semaine 39

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

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24 septembre 2018

Le monde entier est plastique

Lundi 10 septembre

 Michel Onfray, invité de l’émission C dans l’air sur France 5, discute de son dernier livre (Le Deuil de la mélancolie, éd. R.Laffont). Né un premier janvier comme Laurent le Magnifique, il entrera bientôt dans la décennie du sex-. Est-ce pour cette raison qu’il a choisi d’écrire des confidences autobiographiques ? Le sujet, inhabituel chez lui, est idéal pour agrémenter ce type de rendez-vous télévisuel. On aborde ensuite l’actualité de la journée. Réunis dans le but de désigner leur candidat au perchoir de l’Assemblée nationale, donc son futur président, les parlementaires de La République en marche (LREM) ont comme prévu choisi leur chef de groupe Richard Ferrand. Une occasion manquée de désigner une femme ? Onfray ne tient pas compte de ce raisonnement. Ce qui importe, dit-il à juste titre, c’est la capacité d’assumer le poste, l’identité n’est pas fondamentale. Pour une élection, « ce qui m’intéresse, c’est le programme ». Et l’animatrice de l’émission de rétorquer : « désigner une femme, c’est un programme !... » Personne ne relève, Onfray non plus qui, sans doute, n’en pense pas moins mais préfère laisser passer l’ange. Ce type de réflexion si fréquent dessert totalement les aspirations féministes. Car enfin, la réplique définitive est latente : s’il faut promouvoir des femmes quel que soit leur projet mais d’abord parce que ce sont des femmes, alors il fallait voter pour Marine Le Pen et non pas pour Emmanuel Macron…

Mardi 11 septembre

 Au début des année cinquante, Roland Barthes célébrait le plastique dans ses Mythologies (éd. du Seuil) : « Malgré ses noms de berger grec (polystyrène, phénoplaste, polyvinyle, polyéthylène) le plastique, dont on vient de concentrer les produits dans une exposition, est essentiellement une substance alchimique […] La hiérarchie des substances est abolie, une seule les remplace toutes : le monde entier peut être plastifié, et la vie elle-même, puisque, paraît-il, on commence à fabriquer des aortes en plastique. » Ainsi que Barthes l’avait pressenti, un demi-siècle plus tard, on constate que « le monde entier peut être plastifié » mais par l’afflux de déchets qui envahissent la planète et qui sont indestructibles. Toutes les secondes, dix tonnes de plastique sont fabriquées dans le monde et l’une d’elles file dans l’Océan pacifique. Le recyclage commence à être considéré mais il est, pour l’heure, loin d’être complet et parfait, laissant échapper des particules cancérogènes. En fait, le capitalisme sauvage et sa quête du profit à n’importe quel prix dominent, ici aussi, le système. L’exemple de Coca-Cola et de ses dérivés (Fanta, Sprite,…) est tout à fait significatif, comme le démontrait ce soir Élise Lucet dans son excellente enquête sur France 2 (Cash investigation – Les promesses en plastique). Avant de détruire la vie par la pollution, on a un peu oublié aujourd’hui que cette matière pouvait provoquer la mort par les armes. Roland Barthes s’aperçut très tôt, avec les attentats de l’OAS dans la décennie suivante, que le plastique était aussi devenu le jouet des terroristes. Frédéric Charpier le rappelle dans un livre dépeignant les conspirateurs d’un « ordre nouveau », partisans de l’Algérie française et retraçant la naissance du groupe Occident sous le septennat de Giscard, dont les jeunes membres se retrouvent désormais dans l’entourage de Marine Le Pen (Les Plastiqueurs. Une histoire secrète de l’extrême droite violente, éd. La Découverte). Car il ne faudrait pas l’oublier : avant l’islamisme, l’Occident avait aussi en son sein des meurtriers aveugles qui semaient la terreur.

Mercredi 12 septembre

 Souvent influencé par des lobbyistes chevronnés, le Parlement européen ne prend pas toujours des résolutions qui paraissent évidentes. L’exemple récent du glyphosate  - ce produit toxique et donc nocif pour la santé dont l’interdiction à la vente ne fut pas décrétée – en est le cas le plus récent. On redoutait donc le vote sur la directive réformant le droit d’auteur. Il fut acquis, à une très large majorité. C’est une bonne nouvelle pour la liberté de la presse et la création intellectuelle, à l’heure où les réseaux sociaux donnent l’illusion que tout est information et que les grosses machines numériques pillent les journaux en reproduisant des extraits sans imaginer une quelconque rémunération en faveur de la source. Il était temps que les riches Gafa (l’acronyme du siècle : Google, Appel, Facebook et Amazon) soient sommés d’entrer dans la législation qui, depuis Beaumarchais, garantit au mieux la liberté d’écrire et, autant que possible, d’en vivre.

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 Les substantifs « aoûtiens » et « juilletistes » ont fait leur entrée dans le Petit Larousse au début de la décennie ’70. Il faudra désormais compter avec les « septembristes », un néologisme figurant à la une du Parisien - Aujourd’hui en France. Un rapide tour d’horizon des stations balnéaires montre qu’en effet, nombreux vacanciers goûtent le soleil des ultimes journées de l’été. On connaît leur caractéristique principale : il s’agit de personnes sans enfants scolarisés. L’évidence surgit donc illico : les septembristes appartiennent souvent au troisième âge.

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 Salman Rushdie sur le plateau de La Grande librairie (France 5) : « Si la nature humaine n’était pas un mystère, nous n’aurions pas besoin de poètes. »

Jeudi 13 septembre

 La cote de popularité de Macron est plus basse que celle de François Hollande à la même période du quinquennat. Beaucoup de faits et de paramètres alimentent les commentaires traduisant cette courbe inquiétante. Une chose est sûre : le nouveau monde à vécu ; l’ancien est de retour. Et justement, dans son livre, Hollande achève le chapitre consacré à Macron par une allusion à l’ancien monde. « C’est le mien. Il a de l’avenir. » Un visionnaire le louseur ?

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 La commune de Châteaudouble (Pas-de-Calais, 477 habitants) devrait accueillir 72 migrants dans une maison de retraite à l’abandon. Pensant que la disproportion numérique lui laisserait le loisir d’un discours réprobateur, Marine Le Pen avait effectué le déplacement. Mal lui en a prit. Elle fut accueillie par des sifflets et des cris peu amènes. « Cassez-vous ! » lui conseillait-on. Elle suivit la recommandation et remonta dans sa voiture sous les lazzis.

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 Lutte des classes. Le petit port de Logeo est un des endroits les plus retirés de la commune de Sarzeau (Golfe du Morbihan, Pointe de Rhuys, 8000 habitants). Le panneau touristique décrivant le lieu donne quelques informations sur la vie et les activités des marins selon les saisons. Il décrit aussi l’activité du hameau en précisant qu’autrefois, on y comptait plusieurs bistrots, « lieux de cohésion sociale ». Ainsi, en face du Café à Sandrine se trouvait le plus animé, Le Cap Horn. Dans ce bistrot-là, il y avait deux salles : l’une pour les capitaines, l’autre pour les matelots. La cohésion sociale, vraiment ?

Vendredi 14 septembre

 C’est donc officiel : Lula da Silva, toujours en prison, ne pourra pas concourir à la prochaine élection présidentielle au Brésil. Le Parti des Travailleurs a désigné Fernando Haddad en remplacement de son champion. L’ancien maire de São Paulo a 45 ans. Pourra-t-il comptabiliser un maximum de suffrages qui se seraient portés sur Lula ou celui-ci est-il avant tout une icône plutôt qu’un homme de gauche ? Réponse les 7 et 28 octobre. Mais d’ici-là, le plus grand pays de l’Amérique du Sud aura vécu des heures de campagne électorale ardues et, il faut le craindre, souvent violentes.

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 Quand on crée une revue ou que l’on reprend la direction d’une autre, le premier numéro est toujours lié à l’enthousiasme suscité par la nouvelle aventure et l’intelligence qui le nourrit. Il importe donc de rester prudent à propos de la livraison de Marianne version Natacha Polony. Sous réserve de confirmation, on saluera néanmoins le résultat. Il est remarquable et prometteur. La patronne annonce d’emblée la couleur : si Emmanuel Macron se veut un président jupitérien, ainsi qu’il le clama sans vergogne, il devra le prouver. Polony l’a mis sous contrôle ; elle n’est pas disposée à laisser passer des faiblesses et des failles, surtout si celles-ci, à l’instar des péripéties de l’été, sont béantes. L’intéressé est sous surveillance et la sévérité de celle-ci sera proportionnelle à la prétention de l’élyséen (La Démocratie humiliée, titre de l’éditorial, illustre bien la ténacité de la plume). Mais Natacha Polony ne s’est pas contentée d’une entrée en matière dense et bien positionnée. Elle s’est aussi fendue d’un long article démontrant que la prochaine campagne pour les élections européennes reposera sur l’immigration, en indiquant déjà que Marianne (c’est-à-dire Natacha) refusera le duel simpliste entre les partisans du rejet et ceux de l’hospitalité. Une troisième voie en ce domaine aussi ? On l’attend avec intérêt. Entre ces deux apports, il y a juste une page pour que Jacques Julliard insère sa réflexion. Pour rester dans le ton, il intitula son papier Immigration : Parler clair. Eh oui, c’est bien ce que la cheffe exige cher ami… Ce n’est pas tout. Le reste du numéro (Oskar Lafontaine et le néolibéralisme, Michel Onfray et le populisme…) dégage aussi des traces et des empreintes. Là encore, il conviendra d’attendre quelques livraisons. Á l’heure où toute la presse semble parler le même langage en regrettant que la baisse du lectorat soit commune à l’ensemble des titres, il se passe peut-être quelque chose, comme en mai 1953 lorsque Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud lancèrent L’Express, ou comme en novembre 1964, quand Jean Daniel et Claude Perdriel créèrent Le Nouvel Observateur. Peut-être… Mais chût ! Prudence… Pas d’emballement a-t-on dit…

Samedi 15 septembre

 Deux Gazaouis ont succombé à des tirs israéliens. Depuis le 30 mars, cela porte à 178 le nombre de Palestiniens de Gaza tués par les soldats israéliens. Si l’on exclut les jours de chabbat, la moyenne est de plus d’un Palestinien par jour. Cela ressemble à une prescription médicale.

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 Il y a dix ans, la banque Lehman Brothers s’écroulait,  provoquant la plus grave crise financière mondiale depuis celle de 1929. Une décennie plus tard, les riches sont encore plus riches et de la classe moyenne ont été enfantés de nouveaux pauvres. Le populisme, creuset de l’extrême droite, se répand partout. Plus embêtant : personne n’oserait affirmer que semblable  phénomène ne pourrait plus survenir. « Quand les dirigeants publics chargés de concevoir la politique applicable au secteur financier viennent du secteur financier, pourquoi attendre d’eux d’autres points de vue que ce que souhaite le secteur financier ? » (Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’Économie, 2001)

 Dimanche 16 septembre

 La conservatrice CSU est en congrès à Munich. Markus Söder, le ministre-président de la région, se fait acclamer à tout rompre en citant le défunt « taureau bavarois », Franz Josef Strauss, mort depuis 30 ans mais toujours bien présent dans les mémoires : « il n’y a pas de place pour un parti démocratique à la droite de la CSU. » Au temps où cette affirmation avait été prononcée, il n’y avait pas de parti d’extrême droite capable d’entrer dans les parlements. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Si donc la CSU veut respecter le dogme de tonton Strauss, elle doit encore serrer un peu plus ses positions conservatrices et le populisme xénophobe qu’elles entraînent. Merkel aura sûrement saisi la réflexion. Du reste, elle n’en attendait pas moins, vu les déclarations en forme de bâtons dans ses roues que son ministre de l’Intérieur, issu de la CSU, ne cesse de proférer.

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 La Fête de l’Huma bat son plein. Les débats sont animés. Ce n’est pourtant pas là que la gauche circonduira sa renaissance.

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 Yannick Noah peut lever le poing : en battant l’Espagne sans avoir douté, l’équipe de France de tennis s’offre une nouvelle finale de Coupe Davis. Celle-ci aura encore lieu à Lille, soit contre les États-Unis, soit contre la Croatie. Ce sera la dernière compétition en cette version de la Coupe Davis, pourtant si passionnante et si accaparante, rassembleuse aussi, en un patriotisme de bon aloi, ce qui est tellement rafraîchissant. Mais l’argent est encore venu polluer cette légendaire entreprise sportive. La France pourrait donc inscrire encore son nom à l’ultime ligne du palmarès. On attend déjà aussi le coup de gueule de Noah lors de la conférence de presse à Lille. Qu’il soit vainqueur ou non. Mais ce serait mieux s’il l’était. Pour la légende surtout.

Lundi 17 septembre

 Le parc Maximilien de Bruxelles est cet endroit devenu célèbre que des migrants occupent depuis plusieurs mois. Ce matin, les journaux les plus sérieux annonçaient qu’un policier y avait été poignardé. Au fil de la journée, on apprenait que l’incident était survenu dans une rue voisine du parc et, un peu plus tard, que l’agresseur était un Belge. Trop tard. La plupart des citoyens auront enregistré dès le petit déjeuner qu’un migrant (car ce ne pouvait être qu’un migrant…) avait attaqué un policier à l’arme blanche. On apprendra que finalement le policier n’eut que quelques éraflures au visage tandis que l’agresseur reçut, une balle dans le torse et une autre dans la jambe.

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 Éric Zemmour a repris du service. Il court de micro en micro distillant des affirmations fallacieuses et parfois fantaisistes. Son aplomb est insensé. Tous ceux qui ne sont pas de la droite extrême en prennent pour leur grade. Croit-il vraiment ce qu’il dit ou joue-t-il le triste rôle du destructeur austère ? Peu importe la réponse. Cet homme est nuisible.

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 « C’est chose tendre que la vie, et aisée à troubler… » Chaque jour au petit déjeuner, lire une pensée de Montaigne. Ne serait-ce pas un beau précepte pour s’élever en sagesse dans l’échelle du Temps ?

Mardi 18 septembre

 Sommet européen à Salzbourg. Il est informel donc on peut tout se dire et l’on n’est pas obligé d’aboutir à un texte cohérent et commun. Partant de ce principe, les participants se sentent déjà plus légers. Ils sont satisfaits. La maison brûle mais les pompiers sont prévenus.

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 L’artiste est prophète (suite). Lorsque Les Charlots, groupe de chanteurs-comiques dézingués, entonnaient La Biguine au biniou, on était en 1976. Il n’y avait pas beaucoup d’Antillais dans le Golfe du Morbihan, et encore moins d’Africains, comme les nègres qui lissent les  r  en  w. Mais aujourd’hui, à Sarzeau, à Surzur, à Arzon et, bien entendu, à Vannes, il y a, comme partout ailleurs, des migrants. Et comme partout ailleurs, ceux-ci sont accueillis soit chaleureusement, soit avec méfiance par les autochtones. Alors la chanson rigolarde des Charlots prend tout à coup des accents d’une authenticité déconcertante. Elle se prépare une nouvelle vie. Un hymne local ?

« On n’fait pas du sucre de canne

Dans le Morbihan

On n’cultive pas les bananes

Dans le Morbihan

Il n’y a pas de vaudou à Vannes

Dans le Morbihan

Oui mais quand vient le sam’di soir, mon Vieux !

Dans les crêperies, dans les bars,

On peut dire que tout l’monde est noir

Dans le Morbihan

 

Et moi je danse avec la Mawie

La biguine au biniou

Oh ! Je lui fais voir du pays

Avec la biguine au biniou

Je lui prouve que les bananes – Oh ! You, you

Qui font plaisir aux doudous

On peut en trouver à Vannes

En dansant la biguine au biniou – Aïe, aïe, aie …

(…)

Mercredi 19 septembre

 Les grands appels des scientifiques du monde entier en faveur de la planète sont montés de plusieurs crans. Il n’est plus question de paraître de doux dingues. Le drame est en train de s’accomplir. Ce qui compte désormais, c’est de le rendre le moins catastrophique possible. Pour y parvenir, il importe de conscientiser tous les individus et de prendre des mesures désagréables, impopulaires. Réfléchies au pied de la lettre, les propositions de solutions n’auraient de sens de réussir qu’avec un gouvernement mondial. On est loin du compte. C’est encore de la science-fiction. Il est illusoire de dépasser le step by step. Tout au plus pourrait-on en accélérer un peu la cadence. Qui vivra verra…

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 L’Union européenne a inversé le proverbe. Elle tient désormais son principe d’action : Qui peut le moins peut le plus. Un ange passe. Peu importe son sexe…

Jeudi 20 septembre

 Pour avoir diffusé des photographies montrant des exactions commises par Daech, la justice ordonne à Marine Le Pen de se soumettre à un examen psychiatrique. S’il s’agit d’un nouveau type de sanction juridique à l’adresse des politiques ayant fauté ou dérapé, Divan-le-Terrible sera davantage qu’un bon mot. Comment se fait-il que les magistrats étatsuniens n’y avaient pas encore pensé ?

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 Lionel Duroy n’aura que 39 ans dans une dizaine de jours mais sa bibliographie est déjà impressionnante. On se souvient aussi de ses articles dans L’Événement du jeudi et dans Libération. La lettre ouverte qu’il adresse au président Macron dans Le Monde vaut la peine d’être épinglée. Il le supplie de tendre la main aux réfugiés, d’être une grande voix « d’être Churchill ou de Gaulle plutôt que Chamberlain » en faisant référence aux accords de Munich et, comme le pressent que ce type de comportement ne lui serait pas illico favorable électoralement, il conclut : « ne vaut-il pas mieux un grand mandat que deux petits qui ne laisseront dans le cœur des Français qu’une infinie tristesse ? » On aimerait savoir ce que le président a pensé en lisant cette adresse… S’il l’a lue…

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 Herman De Croo, 81 ans, libéral flamand détenant une vie parlementaire de plus d’un demi-siècle, Ministre d’État, très proche de la famille royale, publie ses mémoires (Enraciné dans la vie, éd. Racine). Cet homme doué d’un humour parfois grinçant, qui n’a jamais mâché ses mots, écrit : « La Belgique est un cas d’espèce. J’ai toujours pensé que si ce pays n’existait pas, il faudrait l’inventer, ce qui fut le cas avant 1830 et notre indépendance. Quitte à provoquer, je pourrais même dire qu’il ne peut disparaître puisqu’il n’existe pas. » Herman De Croo commença ses études chez les jésuites à Mons, chef-lieu de la province de Hainaut, où le surréalisme s’épanouissait pendant que le jeune et brillant étudiant apprenait l’art de vivre par le latin.

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 Est-ce que Paul Mc Cartney (Liverpool, 18 juin 1942) chantera plus longtemps que Charles Aznavour (Paris, 22 mai 1924) ? Les paris sont ouverts mais le verdict pourrait ne survenir que dans 18 ans au moins. En tout cas, l’ancien Beatle vient de sortir un nouvel album (Egypt Station, Universal) qui ne recueille que des critiques élogieuses.

