semaine 48
Portrait de André Yoka Lye
Confidences du chauffeur du Ministre

Covid-19 : Et voici la Rumba –Corona !

Le 23 octobre 2020

Mon neveu « sang-pour-sang » a gagné le loto : il a réussi aux examens d’Etat » avec juste 50 %. Réussir avec 50 % pour les Kinois, c’est être « convoyeur » à la traîne ; c’est en réalité être un miraculé repêché du fond des rebuts et requalifié par des statistiques  au départ indigentes      mais peaufinées pour des besoins d’épater l’opinion des parents, des fondateurs d’écoles et … l’UNESCO !

Qu’à cela ne tienne : mon neveu « sang-pour-sang » a quand même fait   l’honneur de la famille ; et selon la coutume kinoise, il a fallu fêter ça. Alors a commencé la collecte des cotisations familiales. Mais au bout d’une semaine le compte n’y était toujours pas. Le compte ? Longue liste des victuailles. Longue liste des casiers de bière. Longue liste des casiers de vin. Et donc longue liste des invités.

C’est alors que j’ai pensé à un pari, à un coup de maître afin de résoudre la question du financement: j’ai invité mon patron le Ministre des Affaires Stratégiques et Tactiques (à prononcer avec respect…), ainsi que son épouse, « mère -ya -palais », comme l’ont surnommée les agents du cabinet ministériel. Le suspense n’a pas duré : mon Ministre a répondu   favorablement à mon invitation et à mes sollicitations; mais à deux   conditions. Première condition : soirée exclusivement rumba (« la rumba, a-t-il commenté, n’est-ce pas, en ce moment de rebond de la pandémie, l’antidote contre le stress de la Corona-virus ?) ; seconde condition : pas d’invitation encombrante et incongrue à destination de la secrétaire très particulière du Ministre…

… La soirée festive a démarré en trombe, mettant forcément en vedette mon Ministre et sa charmante épouse, tous deux très à l’aise au milieu des copains turbulents de mon neveu « sang-pour-sang », au milieu des   coreligionnaires particulièrement vigilantes de ma propre épouse, au milieu de mes congénères d’ambianceurs et de cuiteurs du quartier.

Vedette du jour, le couple ministériel a surtout été vedette de la danse rumba. Ah ! Je n’ai jamais vu un cavalier aussi habile et aussi fantaisiste que mon Ministre, qui tourbillonnait en tous sens, sens dessus-dessous, au rythme des rumbas enflammées. Bon pied bon œil, et peut-être sur-inspiré par une consommation sur-capiteuse du mélange du vin traditionnel avec le vin tradimoderne et le vin moderne, le danseur a apprivoisé toutes les tendances rumbas avec une dextérité que je ne soupçonnais pas de la part d’un homme, d’un chef habituellement réservé. « Rumba-odemba », « rumba-soft », « rumba-kiri-kiri », « rumba-tchatcho », « rumba- malembement », « rumba-mutshuashi », « rumba-corona », tout ça a été survolé impérialement !

… Et voici l’épouse-cavalière du Ministre ! Légère comme une libellule, habillée en réplique à son cavalier de mari avec des marques à la mode, comme le « pagne-rumba », comme les « colifichets-rumbas », comme les « chaussures-rumbas » ; mais soukoussée dans les bras du mari avec les mêmes trémoussements et les mêmes phases de la « rumba-corona », l’épouse-cavalière virevoltait avec grâce et sensualité.

… Puis à ma grande surprise, cette « mère-ya-palais » m’a invité sur la piste de danse. Remarquant mon hésitation, son mari de Ministre et de cavalier m’a encouragé du regard à prendre l’intérim sur la piste de danse.

… Ah ! Quelle souplesse et quelle taille de guêpe joliment arrondie de la cavalière ! Quelle rumba collée-serrée ! Quel parfum enivrant et romantique ! La rumba-là avec cette cavalière-là d’exception, c’était le rêve et le péché que l’on rêve une fois dans sa vie de pécheur…

… Or voilà que brusquement le rêve s’est fracassé :  délestage du courant électrique. Et donc fin brutale de la soirée. Et donc fin brutale de la rumba…

Aïe ! Entretemps le protocole avait oublié la préséance due au neveu « sang-pour-sang », lui le véritable lauréat du jour…

Image: 
La rumba congolaise sera-t-elle enregistrée au patrimoine immatériel de l’humanité ? Question posée par Congo Media Time le 18 mars 2020 : un article illustré par cette peinture. Photo © D.R.

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