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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit... par Henry Landroit

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27 juin 2018

Travailler, c'est pénible...

 

Depuis que le taux de « pénibilité » des métiers pourra influencer l’âge auquel nous aurons droit à la pension, les différentes corporations se bousculent au portillon du ministère pour faire valoir leurs droits... La dernière en date : les douaniers !
Il y a pourtant longtemps que l’on sait que le travail, c’est pénible ou plutôt, le plus souvent, difficile. Il suffit de se pencher sur l’étymologie du mot : trepalium, instrument de torture. Mais Littré comme d’autres linguistes après lui, a contesté cette étymologie...
Quoi qu’il en soit, dans le langage commun, ce terme a aussi bien une intention péjorative que valorisante comme dans « beau travail » par exemple.
J’ai donc été étonné d’entendre puis de lire que le travail des enseignants allait être reconnu comme pénible. Certes, je ne nie pas qu’il puisse être difficile (particulièrement au niveau secondaire), mais probablement ni plus ni moins que bien d’autres métiers qui exigent aussi des compétences diverses, non seulement des savoirs, mais également (et surtout ?) du savoir-faire, de l’entregent, des connaissances dans le domaine psychologique, une culture générale approfondie, etc.
À ce titre, je crains que la plupart des professions ne se reconnaissent dans cette description sommaire et se croient autorisées à réclamer une reconnaissance de pénibilité automatique...
Personnellement, ayant travaillé près de quarante ans dans l’enseignement, je n’ai pas eu l’impression de pratiquer un métier particulièrement pénible. Difficile, compliqué, certes, mais pas pénible... Évidemment, la pensée de Confucius a dû m’accompagner durant toute ma carrière (« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie »), ce qui n’est pas le lot de tous les travailleurs. Ainsi, « aimer son travail » est-il devenu une expression peu utilisée. Comment en est-on arrivé là ?
Et pourtant, au seuil de la retraite, il y a deux types de personnes. Celles qui l’ont attendue patiemment pour avoir enfin le temps de réaliser des rêves inachevés ou pour tout simplement développer des passions jusque là impossibles, et celles qui sont inquiètes, stressées à l’idée de disposer de tout leur temps désormais, elles ne savent pas comment gérer cette liberté si chèrement acquise.
Ça doit exister, mais si ce n’est pas le cas, je vais lancer une entreprise de « coaching » pour permettre à la seconde catégorie de se préparer au grand saut. Je vais enfin me faire un fric bête !

 

 

26 avril 2018

Les nouveaux mots des Grands...

Les grands de cette planète, se rendant compte que les mots sont les portes d'entrée de la réalité de ce monde n'hésitent pas à en remettre au gout du jour ou parfois même inventer de toute pièce des mots nouveaux pour pimenter leurs discours.

Ainsi, Jacques Chirac surprendra-t-il nombre de ses spectateurs, en 2000, lors d'une émission télévisée, en utilisant l'expression « C'est abracadabrantesque ! » à propos de révélations sur les financements de son parti. Les plus érudits des journalistes retrouvèrent cependant ce terme dans le livre Les vagabonds de Mario Proth (1865) : « Il a usé le plaisir sans trêve, les voluptés faciles, l'excentricité superbe, l'orgie abracadabrantesque. » On peut donc considérer que c'est bien cet auteur qui a créé ce néologisme cent-trente-cinq ans auparavant. Arthur Rimbaud, à son tour, l'emploie dans le poème « Le cœur supplicié » en 1871 :

Ô flots abracadabrantesques

Prenez mon cœur, qu'il soit sauvé.

Ithyphalliques et pioupiesques

Leurs insultes l'ont dépravé !

Remarquez au passage que nous avons échappé à pioupiesque (qui ne réussit jamais à entrer dans les dictionnaires) et ithyphallique, mot rare dont je n'ose même pas vous donner la définition.

 

Sarkozy s'y est mis, lui aussi. À propos de François Hollande, il a dit : « Je comprends qu'il soit tourneboussolé » et à une autre occasion, il a parlé de méprisance, vieux mot français cependant.

Mais il reste célèbre pour ses phrases incompréhensibles :« On a reçu un coup de pied au derrière, mais c'est pas parce que vous voulez renverser la table que vous descendez de la voiture dont vous vous abstenez de choisir le chauffeur ».

Jean-Marc Ayrault n'était pas en reste en inventant le terme « cressonisation » pour désigner un homme ou une femme politique dont la communication est farcie d'erreurs (en référence à Édith Cresson).

Et ne nous attardons pas sur raffarinades, juppettes, balladurette, lepénisation, néologismes construits sur des noms d'hommes et femmes politiques.

Ségolène Royal avait, de son côté, attiré l'attention en utilisant le mot « bravitude » sur la muraille de Chine, en 2007 :  « Comme le disent les Chinois, qui n'est pas venu sur la Grande muraille n'est pas un brave. Qui va sur la Grande muraille conquiert la bravitude ».

En outre, François Fillon a déclaré qu'il était inénervable, J. M. Le Pen a inventé le terme ripoublique pour désigner la République des ripoux. Jean-Luc Mélenchon s'est fendu du mot-valise austéritaire.

Bon, entendons-nous bien. il n'est pas dans mes intentions de critiquer celles et ceux qui inventent des mots ou qui utilisent des mots rares, je le fais souvent moi-même. La langue vit et évolue. Les mots existent avant d'apparaitre dans les dictionnaires. En moyenne, cent-cinquante mots sont « reconnus » par les dictionnaires annuellement. Le nombre de mots nouveaux est bien plus important dans les dictionnaires techniques et scientifiques, amenés à en reconnaitre pour désigner des concepts ou des objets nouveaux. Le Trésor général des langues et parlers français à Nancy a répertorié ainsi plus de 1 200 000 mots différents alors que 3500 mots nous suffisent amplement dans nos conversations quotidiennes...