Vendredi 21 septembre

 Les étrangers ne sont jamais les bienvenus nulle part. La crainte de l’Autre est ancienne comme le monde. Cet axiome doit néanmoins être soupesé : les étrangers riches, ceux qui, par leur talent (les vedettes de football), par leur statut social (les aristocrates) apportent à la nation succès ou renommée ne sont pas à rejeter, bien au contraire. Prenons monsieur Viktor Orbán, le maître de la Hongrie. Il est radicalement opposé aux migrants au point d’avoir entouré ses frontières de fils barbelés, de négliger les règles de l’Union européenne auxquelles son pays appartient, et de répandre chaque fois qu’il en a l’occasion des paroles venimeuses contre les réfugiés qui recherchent une terre d’asile. Ce même Viktor Orbán a cependant accueilli 6600 familles entre 2013 et 2017 qui ont pu élire domicile en Hongrie contre un versement de 300.000 euros en obligations d’État. Comme la Hongrie fait partie des accords de Schengen, ces riches étrangers, pour la plupart des Chinois paraît-il, bénéficient de la libre circulation sur le territoire européen et peuvent donc développer leurs affaires au détriment des autochtones. Sur la Méditerranée, seules les embarcations sont de fortune. Aucun de leurs passagers ne possède 300.000 euros en poche pour trouver un toit chez le bon monsieur Viktor Orbán.

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 Emmanuel Macron va décorer une vingtaine de harkis (légion d’honneur ou ordre du Mérite) afin de réconcilier des parties qui se sont déchirées autrefois, pour donner à la Guerre d’Algérie un caractère historique moins pesant. Jean-Marie Le Pen, qui a toujours défendu ardemment cette communauté-là, ne peut que s’en réjouir. Sa fille devrait en faire autant.

Samedi 22 septembre

 Plus besoin d’un putsch pour s’emparer du pouvoir et le garder sans consultation populaire. Désormais, les dictateurs ont apprivoisé le suffrage universel. Aux Maldives, on votera demain pour élire le président. Abdulla Yameen, le sortant, musèle la presse et emprisonne ses opposants. Mais il se soumet aux élections. Ce dimanche, les images en provenance de cet archipel de rêve perdu dans l’Océan indien montreront des files d’électeurs aux portes des bureaux de vote attendant d’accomplir leur devoir de citoyen. Le peuple va prononcer (comme disait Lamartine). Mais l’on sait déjà qu’Abdulla Yameen sera reconduit à la tête de l’État. Comme beaucoup d’autres, que l’on doit qualifier de démocrates puisque leur peuple les a choisis. Monsieur Recep Erdogan par exemple. Si la démocratie est née avant notre ère, le suffrage universel n’est pas encore centenaire. Sa remise en question est taboue. C’est la meilleure garantie de sa subsistance.

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 S’il n’y avait la fameuse réplique « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » passée dans le langage courant, Les Fourberies de Scapin serait une pièce de Molière un peu délaissée, à juste titre. Ce n’est en fait qu’une grosse farce. D’autres comédies de Poquelin ont mieux dénoncé les mesquineries et les cachotteries propres à l’être humain avec plus de raffinement et d’ironie légère. Thierry Debroux (Théâtre du Parc, Bruxelles) a transposé l’histoire dans la turbulence de mai’68, en respectant le texte dans son intégralité. Son apport se situe donc dans la mise en scène où domine le comique de situation. Celui-ci verse parfois dans le burlesque. Il lui arrive d’y sombrer. Le public rit, la salle et les balcons s’amusent. Les applaudissements nourris s’adressent donc à Debroux, pas à Molière. Revient la question sempiternelle : est-ce rendre service à un auteur que de démontrer la soi-disant modernité de son œuvre en la transposant dans une époque éloignée de plusieurs siècles ?

Image: 
Élise Lucet et "Les promesses en plastique" dans Cash investigation. Photo © France 2
13 septembre 2018

Trump : démocratie à la dérive

Samedi 1er septembre

 Les organisateurs du Festival Les Inattendues ont, en moins de dix ans, réussit à placer leur rendez-vous dans la liste des événements culturels de toute première ampleur grâce à deux caractéristiques originales : celle qui consiste à rapprocher les cultures d’Orient et d’Occident au point d’explorer leurs racines communes et de les confondre dans des créations spectaculaires ; celle aussi de distiller de la musique dans des rencontres philosophiques, au sein de débats, d’échanges ou de confrontations intellectuelles enrichissantes. Ce sont des respirations qui permettent de méditer le sujet évoqué afin de mieux le cerner au moment de le reprendre. Tout cela est présenté dans des lieux et des cadres de sérénité, autour de la cathédrale. Le public se presse en masse, heureux d’apprendre et de s’élever dans le savoir en pleine détente, et dont l’attention soutenue impressionne. Les comédiens lisent des textes ardus, les musiciens proposent des morceaux peu connus, les conférenciers se félicitent d’une écoute curieuse et concentrée, si bien que les commentaires spontanés accrochent la convivialité naturelle aux terrasses de la grand place toute proche, gorgée de soleil. Il est rare qu’un ensemble d’activités culturelles intelligemment ordonnancées procure une réjouissance intellectuelle aussi fertile.

Dimanche 2 septembre

 Si l’on est convié à suivre les pérégrinations et les paroles de François Hollande quasiment au jour le jour, il s’agit aussi d’observer l’ancien président des Etats-Unis Barack Obama qui, après un an et demi de retenue, a semble-t-il décidé d’expliquer à son peuple les dangers que l’actuel président lui fait courir. On l’aura compris vendredi dernier à l’occasion des funérailles de John Mc Cain, grande figure du parti républicain estimé de toute la classe politique sans distinction de tendance. Obama laissa quelques impressions discrètes auprès de journalistes choisis qui augurent d’un engagement actif et concret. Les élections intermédiaires s’annoncent à l’automne. Ce sera le bon moment pour dénoncer les facéties de Donald Trump autrement que par des caricatures ou des manifestations, ce Trump qui jouait au golf à l’heure de l’hommage au défunt Mc Cain.

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 Daniel Cohn-Bendit ne remplacera pas Nicolas Hulot à la tête d’un ministère de l’Écologie. Ce serait « une fausse bonne idée » déclare-t-il. Sans aucun doute. L’homme n’est pas disponible pour interpréter la voix de son maître. La seule parole qui compte, c’est la sienne. Il signale néanmoins qu’il souhaite aider Emmanuel Macron. Il vient déjà de le faire en refusant le maroquin que le président lui offrait.

Lundi 3 septembre

 On ne peut même plus parler de trahison dans le chef d’Aung San Suu Kyi, l’ancienne icône de la Birmanie. Il faut plutôt considérer qu’elle perd la raison.  Elle deviendra bientôt plus cruelle que la junte qu’elle avait naguère combattue et d’une certaine manière vaincue. L’ONU devra bientôt penser à l’interner, le jury Nobel de la Paix à lui reprendre son Prix.

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 Le diable est en Amérique latine et il ne s’appelle plus CIA. Le Venezuela de l’après-Chavez sombre dans la misère économique, l’Argentine voit sa monnaie décliner à une vitesse inquiétante et celui que le peuple brésilien veut revoir à sa tête est en prison tandis que sa candidature à l’élection présidentielle vient d’être invalidée. Comme un malheur ne vient jamais seul, le prestigieux musée national de Rio de Janeiro a été réduit en cendres par un gigantesque incendie trop difficilement contrôlable. La CIA, contrairement aux soubresauts et aux drames du siècle passé, ne semble certes plus aux commandes mais Dieu fasse que monsieur Trump n’ait pas envie d’aller remettre de l’ordre dans les boutiques.

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 Revoir 2001 Odyssée de l’espace cinquante ans après sa sortie dans une version techniquement améliorée procure toujours le même plaisir. Pas besoin de monstres aux apparences horribles pour que surgissent devant les astronautes  des phénomènes prouvant qu’une autre intelligence meuble l’univers. Un monolithe lisse, rien qu’une sorte d’épais parallélépipède qui traverse les millénaires des Terriens et encombre leurs projets colonisateurs de planètes. La poésie de l’inconnu sur la célèbre valse de Strauss - ce Beau Danube bleu qui résonne dans l’immensité du vide -  et le mystère de l’infini qui surgit sans être expliqué, sans être inscrit dans la rationalité d’une histoire. Parce que l’on ne sait pas. Parce qu’il est vain – et parfois bête – de suggérer. Ce film est un chef-d’œuvre et il atteste si besoin était encore que Stanley Kubrick est un génie. Les grands, les vrais anticipateurs sont des modestes angoissés. Orwell aurait pu intituler son roman 2084 et Kubrick son film 3001. Mais ils n’auraient pas touché les sensibilités, transmis leur angoisse de la même manière. Le lecteur et le spectateur, après avoir pris connaissance de l’histoire et constaté que les événements surviendraient longtemps après leur mort, se seraient dit : « Après nous les mouches… » Ecce homo.

Mardi 4 septembre

 Tout ça pour ça, disent les observateurs. On s’attendait à un grand remaniement ministériel. Finalement, un tout petit ballet politicien s’est déroulé au ministère des Sports et à la Transition écologique et solidaire. Nicolas Hulot, très ému, passa le relais à François de Rugy, qui était président de l’Assemblée nationale, lequel cédera son maillet à Richard Ferrand, président du groupe macroniste à l’Assemblée. Un tout petit ballet de serviteurs zélés, comme au bon vieux temps, dans l’ancien monde. Les réseaux d’informations pourront, sur Internet, repasser la prestation de Rugy sur le plateau de France 24 en janvier 2017 où il fustigeait le candidat Emmanuel Macron, en soulignant qu’il n’avait aucun objectif écologique parce qu’il s’attachait au développement économique polluant… Faudra autre chose pour que ta cote de popularité remonte Manu. Elle est déjà paraît-il, un point en-dessous de celle de Hollande à la même période. C’est dire !

Mercredi 5 septembre

 Il est certain que de multiples livres paraîtront sur Donald Trump, tous plus explicites que d’autres tant les enquêtes doivent pulluler. Mais celui qui vient d’être présenté à la vitrine du libraire n’est pas comme les autres. Il est dû à Bob Woodward, le journaliste qui déclencha l’affaire du Watergate au début des années ’70 et qui parvint à provoquer le départ de Richard Nixon. Cet ouvrage est donc l’œuvre d’un grand professionnel, un journaliste chevronné qui sait les risques d’une divulgation d’information et ses corrélats. Il fait donc preuve de sérieux dans ses analyses, de recoupements dans l’exposé des faits. Il prend maintes précautions avant d’avancer une description et chaque mot est pesé. Ceux qu’il emploie révèlent une situation catastrophique à la Maison-Blanche. La version française du livre n’est pas encore parue mais des extraits traduits sont déjà commentés dans la presse. La principale puissance du monde est dirigée par un dingue. Faut-il encore en rire ? Oui, pour ne pas pleurer, pour ne pas être angoissé en permanence, mais il faut néanmoins être conscient du risque. C’est Docteur Folamour. Ce qui est désormais certain, c’est que ça va mal finir. Ce qui est problématique, c’est qu’on ne sait pas encore pour qui. Pour le peuple américain ? Pour le monde entier ? Pour nous, Européens ? Le mieux serait que ce fût pour Trump lui-même et pour celles et ceux qui vivent et agissent dans son sillage, sous ses ordres ou avec sa bénédiction. Rien ni personne d’autre.

Jeudi 6 septembre.

 Même quand on veut s’intéresser à la marche du monde en dehors de lui, Donald Trump revient enrayer l’observation. Ce qui vaut la peine d’être transcrit, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est ce qu’on dit de lui. Et pour l’heure, chaque jour apporte des témoignages ahurissants. Ainsi, le très sérieux New York Times publie un éditorial à la signature anonyme, fait très rare de la part de ce journal. Il aurait été rédigé par un conseiller haut placé dans l’aile ouest de la Maison-Blanche, celle de la présidence, assurant « une résistance silencieuse » et tenant à prévenir le peuple américain que ses collègues et lui veillent à préserver le pays. La gorge profonde déballe des situations illustrant l’attitude d’un fou, d’un demeuré, d’un imprévisible. L’auteur affirme pour rassurer : « il y a des adultes à la Maison-Blanche », qu’on ne s’en fasse pas. C’est inouï.

 Le 44e Festival du film américain de Deauville a couronné une nouvelle star, Shailene Woodley, 27 ans, militante écologiste, qui déclare : « Pour la première fois, on a un président qui se fiche de la démocratie.» Les observateurs précisent que Trump conserve toutefois sa base électorale. Soit. Mais si des témoignages aussi graves continuaient d’être déversés à un rythme quotidien, il finirait bien par se passer quelque chose…

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 L’homosexualité est dépénalisée en Inde. Scènes de joie dans les rues. Contraste avec ce que la France a connu. Une leçon de démocratie pour tous les militants opposés au « Mariage pour tous » qui défilaient dans Paris avec des slogans vulgaires et qui s’en prenaient, rustres, à Christiane Taubira de manière abjecte.

Vendredi 7 septembre

 Obama est rentré en piste. Il ne s’arrêtera pas jusqu’aux élections de novembre. Et il déclinera le plus souvent possible des phrases-chocs, les seules peut-être susceptibles de rivaliser avec les tweets du président. Son but est double : d’une part faire élire des démocrates pour reprendre la majorité à la Chambre ; d’autre part sensibiliser les républicains modérés à la dérive immorale de leur nation qui, en finalité, pourrait mettre la démocratie en péril. Il paraît qu’on l’attendait… Quoi ? Cet homme a gouverné les Etats-Unis pendant huit ans ; la Constitution ne lui permettait pas de se représenter, ne pourrait-on pas plutôt espérer découvrir quelques jeunes figures neuves se réclamant de son travail pour engager le fer ? En attendant, le black « fait le job ». Tout à son honneur.

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 Que d’hésitations ! Que de méandres ministériels ! Que d’interrogations sournoises pour mettre au point le projet de prélèvement à la source qui avait été parachevé sous le précédent quinquennat ! Serait-ce parce qu’il s’agit d’une réforme initiée par François Hollande que Macron se tâte et pataude tellement ?

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 Le célèbre architecte italien Renzo Piano présente un nouveau projet de pont pour Gênes. Discours officiel, petits fours… Au moment d’expliquer son ébauche, la maquette s’effondre. Un présage tragique ? Non, des rires spontanés, pas jaunes du tout. Il n’y a qu’en Italie que l’on peut voir cela.

La comedia !

Samedi 8 septembre

 Les Suédois voteront demain et là-bas (même là-bas !), l’extrême droite progresse et menace. Elle pourrait réaliser un score impressionnant grâce à une campagne axée sur la peur des migrants. Tous les commentaires mettent cette percée en évidence. Certes, il s’agit sans doute du fait le plus saillant de cette compétition. Il importerait néanmoins de rappeler que la coalition de gauche (social-démocratie / écologistes / communistes) du Premier ministre Stefan Löfven est toujours en tête dans les sondages (40 %), au coude-à-coude avec la droite classique (39 %). Avec les 20 % qu’on leur prédit, les bruns feraient l’événement mais pas la révolution.

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 Emmanuel Macron recevait hier Angela Merkel à Marseille pour évoquer, durant toute la journée, l’avenir de l’Europe. Le temps presse. Les extrêmes droites progressent un peu partout dans les pays membres, les eurosceptiques pourraient devenir majoritaires dans le parlement qui sera renouvelé fin mai. Sans attendre des résolutions fondamentales, on espère un contenu volontariste de la part des deux principaux moteurs de l’Union européenne. Mais après le dîner, Macron s’est offert un bain de foule sur le Vieux-port. Grâce à des « allez l’OM » répétés ça et là, avec des selfies à l’envi, sa popularité fut assurée. Il rencontra même Jean-Luc Mélenchon à une terrasse. Échanges courtois et républicains. Ce matin, du Figaro à BFM TV, cette rencontre est à la une des bulletins d’informations. On a presque oublié que Merkel était, elle aussi, à Marseille. La politique du spectacle nourrie par la com’, un jour, Macron s’en mordra les doigts.

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 Les substantifs « aoûtiens » et « juilletistes » ont fait leur entrée dans le Petit Larousse au début de la décennie ’70. Il faudra désormais compter avec les « septembristes », un néologisme figurant à la une du Parisien - Aujourd’hui en France. Un rapide tour d’horizon des stations balnéaires montre qu’en effet, nombreux vacanciers goûtent le soleil des ultimes journées de l’été. On connaît leur caractéristique principale : il s’agit de personnes sans enfants scolarisés. L’évidence surgit donc illico : les septembristes appartiennent souvent au troisième âge.

Dimanche 9 septembre

 Il y a une dizaine d’années, le nom d’Alep devenait connu de presque tous les Terriens, y compris ceux qui ne s’intéressent pas à l’histoire de l’Antiquité ou à celle du savon. Désormais, on va se familiariser avec celui d’Idlib, 6000 km², dernière poche où les fous d’Allah se sont retranchés. Les belles âmes craignent les bombardements destructeurs. La communauté internationale s’empare de l’indignation naissante puisque le mal sera enfanté, conduit par le trio d’enfer Iran – Russie - Turquie. Bien sûr que les bombardements auront lieu, bien sûr qu’ils causeront la mort d’innocents. Mais quoi ? Au point où l’on en est là-bas, on ne va quand même pas laisser un territoire aux mains de dérangés en violence qui, de surcroît, à terme, causeraient plus d’effrois aux populations civiles que quelques bombardements décisifs ? Idlib sera détruit, rasé peut-être, parce que la vermine s’y concentre. Ce n’est pas cet événement-là qu’il importe de cerner ou de commenter, c’est évidemment l’étape suivante : dans une Syrie transformée en champ de ruines, lorsque les armes se seront tues partout sur le territoire, que faire de Bachar al-Assad ? C’est la seule vraie question qui, latente, fait déjà débat dans les milieux diplomatiques. Une question vraie encombrée, pour l’heure, de réponses fausses.

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 L’extrême droite suédoise ne réalise pas la percée que la presse internationale lui prédisait. Telle est la seule information que les dépouillements peuvent révéler ce soir. Mais elle est déjà de taille.

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 Il est commun de signaler qu’avec la fin de la Mostra, le Lido retrouve le calme. Mais peut-on admettre que Venise possède encore des périodes calmes en ses quartiers les plus renommés ? La Sérénissime est même contrainte de réglementer les afflux touristiques en installant des barrières d’accès semblables à des parcomètres. Il n’empêche que la fin du Festival  rendu le Lido moins agité par le va-et-vient des vaporettos transportant des vedettes du grand écran. Cette 75e Mostra s’est achevée sur un palmarès historique. Le Lion d’or attribué à Roma du mexicain Alfonso Cuaron (Gravity, 2013) n’est pas tellement analysé en tant que tel. On attendra sa sortie en salles pour l’apprécier. Ce qui fait l’événement, c’est que ce film est distribué par Netflix qui décroche ainsi pour la première fois un trophée prestigieux. Comme le prix du scénario revient au western des frères Coen (The Ballad of Buster Scruggs) distribué aussi par Netflix, cette entreprise américaine prend officiellement une place prépondérante dans le marché cinématographique. Ce n’est pas une surprise ; on dira même que cette promotion était prévisible et attendue. Il n’empêche que l’évolution du paysage audiovisuel risque d’être très bousculée au cours des prochaines années, notamment pour les chaînes de télévision européennes.

 Lundi 10 septembre

 La social-démocratie suédoise n’est plus le phare de l’Occident. On le savait depuis plusieurs décennies. L’État-Providence n’est pas inébranlable ; ce constat était aussi acquis. Il n’empêche que le parti du Premier ministre Stefan Löfven, cet ancien métallo conduisant la coalition de gauche arrive en tête aux élections législatives avec plus de 28 % des voix. La droite classique est loin derrière et l’extrême droite ne réalise pas le score espéré, malgré une progression. En conséquence, la formation d’une coalition détenant la majorité des sièges est pour l’heure hypothétique. Se dessine ainsi de plus en plus la physionomie de la campagne européenne du printemps. Deux positions majeures s’affronteront : les partisans d’une relance européenne et les tenants d’une Europe à déconstruire. Ceux-ci baseront toute leur argumentation sur la politique migratoire en développant l’équation pernicieuse : immigration = insécurité. C’est pourquoi l’observation de la Suède est utile. Le pays accueillit une masse importante de migrants, un phénomène qui supplantera les options de politique sociale, celle qui a conduit la société vers un progrès remarquable en termes d’égalité.

