de sécurité des N.U. d’un Conseil économique et social. »

Le projet étatsunien : le néo-libéralisme

« Face à ce projet, il y a celui des Etats-Unis qui se considèrent comme les vainqueurs de la guerre froide et qui vont imposer leur propre vision du monde, celle de la « Fin de l’Histoire » portée par des penseurs américains comme Samuel Huntington, auteur du « Choc des civilisations » et de la conviction qu’ont les politiques étatsuniens que cette fois, c’est bien le triomphe de leur modèle inspiré par les économistes ultralibéraux Milton Friedman et Friedrich Hayeck. », poursuit Pierre Galand.

« La politique américaine consistera alors à éliminer Gorbatchev et à le remplacer par Boris Eltsine. Celui-ci suivra les conseillers américains dans la mise sous tutelle de l’économie russe et son appropriation par quelques oligarques sans scrupule.

Dans le même temps, l’Europe sera mise sous pression pour accélérer l’entrée des pays de l’Europe de l’Est dans l’Union et dans l’OTAN et pour servir de base avancée des troupes et du matériel militaire américain dans ces pays.

C’est clairement le plan étatsunien qui va l’emporter et ce sera aussi la fin du projet Delors. », conclut Pierre Galand.

Néo-colonialisme imposé aux pays du Sud

Pierre Galand décrypte aussi l’échec du projet européen de l’époque à l’égard des pays du Sud en particulier de l’Afrique. « Ce projet ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique), avait ses défauts mais il exprimait l’ambition des Européens, les anciennes puissances coloniales, de tourner la page du colonialisme et de développer une coopération négociée avec ces pays du Sud.

L’objectif était de leur permettre d’exercer leur contrôle sur leurs ressources naturelles et sur la fixation des prix jusque-là exercée par les seules métropoles du Nord.  La fin du régime blanc d’apartheid en Afrique du Sud couronnera en quelque sorte cette politique à laquelle de grands commissaires comme Claude Cheysson et Edgard Pisani apporteront leur contribution.

Mais dans ce domaine également, la Banque Mondiale et le FMI, dominés par les Etats-Unis, imposeront des politiques d’Ajustement Structurel aux pays du Sud. Ce que ces institutions appellent la vérité des prix sur le libre marché et la rigueur dans la gestion des budgets des Etats, vont mettre à mal les politiques de coopération européennes qui finiront par s’aligner sur les règles asociales de ces grandes institutions financières. »

Il est possible d’infléchir ces politiques dont on voit l’échec aujourd’hui. C’est ce que nous explique Pierre Galand dans la vidéo ci-dessous.
 


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