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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Cela ira mieux demain…

Le 10 août 2017

Mardi 1er août

 On n’attend pas de la droite ce que l’on exige de la gauche. C’est ce qui fait sa dignité, sa garantie de pérennité. Quand elle cesse d’être une morale, la gauche n’est plus la gauche. Lorsqu’elle se baigne dans les eaux glauques de la gouvernance, elle se perd. La gouvernance a besoin de faux mais la gauche ne peut point s’en accaparer quand elle gouverne. C’est avant tout une question d’honneur. Réconcilier la vérité et l’influence : la mission de la gauche aujourd’hui.

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 De Chateaubriand, cette pensée des "Mémoires" à méditer de nos jours : « Pour être un homme supérieur en affaires, il n’est pas question d’acquérir des qualités, il ne s’agit que d’en perdre. »

Mercredi 2 août

 Depuis une semaine, le citoyen français est tenu en haleine par de nombreux journaux (et pas que des gazettes de seconde zone, "Le Figaro" est également aux aguets pour sa une…) à propos d’un joueur de football brésilien évoluant à Barcelone et qui pourrait venir à Paris contre la coquette somme de 222 millions d’euros. Le prince héritier du Qatar, qui préside aux destinées du PSG, conduit les négociations. De jour en jour, le feuilleton précise l’état des pourparlers. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on soulève l’indécent marchandage qui étaye le sport de compétition et le rôle écœurant  que les détenteurs de richesses affichent, toute honte bue, sachant que « Du pain et des Jeux » reste une formule de stabilité sociétale. Le règne de l’argent impose néanmoins de réitérer l’indignation. Il est devenu coutumier de prendre aux pauvres – coupables de tous les maux – pour donner aux riches. Les riches leur rendent en les distrayant, en les captivant, en les exaltant. Et puis soudain, on ne sait pas très bien pourquoi, l’Histoire ne s’accomplit pas selon les meilleures prévisions des plus savants experts…

Jeudi 3 août

 La nouvelle vedette brésilienne qui jouera au PSG sera présentée samedi au public enflammé du Parc des Princes. Béni soit le Qatar. Le virtuose du ballon rond s’appelle Neymar. Son prénom ne doit sans doute pas être Jean. Dommage.

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 Lit-on encore Frédéric Dard sur les plages aujourd’hui ? La question mériterait d’être analysée par les magazines qui se cherchent quelques bons sujets de dossiers à élaborer. Sur les étalages des libraires, les titres devraient toujours tenter l’amateur de lectures distrayantes. D’autant qu’ils peuvent être parfois de circonstance  ("Bouge ton pied que je voie la mer"). Mais l’époque a changé, le langage cru et grossier de San Antonio n’amuse peut-être plus… (« Tout ça d’une voix douce, avec un sourire de bouddha qui se laisse sécher les couilles. » Mesdames, vous aimez ça). Ce Rabelais des romans de gare battait tous les records de tirage. C’était il y a cinquante ans, lorsque l’on cultivait la liberté de vivre, de parler, d’agir. Le pied cachant la mer ou les couilles du bouddha sont toujours entre les mains des vacanciers, mais plus par le texte, par l’image ; et bizarrement, cela choque moins les honnêtes gens.

Vendredi 4 août

 Demain, le championnat de football reprendra en France. Le Paris-Saint-Germain recevra Amiens, nouveau promu en première division. Le budget total du club de la préfecture de la Somme, ville natale de Brigitte et Emmanuel Macron, est de 22 millions d’euros, très exactement le dixième du montant qu’atteignit le transfert de Neymar.