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 Proverbe portugais cité par Julian Barnes dans Le Point : Si la merde était précieuse, les pauvres naîtraient sans cul.

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03 septembre 2018

Ce fascisme qui menace l’Europe

Vendredi 24 août

 Á boire et à manger. En 1910, la France comptait un demi-million de bistrots. En 1960, plus ou moins 200.000 ; en 1970, plus ou moins 100.000. En 2015, on en recensait 36.176 et en 2016, 34.669. Ceux-ci se répartissaient sur 10.619 communes ce qui revient à constater que de nos jours, plus de 26.000 communes françaises ne possèdent plus le moindre café, lieu de convivialité par excellence. Dans le monde, il y a un peu plus de 37.000 Mc Do. Il y en a par exemple un qui ne désemplit pas à deux hectomètres de la Place Rouge à Moscou. La France comptait 1226 Mc Do en 2011. En 2016, il y en avait 1419… To drink and to eat.

Samedi 25 août

 Au cours de ces deux mois d’été, David Abiker a dialogué sur Europe 1, de 9 à 10 heures, tous les samedis, avec le paléontologue Yves Coppens (84 ans). L’histoire de l’aventure humaine égaya les petits déjeuners. Ce merveilleux optimiste parcourait les millénaires en paroles sages et l’auditeur se sentait porté par une confiance en l’avenir grâce au génie de l’homme surmontant les obstacles et découvrant, étape par étape, de nouveaux objets, de nouveaux instruments qui lui permettaient d’assurer le progrès d’une génération vers la suivante. Rien ne semblait contrarier le scientifique chevronné. Le clonage ? « Pourquoi pas cloner le mammouth si l’on peut ? » « Tout a toujours changé, ce qui est réalisable a toujours été réalisé ; l’important est de maîtriser la création »… La peur de l’avenir ? « Elle devait déjà exister il y a 30.000 ans… » En modestie et en sagesse, Coppens reconnaît dans ses recherches quelques chicanes tenaces résultant de mystères qui le tarauderont jusqu’à la mort : Carnac, un menhir de 20 mètres de haut qui pèse 30 tonnes… Mais encore ?...  Non, il ne sera pas question de Dieu, c’est un autre problème, pas du ressort du paléontologue ça…

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 La commission électorale congolaise juge « irrecevable » la candidature de Jean-Pierre Bemba à la présidence de la République. Voici une décision qui pourrait mettre le feu aux poudres. C’est peut-être ce que recherchent le président Kabila et sa garde rapprochée.

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 Adults only. Une précaution pitoyable qui révèle une société refoulant son propre avenir. Dans plusieurs capitales européennes, Berlin en tête, des hôtels et restaurants affichent cette pancarte, considérant que les enfants risquent de troubler l’ambiance. Vieux réflexe de rejet sans doute. Subtile variante : jusqu’à présent, la tranche d’âge est préférée à l’appartenance ethnique.

Dimanche 26 août

 26 août 1789. Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

                        Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

10 décembre 1948. Déclaration universelle des droits de l’Homme.

                         Art. 1er. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

1948 a oublié le Citoyen de 1789. Oublié aussi le « demeurent » à l’article premier.

 La Déclaration de 1789 a été rédigée par les Représentants du peuple français. Celle de 1948 par un comité de rédaction que présida Eleanor Roosevelt, la veuve du président des Etats-Unis, celui-là même qui voulait faire de Charles de Gaulle le gouverneur de Madagascar. Pour ce qui concerne « l’esprit de fraternité », faire semblant de ne pas l’avoir lu, au risque de se pâmer dans un grand éclat de rire.   

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 La plus belle réussite en matière d’éditions au cours de la deuxième moitié du XXe siècle fut la création d’Actes-Sud qu’Hubert Nyssen conduisit à la renommée en révélant de remarquables écrivains loin de la place parisienne. Il ne faudrait pas que sa fille, Françoise, qui reprit fort bien le flambeau, griffe cette superbe notoriété en laissant un mauvais souvenir de son passage à la rue de Valois. Ministre de la Culture, c’est un autre métier. Elle est occupée, à son corps défendant, à montrer au président Macron que le recours à la société civile a ses limites.

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 Dans son roman La Librairie (éd. Stock, 1994) Pénélope Fitzgerald affirmait que le monde était partagé « entre exterminateurs et exterminés ». C’est sans doute exagéré. Nous dirons « bons et mauvais » en étant déjà conscients que cette bipolarité est trop simpliste. Mais en voyant le film éponyme qu’Isabelle Coixet en tira, on comprend mieux la formule, entièrement illustrée par une sourde conjuration quasiment spontanée d’une communauté villageoise à l’endroit d’une jeune dame passionnée de livres, dont le seul crime est de vouloir coûte que coûte ouvrir une librairie. Cité dans les grands rendez-vous des trophées cinématographiques, ce film connut des critiques très contradictoires. Il est vrai que certaines scènes sont convenues. Mais la dernière minute de l’histoire lui confère un impact mémoriel qui dégage une morale sur la médiocrité des querelles de voisinage et, au passage, un salut à la compagnie des livres, ce qui est toujours bon à prendre.

Lundi 27 août

 L’Église catholique italienne commence à s’occuper des migrants, laissés malades sur leur bateau. Elle les accueille en Sicile tandis que la Justice italienne commence, elle, à s’intéresser à Matteo Salvini, ce ministre de l’Intérieur d’extrême droite pour qui la personne humaine n’est pas nécessairement secourable. « Quand je pense à la Sicile, qui est elle-même un pays de vrais fantômes, où les conquérants seuls ont laissé quelques traces, je me dis que je suis dans un cercle d’étrangetés dont on ne sort jamais. » (Lettre de Nicolas de Staël à René Char, novembre 1953)

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 Le Festival de l’Été mosan s’est achevé hier avec succès dans la collégiale Notre-Dame Saint-Perpète de Dinant grâce au talent des jeunes musiciennes et musiciens de l’Orchestre de Chambre de Liège. Après les sarabandes, gavotte et rigaudon, ils firent connaître les virevoltes surprenantes de Jean Françaix (1912 – 1997). Ce haut monument néo-gothique à la façade noire de saleté ne leur a pourtant pas rendu la tâche aisée avec une piètre acoustique faiblarde. La pauvre collégiale a des excuses : victime de l’effondrement d’un pan de rocher en 1227, incendiée lors du sac des Ducs de Bourgogne en 1466, bombardée en 1914, elle a été maintes fois restaurée. D’excuses, les organisateurs dévoués du Festival  au n’en ont hélas point. Si l’amateurisme a ses charmes, ses faiblesses érodent souvent ses desseins.

Mardi 28 août

 Le peuple italien a souvent, au XXe siècle, fourni des bataillons d’émigrés aux pays hospitaliers ou en recherche de main-d’œuvre. Ce fut pour fuir le régime de Mussolini en France (la famille Livi avec Ivo qui deviendra Montand) ; pour travailler dans les mines du Nord de la France ou en Wallonie (la famille Adamo, la famille Di Rupo…) ; pour tenter de relever le défi de l’American way of life (les De Niro, les Pachino, les Di Caprio, mais aussi les Capone…). Aujourd’hui, le peuple italien est le plus xénophobe. Il applique à merveille la sourde consigne tartuffarde propre aux fascistes : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Et c’est ainsi que le régime démocratique se ronge de l’intérieur. Les suffrages de ce pays fondateur de l’Union européenne pèseront lourd dans la composition du futur parlement européen, au printemps prochain.

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 La voix du pape dérape. Cette phrase pourrait donner naissance à une chanson du type J’ai la rate qui s’dilate… Ce sont les homosexuels qui s’en disent heurtés. Bah ! François aura bientôt 82 ans. Il rentre d’Irlande où il dut à nouveau affronter le triste dossier de la pédophilie mettant là-bas l’Église catholique carrément au ban de la société tant le venin s’est répandu. Il ne faut pas trop lui en vouloir, être un brin compréhensif, mais sur les réseaux sociaux (ah ! la vilaine expression !...), les accusateurs s’en donnent à cœur joie… Surtout que dans ce champ de la dénonciation, l’identité n’a pas besoin d’être déclinée…

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 Pour élaborer son budget 2019, les prévisions devenant moins favorables, Édouard Philippe et Emmanuel Macron vont encore rogner dans les prestations sociales. Et au sein de celles-ci, ils vont de nouveau s’attaquer aux pensions de retraites. Mais qu’est-ce qu’ils leur ont donc fait, les vieux, à ces deux-là ?

Mercredi 29 août

 Les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran provoquent tant de handicaps économiques et sociaux que le président Hassan Rohani a été sommé de s’expliquer devant le parlement de Téhéran. Ses explications n’ont pas satisfait. Le pays vire doucement vers une crise de régime qui pourrait ramener l’extrême droite au pouvoir.

 Viktor Orban rend visite à Matteo Salvini à Milan. Il déclare que le ministre italien de l’Intérieur est son « héros » tandis qu’Emmanuel Macron est son « ennemi ».

 Une manifestation violente de néo-nazis s’est déroulée à Chemnitz (anciennement Karl-Marx-Stadt, du temps de l’Allemagne de l’est). Non seulement ces fous de la haine ne se cachent plus pour pratiquer le salut hitlérien, mais ils sont de plus en plus nombreux et, fait gravissime, semblent bénéficier du soutien des forces de police.

 Quelques faits à verser au dossier Ce fascisme qui vient, chaque jour un peu plus volumineux.

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 Ministre d’État, ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot a décidé hier de quitter le gouvernement et tous les commentaires de presse sont concentrés sur ce geste soudain mais prévisible. Lorsqu’il est question d’évaluer le bilan de son action, l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’est que très peu évoqué. C’est pourtant ce dossier-là qui l’avait motivé. En secret, Macron lui avait promis d’abandonner le projet, ce qui avait déterminé Hulot à la suivre. Le plus étonnant, dans le geste de la star écolo, c’est la manière avec laquelle il démissionna : il en fit part en direct à Nicolas Demorand et Léa Salamé un peu avant 8 heures au cours de la matinale de France inter, sans avoir prévenu au préalable le président de la République ou le Premier ministre. Pas même sa femme. Le 30 juillet dernier, sur Europe 1, on annonçait la parution prochaine d’un livre de Jean-Luc Bennahmias dans lequel on trouverait de nombreux entretiens consacrés à Nicolas Hulot (Les Paradoxes de Monsieur Hulot, éditions de L’Archipel). Parmi ceux-ci, un propos de François Hollande : « Il n’y a que lui qui l’intéresse […] Il partira de toute façon. Peut-être qu’il partira tard, mais il sait que c’est un contrat à durée déterminée. » Bien vu. La parution de ce livre était annoncée pour le 29 août. On y est.

Jeudi 30 août

 Marcel Gauchet énonce clairement la transmutation des problèmes : « la question migratoire supplante la question sociale ». Avec celle du climat, ce sera le sujet principal de la campagne pour les élections européennes du printemps prochain. Il est temps que l’Union manifeste une cohésion en ce domaine, ou ce sera sa perte. Le défi est vital. La question sociale restait l’apanage de la gauche. Celle-ci n’est nulle part sur la question migratoire. L’extrême droite exploite le bon sens en utilisant l’information rapide que les médias distillent. Ainsi, en creusant, on s’aperçoit que l’Italie est loin d’être débordée par un flux migratoire. C’est elle qui accueille le plus de migrants - ce qui apparaît logique et normal dès qu’on se penche sur une carte de géographie - mais ceux-ci ne font que la traverser, ils ne s’y installent pas. Son populiste ministre de l’Intérieur Matteo Salvini se sert habilement des images pour crier à la catastrophe et laisse épancher son anti-européanisme en sachant parfaitement que sans l’Union européenne, l’Italie serait bien plus pauvre et moins prospère. L’Italie n’est pas un pays d’accueil pour les migrants, ce n’est qu’un pays de transit.

Vendredi 31 août

 La Commission européenne est en ébullition. Les conseillers s’activent. Les dactylos font crépiter les claviers. Il n’y a plus une seule photocopieuse disponible. Des notes sont réclamées sur les nombreuses études qui ont été commandées. Il ne s’agit pas de manquer le rendez-vous de l’Histoire ; il faut éviter à tout prix un désenchantement susceptible de provoquer un soulèvement populaire. Tout est bien pensé, réfléchi, évalué avant que le communiqué ne tombe sur les télescripteurs des agences de presse. Le choix, qui n’évite pas l’embarras, concerne un demi-milliard de citoyens. Le suspense devient intenable.  La décision devrait être prise et révélée avant la fin du mois, donc aujourd’hui. La réponse à la question cruciale est imminente : va-t-on maintenir le changement d’heure ?

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 La liste des batailles navales que se sont livrées la France et l’Angleterre depuis le Moyen Âge  consiste en une litanie surnuméraire : Arnemuiden, L’Écluse, Brest (tant de fois !...), Boulogne, Malaga, Négapatam, Trafalgar (évidemment…) , etc. Statistiquement, il n’y a pas de raison que la série s’interrompe. Les bateaux de pêche assurent la pérennité. L’objet des affrontements est un gisement de coquilles Saint-Jacques. Pour peu que s’en mêle la mairie de Compostelle, on risque de voir la flotte espagnole entrer dans la danse, comme au bon vieux temps des flots bleus qui devenaient rouges tout autour des rivages européens.

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Le visage noir de l’Italie illustré par Matteo Salvini lors d’un meeting réunissant l’extrême-droite anti-immigration. Photo © Youtube
25 août 2018

Ouf, c’est la rentrée des livres et des politiques

Jeudi 16 août

 Ce n’est pas encore officiel mais ce n’est plus tout à fait une rumeur : Manuel Valls pourrait concourir aux fins de remporter la mairie de Barcelone. La compétition électorale est prévue au printemps prochain. Le temps presse si l’éventuel candidat veut se familiariser au terrain. Mais au-delà des contingences qui émailleraient son engagement et qui ne manqueraient pas d’être longuement analysées, une caractéristique neuve apparaîtrait dans le paysage européen : un ancien Premier ministre français, député en activité, pourrait devenir maire d’une grande ville espagnole. Cette situation totalement inédite confèrerait à l’Union européenne une nouvelle identité qui ne pourrait que renforcer sa cohésion.

                                                           *

 François Hollande avait déclaré qu’il interromprait son tour de France des dédicaces afin de respecter les vacances des Français. Il reprendrait ses activités en septembre. Mais des libraires en redemandent ! Certains d’entre eux vont même à sa rencontre, le solliciter physiquement. Quand un souhait appuyé s’exprime, il ne dit pas non. Résultat : les files d’attente sont encore plus longues et les séances durent au moins 6 heures ! …La nouvelle est arrivée à Brégançon car des jeunes gens ont décidé de publier un tract vantant les mérites de la présidence Hollande. Il y a quatre jours, l’ancien président a fêté son 64e anniversaire. Á cet âge-là, de Gaulle traversait le désert et Mitterrand songeait à présenter sa candidature à l’élection présidentielle, une compétition qui à laquelle il avait déjà échoué à deux reprises.

Vendredi 17 août

 Erdogan maîtrise mal la chute vertigineuse de sa monnaie. Macron vient à son secours. Il lui téléphone pour « souligner l’attachement de la France à une Turquie stable et prospère. » Diable ! Il a oublié de joindre l’adjectif « démocratique » à ces deux-là ! Allez Manu, encore un effort ! Veille à ce que cet oubli ne soit pas qualifié de freudien…

                                                           *

 Tandis que l’on prépare les funérailles des victimes de Gênes et que les travaux d’enlèvement des décombres se poursuivent, les tribunes libres s’accumulent dans la presse italienne et européenne sur les responsabilités quant à l’effondrement du viaduc. Enrico Colombatto, professeur d’économie à l’université de Turin, appuie sur trois mots : « corruption, gabegie, gaspillage ». Il n’est pas le seul. Le gouvernement d’extrême droite hésite à charger les exécutifs qui l’ont précédé. Il accable donc plutôt la société autoroutière. C’est une sagesse qui s’impose. Il faut toujours assumer l’héritage. Mais le débat ne fait que commencer. Déjà, l’Europe est pointée. Elle a tellement bon dos cette Europe…

Samedi 18 août

 Enfin - grâce à Libération et au vide estival – des nouvelles de Notre-Dame-des-Landes ! Comme on le prévoyait, la zone squattée par les opposants à l’aéroport n’est pas encore tout à fait dégagée et le blocage des routes n’a pas totalement disparu, ce qui nuit considérablement à certains petits commerces au point que plusieurs d’entre eux se sont résolus à fermer boutique (allô ? monsieur le ministre de l’Intérieur ? Monsieur Collomb ? …) Quant aux villages limitrophes, ils dégagent des sentiments divers. Á Vigneux, là où le nouvel aéroport devait naître, on est content, on félicite les zadistes. En revanche, à Saint-Aignan, en bordure de l’aéroport actuel, on est inquiet : en compensation de l’abandon du projet, une piste supplémentaire sera construite qui créera inévitablement de nouvelles nuisances (allô, monsieur le ministre de la Transition écologique ? Monsieur Hulot ? …)

Dimanche 19 août

 Á minuit la Grèce sera libérée de sa tutelle financière après huit années de garrot. L’Histoire retiendra qu’elle dut son maintien dans l’Union européenne à la ténacité de François Hollande. C’est à partir de ce lundi que l’on va pouvoir évaluer la réelle capacité d’Alexis Tsipras à gouverner le pays. Il est souriant et l’attrait touristique ne faiblit pas, au contraire. Ce sont là de bons signes. Mais rien ne remplace le soutien populaire.

                                                           *

 L’artiste est prophète (suite). Des corneilles envahissent les villes polonaises et des loups pourraient bientôt entrer dans Paris.

Lundi 20 août

 On sait que la démesure est monnaie courante aux États-Unis. Leur président ne doit pas fournir d’effort pour illustrer cette réputation ; il lui suffit d’être égal à lui-même. La Pennsylvanie vient de recenser 300 prêtres pédophiles. Le pape François, dépassé par l’événement, ne peut rien exprimer d’autre qu’une « ferme condamnation des atrocités » Ce n’est pas encore ce souverain pontife-ci qui incitera l’Église à supprimer de sa doctrine le célibat des prêtres, une réforme inexplicable, au demeurant superflu, qui lui coûte cher en ces temps de pureté rigoureuse. Conseillons-lui l’apprentissage de la sage parole de Joseph Staline : « Un mort, c’est une catastrophe. Un million de morts, c’est une statistique. »

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 Georges Bernanos admirait Charles de Gaulle mais il refusa le poste de ministre que le général lui offrit à la Libération. Le chef de la France libre avait déjà dû lui envoyer un télégramme (« Votre place est parmi nous… ») au Brésil afin qu’il regagne la mère-patrie en quittant son pays d’exil. Un moment d’histoire un peu bizarre qui ne fut jamais vraiment approfondi. Et comme Bernanos mourut en 1948, l’intéressé n’eut pas l’occasion d’expliquer ses motivations avec le recul du temps. Bourru et sagace, il aurait été le Clemenceau du Général.