Je constate simplement que les néologismes ou les mots rares utilisés publiquement par les grands de ce monde sont immédiatement remarqués et font l'objet de commentaires approfondis sur les réseaux sociaux. Nous ne sommes pas tous égaux apparemment dans ce type d'exercice. Autrement dit, un quidam qui inventera un nouveau mot aura évidemment moins d'impact qu'une vedette ou un homme politique.

Il convient d'ailleurs de ne pas crier à chaque fois au néologisme. L'exemple d'abracadabrantesque le démontre déjà. En avril 2018, Emmanuel Macron a utilisé le verbe impuissanter : « À plusieurs reprises, plusieurs membres de la communauté internationale se sont organisés pour impuissanter l'ONU et l'Organisation internationale de lutte contre les armes chimiques ». Il figurait déjà dans un de ses discours en janvier de la même année.

Ce verbe est inconnu des dictionnaires. Cependant, il est compréhensible par tout un chacun. Il nous semble familier, car il est bien construit avec le préfixe « im ». Cependant, très peu de verbes ont été construit sur ce modèle en partant d'un adjectif (perméable a donné imperméabiliser, mais c'est bien l'un des rares). Certes, il aurait pu dire « juguler », « neutraliser » ou encore « rendre impuissant », « dompter », etc. Mais en creusant un peu, l'on s'aperçoit qu'impuissanter a été utilisé pour la première fois en 1557 par Philibert Bugnyon, juriste et historien français, dans le seul ouvrage de poésie qu'il publia, les Érotasmes de Phidie et Gélasine.

Plus près de nous, Jean-Pierre Chevènement utilisa également ce mot en 2009. Donc, manifestement, ce mot n'a pas eu de chance et n'a pas été retenu pour figurer dans les dictionnaires, vu qu'il était très peu utilisé.

En apparaissant dans notre langue d'aujourd'hui, par intermittences et dans la bouche ou sous la plume de personnages médiatisés, ils ont peut-être une chance de reconquérir du terrain en sortant d'un oubli parfois immérité.

 

Henry Landroit

 

 


 
30 mars 2018

La vérité enfin révélée sur la résurrection

À nouveau, le pape François va faire parler de lui. De source sure, nous savons qu’il va tenter de déstabiliser la Curie en annonçant au balcon de Saint-Pierre, ce dimanche de Pâques 2018, devant une foule de pèlerins particulièrement dense comme d’habitude que la vérité venait enfin d’être découverte à propos de la résurrection du Christ.

En effet, de multiples recherches entreprises par des moines (car c’était un véritable travail de moine) concordent : ce n’est pas la première fois que la fête de Pâques tombe un 1er avril. Depuis 33, c’est arrivé exactement 147 fois. Troublés par cette constatation, les membres de la Commission de la Foi ne manquèrent pas de s’en ouvrir au Saint-Père, un soir où il n’était pas occupé à refaire le monde. François, méfiant, demanda au célèbre mathématicien Cédric Villani de refaire tous les calculs. Ce dernier, bien que n’étant ni de droite ni de gauche, accepta la mission. Quelques jours après, il remit au Pape son rapport de 246 pages. François mit quand même deux semaines à le lire (et à le comprendre, n’étant plus guère familier des équations) quand il découvrit page 95, avec un certain étonnement, un élément nouveau. Villani écrivait en effet :    « Par Jupiter, - c’était une de ses expressions favorites depuis qu’il avait été élu député -, le dimanche de Pâques tombait lui aussi le 1er avril en l’an 33 ! ». Cette remarque éveilla l’attention du pontife qui informa les moines responsables de l’étude préalable. Ce détail leur avait échappé. Ils avaient en effet fait commencer leurs calculs après l’année de la crucifixion. Boris Cyrulnik, qui préparait justement un livre sur la psychologie des apôtres et des relations internes à leur équipe, s’attardant sur le caractère de chacun d’eux, fut mis au courant de l’affaire par on ne sait quelle indiscrétion. Il demanda une audience au pape et lui révéla que ses recherches avaient enfin abouti. « Quand on réunit douze personnes, dit-il, surtout dans le but d’en faire une équipe de choc, nous, les psychologues, savons depuis longtemps que l’on y trouve inévitablement des caractères très différents (voyez les sept nains). En ce qui concerne les apôtres, l’on reconnait facilement Judas, l’hypocrite, Jean, le sérieux, Marc et Luc, les futurs écrivains inspirés, etc. » Jusqu’à présent, la personnalité de Pierre avait échappé aux analyses, mais en fait, c’était le plus rigolo de tous... bien qu'aussi le plus colérique. Il est vrai que dans ce groupe particulièrement cul serré, il en fallait peu pour paraitre comique. Cependant, un évangile apocryphe, retrouvé en 1728 dans un coin reculé du Canada, très bien conservé dans la glace, nous apprend combien les onze autres apôtres s’étaient esclaffés – mais dignement et sous cape – lorsqu’ils avaient entendu Jésus déclarer : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». Ils connaissaient l’humour inénarrable et le gout prononcé pour les jeux de mots de leur copain. Nul doute qu’il l’avait soufflé à son maitre en cette grande occasion.

L’hypothèse avancée ensuite par Boris ne manqua pas de troubler François. Il suggéra que Pierre, très accablé au lendemain du vendredi tragique, voulait se changer les idées et celles de ses compagnons. S’apercevant que le dimanche était un 1er avril et anticipant l’association entre poisson et ἰχθύς (Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur) qui devait se faire bien des années plus tard, annonça à ses coreligionnaires que Jésus était ressuscité. Les théologiens ne sont pas d'accord sur l'origine de cette association dans le chef de Pierre : était-ce inconscient ou prophétique ? La nouvelle se répandit à la vitesse de la lumière, bien évidemment. Les jours suivants (que dis-je, les mois, les années), Pierre eut beau crier sur tous les tons et les toits que c’était un poisson d’avril, rien n’y fit. L’idée était trop belle, on en fit même un dogme !

