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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Patrick Willemarck
Le blog de Patrick Willemarck

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07 novembre 2017

Les citoyens vont créer les jobs de demain, pas le gouvernement ni l’entreprise.

Parce que ni le gouvernement ni l’économie ne sont capables de les créer.
Ce ne sont pas non plus les robots qui vont prendre nos jobs. Ils en prendront, c’est sûr, mais, la plupart du temps, ce ne sont pas des jobs qui créent de la plus-value personnelle. Ils remplacent Charlie Chaplin dans les Temps Modernes et c’est une bonne chose. Quitte à travailler un tiers du temps, autant que ce travail ait du sens et en donne à nos vies.

Le PIB nous trompe

Le PIB (produit intérieur brut) qui balise nos économies, nos politiques budgétaires, nos plans d’austérité est un indicateur qui ne comptabilise pas tout. Le coût de la pollution, de la mésinformation, de l’espionnage russe à la Facebook, des Paradise Islands, de la violence qui naît des inégalités… ne sont pas pris en considération. Le PIB nous donne donc une vue biaisée qui montre un retour à la croissance, ce qui sert la popularité des gouvernements qui sont au pouvoir au moment où elle revient. Et ils s’en flattent. Mais notre bien-être croit-il ? Non, l’angoisse ou la colère grandissent et les salaires stagnent. Sur mon blog d’Entreleslignes, j’expliquais, il y a peu, que la croissance se poursuit, mais que seul 9% des gains d’un entreprise du S&P500 étaient investis dans l’entreprise, ses employées et employés. Le reste va aux actionnaires de moins en moins nombreux et de plus en plus riches en cash. Et c’est face à ce problème que doit émerger le profil et la création des jobs de demain. Les dirigeants ne le font pas et ne le feront pas.

De nouvelles mesures

Il faudrait un grand mouvement planétaire de #metoo et #balancetonboss (s’il n’y avait l’encouragement à la délation ad hominem) qui mette en exergue les jobs abrutissants, les managements sans éthique sauf celle de façade, le coût de la pollution, de la maltraitance, du harcèlement, de l’abrutissement… Je ne crois pas que les managers soient contraires. Je crois seulement qu’on leur a appris que la gestion passe par la mesure. S’ils ne peuvent pas mesurer quelque chose, ils ne peuvent pas le gérer. Les mesures manquent. Compter les #balancetonboss en serait déjà une. Mais mesurer l’impact d’une activité sur les générations de demain en est une autre. Mesurer la satisfaction du personnel et son épanouissement en est une autre encore. Et ces mesures amènent à reconsidérer les fonctions de l’entreprise. À imaginer le marketing de demain comme l’enseigne Jean-Pierre Baeyens, à concevoir la notion de service de demain, à recadrer la finance, etc.

Libérer la créativité, générer des visions

Ces nouvelles mesures mèneront vers de nouvelles idées, de nouveaux cadres d’action, de nouveaux paradigmes, de nouvelles fonctions, de nouvelles structures. Et apparaîtront, alors, de nouveaux jobs avec des responsables créatifs, par exemple. La créativité est absente des organisations parce que les gens ont peur d’oser exprimer une nouvelle idée. Si elle n’a pas fait ses preuves ailleurs, elle n’est pas bonne. Elles sont étouffées avant de naître. Comment voulez-vous aller de l’avant si ce qui vous guide est le benchmarking avec le passé ? Mais pour que les gens osent, il faudrait peut-être nommer un responsable d’humanités dans les entreprises. C’est ce qu’a fait une l’entreprise la plus florissante et innovante aux États-Unis, celle qui a inventé le Gore-Tex parmi tant d’autres choses.

Plus de leaders, plus d'humanités, moins de chefs et de benchmarking

Chez WL GORE, ils ne croient pas aux hiérarchies, il n’y en a pas. Ils croient dans les hommes et les femmes qui viennent y travailler sans remplir une case dans l’organigramme, mais en apportant ce qu’ils ont de meilleur en eux dans la chaîne de valeur des différents projets. Il n’y a pas de chef. Rien que des leaders élus. Le leader montre la voie. Il a une vision en partage. Le chef ordonne et soumet. C’est très différent. N’oublions ni le comptable vert ni le stratège du bien-être au boulot qui ne peut se réduire à une séance de coaching ou un workshop. Bref, les organisations ont besoin de rôles qui se centrent sur l’entreprise, celles et ceux qui y travaillent, ceux et celles qui sont clientes ou fournisseures (NDLR, j’adopte la règle de la proximité) en apportant plus de vie et d’humanités. Deux ingrédients qui génèrent de l’enthousiasme et de la confiance. Deux éléments à mesurer également parce qu’ils sont en corrélation avec l’innovation et le succès durable d’une entreprise.