Mardi 21 août

 « Si les retours continuent d’augmenter, on ne parviendra plus à suivre la cadence… » Théo Francken, le secrétaire d’État chargé de l’Immigration en Belgique, est désespéré : sa politique de rapatriements forcés s’amplifie tellement bien qu’il manque de personnel pour en assurer l’accomplissement. La solution paraît pourtant simple : que les préposés à l’accueil soient affectés ipso facto au retour. D’un comptoir l’autre, on gagnerait du temps… Et de l’argent… Pauvre Francken ! Membre du parti nationaliste flamand qui, comme tous les partis nationalistes, est obsédé par la présence d’étrangers, il avait reçu, il y a quatre ans, le portefeuille qui lui permettrait de commander des charters et d’en jouir en présentant chaque année un palmarès musclé choyant la popularité de son parti en flattant les bas-instincts du bon peuple. Raté ! Deux ans plus tard, la crise migratoire se déclenchait. Pouah ! Quel métier ! Francken arrive exténué au bout de la législature. Il mérite d’être récompensé. Qu’on le mute à la Coopération au Développement pour la dernière année…

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 L’Obs propose des tableaux statistiques prouvant que le monde ne s’est jamais aussi bien porté : l’espérance de vie augmente, la sous-nutrition baisse, l’extrême pauvreté aussi ; l’alphabétisation progresse ainsi que la démocratie ; et l’économiste allemand Max Roser, chercheur à Oxford, l’une des figures centrales de l’antidéclinisme, signe un article intitulé « Nous vivons la meilleure période de toute l’histoire de l’humanité.» Il y a quelques années, Le Point avait  publié un dossier semblable. Et pourtant, le pessimisme perdure chez les citoyens. Alors quoi ? Rien. Le mal-être ne se mesure pas. Et le sentiment de vivre en permanence au bord d’un gouffre ne doit pas se psychanalyser. Ce qui compte, c’est de d’offrir un futur. Manu ! Encore un effort !...

Mercredi 22 août

 Deux millions de fidèles se retrouvent à La Mecque pour accomplir le pèlerinage qui sauvera leur vie. En 2015, la bousculade avait causé la mort de 2300 pèlerins. Désormais, l’événement se déroule sous la surveillance de l’énergique prince héritier réformateur Mohammed Ben Salman. Dans les grands bouleversements qu’il engage au sein de la très conservatrice Arabie saoudite, il ne s’est pas encore attaqué à ce fantastique rendez-vous annuel. Trop sacré. Trop emblématique. Trop ancré dans la tradition islamique. Pas encore…

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 Il paraît que les partis politiques sont à la recherche de têtes de liste pour les élections européennes. S’ils avaient des idées, ils auraient des candidats pour les représenter. Trop peut-être.

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 Une actrice italienne, victime des harcèlements de Weinstein, aurait agressé sexuellement un mineur d’âge. La vie est belle.

Jeudi 23 août

 Á Trappes (Yvelines), un homme a poignardé sa mère et sa femme en des gestes violents et fous. Quelques indices pourraient laisser croire qu’il se revendique d’Allah mais la police penche plutôt pour un drame familial. Bref, il s’agirait d’un fait divers. Qu’à cela ne tienne, monsieur Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, se déplace sur les lieux de l’horreur. Va-t-il proposer au président qu’un hommage national soit rendu aux deux victimes dans la Cour des Invalides ?

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 Parmi les 567 romans (dont 186 étrangers) que proposera la rentrée littéraire, la lettre de Vanessa Schneider à sa cousine « pour la venger du mal qu’on lui a fait » fera sans doute beaucoup parler d’elle (Tu t’appelais Maria Schneider, éd. Grasset). On la dit déjà bouleversante. Elle réveillera les curiosités cinéphiles et elle fera vibrer les cordes voyeuristes. C’était en 1972. Bernardo Bertolucci tournait Le Dernier tango à Paris dans un appartement près du pont de Bir Hakeim, l’histoire d’un quadragénaire interprété par Marlon Brando, délaissé par son épouse, et qui se livre à des ébats sexuels passionnés avec une jeune fille de 19 ans. Pour obtenir l’authenticité d’une scène de sodomie, Brando proposa à Bertolucci de la réaliser sans trucage, à l’aide d’une plaquette de beurre, et sans prévenir la jeune actrice. Bertolucci reconnaîtra plus tard que c’était réellement un viol. Maria Schneider ne s’en remit jamais. Elle mourut huit ans plus tard. Cela dit, elle avait auparavant révélé sa bisexualité, elle se droguait, elle connaissait des périodes de déprime et à l’âge de 16 ans seulement, elle avait enfin eu un contact avec son père biologique, Daniel Gélin, qui ne l’avait jamais reconnue. On ajoutera que jusqu’à la fin de sa vie, elle voua une admiration pour Marlon Brando et puis, on pourra éventuellement commencer la lecture du livre de Vanessa, si du moins les critiques lui trouvent un véritable attrait littéraire.

 

Image: 
Un livre bouleversant sur Maria Schneider, héroïne malheureuse du film de Bernardo Bertolucci. Photo © D.R.
16 août 2018

Les complots prévisibles

Jeudi 9 août

 Le Kremlin réagit à des sanctions économiques américaines résultant d’une lointaine affaire d’espionnage : « Les Etats-Unis sont un partenaire imprévisible ». « Imprévisible », vraiment ? Ah bon ! …

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 La Chambre argentine avait voté de justesse la légalisation de l’avortement mais il fallait que le Sénat la suive pour que la loi soit promulguée. Entretemps, l’Église se mobilisa considérablement, appelant même le pape François - originaire il est vrai de ce pays – à son secours. On sentait la tendance basculer. Après une douzaine d’heures de débats, le vote advint : 38 contre, 31 pour, 2 abstentions. Les femmes d’Argentine mourront encore dans la clandestinité à cause d’une aiguille à tricoter mal orientée, ou bien elles iront en prison. Uniquement les femmes argentines pauvres ou à faible revenu bien entendu, car les riches viendront en Europe accomplir une escapade touristique de circonstance, comme autrefois les bourgeoises françaises, belges ou espagnoles qui allaient respirer l’air hollandais.  

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Si le film My Lady de Richard Eyre évoque le refus de la transfusion sanguine chez les Témoins de Jéovah et le dilemme qu’il dégage entre conscience et morale chez ceux qui rendent la justice, on peut le voir aussi comme l’histoire d’un couple qui se délite malgré lui à cause d’une magistrate trop absorbée par ses dossiers. L’affiche annonce Une performance exceptionnelle d’Emma Thompson. Les critiques la relayent. On ne peut que confirmer.

Vendredi 10 août

 La monnaie turque va très mal et elle entraîne dans sa chute toute l’économie du pays. On comprend déjà pourquoi Erdogan avait souhaité avancer les élections d’un an afin de raffermir son pouvoir il y a quelques semaines. Il faut désormais s’attendre à ce qu’il crie au complot, comportement classique des autocrates en difficultés. « Enfin, les difficultés commencent ! » Cette phrase du député socialiste Bracke-Desrousseaux saluant la victoire du Front populaire en 1936 ne convient guère à la situation du sultan qui ne pourra que recourir à la force devant un peuple moins soumis à son autorité qu’on ne le perçoit parfois. L’histoire de la Turquie est là pour le démontrer.

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 Plus de mille maires français ont démissionné de leurs fonctions, fatigués de ne plus être que des représentants administratifs tant le pouvoir central leur rogne des compétences. Á l’exception de l’état civil et des cimetières, on finira par les amputer de toute responsabilité. « On », c’est évidemment Macron, qui, imbus de sa personne, prend là un risque inconsidéré. Un phénomène à suivre et à creuser.

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 Des savants annoncent que le réchauffement climatique pourrait bien, dans quelques décennies, provoquer l’engloutissement de la ville de Vancouver. « Toi qui pâlis au nom de Vancouver » chantait Marcel Thiry… Le poète est prophète. C’était en 1924… « Pour déserter tu fus toujours trop sage… »

samedi 11 août

 Encore des sanctions étatsuniennes contre l’Iran. Tout cela parce que le pays des ayatollahs est soupçonné (bien que les rapports de l’agence internationale contredisent les propos) de continuer son programme nucléaire militaire. Deux résultats immédiats sont perceptibles sur place : 1. Les citoyens sont navrés ou révulsés.  2. Le développement économique est freiné qui provoque une baisse de popularité du président Rohani, chef d’État modéré. Les conséquences de ces résultats coulent de source : l’anti-américanisme gagne du terrain ; les faucons se préparent à revenir au pouvoir. Mais l’effet que la Maison-Blanche savoure surtout, c’est la perte de contrats juteux pour les entreprises européennes qui avaient saisi l’accord avec la puissance perse sur l’utilisation de l’énergie nucléaire comme facteur de relance commerciale. Une économie européenne plus faible ne peut que réjouir les Américains. Á cette diplomatie de petit bras, on attend un geste gaullien de la part de l’UE. Que l’un de ses éminents représentants (Tusk, Juncker ?...) leur lance « Nuts ! » Trump ne comprendra pas mais un historien de son entourage pourra lui expliquer.

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 « Les économistes sont présentement au volant de notre société alors qu’ils devraient être sur la banquette arrière. » Cette citation de John Maynard Keynes (1883 – 1946), le père de la macroéconomie, l’un des principaux protagonistes des accords de Bretton Woods a pris un peu d’âge mais comme le bon vin, elle a gagné en qualité donc en pertinence. Pour le plus grand malheur du politique.

Dimanche 12 août

 Embarquant 141 personnes recueillies au large de la Lybie, L’Aquarius est de nouveau à la recherche d’un port européen. Si le mouvement ne se veut pas perpétuel, il affirme néanmoins une certaine permanence. Comme on l’a vu pendant une décade à Glasgow et à Berlin, il y a peut-être dans cette embarcation un futur médaillé qui accomplira un tour d’honneur dans un stade olympique avec sur le dos le drapeau d’un des pays membres de l’UE…

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 Raphaël Enthoven consacre une émission à Jean-Sébastien Bach et la clôt en précisant : « Nous avons cette chance d’être nés après lui ». Une belle parole de philosophe qui entraîne l’auditeur vers la pensée de Cioran (De l’inconvénient d’être né), lui qui déclarait : « S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu. » Ou encore : « Si seulement Dieu avait fait notre monde aussi parfait que Bach avait fait le sien divin ! »

Lundi 13 août

 Une photo de la famille Trump réunie autour du patriarche en compagnie de ses principaux collaborateurs et tout à coup survient une phrase de Camus que l’on n’imaginait plus enfouie dans la mémoire : « La hideuse aristocratie de la réussite. »

Mardi 14 août

  Canicule, suite. Il n’est pas trop tard ! Cette interjection optimiste ou, à tout le moins volontariste à propos du climat est répétée depuis de nombreuses années. Cette semaine c’est The Guardian qui insiste et mobilise en titrant de long en large Ne désespérons pas ! Soit. Deux questions demeurent latentes : 1. Il n’est pas trop tard, tant mieux, mais où est la limite, le moment où il serait trop tard ? 2. Et que veut dire cette alarme ? Qu’adviendrait-il s’il était trop tard ? Angoisse et curiosité. Curiosité angoissante. 

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 Canicule, dernière retouche. « Comme il faisait une chaleur de 33°, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert. » Ainsi commence Bouvard et Pécuchet, roman posthume de Flaubert publié en 1881, qui a dû être écrit durant la décennie 1870, voire plus tôt (puisqu’on le situe souvent dans la tranche de l’œuvre touchant aux idées reçues, entamée dès 1850). Maniaque de la précision, Flaubert n’aurait jamais exagéré une température en imaginant l’impossible. S’il mentionne 33 °, c’est qu’il y eut à Paris au moins une journée d’été où le thermomètre grimpa jusque là. Dont acte.

Mercredi 15 août

 Un viaduc autoroutier s’est écroulé au-dessus de Gênes. On dénombre plusieurs dizaines de victimes. L’heure est aux commentaires et plus particulièrement aux recherches de responsabilités. Le journaliste du Corriere della Serra, au micro de la RTBF : « L’Italie est un pays qui a cessé de projeter son futur. » Voilà un constat qui dépasse l’analyse de la catastrophe et qui pourrait en annoncer d’autres. Si on remplaçait le mot « Italie » par le mot « Europe », l’affirmation garderait-elle sa pertinence ?

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 Sur la citadelle de Namur Les Misérables de Victor Hugo sont mis en scène par Jacques Neefs. C’est toujours une gageure de reproduire cette fresque littéraire en un spectacle vivant, surtout lorsque l’on ne dispose pas de moyens gigantesques. Neefs ne parvient pas trop mal à plonger le spectateur dans l’œuvre et à scander l’Histoire qu’elle reflète. Les puissantes phrases d’Hugo qui ponctuent les passages d’une scène à l’autre sont judicieusement choisies. Mais il a voulu forcer le trait de la vulgarité chez le couple Thénardier. Du coup leurs prestations deviennent burlesques. Le public rit. Dommage.

Image: 
Trump – Erdogan : ils jouent avec le feu. Photo © Yahoo.fr
09 août 2018

Le métissage embellit le monde

Mercredi 1er août

 Tel Zorro mais en toute sérénité, Jean-Pierre Bemba est arrivé à Kinshasa, provoquant un rassemblement immense. Bien qu’en liesse et pas du tout excitée, la foule fit quelque peu paniquer la police qui lâcha des gaz lacrymogènes. Bien protégé, le héros du jour ne semble pas prêt à soulever ses partisans. Il joue clairement la force tranquille. Un nouveau chapitre s’ouvre dans l’histoire de la République démocratique du Congo.

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 Faire l’homme à son image, quel manque d’imagination !

Jeudi 2 août

 Il y a une affaire Benalla qui agite le microcosme et transforme Emmanuel Macron en homme politique ordinaire, mais elle ne crée pas le scandale d’Etat que l’on pouvait imaginer. La canicule n’explique pas tout. Le Canard enchaîné, par exemple, l’évoque et la commente sans tapage et surtout sans révélation qui accroîtrait le barouf. La presse étrangère traite davantage le sujet que la presse française. Étrange, donc.

                                                           *

 Jean-Paul II avait effleuré le sujet. Benoît XVI l’avait à son tour rendu quasiment exclu sans que des termes clairs ne soient utilisés. Il a fallu attendre François pour le catéchisme de l’Église catholique mentionne clairement que celle-ci est opposée à la peine de mort. On n’arrête pas le progrès. Ainsi soit-il.

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 Le moment est vraiment bien choisi pour annoncer que l’été 2017 avait battu tous les records de chaleur. Prendre connaissance de cette information, c’est se dire automatiquement que l’été 2018 surpassera – et de loin – la performance de l’été 2017. Aussi, ce qui doit intéresser c’est le résultat des étés 2019, 2020 et les suivants… Car si l’évolution prend des allures exponentielles continues, autant savoir que s’y préparer consistera en une question de survie.

Vendredi 3 août

 La Justice étatsunienne est-elle indépendante ? Trump insiste au grand jour pour que l’enquête sur l’éventuelle immixtion russe dans la campagne électorale soit éteinte. Il presse son ministre de la Justice de limoger le procureur qui s’en occupe. Là-bas, on nage en plein Marx. Marx Brothers évidemment…

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 Macron s’envole pour le fort de Brégançon où il recevra Theresa May afin de discuter de l’avenir du Brexit. En vacances pour travailler donc… Eh oui ! D’après Le Monde, il voudrait faire de Brégançon un « Élysée d’été ». Quelle belle trouvaille ! Á y penser, on se demande encore comment se serait déroulée la Révolution de ’89 si la Cour était restée aux Tuileries plutôt que d’émigrer à Versailles.

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 L’Aquarius, ce bateau qui s’occupe des embarcations fragiles de migrants, pourrait bien devenir l’Exodus du XXIe siècle. Tandis que Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien qui se prend pour Mussolini continue de le repousser vers d’autres côtés voisines, une pétition se fait jour afin de soutenir son action humanitaire. Elle est signée d’une vingtaine de personnalités aux qualités très diverses, depuis Isabelle Autissier à Anne Sinclair en passant par Juliette Binoche, Enrico Letta ou Daniel Pennac. Il est certain qu’une liste beaucoup plus dense pourrait aisément s’étoffer.

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 Gide : « J’appelle « journalisme » tout ce qui sera moins intéressant hier qu’aujourd’hui. Debray : « Si c’est un plaisir de lire les journaux, ne pas les relire nous en priverait d’un plus grand encore. »

Samedi 4 août

 Réunie à Säo Paulo, la convention du PT (Parti des Travailleurs) désigne officiellement Lula da Silva, qui purge une peine de prison de 12 ans, candidat à l’élection présidentielle d’octobre. De son lieu d’incarcération, à 400 km de là, celui qui présida le Brésil pendant huit ans adressa un message aux participants, suscitant une émotion intense dans une salle en délire. Un cas unique, et une campagne électorale inédite qui s’annonce. Et par delà l’événement propre au Brésil, une occasion de plus de penser la démocratie, plus particulièrement le suffrage universel.

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 Donald Trump est fâché. Contrairement à ce qu’il avait prévu et annoncé, la Corée du Nord semble poursuivre son programme nucléaire. Sans blague ? Quelle surprise ! On ne peut se fier à personne. Même ces fichus asiatiques savent désormais pratiquer le système des fake news…

                                                           *

 Mission impossible – Fallout, de Chris Mc Quarrie. Pour la sixième fois, Tom Cruise a encore sauvé le monde. Á voir pour les cascades dans les rues et le ciel de Paris, une performance inouïe et inoubliable, surtout paraît-il pour les différents responsables des instances chargées de gérer la vie dans la capitale (préfecture, police, mairie…)

Dimanche 5 août

 En Italie aussi, le nombre de décès est supérieur au nombre des naissances. Cela signifie que si le pays reste une nation prospère, il le devra en partie aux enfants de migrants. La médaille Fields, appelée couramment « le prix Nobel des Mathématiques » a été attribué à Caucher Birkar, Kurde iranien naturalisé britannique. Qu’on le veuille ou non, la planète est déjà métissée.

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 Et de trois ! Après L’origine du monde de Courbet, après La liberté guidant le peuple de Delacroix, Facebook censure La descente de croix de Rubens. La photographie d’Harvey Weinstein, elle, est toujours visible. Ces Américains n’ont pas de pudeur.

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 En 1954, Bill Haley chantait Rock around the clock que l’on entend encore parfois aujourd’hui. Claude Moine avait douze ans et cette minute cinquante lui est passée des tympans au cerveau en aller-simple. Ce disque « a tout déclenché » dit-il. Ainsi naquit Eddy Mitchell.

Lundi 6 août

 Beaucoup de journalistes, surtout aux États-Unis, doivent tenir un journal afin de noter les bourdes et les mensonges de Trump. Des livres naîtront qui comporteront sans doute plusieurs volumes tant les sorties verbales du fantasque président sont multiples et diverses. Citoyen ordinaire s’abstenir et attendre les publications futures. Toutefois, de temps en temps, lorsque l’on a le sentiment qu’une étape est franchie qui pourrait conduire à une modification de son statut - et donc de l’équilibre du monde, pas moins… -, on a quand même envie de mentionner le fait. Ainsi, on apprend que Trump a reconnu que son fils avait rencontré une avocate russe pour obtenir des informations sur Hillary Clinton. « Bon. Chef, qu’est-ce qu’on fait avec ça ? » est une question que l’on aura dû prononcer dans bien des rédactions. Normal. Mais cette demande, soyons-en sûrs, ne retentit pas seulement dans les rédactions.