À la mort d’Umberto Eco, l’on retrouva un de ses manuscrits inachevés racontant l’histoire réelle du mythe de la résurrection. Le grand sémiologue avait découvert le pot aux roses un soir d’errance dans sa fabuleuse bibliothèque dans un autre évangile apocryphe qu’il feuilletait de temps à autre pour stimuler son imagination quand il était en panne d’écriture pour ses romans historiques. La Commission Internationale de Théologie du Vatican, mise au courant discrètement de l’affaire, avait fait des pieds et des mains pour que ce récit reste dans un coffre dont le code secret serait connu seulement du pape lui-même, d’un cardinal choisi pour sa probité exemplaire et de la famille d'Umberto. La Pénitencerie apostolique proposa l’indulgence plénière à cette dernière en échange d'une promesse de secret mais, par respect pour la mémoire du grand homme, elle refusa.

Les Archives Secrètes Vaticanes déployèrent des moyens financiers importants pour acheter le manuscrit, mais là encore ce fut l’échec.

Le secret avait été gardé jusqu’il y a peu, mais un petit-fils particulièrement doué du grand écrivain parvint à percer le secret du code, lut le texte de son grand-père sous ses draps à la lueur d’une lampe de poche et transmit ces informations à Boris Cyrulnik qu’il adorait malgré son jeune âge (il avait été diagnostiqué Haut Potentiel dès ses quatre ans lorsque sa mère s’aperçut qu’il comprenait le théorème des deux lunules d’Hippocrate de Chios).

La question nous brule maintenant les lèvres : « Comment François va-t-il gérer cette affaire ? ».

Va-t-il pouvoir rassurer les nombreuses grenouilles de bénitier qui risquent l’évanouissement à l’annonce de cette découverte ?

Résistera-t-il à la pression des chocolatiers de tout poil venant le supplier d’étouffer cette affaire afin de préserver la coutume des œufs de Pâques et son commerce lucratif dans lequel d’ailleurs l’on sait depuis peu que le Vatican a aussi ses intérêts occultes ?

Si les cinquante chocolatiers de Bruges envoient en délégation les gérants de l'Univers de Charlotte ou mieux du Comptoir de Mathilde auprès du Primat de Belgique Jozef de Kesel pour qu'il intervienne auprès de François, cela sera-t-il suffisant ?

Comment pourra-t-il empêcher que la presse s’en empare et que Stéphane Bern n’en fasse une émission spéciale sur France 2 retransmise quelques jours plus tard sur TV5 Monde avant d’être installée ad vitam æternam (si j'ose dire) sur purepeople.com et de provoquer des débats interminables sur les réseaux sociaux ?

Comment pourra-t-il expliquer ce changement à la Commission interdicastèriale du Catéchisme de l’Église ?

L’avenir nous le dira. Restons attentifs lors des prochains journaux parlés et télévisés.

Mettons en garde nos enfants et nos adolescents afin qu’ils n’avalent pas n’importe quoi.

Et comme toujours, préparons-nous soigneusement à bien séparer le bon grain de l’ivraie, les fausses nouvelles étant si fréquentes quand on se met à s’intéresser aux religions.

28 mars 2018

Y en a qui fêtent Mai 68 à leur façon...

Libre à n’importe qui de fêter Mai 68  : les soixante-huitards attardés (comme on les appelle injustement), les femmes et hommes politiques, les présidents, les écoles, les enseignants, les étudiants, les journalistes, bref tout le monde.

À coup de reportages divers, d’interviews d’acteurs et d’actrices de l’époque (il faut se dépêcher, bientôt ils ou elles ne répondront plus au téléphone ou auront perdu la mémoire), les radios et les écrans évoquent ce temps, béni pour les uns, honni pour les autres.

Mais évoquer Mai 68 à coups de battes et de barres de fer, c’est plus inédit, ça fait plus tendance. C’est ce qui est arrivé en France, un peu avant l’heure il est vrai.

 

D’abord au Lycée autogéré de Paris, une dizaine d’individus armés de barres de fer ont agressé étudiants et professeurs. Saluts nazis et insultes homophobes étaient de la partie.

Il est clair que le Lycée, ne serait-ce que par son nom, se devait d’attirer ce genre de personnages. Cette fois, ils procédaient à visage découvert comme membres du groupe GUD (Groupe union défense), un syndicat étudiant habitué aux actions violentes.

 

Ensuite à la Faculté de droit (sic) de Montpellier, où des étudiants manifestant contre le Plan étudiants dans un amphi ont été agressés à coups de poing par des hommes cagoulés et armés de planches cloutées et de tasers (il faut dire que l’atmosphère était électrique, si j’ose dire). Bilan  : plusieurs personnes blessées, trois hospitalisations...

Le doyen apparait comme étant de mèche avec les agresseurs en leur facilitant l’accès aux bâtiments. Il démissionnera par la suite. Les agents de sécurité laissent faire... On aura tout vu. Des étudiants ont même reconnu certains de leurs professeurs parmi leurs agresseurs.

 

Décidément, cinquante ans après, on peut s’interroger longuement sur les effets de Mai 68. De grands ténors de l’époque comme Daniel Cohn-Bendit, Alain Geismar et d’autres soutiennent Emanuel Macron qui se tâte pourtant pour commémorer cet évènement (le fera, le fera pas ?) et pratique une politique à cent lieues des idéaux de 68.

 

On dit que pour qu’une idée nouvelle s’implante dans notre société, il faut en moyenne septante ans.

