semaine 13
Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit...

Que coutent des milliers de drapeaux ?

Le 19 février 2019

Je ne pense pas que le cout de l'opération fut le premier souci du gouvernement français lorsqu'il vota, dans un hémicycle particulièrement clairsemé « la loi de la confiance » qui cachait, entre autres, dans ses basfonds, l'obligation pour les classes françaises de la maternelle au lycée d'orner leurs murs des drapeaux français et européen et d'afficher les paroles de la Marseillaise.

Mais la question mérite malgré tout d'être posée même si, sur le fond de l'affaire, d'autres remarques sont plus essentielles. Cette mesure, en effet, a provoqué des réactions diverses sur les réseaux sociaux et les caricaturistes s'en sont donné à cœur joie. La proposition avait été faite par un député de droite qui justifiait sa démarche en martelant : « On doit apprendre aux enfants à aimer la patrie » et elle fut reprise sans délai par le ministre français de l'éducation.

S'agissait-il là d'une décision philosophique ou plus vulgairement politique ? Un peu (ou beaucoup) des deux, apparemment... « L’État enseigne sa vérité comme l’Église enseigne la sienne » souligne Nestor Romero dans Questions de classes1 qui va même plus loin en accusant cette pratique d'être une atteinte à la neutralité. Médiapart, quant à lui, parle de « scandale démocratique ».

La République se drape-t-elle dans des bouts de chiffon pour faire croire aux enseignants, aux parents et aux élèves qu'elle s'occupe de leurs problèmes et qu'ils doivent « leur faire confiance » ? Il y a gros à parier en effet que les autres mesures faisant partie de cette loi n'aient guère attiré l'attention du public : l'entrée à l'école maternelle dès trois ans et le contrôle des expérimentations pédagogiques, par exemple.

L'on peut craindre aussi que cette décision soit chez certains hommes et femmes politiques l'expression d'un glissement vers le nationalisme, ces drapeaux étant déjà souvent présents sur la façade des écoles. « Le livre est à l'école ce que le drapeau est au régiment » a rappelé un parlementaire. Brandi par différents partis à plusieurs reprises et pour des raisons différentes, le drapeau, même s'il est issu de la révolution, est devenu plus souvent un symbole qui divise plus qu'il ne rassemble.

Et que dire des paroles de la Marseillaise ? Le fameux « Qu'un sang impur abreuve nos sillons » a déjà fait couler beaucoup d'encre (rouge). Graeme Allwright, chanteur d'origine néozélandaise mais français de cœur, a proposé pourtant d'autres paroles éliminant les aspects guerriers de ce chant que les élèves français apprennent sur les bancs de l'école. Mais les traditions sont bien enracinées !

Je ne résiste pas à vous montrer la photo ci-dessous dont les auteurs imaginent que la prochaine mesure consistera à obliger les enseignants à adapter eux-mêmes leur logement aux couleurs de la France.

(Ce texte applique l'orthographe modernisée - www.orthographe-recommandee.info)

Image: 

Ajouter un commentaire

entreleslignes.be ®2019 design by TWINN