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 Une statistique impressionnante : depuis le début du mois de juin, 1137 noyades ont été enregistrées en France ; 251 furent mortelles. C’est pas mal, mais les migrants ont fait mieux.

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 Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

 La mort d’Arsène Tchakarian, le dernier survivant du groupe Manouchian, donne l’occasion de se souvenir de l’affiche rouge et du magnifique poème éponyme de Louis Aragon ; de se souvenir aussi que la France n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle vaut pour tous les hommes.

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 En visitant le vaste domaine de la perfidie. En 1983, Françoise Giroud publia Le Bon plaisir, un roman où il est question d’un petit garçon, fils caché du président de la République. Elle fit paraître son livre aux éditions Mazarine. Le 10 mai 1941, Paul Claudel publia dans Le Figaro une ode au maréchal Pétain qu’il intitula Paroles au Maréchal. Le 23 décembre 1944, dans ce même Figaro, le grand chrétien publia un autre poème, à la gloire cette fois du général de Gaulle. Et puis, en 1947, Claudel tint à publier ces deux textes dans un même ensemble qu’il nomma Laudes. Il choisit les éditions de La Girouette à Bruxelles. L’ouvrage, jamais réédité, est désormais vendu très cher en antiquariat. Le livre de Giroud, toujours disponible en librairie, a donné naissance à un film de Francis Girod en 2002. Le film sur Paul Claudel reste à bâtir. Il y a matière… Une histoire de la perfidie demeure aussi à écrire.

Mardi 7 août

 Il paraît qu’Albert Thibaudet devient fort inconnu au bataillon des références. Quelle perte ! On  décèle pourtant au sein de ses chroniques - réunies notamment dans la collection Bouquins des éditions Laffont - tant d’enseignements et de perspectives bien tracées, cases laissées vides que le lecteur en happy few n’aura plus qu’à remplir. Thibaudet n’est pas un visionnaire, mais par ses analyses, il réussit à extraire le miel de ce qui comptera demain. Ce qui se vérifie dans ses observations et critiques littéraires vaut également pour la politique. Voyons par exemple le dernier article du genre publié dans la NRF. Il date du 1er janvier 1936 et se penche sur les manifestes des intellectuels qui furent publiés en octobre 1935, en cette décennie si tourmentée, annonciatrice d’une autre, infernale. Voici son entrée en matière : « Les trois manifestes d’intellectuels, en octobre, ont rappelé à plusieurs le temps de l’affaire Dreyfus. Il serait d’ailleurs naturel et normal que la République ait son affaire Dreyfus tous les trente ans environ, autrement dit que chaque génération eût droit à la sienne. Je vous souhaite de voir vers 1970 et vers 2000 si cette périodicité continue. » Oui, cher Albert, elle continue cette périodicité… Elle est même resserrée ; une triple décennie d’écart, c’était trop long. Le développement et la vitesse des communications obligent à la multiplication des événements. Notre affaire Dreyfus du moment se nomme Benalla, et l’image ayant supplanté l’écrit, l’objet délictueux n’est plus un bordereau mais un brassard de flic.

Mercredi 8 août

 Investi président de la Colombie, le conservateur Iván Duque rappelle qu’il va retoucher l’accord de paix que son prédécesseur avait laborieusement conclu avec l’ancienne guérilla des FARC. Démolir ce qui avait été réalisé avant son arrivée au pouvoir, voilà ce que les réactionnaires se plaisent à décréter dès leur accession, à l’image du président des États-Unis. C’est obsessionnel. L’élégance et le respect des institutions voudraient que l’héritage fût assumé. C’est trop demander à ces brutes qui mettent l’équilibre du monde en péril. Ainsi, en Colombie, à peine la cérémonie d’investiture achevée, des manifestations de réprobation naquirent dans une trentaine de villes afin de soutenir l’œuvre du président Juan Manuel Santos qui, soulignons-le n’était pas étiqueté gauchiste comme le Vénézuélien Maduro mais honnête gestionnaire de centre-droit.

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 Il s’appelle Bashir Abdi. Si la ville de Gand voulait lui bâtir une ode, elle n’aurait qu’à plagier Lily,  la chanson de Pierre Perret. Tout est réunit pour que les vers s’harmonisent : le nom, l’origine, le rythme… « Il arriva de Somalie Abdi… » Bashir Abdi vient de remporter la médaille d’argent du 10.000 mètres aux championnats d’Europe de Berlin, cette ville encore marquée par les Jeux Olympiques de 1936 où les Bashir Abdi étaient ravalés au bord des pistes, méprisés par les partisans de la race aryenne. Abdi exulte. Il s’est emparé du drapeau belge et arbore le symbole tricolore en un tour de piste interminable, sous les acclamations de la foule. Ses dents blanches tressent une couronne de joie en un visage où la transpiration pétille sur la peau noire lisse et dont la brillance des yeux témoigne d’un bonheur accompli. Bashir Abdi a 29 ans. C’était son dernier dix-mille. Il disputera encore le cinq-mille et puis il raccrochera ses crampons. Cette médaille, c’est donc son bâton de maréchal. Sur le podium, il est encore paré du drapeau belge. Il le tient encore sur le dos  comme un drap protecteur lorsqu’il se rend à la conférence de presse. Bashir Abdi est un réfugié somalien. Il est arrivé en Belgique à 13 ans. Heureux de son exploit, il déclare tout de go avant même qu’on ne lui pose une question : « J’ai toujours voulu rendre quelque chose à ce pays qui m’a donné ma chance. Sans lui, je ne sais pas si j’aurais encore été en vie aujourd’hui. Et j’espère que mon exemple incitera d’autres jeunes à rêver. » On pourrait aussi espérer que son exemple incitera monsieur Theo Francken, secrétaire d’État à l’Immigration, à rêver aussi en repensant sa mission mais ça, comme aurait dit Kipling, c’est une autre histoire…

Image: 
Bashir Abdi, en pleine course. Photo © atni.be
06 août 2018

Des aigreurs au lieu d’idées

Lundi 16 juillet

 Que Trump fasse ami – ami avec Poutine à Helsinki en pensant attacher l’ours au collier qu’il tient en main, ce n’est pas tellement important à souligner. Ce qui, en revanche, est beaucoup plus intéressant, c’est que des voix s’élèvent dans son propre parti, Les Républicains, pour s’indigner quant à sa politique étrangère. Et de plus en plus.

Mardi 17 juillet

 En célébrant à Johannesburg le centième anniversaire de Nelson Mandela, Barack Obama prononce un discours de portée internationale qui retentit sur les cinq continents. Son appel  ressortit à la crainte d’un retour à l’ordre ancien. Sans jamais citer Trump, il n’hésite cependant pas à fustiger une manière inquiétante de gouverner, basée sur les contradictions, les mensonges et l’irrespect des partenaires et des alliés. En ce lieu symbolique où le racisme servait jusqu’il y a peu d’argument institutionnel pour diriger le pays dans la discrimination, l’ancien président des États-Unis parvint même à nommer en exemple l’équipe de France de football, composée de talents aux couleurs de peau différentes mais tous d’une semblable nationalité. Obama était bien inspiré car à la différence de 1998, la presse internationale ironise sur cette équipe « africaine ». En Croatie bien sûr, mais aussi en Italie, aux Etats-Unis, les allusions les plus infâmes fleurissent. Il y a vingt ans, à l’éclosion du Black - Blanc – Beur seul Jean-Marie Le Pen avait eu l’audace (et le mauvais goût) de trouver « qu’il y a trop de noirs dans l’équipe de France »… Et dire que pendant ce temps-là, une majorité de parlementaires, à l’Assemblée nationale, veulent retirer de la Constitution l’expression « sans distinction de race ». Ce débat n’est hélas ! pas le dernier du genre, si l’on ose dire…

                                                           *

 On a envie de plaindre Theresa May, qui se débat tant bien que mal dans les arcanes d’un Brexit à réaliser coûte que coûte, si l’on ne savait pas qu’elle y avait autrefois été favorable. Six voix seulement l’ont sauvée à la Chambre des Communes pour le vote d’un amendement capital qui lui permet de poursuivre. Car dans son camp aussi, la tendance pro-européenne prend de l’importance. Quant à l’ancien Premier ministre Tony Blair (1997 – 2007), persuadé que le Brexit est irréalisable, il prône carrément l’organisation d’un nouveau référendum, considérant que c’est la seule solution. L’idée fait son chemin. Elle pourrait devenir crédible.

Mercredi 18 juillet

 En rencontrant son homologue étatsunien Donald Trump, Poutine dialogue avec son quatrième président américain. On le vit en effet serrer la main de Clinton, celle de Doublevé Bush et celle d’Obama sous un rictus invariable qu’il n’est pas possible de dater. Sans connaître la longévité de chef du Kremlin à la tête de son pays, on peut toutefois déjà souligner qu’il ne battra pas le record d’Elisabeth II. Mais la reine d’Angleterre n’a pas le pouvoir de faire vaciller le monde au départ d’une poignée de mains, franche ou obligée.

                                                           *

 Étrange personnage que cet Alexandre Benalla qui, par ses diableries violentes nées d’un abus de pouvoir élyséen, cause à Emmanuel Macron la première véritable affaire dérangeante de ce quinquennat. Le silence assourdissant du président, on le sait, ne calmera pas l’opinion. Il faut que la justice passe. La tête de Benalla n’a plus de prix. Si une autre, plus significative, devait tomber afin de protéger le président, voir du coté de la place Beauvau : le cycle Gérard Collomb pourrait s’achever bientôt. Élu et réélu maire de Lyon en conduisant une liste socialiste de 2001 à 2017, élu et réélu sénateur du Rhône dès 1999 jusqu’à 2017, l’actuel ministre de l’Intérieur n’avait jamais obtenu un maroquin, ni de Lionel Jospin, ni de François Hollande. Il est permis de se demander pourquoi… En tout cas, celui que les conseillers de Macron appellent Son Altesse Sénilissime (il paraît que cela fait rire aussi le président…) va connaître sûrement des heures périlleuses. Faire oublier les nettoyages imparfaits de Calais et de Notre-Dame-des-Landes est une chose possible ; taire une bavure policière lors d’une manifestation de 1er-mai à Paris est moins simple, surtout à l’époque de la vidéosphère individualisée.

Jeudi 19 juillet

 Fort d’avoir été encouragé par Trump à dépasser les limites d’un équilibre déjà si fragile, le gouvernement israélien prend un décret promulgué par sa majorité qui consacre le peuple juif comme étant celui de la nation israélienne, une loi d’un nationalisme étouffant pour les 20 % d’arabes vivant des ce pays. Le repli ethnique prend des allures inhumaines ; difficile de l’exprimer autrement. Tout cela se passe au grand jour planétaire sans vraiment dégager le début d’une indignation. Ce qu’il est convenu de nommer « la communauté internationale » ressemble à une autruche zélée. Soit. Néanmoins, si Netanyahou ne ressent pas l’ombre d’un frein sous la forme de mise en garde, si au contraire il recevait même des compliments de son protecteur, il n’y dégagerait que des encouragements susceptibles de lui inspirer d’autres étapes plus autoritaires. Le bombardement de l’Iran par exemple…

Vendredi 20 juillet

 En marge de la Fête nationale belge, le quotidien Le Soir publie un sondage d’où il ressort qu’après cinq ans de règne, le roi Philippe « n’est plus moderne ». C’est donc qu’il l’a été ! Le peuple belge était dirigé par David Bowie et il ne s’en rendait pas compte !

                                                           *

 Dans son éditorial du Point, Nicolas Baverez cite Machiavel : « Gouverner, c’est mettre vos sujets hors d’état de vous nuire et même d’y penser. » Macron lit sûrement Le Point - ou on le lit pour lui…- mais il n’a pas besoin de suivre le conseil, du moins jusqu’à présent : pour Jupiter, Machiavel est un allumeur de réverbères.

Samedi 21 juillet

 Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur, fête aujourd’hui son 98e anniversaire. On dit qu’il n’écrit plus lui-même ses éditoriaux depuis déjà plusieurs années. C’est possible. En tout cas, celui ou celle qui tient la plume pour lui a bien hérité de son style et peut mieux encore traduire sa pensée. Sa dernière prise de position, Qu’est-ce qu’un géant ?, parue dans l’édition de l’Obs de la semaine dernière, remet à sa juste place l’hommage qui fut rendu à Claude Lanzmann à la suite de son décès, le 5 juillet. Oui à l’auteur de Shoah, non à celui qui défend Israël parce que c’est Israël, en acceptant ses dérives et ses excès. Daniel n’a jamais varié sur ce point. Enthousiaste mais exigeant vis-à-vis des choses qui lui sont les plus chères, et conservant toujours intact son sens critique. Son éditorial parut quelques jours avant que ne soit votée cette Loi fondamentale inique qui consacre Jérusalem capitale du pays et l’hébreu la seule langue officielle, la langue arabe étant dotée d’un « statut spécial ». L’Histoire s’en souviendra.

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 Défilé de Fête nationale. Sur les gradins de la tribune d’honneur, derrière la famille royale loin d’être au complet, trônaient les arrivistes qui sont bien arrivés. On peut leur préférer les chercheurs qui ne trouvent pas.

Dimanche 22 juillet

 Ce que Trump aura réussi en supprimant sa contribution à l’Unesco, entraînant Israël dans son retrait, c’est de laisser cette respectable institution sous l’influence d’autres grandes puissances. Audrey Azoulay, la directrice générale, se voit bien obligée de combler le trou de trésorerie. La voilà reçue par Xi Jingping en personne et courtisée par les Émirats arabes unis. Elle a déjà encaissé plus de 100 millions de dollars et son périple de quête n’est pas achevé…

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 Le Parti populaire espagnol (PPE) s’est choisi un successeur à Mariano Rajoy. Ce n’est pas la dauphine attitrée du Premier ministre déchu qui fut élue mais bien un jeune loup de 37 ans, Pablo Casado, réputé très conservateur, qui souhaite diriger un parti « fort, libéral, patriotique et catholique ». Bref, il est partisan d’un franquisme fréquentable. En ce sens, il est dans l’air du temps et rejoint la tendance qui se fait jour un peu partout en Europe : pas une extrême droite mais une droite extrême. Sauf que pour le moment, il est dans l’opposition. N’empêche. Il est temps que la social-démocratie entame sa renaissance et que les libéraux progressistes choisissent leur voie. Les futures élections européennes devraient dégager une illustration très significative du mouvement aigreurs en lieu et place de celui des idées.

Lundi 23 juillet

 Une canicule naissante incite à prolonger la revue de presse en approfondissant certains sujets dominicaux que l’on prévoyait délicats depuis longtemps : le processus électoral en panne au Congo, l’arrivée d’un (très) conservateur à la tête du Pakistan, les manifestations israéliennes à propos des homosexuels, etc. Sans oublier bien entendu l’affaire Benalla, premier gros accroc pour Macron. En attendant, sur cette question, la chronique de Jean-François Kahn dans Le Soir de ce mardi et l’édition du Canard enchaîné de mercredi, une réflexion sur le journalisme couronne la séquence. Alors Balzac vient s’en mêler avec Splendeurs et misères des courtisanes (1838) : « Quiconque a trempé dans le journalisme, ou y trempe encore, est dans la nécessité cruelle de saluer les hommes qu’il méprise, de sourire à son meilleur ennemi, de pactiser avec les plus fétides bassesses, de se salir les doigts en voulant payer ses agresseurs avec leur monnaie. On s’habitue à voir faire le mal, à le laisser passer ; on commence à l’approuver, on finit par le commettre. Á la longue, l’âme, sans cesse maculée par de honteuses et continuelles compromissions, se rouille, les gonds de la banalité s’usent et tournent d’eux-mêmes. Les Alceste deviennent des Philinte, les caractères se détrempent, les talents s’abâtardissent, la foi dans les belles œuvres s’envole. Tel qui voulait s’enorgueillir de ses pages se dépense en de tristes articles que sa conscience lui signale tôt ou tard comme autant de mauvaises actions. »

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  L’Assemblée nationale reporte à l’automne les travaux de révision de la Constitution pour cause de crise élyséenne. Si cette Constitution n’était finalement point modifiée, l’Histoire retiendrait que c’eût été grâce aux exactions et aux abus de pouvoir de monsieur Benalla. Il y a tant de manières de se faire un nom !...

Mardi 24 juillet

 Jusqu’ici sphinxial, Jupiter – Macron a parlé, profitant d’une réception des parlementaires de sa majorité à la Maison de l’Amérique latine. Un monologue plus ou moins improvisé donc, sans presse pour questionner, sans contradicteur, presque sous le ton de la confidence. Il y a faute et trahison et je suis le seul responsable de ce dérapage ; la presse ne cherche pas la vérité ; qu’ils viennent me chercher. Des propos pour le moins bizarres qui visent à mettre les fusibles potentiels à l’abri et à contrôler demain la direction du dégonflage, pour autant que l’affaire n’enfle davantage. L’avenir dira si le « qu’ils viennent me chercher » n’est pas aussi un dérapage, à tout le moins une provocation inutile semblable à celles des cours de récréation. « Qu’est-ce que Jupiter auprès du paratonnerre ? » se demandait Marx en 1857 (Introduction à la critique de l’économie politique)

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 La firme Nike a commandé en Thaïlande la fabrication de maillots bleus assortis des deux étoiles de champion du monde. Cela lui coûtera 3 € la pièce. Ce maillot sera vendu au détail à 140 €. Dans les mêmes communiqués post-Mondial, la famille de Kylian Mbappé confirme que l’intégralité de sa prime de victoire sera versée à une association d’enfants malades.

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 On a rarement lu un article aussi virulent sous la plume de Philippe Dagen. Le critique d’art du Monde démolit une exposition qui se tient au Musée des Beaux-arts de Rouen, pourtant de bonne réputation, en hommage à Marcel Duchamp (Abcduhamp. L’expo pour comprendre Marcel Duchamp, jusqu’au 24 septembre) « Snob et confus » sont les épithètes du sous-titre tandis que d’autres, plus impitoyables et tranchants, apparaissent dans les alinéas. Cette exposition est née d’une date – prétexte : le cinquantième anniversaire de la mort de Duchamp. Ne faudrait-il pas se demander si cet artiste et son œuvre peuvent devenir un sujet de commémoration ? La réponse négative émane d’emblée. On la poursuit en cherchant un néologisme possible : incommémorable ?

Mercredi 25 juillet

 Le Festival d’Avignon s’est achevé. Ce fut un bon cru, sans effet majeur. Olivier Py l’avait voulu sous les questions du genre. Ce sont celles qui touchent aux violences politiques, sous différentes formes, qui s’imposèrent. Une façon de jeter un pont entre les images de Cannes et les scènes du Vaucluse, et de refléter, presque spontanément, l’état du monde.

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 L’Église est opposée à la GPA (Gestation pour autrui). Fort bien. Ses représentants se souviennent-ils  que le couple formé d’Abraham et Sarah était stérile, et que celle-ci prêta sa servante, Agar, à son mari, qui lui donna Ismaël ? Cette histoire ne serait qu’une petite péripétie si l’ange Gabriel ne s’était pas occupé du destin d’Agar et d’Ismaël ; l’ange Gabriel, celui-là même qui annonça la naissance de Jésus, un personnage dynamique, voyageur et, il faut bien le constater, un peu mêle-tout… Cette Bible, quelle modernité ! N’est-ce pas ô prêtres érudits !