Rendez-vous en 2038 ?

 

 

 

20 mars 2018

Merde alors !

Je me savais très féministe (ceux et celles qui en douteraient encore n’ont qu’à feuilleter mes différents blogues ou interroger les femmes de leur entourage ; à mon avis, plus d’une sur deux approuvera). Féministe donc, mais pas au point de devoir passer ce matin une mammographie et une échographie  ! J’ai obéi à mon médecin suite à une petite douleur au mamelon gauche (vous saurez tout).

Je me présente donc au bout de la ligne 69 (sic) du 5e étage de l’hôpital d’Ixelles. La préposée est occupée à régler une histoire difficile au téléphone. Elle a les yeux rivés sur son écran, mais elle a senti ma présence. C’est pourquoi elle me dit  : « Et pour Madame, ce sera ? ». Mon sang ne fait qu’un tour. Ouf, elle se rattrape en levant les yeux sur moi. Ma moustache et ma barbe ne font aucun doute. « Oh ! Excusez-moi, Monsieur... ».

Bon, le supplice va commencer. Beaucoup de femmes m’ont dit à quel point cet examen qu’elles devaient endurer régulièrement était désagréable. Je sais maintenant qu’elles exagéraient (comme toujours). Pour la mammographie, j’attends beaucoup de la personne qui me reçoit  : tendresse, compétence, explications. Je dois me contenter de  : « Bon, on va vous faire deux obliques », ce qui, je l’avoue, ne m’avance guère. Elle me demande de ne pas bouger (alors que je ne bouge pas). Je n’aurai rien comme autres renseignements (je suppose qu’il faut attendre les résultats). Une petite tape d’encouragement sur l’épaule m’aurait suffi. Si c’eut tété été un mec, peut-être qu’il se serait permis ce geste, enfin, passons.

Je passe dans la pièce d’à côté. C’est là que les brumes vont s’éclaircir. L’échographie peut commencer. Même moi, je parviens à distinguer sur l’écran la différence entre les deux mamelons. À gauche, il y a effectivement un très léger gonflement. La panique s’installe, mais heureusement, la médecin est transparente et m’explique. Aucune gravité. Après m’avoir demandé de décliner la liste des médicaments qui enchantent mes levers et mes couchers, elle émet l’hypothèse que l’un d’entre eux est responsable (c’est ce qu’on appelle pudiquement un effet indésirable). Elle me renvoie bien entendu chez mon médecin traitant. L’affaire est close.

Un petit conseil à mes frères (ennemis ou amis) : surveillez de temps à autre votre poitrine, nous sommes nous aussi sujets au cancer de ce côté.

Une petite question à mes sœurs (toutes amies ou presque)  : ne trouvez-vous pas injuste que nous puissions être atteints d’un cancer du sein alors que vous ne souffrez jamais d’un cancer de la prostate ?

Encore une manifestation éclairante de l’inégalité entre les hommes et les femmes !

Henry Landroit


 


 

28 janvier 2018

Faire pipi assis

On connait le féminisme, mais on connait moins le masculinisme.

Les masculinistes sévissent maintenant sur la toile. 

Dans le film « La domination masculine », interrogés par le réalisateur, ils stigmatisent les hommes alliés des femmes et qui « font pipi assis ».

La honte ! C’est donc un signe de virilité dérangée pour ces machos.

Vers mes trente-cinq ans, je me suis surpris assis sur le pot pour uriner.

C’était bien agréable, ma foi... Depuis, c’est devenu une habitude.

Quelle jouissance ! Imaginez, la main n’est plus obligée de guider l’engin récalcitrant, responsable souvent de taches douteuses sur la lunette.

Imaginez une sensation de liberté totale, comme doivent en éprouver nos compagnes.
 Je suis persuadé que si l’homme avait dès le début décidé d’assurer cette fonction comme la femme (ou si Ève y avait initié Adam), beaucoup de problèmes auraient été résolus dans nos relations...

Certes, s’il avait décidé aussi de passer l’aspirateur, de langer les bébés, de faire la vaisselle, de la laisser voter, de ne pas la voiler (et j'en passe), bien des choses auraient encore évolué.

Non seulement l’homme ne peut pas faire pipi assis pour les masculinistes, car il renie ainsi une virilité durement acquise et maintenue, mais il ne peut pas pleurer. Déjà, on l’en déshabitue, petit garçon. Ne pleure pas comme ta sœur.

Alors, il crâne toute sa vie, il serre les dents, ses mâchoires se contractent. C’est pour cela que le créateur, dans sa bonté divine, l’a pourvu, dès son adolescence, d’une barbe camouflante (mais que certains s’obstinent pourtant à raser tous les matins).

Je l’avoue, moi aussi je pleure. Non, pas à tout bout de champ (bien qu’il y aurait matière rien qu’en ouvrant son journal, sa radio ou sa télévision). Mais de temps à autre. Certes, rarement en public. Mais par exemple sur un lit d’hôpital, en 2005, devant mes visiteurs, après un accident vasculaire cérébral. J’avais une excuse toute prête, évidemment.

La prochaine fois ? Je ne sais. Mais sans complexe, en tout cas... 