Demain commence aujourd'hui

Il y a dans le monde des initiatives qui vont dans ce sens. Elles restent très marginales. D’autres sont exclues parce qu’elles imposent une remise en question du management. C’est le cas de l’entreprise de Wilbert Gore . Quel manager accepterait de ne pas être réélu ? Ils préfèrent les parachutes dorés alors pourquoi pas un peu de #balancetonparachutedoré. Mais comme nous, ils découvrent le pouvoir de l’indignation sur les réseaux sociaux et le pouvoir du journalisme d’investigation mutualisé comme le montre les enquêtes sur les Panama Papers et Paradise Islands. Ils vont devoir s’ouvrir au changement et se préparer. Ils le sentent.

Les femmes montrent la force de l'indignation et des réseaux sociaux qui la relaie

Aucun de ces changements ne verra le jour si le marché ne l’impose pas. Et le marché, c’est nous. Et tant que nous ne faisons pas valoir au quotidien que nous voulons que ça change, rien ne changera, rien de ce qui précède ne se matérialisera autrement qu’en façade, comme le fameux code de gouvernance Lippens, par exemple. Cela signifie que nous devons agir dans notre consommation et dans notre communication au jour le jour, en nous indignant, en nous remettant en question. Inspirons-nous des femmes d’aujourd’hui qui font que la honte change de camp.

Des signes en témoignent, les citoyens s’indignent et des entreprises prennent des initiatives, mais elles sont encore timides. Cibler le client comme on a ciblé et influencé les électeurs en micromarketing sur les réseaux sociaux fait toujours rêver plus. Hélas.

Image: 

Image Lance Ulanoff, Mashable, https://goo.gl/images/3o1GjJ

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31 octobre 2017

Le cancer capitaliste nous touche tous.

Dans la revue de l'université de Stanford, je lis un article d'un de mes anciens patrons, Peter Georgescu. Je ne l'aime pas. Il a introduit la boîte où je travaillais en bourse pour enrichir ses actionnaires, dont lui alors que s'il y a bien un secteur qui n'a pas besoin de bourse, c'est le secteur de la communication. Il ne faut pas y financer de lourdes infrastructures ou machines: il faut des gens et des PC. Et notre boîte appartenait à ceux qui y travaillaient en étant tous actionnaires dans des proportions certes variées. J'ai quitté parce que je m'y opposais. Je n'étais pas seul. Il est resté et mon successeur s'est enrichi. Bref, Peter Georgescu, c'est un peu le braconnier qui joue au chasseur. Mais, comme les braconniers font les meilleurs gardes-chasses, son avis mérite l'attention.

Il somme les capitalistes à remettre le capitalisme qu'ils pratiquent en question. Il base sa réflexion sur une étude de l'économiste, William Lazonick qui a étudié les entreprises du Standard&Poors500, indice boursier des entreprises cotées sur les bourses américaines, de 2003 à 2012. Il a découvert qu'elles dépensent 54% de leurs gains pour racheter leurs actions en bourse, ce qui réduit le nombre d'actionnaires tout en augmentant la valeur de l'action. Ils créent plus de concentration de la richesse donc. Mais ils dépensent également 37% de leurs gains dans le paiement de dividendes aux actionnaires de moins en moins nombreux et donc de plus en plus riches. Il reste 9% pour investir dans leur business et leurs employés, les gens qui le font tourner. Parmi ces entreprises, quelques noms connus chez nous, comme Monsanto, Caterpillar, Coca-Cola, Procter&Gample, Colgate Palmolive, 3M, Fedex, Disney, Philip Morris,...

Il met ainsi en exergue deux failles du capitalisme actuel depuis qu'il est financiarisé à outrance. D'abors, il y a le manque d'investissement des entreprises dans leur avenir. Les actionnaires préfèrent les vider de leur substance. Les montants d'investissements en recherche et développement sont en berne partout, comme si les dirigeants voulaient s'en foutre plein les fouilles parce que demain ça n'ira plus, parce que le business model qui leur a permis d'accéder au pouvoir est périmé. Parce qu'ils savent qu'on va dans le mur, qu'il y a trop de pollution, trop d'obésité, trop de déséquilibres économiques, écologiques, sociaux... Et ils croient que le pognon qu'ils engrangent dans leurs bas de laine sur les paradis fiscaux va les sauver ? Ensuite, il y a le manque d'investissement dans le capital le plus important d'une entreprise: les gens qui y travaillent. Qui fait l'innovation dans une entreprise ? Les employés. Et les actionnaires s'en foutent. Depuis 40 ans le salaire réel de la classe moyenne américaine est stable. Et ça, ça réduit la demande. Les actionnaires sont coupables de la concentration de la richesse et de la décroissance. C'est con, mais c'est un fait.