Jeudi 26 juillet

 Aujourd’hui que les chiffres ont remplacé les mots dans la gestion planétaire, la finance domine toutes les relations diplomatiques. Parmi ses corrélats, le commerce est évidemment un paramètre essentiel. Or, Trump continue de menacer les Européens. Après leur avoir fait la leçon à Bruxelles sur leur apport à l’OTAN et envisagé de s’en retirer comme il s’est déjà extrait de l’Unesco, le voici qu’il place les accords commerciaux en sa ligne de mire americafirstienne. Là, c’en devient vraiment dramatique. Il faut arrêter le fou avant que ne s’accomplisse la rupture. Jean-Claude Juncker s’en est donc allé à Washington, le nouveau Canossa, flatter son suzerain. Il en revient glorifié, auréolé de l’exploit : les accords commerciaux avec les Etats-Unis sont sauvés ! Non pas « sauvés », sauvegardés plutôt… Il est bon d’employer les termes propres car les commentaires de la presse sont disproportionnés au point que le président de la Commission est en lévitation avant d’avoir vidé sa bouteille de whisky, rien qu’en lisant les journaux du matin. Il apprend même qu’il serait parvenu à « enterrer la hache de guerre » ! Ce qui est toutefois plus étonnant, c’est que les chefs d’État et de gouvernement sont plus circonspects que les commentateurs. Macron laisse entendre à mi-mots qu’il doute de ce succès, Charles Michel, « prend acte mais reste vigilant », tandis qu’Angela Merkel est au festival de Bayreuth, comme chaque année à pareille époque. Toutes ces excellences ont raison : Trump les a échaudées en les habituant à renier ses propos du jour au lendemain. Au fond de lui-même, on peut être assuré que Juncker n’en pense pas moins aussi.

Vendredi 27 juillet

 La Commission d’enquête parlementaire chargée d’analyser l’affaire Benalla est déjà hors d’usage. Tous les délégués des formations de l’opposition l’ont quittée. En cause, un comportement douteux des députés d’En marche qui bloquent et cadenassent les travaux. Difficile de ne pas concevoir qu’ils répondent à des injonctions de leur maître. Attention ! Jupiter vaut peut-être de Gaulle, mais ses godillots ne sont que des citoyens inexpérimentés en politique. Ceux du Général étaient des jeunes loups lancés dans l’aventure de la Libération, d’anciens résistants, des baroudeurs ou encore des gardiens du temple pendant la traversée du désert. La plupart d’entre eux étaient du reste maires ou à tout le moins conseillers départementaux. Bref, ils connaissaient le métier. Quel serait aujourd’hui le Chaban-Delmas, le Michel Debré, l’Olivier Guichard, l’Alain Peyrefitte, le Georges Pompidou de Macron ? Sans même parler de son Malraux…

Samedi 28 juillet

 Hélène Vissière, correspondante aux États-Unis pour l’hebdomadaire Le Point, évoque la personnalité de Julian et Joaquin Catro, jumeaux latinos, étoiles montantes du parti démocrate. On aurait tort de prendre son portrait-reportage à la légère. En septembre 2015, au tout début de la campagne pour les élections primaires républicaines, alors que les observateurs imaginent au final une joute entre Jef Bush et Hillary Clinton, Hélène Vissière souligne les gesticulations et les messages informatiques du milliardaire Donald Trump comme secouant la compétition. Ses enquêtes l’avaient conduite jusqu’à David Axelrod, ex-stratège d’Obama qui lui confiait : « Les Américains en ont assez du gris et veulent revenir au noir et blanc, et c’est Trump. » On y est.

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 Les arbres sont de vivants produits essentiels de la nature. Ils redeviennent espèces à respecter tant on les sait désormais indispensables aux grands équilibres, du climat en particulier. Que les écologistes ne considèrent pas cette attitude comme une part de leur influence. La loi de Moïse précisait déjà : « Quand tu soumettras une ville à un long siège en la combattant, tu ne brandiras pas la hache pour détruire ses arbres. » (Deutéronome, XX, 19) Les arbres sont nos semblables. Des poètes les ont beaucoup chantés ; pourtant, de belles distinctions restent à faire rimer. Ainsi, en été, tandis que les hommes se dénudent, les arbres s’étoffent. Mais en hiver, alors que l’homme s’emmitoufle, l’arbre se déshabille.

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 Il n’est pas facile de dénicher une pensée de Sénèque (-4 av. J-C  -  65) qui n’ait plus sa pertinence aujourd’hui.

Dimanche 29 juillet

 En Irak, il y a un ministre de l’Électricité. Car ce pays, qui regorge de pétrole, manque souvent de courant. Les pénuries sont fréquentes et par 50°, un ventilateur qui s’arrête, c’est une cause de décès qui se dessine. Alors le peuple manifeste. Le ministre de l’Électricité est obligé de démissionner. C’est le troisième au cours de la même législature. Le gouvernement dépensant des milliards de dollars pour obtenir de l’électricité, cela entraîne de la corruption. Le mieux placé se sert d’abord. Le talion devrait ici ressurgir. Priver George W. Bush de courant électrique serait la moindre des sanctions que le fauteur de troubles mériterait.

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 Alexandre Benalla n’est pas une grosse brute, c’est un idéaliste raffiné accomplissant le destin qu’il s’était choisi : seconder, protéger une haute personnalité politique. Le problème est qu’il a tellement usé de zèle dans sa mission qu’il n’en perçut plus les limites. Désormais, il court les plateaux et les rédactions pour justifier ses gestes et se défendre. Il le fait avec brio parce qu’il expose avec convictions. Son gymkhana est pathétique.  C’est un authentique personnage de roman. Il y aura des livres consacrés à cet homme-là. Et conséquemment, l’interrogation glisse doucement vers son patron : soit, Benalla ne connaît pas ses limites ; il ne s’en attribue pas. Et Macron ?

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 Depuis Garde à vue (Claude Miller, 1981), on n’avait plus connu un huis-clos aussi bien construit, poignant et haletant. The Guilty de Gustav Möller est une prouesse de mise en scène pour un scénario taillé au cordeau, une performance pour l’acteur principal et quasiment seul à l’écran, Jacob Cedergren. Quant au nécessaire rebondissement imprévu qui doit survenir à la fin, il laisse au spectateur le goût amer de la question délicate, celle qui hante l’esprit pour longtemps : est-ce le sacrifice qui est sacrilège ou le sacrilège qui est sacrifice ?

Lundi 30 juillet

 Le « Qu’ils viennent me chercher ! » de Macron pourrait bien prendre place dans les paroles célèbres de la Ve République au même titre que le « Casse-toi pauv’ con » de Sarkozy. Ces mots qui font mal, ces maux qui font le reste…

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 Il le tient enfin son Don Quichotte, le tenace Terry Gilliam, et l’on perçoit dans cette immense fresque baroque les longues années de travail parsemées d’échecs et remises sur le métier que le réalisateur a connues. Le film existe, c’est sûrement pour lui un soulagement autant qu’un salut à la persévérance. L’œuvre est grandiose, elle mêle à satiété la fiction et la réalité jusqu’au mélange des genres avec un art de la référence à l’œuvre originale dans les monologues et les scènes abracadabrantesques qui surgissent l’une après l’autre et dont le lien parfois ténu mais toujours bien présent oblige le spectateur à suivre attentivement la trame. Un chef-d’œuvre ? Sans doute. En tout cas, un fabuleux hommage à Cervantès qui doit (ou qui a dû) habiter chez Gilliam depuis le début du siècle. Habiter chez Gilliam, mais surtout habiter Gilliam, bien avant. Car l’auteur est obsédé par son héros et puis possédé par le personnage qui l’inspire au point de le tuer afin de le faire renaître sous d’autres traits jusqu’à bâtir ainsi la morale inévitable : on a tous en nous quelque chose de Don Quichotte.

 « Foutraque » a dit la presse en mai dernier lorsque le film fut projeté en clôture du Festival de Cannes. Dans son livre Les Mots de ma vie (éd. Albin Michel, 2011), Bernard Pivot note que cet adjectif est tombé en désuétude. Il est sorti du Petit Robert tandis que le Petit Larousse le mentionne encore (Adjectif. Familier : fou, extravagant). Pivot, sensible à l’architecture des termes et à leur intonation, avoue un faible pour ce mot et souligne que Charles Dantzig, comme lui, a souhaité le sauver de l’oubli dans son Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (éd. Grasset, 208) en référence à Françoise Sagan qui l’utilisait souvent.

Mardi 31 juillet

 L’ancien vice-président du Congo Jean-Pierre Bemba écopa de dix ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Après quoi le Tribunal pénal international de La Haye l’acquitta. Dix ans… Hormis en Belgique, l’ancien pays colonisateur, la nouvelle ne fit pas grand bruit. Dix ans pourtant… ! Il se pourrait que cette décennie-là finisse par compter dans l’évolution de l’Afrique. Car Bemba espère désormais revenir en martyr, un statut que les peuples adorent, surtout là-bas. Dix ans à méditer son rebond, à élaborer un programme de prise du pouvoir. Une traversée du désert sous les verrous. Dix ans qui ont en effet donné l’occasion au célèbre détenu de conserver intacte sa popularité. On le vérifiera demain, jour de son grand retour à Kinshasa. Bemba veut commencer par fédérer l’opposition avant de se porter candidat à l’élection présidentielle. Mais, au fond, y aura-t-il une élection présidentielle en République démocratique du Congo cette année ?

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 Jean-Louis Andral, conservateur du Musée Picasso d’Antibes, vient de publier un magnifique petit ouvrage consacré à l’œuvre de Nicolas de Staël (Nicolas de Staël, ciel, terres, mers, éditions des Falaises). C’est, comme souvent avec cet artiste, une ode à la couleur en tant que produit esthétique d’une observation méticuleuse et pénétrante. Mais ici, l’étude est ramassée. L’auteur ne s’attache qu’aux quatre dernières années du peintre, et à partir d’un moment précis, celui où, lors d’un déjeuner dans son atelier de la rue Gauguet en ce 14e arrondissement de Paris tellement marquant dans l’histoire de l’art, Staël rencontre René Char. Une amitié naquit aussitôt qui produisit des recherches poético-esthétiques fabuleuses. Andral parsème judicieusement ses pages illustrées d’extraits d’une correspondance qui, à eux seuls, commentent les tableaux. Plus besoin d’exégèse. Ce que Staël écrit à Char et, conséquemment, à Jacques Dubourg, son marchand, guide le lecteur ébloui par tant d’éclats méditerranéens que viennent ponctuer les célèbres paysages siciliens d’Agrigente où Staël donna peut-être le meilleur de lui-même. Un été sans une visite chez Nicolas de Staël crée un déficit de ferveur. En marge de cette errance de beauté, une éclipse de lune entre Mars et le soleil devient anecdotique.

 

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L'éclipse de Lune ce 27 juillet: un spectacle magique! Photo Youtube.

21 juillet 2018

Trump qui roule…

Lundi 9 juillet

 La confusion est totale au Brésil. Un juge défait ce qu’un autre juge a fait : Lula reste en prison, ce qui provoque un élan de mobilisation populaire qui, en fait, n’avait jamais complètement cessé depuis son incarcération d’avril. Une Justice imprécise et bancale, c’est le facteur le plus déterminant pour déclencher une insurrection

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Macron devant le Congrès comme il s’y était engagé, pour expliquer sa politique et ses projets. Beaucoup de mots et d’emphase. Il veut imiter la pratique étatsunienne en livrant l’équivalent d’un « discours sur l’état de l’Union ». Mais l’exposé n’est pas soumis à débats. Les parlementaires sont juste priés d’écouter. Et la Constitution n’a pas prévu que le Congrès soit une institution qui contrôle. Aucun vote n’est donc envisagé pour approuver ou contredire les propos présidentiels. Aucune mission n’est attribuée à une instance issue de l’Assemblée afin de contrôler, jusqu’à juillet prochain, la tenue des engagements livrés à l’auditoire. Bref, c’est du vent, un exercice d’éloquence, du spectacle. On est à Versailles, le faste transforme la solennité en magnificence.

Mardi 10 juillet

 France – Belgique en demi-finale du Mondial. Les plus hautes autorités des deux pays (de Macron au roi Philippe en passant par quelques Excellences…) sont, fébriles, en tribune d’honneur. Dans les moindres villages des deux pays, les drapeaux pendent aux fenêtres et les citoyens les plus passionnés se sont bariolé le visage aux teints tricolores. Le match est palpitant. Les plus belles individualités sont dans le camp belge mais la meilleure harmonie collective est chez les Bleus qui l’emportent 1-0. Dans les rues et les places publiques françaises, l’euphorie se transforme en délire tandis que de l’autre côté, c’est la tristesse qui provoque le désarroi, la dépression, l’abattement. Ce n’est qu’un jeu certes, mais le plus pratiqué dans le monde, et c’est aussi la compétition sportive la plus suivie dans le monde. Si beaucoup de psys ont eu l’occasion d’analyser le comportement frénétique du supporteur, on reste toujours ébahi par la pauvreté de ses propos (« on a gagné », ben oui, on le sait… « on est les plus forts », sans doute puisque vous avez gagné… « on va en finaaaale ! » … oui, en effet, telle est la règle…) Et bien entendu les « yeah » et les « wouh ! » à satiété, ainsi que les concerts de klaxons et les bousculades pour passer, un quart de seconde, devant quelques millions de téléspectateurs. Vedette d’un instant, comme l’avait prédit Andy Warhol. « Maman ! Tu m’as vu à la télévision ? » Seules les couleurs changent. Sinon, rien ne ressemble plus à un supporteur d’une équipe qu’un supporteur d’une autre équipe. Bah ! S’il s’agit d’un défouloir nécessaire pour éviter des conflits, que le panem et circenses bien desservi par l’outil audiovisuel continue de s’accomplir.

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Une anecdote de plus concernant le général de Gaulle. En commentant la réédition de plusieurs titres de Joseph Kessel pour le mensuel de Cérésa Service Littéraire, Bernard Morlino écrit : « En janvier 1943, Joseph Kessel (1898 – 1979) osa dire à de Gaulle : ‘ Mon général, comment croyez-vous que tout cela va se terminer ? La réponse fusa : ‘ Mon cher, c’est fini, c’est gagné. Il n’y a plus que quelques formalités à remplir ‘ ». « Quelques formalités »… En janvier 1943 ! Un acteur visionnaire est toujours animé d’une obsession nourrie par un subtil mélange de folie, de conviction inébranlable et d’une déraisonnable analyse des faits qui le poussent à poursuivre son but en négligeant les difficultés.

Mercredi 11 juillet

 Si Theresa May le pouvait, elle raierait le Brexit de sa gestion gouvernementale. Mais elle ne le peut pas. Le peuple s’est prononcé. Réaliste, elle choisit de bâtir un Brexit mou en prévoyant des contrats et des traités de partenariat que l’Union européenne accueille favorablement. Du coup, les membres de son gouvernement partisans d’un Brexit rigide démissionnent. Le plus illustre d’entre eux, Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, claque aussi la porte. Cette grande gueule n’en restera pas là. Ce serait étonnant qu’il s’en aille cultiver son jardin.

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 Tous les tatoués ne sont pas footballeurs et tous les footballeurs ne sont pas tatoués. Il y en a cependant beaucoup plus dans cette corporation-là que dans d’autres. Les arbitres, par exemple, ne sont pas tatoués. Se demander pourquoi relève donc du bon sens.

Jeudi 12 juillet

 Pour Trump, une journée sans tancer quelqu’un doit être une journée perdue. Puisqu’il est à Bruxelles pour une réunion de l’OTAN, sa bile se déverse sur les Européens qui devraient davantage cotiser à la vie de l’Institution en augmentant leur contribution et donc la part de leur budget consacrée à la Défense. Il n’a pas tort. Tous les pays membres de l’OTAN s’abritent sous le parapluie américain sans respecter leur engagement financier. Mais c’était en somme une situation convenue. En contrepartie, l’économie étatsunienne y trouvait son compte. L’Europe est-elle capable d’assumer elle-même sa propre défense ? C’est, avec le phénomène des migrations, le défi qui l’attend dans les prochaines années. Car pousser un peu plus le raisonnement de Trump, c’est se demander si l’OTAN, créée le 4 avril 1949 pour faire face à l’Union soviétique et ses satellites, a encore sa raison d’être. En supposant que l’Union s’en donne la capacité, la nouvelle configuration ne serait pas encore aussi simple à imaginer. Á la réunion du Directoire à Bruxelles figure par exemple Recep Erdogan puisque la Turquie est membre de l’OTAN. Imaginons des États-Unis qui abandonnent leur rôle protecteur de l’Europe et une Europe qui se constitue en force militaire unie, que devient la Turquie ? On peut être persuadés que Recep Erdogan a sa petite idée. Il se verrait bien chef d’une union militaire islamique.

Vendredi 13 juillet

 Deux statistiques côte à côte :

  1. Des milliers de chiens qui erraient dans les rues auraient été abattus pour assurer le bon accueil des supporteurs sur les lieux russes de la Coupe de Monde.
  2. Plus de 500 migrants ont péri le mois dernier en Méditerranée. Cela porte à plus de 5000 le nombre de noyés au cours du premier semestre.

 Bah ! Quand la balle sera au centre et que l’arbitre sifflera le début de la partie, ces chiffres morbides seront oubliés…

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 Trump use tellement de fausses informations qu’il les applique à lui-même. En visite au Royaume-Uni, hier il sermonne Theresa May en se mêlant de politique intérieure, tandis qu’aujourd’hui, il la complimente. Les Londoniens n’aiment pas. Ils étaient 250.000 à défiler en ayant pour la plupart choisi l’humour (« la politesse du désespoir » selon Chris Marker) pour contester la présence de cet hurluberlu en leurs murs. Mais ce cyclothymique est le président des États-Unis d’Amérique, l’homme le plus puissant du monde, et ça, c’est plus désespérant que rigolo.

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 Tocqueville (1805 – 1859) : « Les démocraties n’affrontent les problèmes du dehors que pour des raisons du dedans. » Judicieux constat que les libéraux européens qui gouvernent feraient bien de méditer, à l’heure de la mondialisation.

Samedi 14 juillet

 Non, François Hollande ne dédicacera pas son livre aujourd’hui ; il respectera la Fête nationale. Non, François Hollande ne fera pas le tour des plages ; il respectera les évasions balnéaires de ses concitoyens. Mais il reprendra son périple en septembre. Pour l’heure, il a visité 54 librairies, son livre atteint un tirage de 140.000 exemplaires ; il envisage d’y ajouter deux chapitres pour le passage en livre de poche ; on estime qu’il a dû dialoguer avec environ 17.000 personnes. Même Le Canard enchaîné en est baba. C’est dire qu’il se passe quelque chose… Vraiment.

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 Le porte-drapeau de la CSU et de surcroît ministre de l’Intérieur Hans Seehofer n’a pas fini, dirait-on, d’empoisonner la vie d’Angela Merkel. On pensait son éructation anti-migrants apaisée ; voici qu’il se fait photographier en position de fraternité active, mains nouées, avec deux personnalités d’extrême droite aux affaires : le président autrichien et l’ineffable collègue italien Salvini. Celui-ci continue de fermer l’accès des ports de son pays aux embarcations de réfugiés. Il doit avoir déjà quelques centaines de noyés sur la conscience mais cela ne l’ébranle pas. Pire : il doit y puiser satisfaction et confirmation de bonne tenue pour sa ligne politique.