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 Du bonheur sur la toile. La cinéaste Lucy Walker a entrepris de réaliser un documentaire en guise de suite à celui que Wim Wenders avait conçu en 1999 sur le son, la musique cubaine. Le titre, Buena vista social club-Adios, laisse comprendre que le mode « Que sont-ils devenus ? » conduit à l’inexorable. Ces fous de musique étaient déjà un peu âgés du temps de Wenders ; certains sont morts désormais, comme le pivot du groupe, Ibrahim Ferrer, qui chanta encore quatre jours avant son décès. Pour sa dernière prestation, au Festival de jazz de Marciac, on devait lui plaquer le masque à oxygène toutes les deux chansons. Ce n’était en aucune manière de l’héroïsme mal placé. Ces artistes ne vivaient – et ne vivent encore – que pour la musique. On a vraiment le sentiment, à les voir et à les écouter, que c’est non seulement leur raison de vivre mais leur seule raison de vivre. La chanteuse admirable, Omara, qui fut si belle dans sa jeunesse en duo avec Ibrahim, a 86 ans. Il est impossible d’enregistrer ses propos sans noter les mots amour, joie, vie… « Ma dernière note dans la tombe » dit le pianiste. Ce qui pourrait apparaître comme de la gérontophilie se traduit en fait par une émotion simple, pas alimentée de nostalgie (ils savent dire aussi : « c’est la vie… ») pas non plus superfétatoire (« le temps a passé, on est heureux car notre musique subsistera… »). On rentre chez soi content, on ressort le vinyle acquis vingt ans plus tôt ; musique de fond pour le souper. Demain la vie continue. Un autre jour.

Samedi 5 août

  On parlait autrefois de « score soviétique » ou de « score coréen » (toujours d’actualité mais d’ironie noire). Il conviendra d’y ajouter le score rwandais. Paul Kagame vient en effet d’être réélu avec 98 % des voix. Les deux candidats de l’opposition recueillent moins de 1% chacun. Le voilà donc reparti, despote ou homme providentiel (les deux mon colonel !) vers un nouveau septennat. Kagame n’a que 59 ans. Il n’est peut-être qu’au début d’une nouvelle longévité africaine. Un roi-nègre en parfaite conformité avec les règles démocratiques.

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 Comme l’a proclamé Donald Trump, les États-Unis se retirent de l’Accord de Paris (COP 21) sur le changement climatique. Le département d’État vient de le confirmer dans une lettre à l’ONU. Toutefois, il précise que les Etats-Unis continueront à participer aux travaux concernant le réchauffement climatique, ses causes et ses conséquences. Ainsi, leur participation est annoncée  à la COP 23 qui aura lieu à Bonn en novembre.  S’attacher aux causes plutôt qu’aux conséquences, c’est ce qu’il y aurait lieu d’analyser en observant la présidence Trump.

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 Il se livre à un lent et long tour d’honneur en saluant le public de ses deux bras, en se penchant de temps en temps comme un artiste qui va quitter la scène. La classe d’une vedette que l’on croyait invincible et que le temps, inexorable, a fini par fatiguer, par éroder petit à petit ses capacités physiques et sa niaque. Aux championnats du monde d’athlétisme à Londres, le Jamaïcain Usain Bolt vient d’accomplir sa dernière course de 100 mètres après avoir dominé le sprint en cette épreuve reine pendant une bonne dizaine d’années. Pour la première fois, il  ne triomphe pas de manière insolente ; il n’arrive que 3e. C’est un bon moment symbolique, plus qu’un présage,  la preuve que l’histoire ne s’arrêtera pas avec lui et que d’autres feront mieux demain. L’adage qui enseigne que les records sont faits pour être battus illustre une philosophie de la vie qui incline vers une confiance au progrès. Penser que ça ira mieux demain n’est pas une supercherie du bon sens, c’est une vision gramscienne qui n’exclut pas la référence au passé mais qui s’inscrit dans la nécessité de l’avenir.