Il y a là comme une tumeur cancéreuse qui ronge nos sociétés occidentales. La tumeur nous touche tous: nous, les entreprises, les nations. Il faut un autre traitement. Et l'Europe a tout en main pour le faire. Mais elle est dirigée par des politiques qui se comportent comme les actionnaires. Ils comptabilisent leur voix dans leurs petits bassins électoraux et il ne faut surtout pas perdre ça en investissant dans de nouvelles visions, institutions, relations. À la place d'une vision, on fait des bilans. Souvenez-vous du discours de politique générale de Charles Michel. Écoutez Junker et l'épouvantail de l'Europe des régions.

05 mars 2017

Totalitarisation de la démocratie

Je tenais juste à partager cette réflexion de Jacques Derrida qui fait écho à ma chronique "j'ai heurté un transparent".

"J'ai un goût pour le secret, cela est clairement lié au sentiment de non-appartenance; j'éprouve une peur voire une terrreur en face d'un espace politique, par exemple un espace public, qui ne fait aucune place au secret. Pour moi, exiger que tout soit étalé sur la place publique et qu'il n'y ait plus d'espace intime de délibération est un signe flagrant de totalitarisation de la démocratie. Je peux reformuler ceci en termes d'éthique politique : si le droit au secret n'est pas maintenu, nous sommes dans un espace totalitaire."

 

Image: 

wikipedia

04 décembre 2016

Les propos de Vincent Engel, un bobo qui s'assume

"Aujourd’hui, ce n’est pas le retour de la droite qui m’inquiète ; ce ne serait qu’une saine alternance politique, si la droite qui s’apprête à triompher (et qui l’a déjà fait en Amérique, peut-être dimanche en Autriche, certainement en France où la seule incertitude repose sur la proximité de cette droite par rapport aux extrêmes) n’était pas l’expression de l’égoïsme, de la peur, de l’intolérance, du repli identitaire, du recul sur des acquis majeurs pour les femmes, les « minorités » sexuelles ou encore la laïcité."

Voilà ce qu'il écrit dans une très belle chronique.http://www.lesoir.be/1382879/article/debats/chroniques/2016-12-03/bobos-bisounours-gauche-caviar-padamalgam-vous-saluent

28 novembre 2016

La révolution permanente de Moustaki

Georges Moustaki - Sans la nommer

https://youtu.be/fgKEXKwpx0g

 
Je voudrais sans la nommer
Vous parler d'elle
Comme d'une bien aimée,
D'une infidèle,
Une fille bien vivante
Qui se réveille
À des lendemains qui chantent
Sous le soleil.
 
C'est elle que l'on matraque,
Que l'on poursuit, que l'on traque,
C'est elle qui se soulève,
Qui souffre et se met en grève.
C'est elle qu'on emprisonne,
Qu'on trahit, qu'on abandonne,
Qui nous donne envie de vivre,
Qui donne envie de la suivre
Jusqu'au bout, jusqu'au bout.
 
Je voudrais sans la nommer
Lui rendre hommage :
Jolie fleur du mois de mai
Ou fruit sauvage,
Une plante bien plantée
Sur ses deux jambes
Et qui traîne en liberté
Où bon lui semble.
 
Je voudrais sans la nommer
Vous parler d'elle :
Bien-aimée ou mal-aimée,
Elle est fidèle ;
Et si vous voulez
Que je vous la présente,
On l'appelle Révolution permanente
28 novembre 2016

La démocratie selon Revel

"La démocratie n'est pas absence d'inconvénients, elle n'est que le plus petit d'entre eux; elle n'est pas la perfection, elle n'est que la plus accessible perfectibilité. Et surtout, il faut rappeler (...) que la démocratie n'est pas totalitaire - pour user d'un nécessaire truisme - en ce sens qu'elle n'est pas un système du tout ou rien. Elle est le système du quelque chose ou même du tout petit peu, ce peu qui est toujours mieux que rien." (In Le regain démocratique) 

Image: 
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