Dimanche 15 juillet

 Le mois de la Coupe du monde de Football s’achève. Hier, l’équipe belge (Diables rouges) a conquis la médaille de bronze en battant l’Angleterre (2-0). Bien qu’atterrissant à 2 heures cette nuit en provenance de Saint-Pétersbourg et sortant par une porte dérobée dans l’aéroport de Zaventem, elle fut accueillie par des supporteurs qui tenaient à toucher les joueurs comme on vénère un saint. Après avoir été reçus au palais royal, sur un bus à impériale comme celui que prenaient, fiancés, le grand-père et la grand-mère de Jacques Brel, les héros sont attendus à 15 heures sur le balcon de l’Hôtel de ville de Bruxelles. Dès 11 heures, ce somptueux cœur de la capitale européenne est noir de monde. Le parcours vers l’Hôtel de ville annonce une mobilisation inouïe de supporteurs sous une chaleur accablante. Á 15 heures, ceux-ci sont récompensés : leurs idoles apparaissent au balcon. On chante, on crier, on communie.  Deux heures plus tard, à Moscou, la France remporte le trophée en battant de coriaces Croates (4-2). Et des scènes de liesse identiques se déroulent aux Champs-Élysées qui se remplissent vite par l’afflux de dizaines de milliers de personnes qui avaient suivi le match sur grand écran au Champ-de-Mars. Les images de Zagreb sont pareilles : bien que vaincus, les joueurs de retour au pays seront célébrés par leurs compatriotes demain. L’heure est donc de nouveau à la question : qu’est-ce qui motive tous ces gens à se déchaîner derrière le drapeau de leur patrie à l’occasion d’un tournoi de football ? Et son corollaire : cette sorte d’union sacrée perdurera-t-elle dans l’évolution des sociétés concernées ou l’engouement était-il feu de paille, suscité seulement par la compétition sportive ? Des réponses existent déjà aux deux questions. Elles méritent cependant d’être encore remises en débats. Il y a vingt ans, la France black - blanc – beur avait redonné corps à l’image républicaine. Cela n’empêcha point l’extrême droite de progresser encore. L’observation de la Belgique vaudra aussi l’analyse. Ce petit pays hétéroclite, fondé contre nature, continûment au bord du séparatisme, vient de vivre en harmonie grâce aux exploits de son équipe nationale en Russie. Discrètement, lorsque les commentateurs décomposent le phénomène, il leur arrive de compter la proportion de joueurs flamands et de joueurs francophones. Le sélectionneur, lui, est espagnol. Cet après-midi, du balcon de l’Hôtel de ville, Roberto Martinez s’est adressé au peuple belge en anglais. Mercredi dernier, à l’occasion de la fête de la Communauté flamande le président du parlement éponyme et idoine a évoqué la victoire des Éperons d’or, lorsque le peuple de Flandre a bouté le roi de France hors de ses terres. C’était en 1302. Le football n’avait pas encore été inventé.

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 Les oreilles de Bachar-al Assad vont tinter demain, depuis Helsinki, où Poutine et Trump vont se rencontrer. Il s’agira notamment de redessiner la Syrie en trouvant le scenario qui satisferait tous les pays de la région (Arabie saoudite, Iran, Israël, Turquie, etc.) Bref, un casse-tête diplomatique auquel le président américain ne paraît pas prêt. On se souvient qu’au début du premier septennat de Mitterrand, tandis que la guerre faisait rage dans l’ex-Yougoslavie, Ronald Reagan ne connaissait pas les protagonistes, étant dès lors incapable de les situer sur la carte. Trump pourrait bien illustrer pareil syndrome. On imagine mal également voir Bachar-le-sanguinaire continuer à diriger le pays. Sur ce plan-là, on sait le problème simple : si l’on garantit à Poutine son emprise sur la Syrie, on pourra discuter. Dans le cas contraire, ce sera le blocage et le non possumus total. Le maître de la Russie, impassible, va négocier avec son quatrième président des Etats-Unis. Il était en effet déjà l’interlocuteur de Bill Clinton avant de connaître George W. Bush et Barack Obama. C’est loin encore du palmarès d’Elisabeth II d’Angleterre, mais pour l’avenir du monde, c’est beaucoup plus significatif.

 

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Melania Trump, Vladimir Poutine et Donald Trump posent avec la balle offerte par le président russe à son homologue américain, le 16 juillet 2018 à Helsinki (Finlande). Photo ©| SPUTNIK / REUTERS
10 juillet 2018

Surmonter « la tragédie des différences »

Dimanche 1er juillet

 Décidément, la démocratie-chrétienne munichoise n’a pas retenu les leçons de l’Histoire. Angela Merkel n’en a pas fini avec son ministre de l’Intérieur, plus fermé que jamais sur le problème des migrants, et insatisfait de l’accord obtenu eu sein des 28, qui use du chantage de la démission afin de lui faire adopter une position plus sévère. « Gardez-moi de mes amis… » La déstabilisation de la chancelière la fragilise. On ne la sent pas aussi solide sur ses bases qu’au cours des autres moments périlleux qu’elle traversa durant ses mandats précédents. Derrière l’odeur de poudre pointe celle du sapin. Fin de règne ?  

                                                           *

 « …sans distinction de race » dit la Constitution française en son article premier. Une multitude d’amendements ont été déposés dans le but de retirer cette expression sous prétexte qu’il n’y a qu’une seule race humaine. On le savait depuis Darwin ; et puis les progrès de la biologie ont démontré qu’à 99,9 %, tous les êtres humains de la planète étaient pareils. Mais le Constituant doit-il se baser sur la biologie pour énoncer ses principes ? L’on sait bien ce que signifie cette formule humaniste dans l’esprit du citoyen : que vous soyez jaune, blanc ou noir, vous êtes chez vous et vous avez les mêmes droits et devoirs que quiconque en cette République. C’est tout simplement fondamental. Le supplément Idées du Monde relate la réflexion sans prendre position, en donnant les points de vue opposés. Cette révision de la Constitution, c’est comme l’héritage de Johnny Hallyday : le cirque ne fait que commencer

                                                           *

 Á Bruxelles, on inaugure une Place Lumumba et une statue du Premier ministre qui prononça le discours historique de l’indépendance devant le Roi Baudouin Ier impassible mais outré, le 30 juin 1960. La communauté congolaise de la capitale belge célèbre l’événement dans l’allégresse et les petits-fils  de l’homme d’État renversé, torturé, avant d’être assassiné se réjouissent de la reconnaissance. Il en va souvent ainsi des martyrs. Mobutu n’aura jamais sa statue à Bruxelles mais c’est lui, le sanguinaire, qui aura marqué le premier demi-siècle du Congo indépendant puisqu’après avoir éliminé Lumumba, il le dirigea jusqu’à sa chute pour cause de maladie en 1997. Parmi les citations de Léopold II que l’historien Georges-Henri Dumont rassembla et commenta (éd. L’Amitié par le livre, 1948), on trouve celle-ci : « C’est dans leurs chefs que les noirs doivent voir la vivante démonstration de ce principe supérieur que l’exercice de l’autorité ne se confond nullement avec la cruauté ; la seconde ruine la première. »

Lundi 2 juillet

 L’arrivée de la gauche au pouvoir, au Mexique, est déjà en soi un événement historique. Depuis près d’un siècle, on finissait par considérer que la droite gouvernait de manière évidente et naturelle. S’il en était ainsi, c’est que la mafia des producteurs de drogue tenait les rênes du pays. En annonçant sa volonté de briser le système de corruption dans son discours de victoire, Alvarés Manuel Lopez Obrador (dit AMLO) prend un risque énorme. Qu’il évoque des « changements profonds » dans la politique sociale de son pays, c’est bien le moins pour un président socialiste ; qu’il signale que le Mexique sera gouverné de manière démocratique « sans dictature », c’est aussi une réflexion qui tient de l’évidence mais qui, en Amérique latine, a son poids d’authenticité ; qu’il échange des amabilités avec Trump en espérant des collaborations positives, c’est de circonstance en attendant les inévitables accrocs, mais qu’il s’attaque tout de go aux solides réseaux de la drogue, c’est une attitude courageuse qui l’honore et qui, espérons-le, ne le mettra pas en danger physiquement. « Nous allons réussir la transformation du pays sans violence ! » a-t-il aussi clamé. La campagne électorale causa la mort de plus de 140 militants, dont 23 prêtres, l’Église catholique, comme souvent dans ces pays-là, ayant pris fait et cause pour les combats du socialisme.

Mardi 3 juillet

 Petite pensée d’Albert Camus à méditer pour monsieur Hans Seehofer, ministre de l’Intérieur d’Angela Merkel : « La fin justifie les moyens. Mais qu’est-ce qui justifie la fin ? »

                                                           *

 Entré dans sa troisième décennie, le Festival de la Correspondance de Grignan élargit son champ d’activités. Désireux de placer cette discipline à sa juste place dans le registre littéraire, en appui des lectures qui se déroulent au château sous entrée payante, les organisateurs proposent un programme de conférences gratuites au bord de l’enceinte où de nombreux bouquinistes étalent des ouvrages en rapport avec les sujets traités. Un thème les réunit. Cette année, la littérature belge de langue française est à l’honneur, ce qui donne l’occasion à un public nombreux, d’entendre une magistrale leçon inaugurale de Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l’Académie de Bruxelles ;  et qui montre, par le détail du programme, à quel point le domaine de l’écriture est riche dans ce royaume qui ne se prend pas au sérieux. Afin de nourrir davantage encore ce rendez-vous situé en prélude au Festival d’Avignon proche de quelques coudées, le maire, Bruno Durieux - ancien ministre-délégué à la Santé dans les gouvernements Rocard et Bérégovoy de François Mitterrand -, d’obédience politique centriste, polytechnicien et néanmoins aussi sculpteur, possède  encore de nombreuses pistes d’intérêt et de croissance. Ainsi, pourquoi n’ouvrirait-il pas ses espaces à la philatélie ?  Car pour que la lettre, si élégante, savoureuse, attachante soit-elle, parvienne à son (ou sa) destinataire, il importe d’affranchir l’enveloppe dans laquelle son auteur la glisse. Et en France, aborder l’histoire de la Poste, c’est encore, souvent, ouvrir les portes enivrantes de la littérature, aussi bien à la terrasse d’un bistrot parisien avec Alphonse Allais que dans les airs avec Mermoz, Saint-Ex et tant d’autres pionniers…

Mercredi 4 juillet

 Il n’est plus question de parler de « crise » s’agissant des migrations. Le phénomène de mutation est désormais reconnu comme un mouvement qui s’impose dans la marche du monde et qui, si les chiffres reflètent un ralentissement depuis quelques mois, pourrait s’amplifier considérablement d’un moment à un autre, déclenché par un événement inattendu comme une guerre, une épidémie, une catastrophe naturelle ou un accident climatique. Par-delà les tribunes et les dossiers commentés, des premiers livres apparaissent. Celui de Stephen Smith (La Ruée vers l’Europe, éd. Grasset) -  professeur d’études africaines à l’université de Duke, qui fut au début du siècle le correspondant de Libération et puis du Monde - annonce clairement la mutation : « La migration de masse n’a pas encore eu lieu » précise-t-il. L’Eldorado européen devra considérer prioritairement cette nouvelle donne. La question lui est désormais vitale. Son défi est aussi philosophique : il s’agit de surmonter « la tragédie des différences », une expression qui traduit bien les oppositions à cet égard. On la doit à Jean Daniel, toujours aussi pointu et pertinent dans l’analyse des faits et les leçons qu’il convient d’en tirer.  

Jeudi 5 juillet

 Á l’automne prochain, les éditions Gallimard publieront des lettres d’amour passionnées de Dominique Rolin (1913 – 2012) à Philippe Sollers (1936). Celui-ci l’a souhaité mais sans que les siennes, parues séparément, ne viennent construire le croisement classique formant une correspondance. Environ 5000 lettres couvrant un demi-siècle témoignent de cette liaison restée clandestine. Elles ne seront pas toutes publiées. Jean-Luc Outers, qui réalise le travail, décrit sa manière d’avoir opéré la sélection, choisissant de les réunir plutôt comme pour bâtir une histoire. Sur le plan littéraire, on découvrira sûrement des pages admirables. Mais il ne faudra donc point parler de correspondance.

Vendredi 6 juillet

 Et François Hollande, à propos, comment va-t-il ? Parfaitement bien, merci. Il continue, souriant pleines dents, à parcourir la France de librairie en librairie. Cette semaine, il a dédicacé son livre dans le Vaucluse, avec notamment une halte très chaleureuse autour d’un public nombreux et averti en Avignon, tandis que la ville bruissait dans les ultimes préparatifs du Festival. Cet après-midi, il fera étape à Marseille, en commençant par la salle de rédaction du journal La Provence pour un entretien qui occupera sûrement la une et quelques pages de l’édition de fin de semaine… Il distille un peu partout sa bonne humeur et transmet ses analyses en fraternisant avec le peuple français. Les Leçons du pouvoir n’ont pas fini de lui donner la joie des contacts simples et chaleureux.

                                                           *

 L’envoyé spécial de TF1 sur les places publiques belges est catégorique : « Ce soir, dans ce pays, il y a 11 millions de fous ! ». La liesse que l’image renvoie est en effet d’une frénésie de maboulisme. La Belgique vient de battre le Brésil en un match d’une intensité extraordinaire. Elle rencontrera la France en demi-finale mardi prochain. Un autre délire est attendu.

Samedi 7 juillet

 Depuis Antoine Blondin, on sait que le reportage sportif dans le cadre d’une compétition intense peut devenir un morceau de bravoure littéraire. Les deux matches qui se sont déroulés hier, et qui ont permis à la France (2-0 contre l’Uruguay) et à la Belgique (2-1 contre le Brésil) de se donner rendez-vous en demi-finale offrent l’occasion aux plumes les plus talentueuses de s’épancher. Pour l’heure, on verse surtout dans les superlatifs, les étonnements et les comparaisons ; mais il est permis d’espérer voir poindre le temps des métaphores. En radio, on cherchera les successeurs d’Armand Bachelier (RTBF) sur le Tour de France, et d’Eugène Saccomano (Europe 1) pour la Coupe du Monde. Car si, mardi soir, il s’agira de saluer une ardente demi-finale entre la France et la Belgique, les sources historiques d’allusions chevaleresques ne manqueront pas. Hier soir, Iouri Djorkaeff, le conseiller de TF1 au commentaire du match Brésil – Belgique, ne cessait de se dire « émerveillé » par les Diables rouges. Il finit par lâcher, un temps : « On a l’impression que le Brésil joue en rouge. » Plus beau compliment était impossible à trouver. Et si les Bleus redevenaient champion du monde, rien de plus facile à chercher comme titre. On peut parier d’ores et déjà que beaucoup de journaux l’emprunteraient à Alexandre Dumas : "Vingt ans après".

Dimanche 8 juillet

 Pedro Sánchez, le Premier ministre socialiste espagnol, travaille beaucoup et communique peu. Il a raison : c’est la meilleure manière de contribuer à l’apaisement de son pays. Le voici désormais qu’il s’attaque au problème catalan. C’est plus qu’un test. Ce dossier sera pour lui déterminant quant à la suite de sa carrière au plus haut niveau. En attendant, l’Espagne continue à mettre au point une politique humanitaire au sujet de l’immigration, une attitude qui tranche complètement avec celle de l’Italie et dont on appréciera les effets lorsqu’il s’agira d’évaluer (et de comparer) la situation de l’Emploi dans chacun des deux pays

                                                           *

 En fin d’après-midi, les télescripteurs crépitent depuis le Brésil. L’équipe de football est rentrée au pays tête basse mais il ne s’agit pas de rédemption sportive. Une cour d’appel ordonne la libération immédiate de l’ancien président Lula da Silva. On se doutait un peu qu’il ne resterait pas en prison. On ignore encore toutefois si le tribunal électoral acceptera qu’il puisse briguer un troisième mandat présidentiel. Il est bon de comparer les deux informations. Des millions de gens, au Brésil, espèrent une vie quotidienne meilleure grâce à cet homme. Le foute procure l’émotion, la fierté d’un peuple, des sentiments puissants mais éphémères. Ne jamais oublier qu’au bout du compte, ce n’est qu’un jeu.

                                                           * 

 Il y a des moments où la bégueulerie et le puritanisme étatsuniens sont vraiment écœurants. Après avoir exclu Roman Polanski, l’Académie des Oscars propose à son épouse, Emmanuelle Seigner, d’en faire partie. Piquante lettre ouverte de l’intéressée dans le Journal du Dimanche (JDD) « (…) Cette Académie pense probablement que je suis une actrice suffisamment arriviste, sans caractère, pour oublier qu’elle est mariée depuis vingt-neuf ans avec l’un des plus grands metteurs en scène. Je l’aime, c’est mon époux, le père de mes enfants. On le rejette comme un paria et d’invisibles académiciens pensent que je pourrais ‘monter les marches de la gloire’ dans son dos ? Insupportable hypocrisie ! (…) »

                                                           *

 Monseigneur Benoist de Sinety fut, en tant que curé de Saint-Germain-des-Prés, le secrétaire du cardinal Lustiger et ensuite celui du cardinal Vingt-Trois. Aujourd’hui vicaire général, il est l’un des cinq adjoints de l’archevêque de Paris. Il vient de faire paraître un petit livre en forme de pamphlet (Il faut que des voix s’élèvent, éd. Flammarion) par lequel il dénonce notamment l’attitude des tartuffes de tous bords et de tous pays - dont le sien - dans le drame des migrations. Il n’hésite pas à comparer des bateaux comme L’Aquarius à l’Exodus. Ce prêtre que l’on dit bon vivant célébra les obsèques de Johnny Hallyday. A-t-il été piqué par le besoin de vedettariat ou est-il le nouvel Abbé Pierre ? On le saura très tôt.

Lundi 9 juillet

 « On la trouvait plutôt jolie Lily

Elle arrivait des Somalis Lily

Dans un bateau plein d’immigrés

Qui venaient tous de leur plein gré

Vider les poubelles à Paris

Elle croyait qu’on était égaux Lily

Au pays de Voltaire et d’Hugo Lily

(…) »

 Si des chaînes radiophoniques désirent aujourd’hui souhaiter un heureux 84e anniversaire à Pierre Perret, elles seraient bien inspirées en diffusant Lily, une chanson qu’il écrivit en 1977, et qui dégage de nos jours une déconcertante pertinence.

     

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« Elle croyait qu’on était égaux Lily », chantait Pierre Perret en 1977. Photo © DR

01 juillet 2018

Le fond de l’air est brun

Samedi 16 juin

 Réflexion de Claude Javeau, professeur honoraire à l’Université Libre de Bruxelles : « Si les Diables rouges parviennent en finale, leur entraîneur, Roberto Martinez, touchera une prime de 1,5 million d’euros. Je propose de lui offrir en sus une croisière sur l’Aquarius… » Ce bateau d’une ONG française recueillant des migrants naufragés en Méditerranée, interdit d’accoster dans un port italien arrive demain matin à Valence avec à son bord 629 désespérés. Les citoyens espagnols ont dressé des calicots de bienvenue. Et s’il se passait quelque chose comme un revirement des peuples européens vis-à-vis de ce phénomène migratoire pesant sur les gouvernements de l’Union ? Á Bruxelles, des restaurateurs se sont constitués en association pour embaucher des réfugiés syriens dans le cadre de petits boulots…

Dimanche 17 juin

 Il y a des gens qui broient du noir et d’autres, beaucoup moins nombreux, qui le célèbrent. Pierre Soulages en est leur plus talentueux représentant. Toute une vie à faire jaillir la lumière de cette couleur qui l’a hanté jusqu’à la manière de s’habiller ainsi que celle de Colette, son épouse depuis toujours, une année plus jeune que lui. On apprend tout cela dans l’entretien très bien charpenté qu’il accorda pour le JDD à Stéphanie Belpêche, un dialogue bien construit et très judicieusement équilibré sur les jalons d’une vie de fidélités aux objectifs que l’artiste s’est imposés. Pierre Soulages tire aussi fierté de la visite des présidents de la République. Il les cite tous, depuis de Gaulle jusqu’à Macron, sauf bizarrement Georges Pompidou, celui qui, avec sa femme Claude, devait sans doute s’attacher le plus à son œuvre, voire peut-être même se passionner pour elle. Il garde Mitterrand pour la fin de son énumération car il tient à le qualifier : « le pharaon ». L’intéressé aurait aimé.

