semaine 25

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de André Fromont
Haïculs bénis/André Fromont par André Fromont

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18 juin 2017

L’homme bougie et le colvert qui bande.

L’homme bougie et le colvert qui bande.

Le gamin a la tête échauffée
L’homme bougie l’éclaire
« Le plan de l’univers où tu respires
Est apparent dans le parc où tu marches
Et dans chacune de ses milliards de milliards de milliards
De particules »

L’écureuil vit au-delà de la déchirure
Les ados paisibles écroulés dans l’herbe
Ignorent l’iris n° 3 bombardé de poussière
L’univers comme un carré gris
Entouré de cieux
Ceint de parenthèses

Têtards et hirondelles agitent
Leurs milliards de milliards de particules
En bordure d’une météo de tempête
Attaque bleue sur un couple radieux
Et l’univers se rétracte pour eux

Une mère algérienne ignore le vide
Ses enfants jouent
Les chiens se toisent en reniflant
Leurs milliards de milliards de particules
Le plan de l’univers écarte ses poumons verts

Un chat guette une ombre contondante
Des feuilles avalées par une sombre trombe
Quelques copains bavardent naïvement
L’univers disperse à nouveau son plan

Sur le banc, on refait un monde
Sans tâches sur les pelouses
L’univers comme un verger parfait et
Ses milliards de milliards de particules
Graines qui germent infiniment

L’homme bougie
Résorbe le trou noir d’un rongeur
Recolle les feuilles rongées
Rend le canard si viril
Et la cane si moqueuse
L’univers niqué par ses particules
Libres au vent de leurs mouvements
L’univers est un colvert qui bande
Pour un nuage qui passe

fromont, 2006

le film :
<a href="http://www.youtube.com/watch?v=MN9-N2IATk4" rel="nofollow">www.youtube.com/watch?v=MN9-N2IATk4</a>

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12 juin 2017

Harry opère son père

Le père est assis, les yeux fatigués et fiévreux.
"Quand je m'approche de la fenêtre et regarde vers le jardin, je vois la vapeur sortir du mur. Le mur du fond, à droite du sapin. La vapeur s'épaissit, forme un nuage opaque et le nuage devient cheval. Un cheval de trait, un énorme wallon gris. Juste après, c'est trois ou quatre chevaux qui arrachent paisiblement l'herbe de la pelouse."
"Chaque fois que tu viens à cette fenêtre, tu les vois ?"
"Pour le moment, oui, chaque fois. Et de ma chambre, quand je regarde la place communale, c'est des cyclistes qui apparaissent de plus en plus nombreux jusqu'à remplir tout l'espace. Des centaines de cyclistes."
"Toujours des cyclistes ?"
"Sur la place, c'est toujours des cyclistes. Et ici, dans cette pièce, quelqu'un entre par cette porte, ensuite une autre personne, une femme, un enfant, ... Et puis, ça se suit, ils se ruent nombreux et s'installent partout. Debout, assis, serrés les uns contre les autres, sur mes genoux. C'est bizarre."
"Et tu les connais, ces gens ?"
"Non, ils sont inconnus et ils ne disent rien. Ils ne me voient pas. Je ne bouge pas. Ils partent comme ils sont venus. L'autre soir, c'est l'eau qui envahissait la pièce. Elle coulait de partout, de sous les portes, de l'intérieur des armoires, de la télé. Avec violence. Elle m'arrivait aux hanches. Là, j'ai vraiment eu peur!"

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06 juin 2017

Ah ! Les balles à blanc...

Ah! Les balles à blanc
La contagion
L'impatience d'agir
Ah! Les violentes soutanes
Qui pleurent en public
Et planent au-dessus du soupçon
Ah! Les fureurs glaciales
Après tout ce qu'on a fait pour toi
Les instants d'oubli
Ah! La beauté rebelle
De la fine fleur
Au rire obéissant
Par calcul et par intérêt
Ah! La vie de la rue vue à la télé
L'image évanouie
De tout l'or du monde
Ah! La vie lui manque
Au présent tourmenté
Indéchiffrable

