semaine 33

Tout va bien, mais !

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 03 juillet 2020

Le 15 juin 2020, les Brigades étaient présentes aux rassemblements de La santé en lutte à Liège ainsi qu'à Bruxelles afin d'y assurer conjointement la sécurité sanitaire. Photo © Brigades de Solidarité populaire

Alors que Macron, adoubé par Angela Merkel, se mue en va-t’en guerre pour la défense hors OTAN de l’Europe, alors que le président des Etats-Unis vitupère contre tout le monde face à un cimetière rempli de victimes du Covid-19 (merci à Kroll pour son super dessin), alors que Jair Bolsonaro dévaste par le feu la forêt amazonienne, alors que des populations civiles désarmées meurent sous les bombes en Syrie et au Yémen, alors que le gouvernement israélien entend bien voler les terres de Palestiniens, il faut être culotté pour dire « Tout va bien ». Et en Belgique de surcroît !

Et pourtant, plus que jamais il nous faut donner la parole à ces militants d’une nouvelle génération qui veulent que change le monde y compris celui de notre information. Parmi eux, voici Actrices et Acteurs des temps Présents et leur Manifeste du « Pays dans un Pays ».

Acteurs des temps Présents

Il s’agit bien de l’expression du pays trop longtemps silencieux hormis le bruit des luttes syndicales. C’est en effet au moment d’une restructuration catastrophique d’Arcelor Mittal en 2013 avec, en même temps, un très grand nombre de fermes obligées de cesser leurs activités, qu’est né « Acteurs des temps Présents ». Alliance singulière de métallurgistes et de fermiers avec des artistes, des allocataires sociaux, des membres du secteur associatif. Alliance disparate peut-être mais union autour d’une opposition argumentée contre les politiques néolibérales, les logiques d’austérité et d’appauvrissement que nous détaillons si souvent sur entreleslignes.be

Ce premier mouvement « citoyen », suivi par d’autres mobilisations comme Tout Autre Chose, manifestations Climat, Extinction Rébellion, Gilets Jaunes, etc., a organisé « six marches qui ont traversé la Wallonie en avril 2014 en passant par l’occupation de Belspo, siège de la politique scientifique, en décembre 2014 , ou par l’ouverture volontairement éphémère de la Quincaillerie des Temps Présents de juin 2015 à janvier 2016 ou encore par la réalisation de la fresque « Réfléchissez » sur les exclusions du chômage en 2015 », lit-on sur leur site.

Plus récemment, les AdTP se sont investis dans le mouvement des sans-papiers, la protection du secret professionnel des assistants sociaux, la dénonciation des Panama Papers, du CETA, du TTIP, la lutte contre la pauvreté, le soutien au service communautaire… Diverses formes de transgressions, de désobéissances sous des formes caustiques et irrévérencieuses.

La crise du Covid-19 a révélé au plus grand nombre la barbarisation accrue de nos sociétés soumises à la prédation économique et sociale. Les Actrices et les Acteurs ont donc estimé que « le temps est venu de « faire pays dans un pays », c’est-à-dire de créer les conditions d’une mutualisation de territoires, de temps et de moyens menant à la création d’institutions autonomes locales, communes et reliées. »

Manifeste Pays dans le pays

Le manifeste propose de « reprendre en main notre avenir politique, en construisant ensemble un pays dans le pays ».  Ce qui, avertissent les AdTP, « suppose de rompre radicalement avec le capitalisme, système économique, politique et culturel qui est non seulement à l’origine de la situation gravissime que nous vivons, mais qui se donne également pour sa solution en prônant, contre toute raison, l’exploitation ultime de ce qui reste à exploiter, en ce compris les êtres humains comme matière dernière. »

L’objectif est donc de préserver ce qui nous reste de bien commun, la sécurité sociale en premier, et « d’inventer de nouveaux communs », de « reconquérir des territoires politiques, la rue, les quartiers, les champs, les usines, les bureaux. » Et cela, afin « d’établir un récit qui exprime notre réalité et notre histoire propres, et pas celles des puissants. »

Des puissants de plus en plus tentés par des pratiques autoritaires, répressives qui nous mènent au totalitarisme, avertit le Manifeste.

« Nous sommes notre proposition », lancent les AdTP. « Faire pays dans un pays suppose trois choses * De sanctuariser les matières collectives déjà existantes en les soustrayant aux logiques de prédation et de privatisation. * De mettre en commun de façon volontariste des territoires et du temps. * De reconquérir les rues, les quartiers, les communes, les champs, les usines, les ateliers ; de créer des communautés de desseins et des bassins communs. »

Par quel moyen ? « Nous ne pourrons y parvenir qu’à la condition de désobéir. Désobéir collectivement. Désobéir en nous protégeant mutuellement. », affirme le Manifeste. Et ne plus fragmenter les luttes et les combats.