 

26 janvier 2018

Montessori, encore


Probablement en raison de la marchandisation outrancière dont la pédagogie Montessori est l’objet, cette pédagogie jouit aujourd’hui d’une couverture médiatique sans précédent. Il est difficile d’entrer dans une librairie ou une grande surface sans découvrir en tête de gondole du matériel Montessori et des livres d’initiation pour les enseignants et surtout pour… les parents.
Tout ce ramdam à propos de cette pédagogie a cependant un effet bénéfique. Tout ce qui avait été un tant soit peu occulté jusqu’à présent renait au grand jour.
Le documentaire "Révolution école" (1) (2016) qui présente les pédagogues de l’éducation nouvelle, leurs options et leur action de 1918 à 1939, évoque Decroly, Ferrière, Freinet, Steiner, Geheeb, Alexander Neill et bien entendu Maria Montessori et ses rapports avec Mussolini qui subventionna ses jardins d’enfants et la formation de ses institutrices. « Cet homme plein de curiosité, cet esprit extrêmement ouvert sur tout et qui veut tout connaitre, posa un jour les yeux sur ma méthode. Il lui suffit de savoir que ma méthode jouissait de plus de crédit à l’étranger qu’en Italie, il promit son aide enthousiaste pour que soient instituées partout des écoles. » dit-elle. Ce rapport vénéneux entre le duce et la pédagogue est illustré dans ce film par une séquence tournée dans son école. Au bas de cette page, vous trouverez une capture d’écran.
Oui, vous avez bien lu. Le texte composé avec des lettres mobiles par la fillette est « Benito Mussolini aime beaucoup les enfants. »
Certes, objecteront les fans de la doctoresse, mais il faut tenir compte de l’époque et aussi du fait que Maria Montessori émigra en Espagne, fit un passage en Indes puis s’installa aux Pays-Bas lorsque Benito voulut imposer l’uniforme fasciste aux élèves de ses écoles. Peut-on tout pardonner suite à une prise de conscience si tardive ? Là est toute la question.


Les connotations religieuses
D’autres aspects ont été occultés, par exemple, les intentions de base de M. Montessori en créant ses écoles. Les connotations religieuses sont partout. Encore maintenant, dans la plus ancienne école Montessori de France (Roubaix) où a été tourné le film récent (2015-2017) « Le maitre est l’enfant », les activités de la classe se déroulent à l'ombre attentive d’un crucifix.
M. Montessori ne cachait pas les valeurs religieuses sous-tendant sa pédagogie. Qu’on en juge par les références pédagogico-religieuses des écoles catholiques Montessori et par le soutien que Paul VI et Benoit XVI manifestèrent à l’égard de sa pédagogie.
Dans Dieu et l’enfant, la pédagogue donne un aperçu de ses convictions profondes à ce propos. Elle y parle de l’enfant-messie. À l’enfant, a été confiée une véritable mission divine. En 1905, à Barcelone, elle aménagea dans une école une chambre sainte, l’atrium,destiné à l’éveil religieux des enfants. Le pape Paul VI lui rendit hommage en 1970 en déclarant, lors d’un congrès qui lui était consacré : «Tout comme l’activité des enfants à l’école les prépare à la vie, leur initiation sacramentelle et liturgique est le porche qui les introduit dans la communauté des enfants     de Dieu ».
La doctoresse ajoute : « Les murs de cette salle porteront en inscriptions des textes sacrés et des prières, je voudrais que les dix commandements fussent gravés sur une pierre à hauteur des enfants, à côté d’une statue de Moïse, derrière un candélabre avec les sept bougies… Le travail dans cette chambre comporterait naturellement : l’histoire biblique, l’étude des doctrines, l’histoire de L’Église et de la vie des saints et même... la messe sainte. Les enfants y porteront une blouse blanche comme l’Enfant Jésus... et on pourra, sur l’épaule, broder une croix symbolisant l’obligation pour chacun de supporter sa part de misère... »

La conception du travail
Dans une classe Montessori, les enfants sont sollicités pour réaliser un "travail" : boutonner ou lacer des vestes tendues dans un cadre de bois, verser de l’eau dans un pot sans renverser, repasser des serviettes, des mouchoirs, utiliser des puzzles, allumer et éteindre une bougie, etc. Il s’agit là d’une pédagogie de l’exercisation. Le sens des activités est absent pour l’enfant. Il les réalise parce qu’elles sont mises à sa disposition par l’enseignant.e dans la panoplie toujours plus riche des boites sur les étagères du local.
Aucune noblesse, aucune motivation (si ce n’est de s’occuper et de satisfaire les exigences des adultes) dans cette façon de faire. Il s’agit là d’une conception du travail qui n’a rien à voir avec celle que défend Freinet, par exemple, dans L’éducation du travail. Pour ce dernier, tout travail a un sens, tout travail est une réalisation qui sert à l’enfant comme à l’adulte ou à la communauté. On apprend à attacher les boutons de sa veste (pour peu qu’ils n’aient pas été remplacés par des fermetures éclair) dans la vie quotidienne même, parce qu’on doit s’habiller pour sortir, parce qu’il fait trop chaud et qu’on doit la retirer. On apprend à verser correctement un liquide dans un pot parce qu’on cuisine et que la recette demande des proportions précises. On repasse des vêtements, des accessoires textiles parce qu’on les a lavés (figurez-vous qu’ils étaient sales !) et que maintenant, il faut les repasser.
Une conception du travail à cent lieues de celle d’une classe montessorienne.
Dans le film cité ci-dessus, un éducateur, qui n’a pourtant que les mots de liberté et créativité à la bouche, intervient auprès d’un petit de 4 ans qui vient de se permettre de fabriquer un avion avec un bout de carton et des pinces à linge et le fait voyager autour de lui. Ce n’est pas cela qu’il devait faire, car la boite qu’il avait choisie sur les étagères était destinée à lui apprendre à utiliser des pinces à linge en les pinçant symétriquement sur le périmètre d’un bout de carton.
La façon de voir de la pédagogue italienne séduit-elle nos dirigeants (comme elle a séduit Mussolini), car ils considèrent que cela prépare les enfants à leur avenir social, c’est-à-dire exécuter des tâches dans une société, une usine, un bureau sans en percevoir nécessairement les tenants et les aboutissants, donc le sens, toujours le sens ?
Les parents sont interpelés par les adeptes de la pédagogie Montessori. La césure juste, utile et nécessaire, entre le milieu scolaire et le milieu familial est abolie. La famille est incitée à reproduire à la maison un milieu éducatif montessorien et de s’initier aux activités proposées.
Sur le blogue « Montessouricettes.fr » (!), l’on trouve ces conseils aux parents :
●N’attendez plus de trouver une école Montessori abordable : votre enfant grandit et c’est maintenant que vous pouvez le faire bénéficier de cette pédagogie. Ce mini-cours GRATUIT vous donnera les bases essentielles.
●N’allez pas trop vite ni trop lentement : apprenez à reconnaître les périodes sensibles pour présenter chaque activité au bon moment.
●Découvrez la joie dans les yeux de votre enfant quand il se versera son premier verre d’eau tout seul : vous êtes guidé pas à pas, du choix du matériel à la présentation.
●Rejoignez des centaines d’autres Montessouricettes qui se sont déjà lancées ! Ici, pas de marketing, mais une formatrice sérieuse, fidèle à la philosophie de Maria Montessori.