                                                           *

 Au vu de la bande-annonce pour Les troisièmes noces, le film de David Lambert, on s’attend à une comédie sur la construction d’un mariage blanc. Bouli Lanners, « vieux pédé », veuf inconsolé, accepte d’épouser Tamara, une jeune africaine interprétée par Rachel Mwanza. L’histoire, en fait, n’est pas drôle du tout. Mais que de longueurs ! Que de scènes superflues ! Le sentiment de remplissage nourrit une lassitude jalonnée de lieux communs et de moments  convenus.

Lundi 18 juin

 L’ennui. Une denrée rare. On a encore souvent rappelé ces temps-ci l’éditorial de Pierre Viansson-Ponté, Quand la France s’ennuie, publié dans Le Monde du 15 mars 1968, et considéré comme une analyse visionnaire du journaliste. Georges Bernanos voyait les choses différemment, mais c’était avant l’apparition de la civilisation de l’image : « L’ennui, le médiocre ennui, haï de tous, l’ennui qu’on croit stérile est l’humus profond, gras et noir, où longtemps d’avance, le hasard sème le grain d’où germera la joie. » (Un crime, 1935). Ainsi pourraient illustrer cette pensée toutes les périodes situées chaque jour, entre deux retransmissions de matches de Coupe du monde…

Mardi 19 juin

 En 2016, le président colombien Juan Manuel Santos reçut le prix Nobel de la Paix pour ses efforts en faveur du processus de pacification avec les Forces armées révolutionnaires colombiennes. C’était un fameux succès, les FARC existant depuis 1964, très actives depuis plus de 50 ans. L’élection présidentielle, à laquelle Santos ne pouvait plus se représenter, donna, comme on s’y attendait, la victoire à Ivan Duque, partisan d’une droite rugueuse, impitoyable. Pendant sa campagne, il ne cessa de signaler qu’il remettrait en question l’accord avec les FARC. Au soir de son succès, ce fut le point principal de son allocution. Il est obsédé par une sanction dure avec ce mouvement de guérilla communiste. On ne sait pas comment Duque va gouverner la Colombie mais apparemment, on sait qu’il se fiche de ne pas respecter l’héritage et qu’il risque donc de remettre en selle une rébellion armée dans ses maquis. Car on peut déjà supposer que les menacés ont eu le temps de s’organiser… Manquerait plus que Trump envoie ses boys aider Duque comme au bon vieux temps où la CIA fomentait des putschs en Amérique latine.

Mercredi 20 juin

 Tandis que le monde entier s’indigne de voir des enfants mexicains séparés de leur mère à la frontière avec les Etats-Unis, l’ambassadrice de Trump à l’ONU annonce que son pays se retire du Conseil des droits de l’Homme, considérant que celle-ci est discriminante à l’égard d’Israël. Méthode bien connue de la part de l’extrême droite : prendre l’événement à rebrousse-poil et le gonfler sans coup férir. Bien entendu, quelques minutes plus tard, Benyamin Netanyahou s’est félicité de la position américaine. Il y a cinquante ans, le fond de l’air était rouge. Il devint ensuite vert avant qu’il soit bariolé aux couleurs de l’Union Jack. Désormais, il vire au brun. En un demi-siècle, il n’a jamais été vraiment bleu.

                                                           *

 C’est de l’impuissance politique, de son manque de pédagogie que naît le populisme.

Jeudi 21 juin

 Glanes de solstice.

  • Macron et Merkel sont tombés d’accord pour doter la zone euro d’un budget propre dès 2021. En principe, cette année-là, ils seront encore tous deux aux commandes. En principe.
  • Le Monde titre : Burn-out à l’Élysée où le rythme de travail du président et le nombre considérable de réunions provoquent des défaillances. C’est un combat d’arrière-garde mais bon sang, quand les substantifs adéquats existent en français, pourquoi faut-il aller chercher le mot idoine chez les Anglais ? Larousse parle d’ « épuisement professionnel » Eh bien que Le Monde titre Épuisements professionnels à l’Élysée nom de Dieu ! Dans cette catégorie-là, les termes français ne manquent du reste pas : défaillance, déprime, surmenage, etc.
  • La croissance française est revue à la baisse. De 2,3 % en 2017, elle pourrait plafonner à 1,7 en 2018. En cause : la consommation des ménages. Ah ! Ces pauvres qui ne savent pas activer l’économie ! Ça ne servirait vraiment à rien de leur donner un peu plus d’argent : ils le dépenseraient mal.
  • Macron et Merkel se sont aussi mis d’accord sur le phénomène de migrations, devenu le plus prégnant pour l’Europe. Il faut empêcher les migrants potentiels de prendre la mer avec l’intention de rejoindre l’Europe. Pas con. Donc, au lieu de se chamailler, de s’inquiéter pour ouvrir les ports du nord de la Méditerranée, il vaut mieux veiller à fermer les ports du sud de la Méditerranée. Oui mais comment ? C’est simple, il faut les bombarder. Commencer par les ports Libyens, Tripoli et autres, l’aviation connaît le chemin, Sarkozy l’a déjà envoyée là-bas, conseillé par BHL.
  • Á Gaza, les cerfs-volants palestiniens taquinent les Israéliens. Netanyahou, appuyé par Trump, pourrait bien demander qu’on les mentionnât dans la liste des armes de destructions massives.
  • Les néo-nazis connaissent une recrudescence de notoriété au Québec. Et    tu quoque Belle Province !

 Même Angela Merkel a le blues !

 Allons ! Abomination de la désolation !... C’est l’été…

                                                      *

 Á l’occasion de la Fête de la Musique, Macron innove, comme il se doit. La cour du Palais de l’Élysée a été ouverte au public pour assister à un concert de musique techno. Le couple présidentiel était de la partie et il a même posé avec les artistes offrant ainsi de beaux reportages juteux aux revues spécialisées. La fanfare de la Garde républicaine a sans doute été jugée trop traditionnelle. Ringarde la garde !... Soit. Á Buckingham, l’un des endroits du monde où l’on vénère le plus la tradition, lorsque la fanfare de Sa Gracieuse Majesté égaye un événement festif, elle interprète en tenue rigoureuse d’apparat, de belles mélodies des Beatles. Et c’est magnifique !

Vendredi 22 juin

 La Turquie vote dimanche pour renouveler son Parlement mais aussi pour élire le chef de l’État. Tous les médias semblent considérer qu’Erdogan pourrait se retrouver en ballottage. Difficile à croire. Les urnes ne sont-elles pas déjà remplies ? Une seule raison le nuirait : il a lui-même provoqué des élections anticipées alors qu’il détenait un pouvoir bien consolidé. On dit que cette initiative est due à de mauvaises prévisions économiques. Cette manœuvre tactique aurait-elle dégoûté le peuple ? Peut-être. En tout cas, l’opposition s’est organisée en se rassemblant. La voilà donc unie et ragaillardie, donnant plus de conséquence à l’arithmétique.

                                                      *

 Bestiaire de com’ politique : on commence par vendre la peau de l’ours et on finit par noyer le poisson.   

Samedi 23 juin

 La France est un pays unique au monde par sa littérature, ses créations artistiques, ses paysages variés, ses villes attrayantes au plan du patrimoine historique comme de l’avant-garde dans l’aménagement urbain, ses reliefs divers et variés, sa gastronomie, son art de vivre, etc.

 Paris est une ville unique au monde.

 On peut récuser le premier constat et prétendre qu’il existe d’autres pays où l’harmonie des caractères, depuis la littérature jusqu’à la gastronomie, peut offrir un art de vivre équivalent.

 Il est déjà beaucoup plus difficile de contester l’attrait de Paris.
 Mais là où la France est sûrement un pays unique au monde, c’est par l’article premier de sa Constitution, établie par Charles de Gaulle et approuvée par le peuple, datée officiellement du 4 octobre 1958.

 Le voici :

 « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

 La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »

 On ne trouve nulle part ailleurs un texte aussi respectueux de la dignité humaine. Nicolas Hulot fait pression sur le président de la République pour que l’on insère dans cet article premier la protection de l’environnement qui est déjà mentionnée dans l’article 34 et qui fait l’objet d’une charte approuvée en 2004 jointe à ladite Constitution. Ce serait ouvrir dangereusement la porte à d’autres considérations qui, débattues, risqueraient de diluer la force de cet article premier dans des préoccupations qui, aussi nobles et profondes soient-elles, n’ont pas leur place à cet endroit.

 Touche pas à cet article premier Nicolas ! Touche pas !

                                                     *

 Le milliardaire François Pinault déclare au Monde que Macron « ne comprend pas les petites gens ». Tandis que lui…

                                                      *

 Une révolution en Arabie saoudite : à partir de ce soir minuit, les femmes pourront piloter une  automobile. Par cette annonce qui étonne ou fait sourire, on perçoit bien le gouffre qui sépare cette nation médiévale avec l’Occident, lequel entretient avec elle des rapports plus que courtois, pétrole oblige.

Dimanche 24 juin

 Pendant plus d’une semaine, les médias n’ont cessé de sous-entendre que l’opposition turque pourrait créer la surprise aux élections présidentielle et législatives et mettre Recep Erdogan en difficulté. Ce soir Erdogan est réélu dès le premier tour et son parti, associé à la droite nationaliste dure, gouvernera sous sa botte puisqu’en l’élisant les citoyens ont également opté pour une révision de la Constitution octroyant plus de pouvoirs encore au sultan. Démocrature n’est pas un anglicisme. Il faudra néanmoins l’accepter comme néologisme sans tarder. La contraction entre « démocratie » et « dictature » existe tellement dans les faits (Xi Jingping, Vladimir Poutine, Erdogan…) qu’elle doit trouver sa réelle signification dans le vocabulaire.

Lundi 25 juin

 Dans un entretien au Monde sous le titre L’identitarisme est la maladie du XXIe siècle, l’écrivaine académicienne Danielle Sallenave conclut : « Il n’y a plus d’enfants du peuple, maintenant, mais des ‘gamins de quartier’, rebelles à nos valeurs et futurs djihadistes. Or, ce qu’il nous faut, c’est retrouver ce qui animait l’idée républicaine dans ses origines, avant même qu’elle s’établisse durablement : le désir, l’espoir, la volonté de faire advenir un monde où chacun pourrait s’arracher à la dépendance politique, économique, sociale ; où chacun pourrait conquérir sa part d’une souveraineté qui est celle du peuple même, quand il les réunit. Ce qu’il nous faut, c’est cet idéal toujours inaccompli. Mieux qu’un idéal : une utopie. Car l’idéal est un rêve, tandis que l’utopie est un projet. » Quand la social-démocratie entamera sa reconstruction voire sa renaissance, elle fera bien de situer cet extrait dans ses attendus.

                                                      *

 L’Office national de la Chasse et de la Faune sauvage (ONCFS) estime à 430 le nombre de loups en France. L’augmentation annuelle de la population des canidés est estimée à 20 %. C’est une information très encourageante pour les dizaines de milliers de touristes et de vacanciers qui se préparent à des randonnées dans les forêts, les campagnes et en montagne… Albert Vidalie prétendait qu’il avait ressenti la prémonition de Mai’68 lorsqu’un an plus tôt, il écrivit Les loups sont entrés dans Paris, un texte « écrasant » disait Serge Reggiani, sur lequel Louis Bessières façonna une musique lancinante. Cette prémonition pourrait bien se réaliser de manière plus concrète un demi-siècle plus tard.

Mardi 26 juin

Le François devant lequel Macron se fait modeste et respectueux n’est pas Hollande. C’est le pape.  

                                                      *

Le vœu, l’injonction artificielle (voir samedi 23) étaient trop tardifs. La Commission de révision de la Constitution se réunit pour la première fois aujourd’hui sous la présidence du rapporteur général, Richard Ferrand, chef du groupe des macroniens, déjà incapable de répondre aux questions, pourtant élémentaires, de Patrick Cohen à la matinale d’Europe 1 sur ce fameux article premier. La boîte de Pandore a été ouverte. 1378 amendements ont déjà été déposés. C’est dire que les propositions les plus loufoques (comme réécrire la Constitution en écriture inclusive…) se font jour autour d’un texte qui doit rester large mais précis. Il faudra que le travail se poursuive à l’automne et même après… Le plus tard sera le mieux. Par bonheur, lorsque l’Assemblée aura procédé à l’adoption du nouveau texte, celui-ci devra être approuvé dans les mêmes termes par le Sénat. Les Sages n’auront jamais si bien porté leur nom. D’ores et déjà, leur président Gérard Larcher rappelle le mot de Montesquieu : « Il faut toucher à la Constitution d’une main tremblante. »

Mercredi 27 juin

 Si l’on était amené, dans les prochains jours, à commenter une crise de régime en Allemagne, compte tenu de l’importance que prend la Coupe du monde de Football dans la vie des nations, l’on serait sûrement porté à mentionner dans les symptômes la défaite humiliante des champions du monde sortants, sortis par une petit équipe de Corée du Sud qui, elle, avait déjà fait ses valises. Pour la première fois depuis 1938, la Mannschaft quitte le tournoi dès son entrée en lice. C’est un très mauvais signe pour Angela Merkel, déjà en grosses difficultés à cause de sa droite bavaroise dure et exigeante vis-à-vis des migrants. Elle retrouvera ses collègues européens demain à Bruxelles pour un sommet à hauts risques. On imagine le conseil que Macron pourrait lui donner : « Va voir le pape ! »

Jeudi 28 juin

 Jusqu’à présent, aucun incident, aucun débordement et, a fortiori, aucun attentat n’ont entaché le déroulement de la Coupe du monde de Football. Les enceintes sont pleines et la fête s’accomplit dans l’allégresse.  De son bureau du Kremlin, Vladimir Poutine doit suivre au jour le jour les compétitions qui se déroulent aux quatre coins de son empire. La répartition des stades a aussi fait l’objet d’une belle étude propagandiste. Rien n’a été négligé. Le monde entier fait ainsi connaissance avec des villes dont il ignorait le nom. Même Kaliningrad fut servie. Cette enclave au bord de la mer Baltique a été conquise par l’armée soviétique lors de la Seconde guerre mondiale. Hors de question pour Staline, lors du nouveau partage des territoires à Yalta, de s’en séparer. Á l’époque, elle s’appelait Königsberg. Ce fut une ville prussienne renommée grâce aux personnalités qu’elle produisit dans l’empire allemand parmi lesquelles le respectable et prestigieux philosophe Emmanuel Kant (1724 – 1804) qui y resta toute sa vie, renonçant à l’appel des sirènes qui l’invitaient à vivre dans les grandes villes réputées intellectuelles de l’empire. Compte tenu de sa situation géographique, Königsberg devenue Kaliningrad est surtout aujourd’hui une solide base militaire. Mais elle est aussi équipée d’un stade où un match important pour la suite du tournoi oppose ce soir l’Angleterre et la Belgique. Ce petit pays que l’on distingue à peine sur le globe terrestre est tout entier paré des couleurs noires, jaunes et rouges que reflète son drapeau. Son cœur bat au rythme des Diables rouges. Et cependant, pendant qu’ils s’époumonent  devant les grands écrans installés en plein air sur les places publiques ou les petits de leur salon, les citoyens belges ignorent que leur avenir se joue à Bruxelles. L’Union européenne est en effet en péril, divisée sur la question des migrations. Á 28 - Theresa May est toujours là… -, ils doivent absolument trouver un compromis stable et durable, respectueux de la personne humaine, digne du devoir d’hospitalité qui honore son histoire et les valeurs qu’elle représente. Si les Diables rouges remportent la victoire, la bière coulera partout et les chants de gloire s’envoleront vers le ciel. La nuit festive sera longue. Au siège des institutions européennes, la nuit sera longue aussi, mais moins festive.

Vendredi 29 juin

 Alvarez Manuel Lopez Obrador, dit AMLO, enfin président du Mexique ? Réponse après-demain, pour un enjeu qui concerne le monde entier. Car hormis des modifications sensibles au plan intérieur, on peut s’attendre à une bonne dose de poil à gratter dans les articulations de Donald Trump.

Samedi 30 juin

 Les Européens ont trouvé un accord au milieu de la nuit sur le problème des migrants. Des « plates-formes de débarquement » à créer en Afrique du Nord, des « centres contrôlés » dans les pays de l’Union qui se porteront volontaires, tous ces lieux supervisés par l’administration européenne, ce n’est pas une solution glorieuse, à perspectives de responsabilités courageuses et honorables. Mais c’est la formule qui a fait consensus, qui a obtenu l’unanimité, ce que plus personne n’osait espérer, nombreux observateurs se préparant déjà au verdict contraire en élaborant des scénarios d’explosion institutionnelle. Les commentaires seront multiples et souvent critiques. L’évaluation de cet accord pourra déjà donner ses fruits lors du sommet de décembre. Avant cela, toutes les supputations ne seront que bavardages. L’Union européenne vit, elle est debout, c’est le point fort de la nuit. Partant, Angela Merkel pourra continuer à diriger la plus forte économie des 28. Ce n’est pas rien.

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 Tous les médias déroulent avec plus ou moins d’éclat la phase  annonciatrice de l’événement dominical : l’entrée de Simone Veil au Panthéon. Les évocations biographiques sont parsemées d’éloges. Qui s’en offusquerait ? Mais Simone Veil n’entrera pas seule au temple de la « Patrie reconnaissante ». Son mari sera du voyage. Et il faut le dire tout net : Antoine Veil n’a pas sa place au Panthéon. Même si la famille l’avait souhaité, le président de la République n’aurait pas dû accepter. Parce qu’à tant faire que d’honorer les partenaires, si essentiels eussent-ils pu être dans la  vie et l’œuvre des impétrants, on peut énumérer des souhaits légitimes : la marquise du Châtelet aurait sa place près de Voltaire, ou sa nièce et amante Marie-Louise Denis qui l’accompagna jusqu’au dernier jour, ou Julie de Lespinasse, de complicité intellectuelle, qui reçut un vibrant hommage de l’homme de Ferney lorsqu’elle décéda. Madame de Warens, tutrice et amante de Jean-Jacques Rousseau n’aurait pas volé sa présence à ses côtés. Et que dire de la merveilleuse Juliette Drouet qui, si elle ne vécut point avec son Totor durant toutes ces décennies d’amour et de complicité littéraire ou épistolaire, aurait mérité de passer l’éternité à ses côtés sous la voûte étoilée ?... Et s’il s’agit de faire entrer un couple sans modifier ce qui est, que Macron fasse entrer Germaine de Staël et Benjamin Constant ; ce serait pour lui, dans son hommage, l’occasion de se replonger dans les racines du libéralisme, le vrai.

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