Dimanche 6 août

 Le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte des sanctions sévères contre la Corée du Nord pour condamner ses essais de missiles à longue portée tendant à faire croire que le but consiste à détruire les Etats-Unis. Cela ne va pas améliorer la situation du peuple coréen qui, dans sa majorité, stagne dans une maussade pauvreté. Si l’accentuation d’un statut peu enviable pouvait l’inciter à la révolte, le monde ne pourrait que s’en porter mieux. En attendant la décision onusienne est un signe à souligner : ni le suzerain chinois, ni l’allié objectif russe n’ont utilisé leur droit de veto.

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 Spécialiste des instruments de l’information, historien et sociologue des médias, auteur de nombreux ouvrages sur la télévision,  le professeur François Jost est, dans une tribune au "Figaro",  catégorique : « Aujourd’hui, la télé ne s’adresse plus au spectateur mais au consommateur » En 1968, on voyait déjà éclore cette triste mutation. Mais ce n’est pas à préciser : la référence à mai’68 n’est pas vénérée en ce moment.

Lundi 7 août

 Il n’y a plus qu’au Japon que l’on évoque Hiroshima (6 août 1945). 72 ans ont passé. La conclusion d’Albert Camus dans son éditorial de Combat du 8 août 1945 n’a quant à elle pas perdu de son actualité (oserait-on dire : « bien au contraire !... » ?) : « Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. »

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 Les chrétiens d’Orient sont massacrés par les musulmans. En Centrafrique, c’est le contraire. On évoque même une situation « pré-génocidaire ». Cioran : « Quand la pègre rencontre le mythe, attendez-vous à un massacre ou à une religion nouvelle. »

Mardi 8 août

 On sait que le président Trump n’aime pas les médias. Il prétend que des fausses informations ne cessent d’être diffusées dans le seul but de le nuire. Sachant que le phénomène des fake news est fort dans l’air du temps, il met tous les médias dans le même sac poubelle et crée sa propre chaîne de télévision. Sa bru est chargée de l’information. Bien entendu, elle s’applique à souligner les actes positifs permanents de son illustre beau-père. Au fond, la différence avec la Corée du Nord, c’est qu’à Washington, la propagande se bâtit en famille.

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 Le tourisme est en nette croissance en France. Le pays retrouve son taux de fréquentation de 2015, avant les attentats.

Mercredi 9 août

 Né à Rouen un 9 août juste avant la fin du XIXe siècle, Armand Salacrou est un auteur oublié. Joue-t-on encore ses pièces aujourd’hui ? Rarement. Il faut dire qu’elles dégagent un caractère social qui n’est plus de mise. De nos jours, il n’y a plus de lutte des classes. La gauche et la droite n’existent plus (du moins, c’est ce que prétendent les gens de droite, ceux-là mêmes qui « ne s’intéressent pas à la politique » et qui s’empressent d’utiliser leur suffrage en faveur de l’ordre établi le jour du scrutin). Les milieux havrais servaient souvent de décor à Salacrou. Ainsi Boulevard Durand, que Jean-Claude Carrère eut la bonne idée d’adapter en téléfilm, mériterait d’être à nouveau monté. Les dockers devraient encore s’y reconnaître. Appel à Laurent Ruquier, qui ne manque pas une occasion de rappeler son origine havraise, et qui aime le théâtre au point de trouver le temps d’écrire des pièces entre ses prestations radiotélévisées. Appel aussi au Premier ministre Édouard Philippe bien sûr, ancien député-maire du Havre…1899 – 1989, voilà les dates biographiques d’Armand Salacrou. Une évocation en 2019 ?

Jeudi 10 août

 Six ans et demi après la catastrophe de Fukushima, une bombe datant de la Seconde Guerre mondiale est retrouvée dans l’enceinte de la centrale nucléaire. Pris comme scénario d’un film à grand spectacle, ce fait serait considéré comme absurde. Il ne faut jamais s’attacher au volcan qui somnole sous nos pieds : l’infarctus guette.

 

 

Image: 

L’histoire de France vue par San Antonio, illustrations de Dubout. Ed. Fleuve Noir, 1964.

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