Dans un autre ordre d’idées, Stephen Jay Gould rappelle dans « La mal-mesure de l’homme » (Le Livre de poche, essais, p. 123) (2) que « Maria Montessori n’était pas une égalitariste, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle approuvait la plupart des travaux de Broca (3) et la théorie de la criminalité innée proposée par son compatriote Cesare Lombroso. Dans ses écoles, elle mesurait la circonférence de la tte des enfants et en déduisait que ceux qui avaient une grosse tête étaient promis à l’avenir le plus brillant. »

À la lecture de cet article, il y aurait de quoi s’étonner de me voir m’acharner sur cette pédagogie. Je le fais seulement parce que je crois qu’il faut analyser toute mode pédagogique à la lumière de l’histoire. Ce sont les derniers évènements, c’est-à-dire la marchandisation du matériel Montessori auprès des parents, la place médiatique outrageusement importante qui a été accordée à Céline Alvarez, l’oreille attentive que lui ont prêtée nos dirigeants et la séduction exercée sur de nombreux enseignants qui m’ont poussé à mieux comprendre les racines de cette pédagogie. Son succès auprès du public tient en grande partie au fait qu’on leur présente des enfants étonnamment calmes (ce dont rêvent tous les parents), qui se contrôlent (et que l’on contrôle !).


Qu’en pensait Freinet ?
Laissons la parole à Georges Piaton (4) :
« Freinet d’emblée se montrera circonspect.
Dès 1930, tout en admettant que ces recherches constituent une “méthode” bien que l’on découvre peu à peu... des faiblesses ou des erreurs qui leur enlèveraient tous droits au titre, il éprouve à leur contact une impression d’artificialité, inductrice d’une insatisfaction certaine bien qu’encore implicite, que cristallisera en 1932, le Congrès de Nice tout entier dominé par le prestige de M. Montessori.
C’est à cette occasion que Freinet et ses camarades virent des enfants qui, idéalement sages et beaux, mais comme d’un autre âge dans leurs fanfreluches rococo, évoluaient au milieu du matériel de luxe qui les sollicitait... dans une atmosphère de singes savants. Rien ne pouvait plus les heurter et l’agressivité qui succède à leur étonnement explique peut-être tant la partialité dont ils font preuve alors, que leur méconnaissance des multiples possibilités offertes par les jeux des petits prestidigitateurs montessoriens. Certes, quelques mois plus tard, cette impression désagréable s’estompe et, traitant des grands pédagogues des temps modernes qui n’ont pas craint d’entrer dans les détails pratiques de l’organisation scolaire, Freinet cite Maria Montessori qui ne s’est pas contentée de divulguer les principes nouveaux de sa pédagogie... a créé, fabriqué et fait fabriquer un matériel ingénieux auquel elle attache sans doute plus de prix et de vertus qu’à ses meilleurs écrits.
S’il lui arrive, par la suite, de vanter la pédagogie montessorienne qui lui semble parfois à tel point proche de la sienne qu’il se définit par elle, cela ne l’empêche pas d’écarter tout ce qu’elle a de scolastique ou d’hyperspectaculaire, de critiquer sa conception psychologique d’un esprit absorbant de l’enfant ou de condamner un matériel immuable qui ne répond plus aux impératifs de notre siècle, donc fait que cette méthode se meurt pour n’avoir pas su, pas voulu s’adapter.
Cette quête de procédures d’enseignement qui permettraient d’intensifier l’impact de l’institution scolaire et, plus généralement, de toute action éducationnelle ne se limite point à ces seules réalisations promptement analysables, tant pour Freinet leurs insuffisances sont criantes et leurs implications bourgeoises manifestes. »


Il faudra faire un de ces jours une même analyse de la pédagogie Steiner. Michel Onfray a commencé à le faire dans Cosmos (5) en mettant en relief les contradictions de l’anthroposophe. Il reste à démonter la pratique pédagogique qui s'en est inspirée.
Parmi les pédagogies dites nouvelles, Montessori et Steiner n’avaient de « nouveau » qu’une autre façon de concevoir la pédagogie. Pour ma part, je considère qu’il ne se justifie pas de les associer pour cette seule raison aux autres pédagogues de l’éducation nouvelle.
Henry Landroit

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1 Entre autres : « 80 activités Montessori pour les 6-9 ans», « 150 activités Montessori à la maison pour les 0-6 ans » (trier des objets par taille, transvaser des graines d'un bol à un autre, faire un bouquet, visser et dévisser des bouchons de bouteille, ranger des cartes, etc.),« Montessori à la maison » 0-3 ans, « Donner confiance à son enfant grâce à la méthode Montessori » et toujours plus fort :« La pédagogie Montessori à la maison » - 200 activités...