« Il s’agit donc de mettre sur pied des espaces politiques de coopération, de mutualisation, d’échange et de gratuité se fondant sur un usage partagé de territoires et de temps par un nombre important de personnes ; des espaces et des durées où serait exercé et assumé ce qui est public (le bien public) et renforcé et pensé ce qui sera commun (les communs) ; des espaces et des durées où s’élargiraient des territoires mentaux et physiques communs de créativité, de parole, de pensée et de vision autonomes. »

Lisez donc ce Manifeste. Personne n’est obligé d’y souscrire en tout ou en partie. Il s’agit avant tout d’une autre manière de penser notre avenir et chacun peut y apporter sa pierre.

Web Media « Tout Va Bien »

Parmi ces pierres qui visent à édifier une société plus solidaire, organisée autour du « bien commun », il y a le Web Média « Tout Va Bien ». On y réalise des vidéos visant à décrypter des enjeux de société importants. C’est dynamique, incisif, clair et percutant. Problème : leur principale source de financement est le festival Esperanzah! Qui ne pourra avoir lieu à cause de la pandémie du coronavirus. Pour que l’aventure Tout va bien puisse se poursuivre, l’équipe fait appel au financement participatif via Tipee afin de pouvoir continuer à parler d’un Pays dans un Pays. A soutenir sur fr.tipeee.com/tout-va-bien

Relais de quartier

Les Actrices et acteurs des temps présents invitent aussi les comités de quartier, les rues en transition, les repair cafés, les écoles de devoirs, les collectifs locaux, etc... à encourager, soutenir, se mettre à disposition et faire essaimer des systèmes d’attention et d’entraide au niveau de la rue et du quartier. Là où les services sociaux ne réussissent pas toujours à descendre, ajoutent les AdTP. Voici différentes propositions : https://framaforms.org/relais-de-quartier-1585571737

Brigades de solidarité populaire

Elles ont un petit air révolutionnaire poing en l’air mais tout à fait pacifiques : les Brigades de Solidarité Populaire agissent dans la droite ligne du Manifeste Pays dans le pays. De l‘action sociale, de la solidarité avec les plus démunis, les brigades se sont constituées dans divers pays où elles distribuent des repas pour les personnes dans le besoin, des masques et du gel pour prévenir la contagion au Covid-19, des soutiens pédagogiques pour enfants en difficultés scolaires… Bref, « un réseau de groupes d'aide mutuelle auto-organisés agissant pour une auto-défense pour le peuple par le peuple », lit-on sur leur site. Cible première : les politiques néo-libérales. On en trouve à Saint-Gilles, à Bruxelles-Nord et à Watermael-Boitsfort.

Une échoppe des luttes des temps présents

Ce « pays dans le pays » a une économie bien réelle et matérielle, explique Marie Hermant. « Les produits du travail y ont une valeur qui permet au travailleur non seulement de reconstituer sa force de travail – ce qui est la moindre des choses – mais qui lui donne aussi les moyens de jouir de la vie, notamment en finançant des projets et des combats émancipateurs. », écrit-elle.

Une échoppe propose un éventail de ces initiatives ; Marie Hermant nous décrit ce qu’on peut y trouver : Thés 1336 produits à Gémenos (Sud de la France) par la coopérative Scop-Ti, qui a arraché ses outils de travail des mains du géant Lipton au bout de 1336 jours de lutte syndicale (https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/scop-ti-le-terroir-contre-la-multinationale), produits issus de l’agriculture biologique sur des terres confisquées à la mafia, bière destinée à financer les occupations de sans-papiers, huile d’olive de la résistance paysanne en Grèce, sacs que des migrants fabriquent à Lesbos en transformant des gilets de sauvetage abandonnés sur les plages, café en provenance des coopératives zapatistes (Chiapas, Mexique), accessoires en tissus confectionnés à la main par les femmes (et quelques hommes) de la Voix des Sans Papier à Liège, livre qui témoigne de la lutte collective contre le projet de méga-prison à Haren, dans une zone qu’il faut conserver comme terre arable afin de créer une future ceinture alimentaire bruxelloise… A découvrir au DK, 70b rue de Danemark, 1060 Saint-Gilles.

La révolution de la solidarité a décidément belle allure !

Plus d'infos:

https://toutvabien.tv/10-videos-tout-va-bien-sur-la-racisme/

http://www.acteursdestempspresents.be/

Pour contacter les Actrices et Acteurs des temps Présents : infoadtp[at]gmail.com

Tout Va Bien: https://youtu.be/A5yI4a-0w5g  et https://toutvabien.tv

https://www.brigades.info/fr/

https://www.facebook.com/BrigadesSolidaritePopulaire/

 

 

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