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29 mai 2017

Les coordonnées du hasard

Pour trouver les coordonnées du hasard
Il faut
Se trouver le 16 avril 2014
À onze heures quarante-cinq
Face au parvis couvert de fleurs
De l’église de Chichicastenengo
Dans la cohue de la Semaine Sainte
Il faut
Se diriger à gauche
Vers un passage couvert
Décoré de fresques colorées
Il faut
S’y frayer un chemin
Dans la foule dansante
En mouvements flous
Il faut
Mettre la main droite sur son portefeuille
Serrer son appareil photo dans la gauche
Admirer la fresque de l’indien au soleil rouge
Il faut
Lever bien haut la jambe droite
Pour éviter la tête du vieil homme
Profondément endormi sur le sol
Il faut
Porter le dos vers l’arrière
Pour éviter l’énorme bouquet de gypsophiles
Qui chatouille le nez et brouille le regard
Il faut
Tordre son corps vers la droite
Poussé par une indienne, un coffre sur la tête
Il faut
Perdre l’équilibre
Retrouver l’équilibre
Au-delà du vieillard couché
Mettre la main sur la poche droite
Subitement vide
Il faut
Regarder dans les yeux
Un jeune homme qui s’écarte tranquillement
Il faut
Était-il un ?
Étaient-ils trois ?
Était-ce lui ?
Il faut
Constater « Je m’ suis fait avoir »
Pacifiquement
Habilement
Il faut
Photographier les détails de la fresque
Qui avait attiré mon regard
Il faut
Mémoriser
Les coordonnées du hasard

fromont, 2014

&

22 mai 2017

Terminus, dit-elle

Terminus dit-elle
Au beau milieu
Des particules gerbées
Ce n’est pas la taille qui compte
Mais comment on taille
Une poésie qui compte ses pieds
Secousses
…éternité, éternité, éternité…
Poètes
Marchez sur vos particules gerbées
Enfermées dans l’atome

Imagine le tableau, Nadeja
D’un de ces là-haut, l’ange Majorette
Illuminé par trois hautes fenêtres
Soulève de son bâton
Un couvercle qui boîte
Une dame s’incline
Sur une autorité idiote
Qui odore la mémoire
D’une vraie rumeur
Si seulement ce n’était pas la taille qui comptait, Ossip,
Mais comment on taille
… éternité, éternité, éternité…
Poète
Compte tes pieds
Jusqu’au terminus
Où ils te descendent

Ré, 03/05/2010

Écrit après la lecture de "Contre tout espoir" de Nadejda Mandelstam

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15 mai 2017

Collégiale Canicule

Collégiale Canicule

J’entre dans la Collégiale
Pour prendre le frais
Froideur de l’orgue muet
Sourire d’un ange de calcaire
Délicat

Murs alourdis de peintures
Sombres
Noires de sang, de douleurs
Coagulées
Des peintures d’Ivoiriens comme dit Albert
Mon ami

Monte en moi une révolte de zèbre
Violent désir de lumière
Et de sabre
Je pense à Godot
Au grand Godot
Qui certaines nuits sautait sur sa jument
Et fendait Carnières au galop
Déguisé en Zorro
Sabreur d’étoiles
Grand Godot
Zorro et zèbre
Beauté du sabre
Comète

J’écarte les craquelures, les fissures des toiles
Comme une brise
Je plonge les yeux dans les plaies
Je coupe, colore, redresse, recouds
Beauté du zèbre

Voyez...
Les teintes timides des arrières
Les clartés veloutées des caves
Des vies qui aurorent
Champagne
Canicule
J’ai transpiré dans la fraîche Collégiale

Fromont, 2006

&

08 mai 2017

Marquenterre

Dans ce ciel d'automne
Un fracas de scierie
Implose le silence
Un sursaut de vieille peur me colle à l'écorce d'un saule
De ma tranchée
Mes yeux affolés découvrent l'envol d'une famille de cygnes
Mon corps crispé injecte dans chacune de ses cellules
Une liqueur apaisante
Que je bois chaque jour à la beauté de l'oiseau sauvage.
Que vive en chaque inspiration
Ce terrible baiser de l'effroi qui tue
Et de la splendeur qui bruit.

&

01 mai 2017

Le vol des oiseaux

Personne ne résiste
Au vol des oiseaux

Le vol des oiseaux
Est
Une sortie de l’ordinaire
Une lézarde
Une bonne réponse
Une bonne question
Une espèce de tourbillon
Un mauvais tour
Un bon tour
Un effacement des traces

Le vol des oiseaux
Est
Aussi simple que possible

Au vol des oiseaux
Personne ne résiste

Au vol des oiseaux personne ne résiste...

26 avril 2017

La vérité ?

La vérité ?
Surgie de nulle part
Une illusion ?
Restée hors champ
Deux inconnues à cette adresse

Une illusion ?
Surgie de nulle part
La vérité ?
Restée hors champ
Deux inconnues à cette adresse

Fromont, 2011

&

18 avril 2017

Tout est vrai

Le vide en moi
L’océan à nouveau
Un parfum de curry
Je dévore des yeux
La route poussiéreuse
Silence
Les anonymes et les illustres
Font naufrage
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Saute le couvercle
De la bonne aventure
Odeurs de poudres
Et de soupe au lait
Le ménage est fait
Je bois le pousse-café
Au bord de l’océan profond
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Le soir à la télé
Les ignorants et les savants
Empileront les sous-entendus
Seconde après seconde
Off the record
Ici bas
Bas c’est bas
Et
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Le sel
Les vagues
Le bleu
L’écume
Le pousse-café
L’océan
Tout est vrai

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