2 Ce livre recense les multiples initiatives de l'homme pour mesurer ses performances, son intelligence...
3 Grand maitre de la craniométrie, Paul Broca (1824-1880) poursuivit de vastes études sur le volume des crânes et conclut, en 1861, que « En moyenne, la masse de l'encéphale est plus considérable chez l'adulte que chez le vieillard, chez l'homme que chez la femme, chez les hommes éminents que chez les hommes médiocres, et chez les races supérieures que chez les races inférieures. Toutes choses égales d'ailleurs, il y a un rapport remarquable entre le développement de l'intelligence et le volume du cerveau ».Les mêmes expériences reproduites plus tard avec plus de rigueur mirent bien entendu à mal ces conclusions hâtives et orientées.
4 Georges Piaton, La pensée pédagogique de Célestin Freinet, Nouvelle Recherche, Privat, 1974
5 https://veritesteiner.wordpress.com/2015/11/02/miche-onfray-critique-de-...

Image: 
18 décembre 2017

Les mots interdits

«Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde». Albert Camus

 

Non, nous ne sommes pas le 1er avril.

Non, cela ne se passe pas dans une dictature lointaine.

Non, ce n’est pas un article du Gorafi.

Cela se passe aux États-Unis. De quoi s’agit-il ?

 

L’inénarrable Donald Trump a pressé son administration d’informer la principale agence de santé publique, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), que dorénavant, certains mots ou expressions seront interdits dans la communication avec ses services (notamment dans la confection des budgets).

Sont concernés  : droit, fœtus, transgenres, diversité, vulnérable, fondé sur la science, fondé sur les faits et prestations sociales.

Le président s’était déjà fait remarquer dans cette manie de faire disparaitre des mots du discours officiel en faisant retirer la page consacrée au changement climatique du site internet de l’agence de protection de l’environnement (EPA). Toute trace de cette question vitale a été retirée du site de la Maison-Blanche.

Ainsi donc, il est possible de nier certaines réalités en supprimant les mots dont elles sont affublées ? La naïveté du président et de son administration n’a décidément aucune limite… Le mot «  stupide  » n’est toujours pas interdit, heureusement !

 

Les mots interdits ou pour lesquels les députés canadiens sont invités à changer la formulation de leurs communications au parlement sont nombreux (328 en fait !). En voici quelques-uns  : visage à deux faces, débile, servilité, couillonner, les petits amis du régime, poltron, pelleter du fumier, sépulcre blanchi, tartuferie, torchon, tripotage, hypocrite, stratagème...

Et depuis 2015, âneries, maquiller, harcèlement, Shylock (un personnage usurier dans Shakespeare) ont allongé la liste !

 

Donc Trump n’a pas le monopole d’avoir édicté une liste semblable. Poutine l’avait fait en 2014 en interdisant une série d’injures dans les arts et les médias, avec amendes à la clé, de 70 à 1400 $. Les gros mots dans les livres devaient aussi être signalés par un avertissement en couverture.

 

On se rend bien compte que dans toutes ces démarches, l’idéologie est manifestement présente.

Je ne jetterai bien sûr pas la pierre aux enseignants qui cherchent à éradiquer du discours de leurs élèves les mots truc, machin, chose, chouette et leurs homologues pour les remplacer par le mot juste ou une phrase (et pourquoi pas plusieurs) afin d’exprimer leur pensée ou leurs émotions avec plus de finesse...

 

26 novembre 2017

Censure quand tu nous tiens...

Rassurez-vous, dans cet article, il ne s’agit pas pour moi de me plaindre à propos d’une censure occulte ou sournoise qu’auraient exercée sur mes écrits d’Entre les lignes les responsables du Cercle des penseurs libres. Avouez que ce serait un comble que les « penseurs libres » soient l’objet de coupes sombres dans leurs écrits ou de critiques telles qu’ils abandonnent le bateau.

Chat échaudé craint l’eau froide  ?

Non, pas vraiment, à moins que très profondément quelque part dans mon inconscient...

En effet, j’ai été censuré un certain nombre de fois dans ma vie. J’écris un certain nombre, car je n’ai pas pris la peine de tenir un quelconque relevé à ce propos (je sais, j’aurais dû, mais j’avais probablement des choses plus intéressantes à faire…).

Donc, ne me reviennent en mémoire que quelques-uns de ces moments. Afin de ne pas me faire censurer, je ne citerai pas très précisément qui tenaient les ciseaux. Tiens, serait-ce de l’autocensure ?

Commençons par une histoire simple. Les anciens de mon école normale d’instituteurs éditent un petit bulletin. Un jour, un peu excédé par la non-qualité des articles (sujets récurrents comme les pays du monde ou la dynastie), j’écris au rédacteur en chef en lui proposant quelques articles un peu moins à l’eau de rose comme le « dystionnaire », répertoire de toutes les maladies scolaires et autres commençant par « dys ». Réaction virulente immédiate, ce type n’a aucun humour manifestement, il en parle à son conseil d’administration. Mon texte est refusé et cerise sur le gâteau, dans le compte rendu du C.A. qui parait dans la revue suivante, je suis qualifié d’« illuminé ». C'était la première fois que j'étais qualifié de la sorte.

La deuxième histoire se passe sur une liste de discussions rassemblant des enseignants sur l’internet. Il ne s’agit pas à proprement parler de censure, mais d’un climat général de « correction » qui fait que comme quelques rares autres, je suis rappelé à l’ordre par le gestionnaire. Les sujets qui fâchent ? Vous l’aurez deviné : la politique, la religion, l’ironie, etc.

La troisième se passe sur un site d’« arts et lettres » qui rassemble des artistes, des écrivains, des poètes appelés à s’y exprimer. À la mort de la reine Fabiola, j’y dépose un petit texte racontant les aventures de la princesse Falbala. Comme les messages sont modérés, ce texte ne passe pas la barre. Je dois à la vérité de dire que c’était un peu de la provocation. Étant donné le ton lisse et le style de peintures que l’on pouvait admirer sur ce site, je n’avais aucune chance…

La quatrième se déroule sur la liste d’une autre association d’enseignants où je n’aurais jamais imaginé être censuré étant donné les options de ce groupe. J’y ai mis en cause une série de choix faits par le C.A. Tout cela par courriel car l’assemblée générale se tenait en France. Patatras, je n’ai pas respecté la « netiquette », donc mes messages ont été refoulés. Je ne pouvais pas critiquer les personnes. Ce n’était quand même pas des robots qui avaient pris les décisions. Pour toute consolation, quelque temps plus tard, j’ai appris que celui qui avait imposé le règlement de cette netiquette avait pris la porte parce qu'il ne l'avait pas respectée lui-même. Ce qui m’a permis de réintégrer ce groupe auquel je tenais.

La dernière histoire est plus récente. Depuis près de trente ans, j’écrivais dans une revue pour enseignants et depuis 2004, je tenais dans chaque numéro une courte rubrique à propos d’un évènement touchant l’enseignement, rubrique parfois purement informative, parfois humoristique si pas caustique. Ma 45e contribution a été refusée. Idem, à vous de juger, elle est ici. Il va sans dire que j’ai quitté illico cette association...

 
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23 novembre 2017

Modestie rime avec pédagogie

Paradoxalement, ces vingt dernières années, alors que je suis retraité, j'ai eu l'occasion d'être plus en contact avec de jeunes enseignants d'écoles et de milieux diversifiés que lorsque j'étais en fonction. J'ai ainsi pu constater que de plus en plus d'enseignants se lancent dans leur carrière avec un bagage insuffisant de connaissances à propos de différentes pédagogies existantes. Le peu que leur formation leur a laissé à leur propos se résume à des idées simples si pas des stéréotypes. Ce qui entraine le plus souvent des effets de mode et en tout cas, un manque de cohérence dans les principes qui dirigent le fonctionnement de leur classe. Ils piquent à différentes pédagogies des recettes diverses qui ne favorisent guère cette cohérence nécessaire et qui ne répondent qu'en partie aux multiples problèmes que l'on peut rencontrer dans la gestion d'une classe.

Le même phénomène se manifeste chez les enseignants qui ont déjà un peu de bouteille et qui, constatant la vacuité de certaines de leurs pratiques, veulent en changer ou qui encore, tout simplement, ont un désir réel de changement pour mettre les valeurs qu'ils défendent dans leur vie personnelle au diapason de celles qu'ils pratiquent dans leur classe. Ils transforment peu à peu leur environnement, en utilisant les ressources qu'ils trouvent le plus souvent dans quelques livres et sur l'internet bien entendu.

En pratiquant ainsi, les uns et les autres croient souvent inventer une nouvelle méthode pédagogique, une nouvelle technique de travail. Certains n'hésitent même pas à les baptiser de leur propre nom ou d'un titre accrochant. Cette façon de faire est particulièrement sensible parmi les initiatives actuelles de création d'écoles. Beaucoup d'aspects revendiqués par leurs promoteurs sont présentés comme nouveaux, « alternatifs », si pas révolutionnaires alors qu'ils font partie des options de base de courants d'éducation nouvelle du début du 20e siècle.

Ils ont manqué une étape. Celle de la rencontre et de la confrontation avec les autres, éléments essentiels pourtant dans le processus de changement. Celles-ci peuvent en effet se réaliser à l'intérieur des mouvements pédagogiques existants, au plus grand profit de tous. Beaucoup d'enseignants résistent, car ils croient qu'en agissant ainsi, ils s'engagent dans une chapelle, si pas dans une secte et ils craignent l'embrigadement, si pas l'influence d'un gourou.

Certes, certains mouvements peuvent donner cette impression et les prérequis pour y entrer peuvent être parfois comparables à ceux qui sont demandés par une église quelconque.

Mais en agissant ainsi, ils perdent de vue que dans ces mouvements (dont certains sont centenaires), depuis longtemps, des enseignants ont labouré et labourent encore tous les champs éducationnels, adaptant en permanence les techniques découvertes à la réalité des terrains rencontrés. Il faut être modeste : beaucoup d'enseignants avant nous ont souffert de l'organisation de l'école, de ses travers, de ses outrances, de ses aberrations et ont cherché, découvert, inventé de nouvelles pratiques épanouissantes pour les enfants et eux-mêmes. Il n'y a donc aucune honte ni crainte à avoir si l'on se met dans le sillage d'enseignants qui ont déjà défriché les chemins avant nous. Il ne s'agit pas de suivisme ni d'obédience. Il s'agit encore moins d'obéir à un quelconque gourou. Il s'agit plutôt de compagnonnage, de coopération, de reconnaitre une filiation dans un contexte évolutif. Les enseignants des mouvements pédagogiques mettent en effet leurs découvertes à la disposition de tous, sans esprit de lucre ou de recherche de profit et encore moins de célébrité. Mais ils acceptent le débat, le regard des autres sur leurs productions, la critique constructive, la coopération dans la fabrication d'outils libérateurs.

Reconnaitre un héritage pédagogique est une preuve de maturité pédagogique et surtout de modestie. Certes, l'on ne peut pas nier que certains héritages ont plus de valeur que d'autres, plus de cohérence interne. Il faut faire un choix et par conséquent éviter (au risque de retomber dans le  « melting pot pédagogique ») l'adoption de « méthodes » diverses, ludiques mais juxtaposées l'une à l'autre et où manque cruellement, si je puis employer un langage de cuisinier, la sauce fédératrice...

 

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