semaine 38

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Des aigreurs au lieu d’idées

Le 06 août 2018

Lundi 16 juillet

 Que Trump fasse ami – ami avec Poutine à Helsinki en pensant attacher l’ours au collier qu’il tient en main, ce n’est pas tellement important à souligner. Ce qui, en revanche, est beaucoup plus intéressant, c’est que des voix s’élèvent dans son propre parti, Les Républicains, pour s’indigner quant à sa politique étrangère. Et de plus en plus.

Mardi 17 juillet

 En célébrant à Johannesburg le centième anniversaire de Nelson Mandela, Barack Obama prononce un discours de portée internationale qui retentit sur les cinq continents. Son appel  ressortit à la crainte d’un retour à l’ordre ancien. Sans jamais citer Trump, il n’hésite cependant pas à fustiger une manière inquiétante de gouverner, basée sur les contradictions, les mensonges et l’irrespect des partenaires et des alliés. En ce lieu symbolique où le racisme servait jusqu’il y a peu d’argument institutionnel pour diriger le pays dans la discrimination, l’ancien président des États-Unis parvint même à nommer en exemple l’équipe de France de football, composée de talents aux couleurs de peau différentes mais tous d’une semblable nationalité. Obama était bien inspiré car à la différence de 1998, la presse internationale ironise sur cette équipe « africaine ». En Croatie bien sûr, mais aussi en Italie, aux Etats-Unis, les allusions les plus infâmes fleurissent. Il y a vingt ans, à l’éclosion du Black - Blanc – Beur seul Jean-Marie Le Pen avait eu l’audace (et le mauvais goût) de trouver « qu’il y a trop de noirs dans l’équipe de France »… Et dire que pendant ce temps-là, une majorité de parlementaires, à l’Assemblée nationale, veulent retirer de la Constitution l’expression « sans distinction de race ». Ce débat n’est hélas ! pas le dernier du genre, si l’on ose dire…

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 On a envie de plaindre Theresa May, qui se débat tant bien que mal dans les arcanes d’un Brexit à réaliser coûte que coûte, si l’on ne savait pas qu’elle y avait autrefois été favorable. Six voix seulement l’ont sauvée à la Chambre des Communes pour le vote d’un amendement capital qui lui permet de poursuivre. Car dans son camp aussi, la tendance pro-européenne prend de l’importance. Quant à l’ancien Premier ministre Tony Blair (1997 – 2007), persuadé que le Brexit est irréalisable, il prône carrément l’organisation d’un nouveau référendum, considérant que c’est la seule solution. L’idée fait son chemin. Elle pourrait devenir crédible.

Mercredi 18 juillet

 En rencontrant son homologue étatsunien Donald Trump, Poutine dialogue avec son quatrième président américain. On le vit en effet serrer la main de Clinton, celle de Doublevé Bush et celle d’Obama sous un rictus invariable qu’il n’est pas possible de dater. Sans connaître la longévité de chef du Kremlin à la tête de son pays, on peut toutefois déjà souligner qu’il ne battra pas le record d’Elisabeth II. Mais la reine d’Angleterre n’a pas le pouvoir de faire vaciller le monde au départ d’une poignée de mains, franche ou obligée.

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 Étrange personnage que cet Alexandre Benalla qui, par ses diableries violentes nées d’un abus de pouvoir élyséen, cause à Emmanuel Macron la première véritable affaire dérangeante de ce quinquennat. Le silence assourdissant du président, on le sait, ne calmera pas l’opinion. Il faut que la justice passe. La tête de Benalla n’a plus de prix. Si une autre, plus significative, devait tomber afin de protéger le président, voir du coté de la place Beauvau : le cycle Gérard Collomb pourrait s’achever bientôt. Élu et réélu maire de Lyon en conduisant une liste socialiste de 2001 à 2017, élu et réélu sénateur du Rhône dès 1999 jusqu’à 2017, l’actuel ministre de l’Intérieur n’avait jamais obtenu un maroquin, ni de Lionel Jospin, ni de François Hollande. Il est permis de se demander pourquoi… En tout cas, celui que les conseillers de Macron appellent Son Altesse Sénilissime (il paraît que cela fait rire aussi le président…) va connaître sûrement des heures périlleuses. Faire oublier les nettoyages imparfaits de Calais et de Notre-Dame-des-Landes est une chose possible ; taire une bavure policière lors d’une manifestation de 1er-mai à Paris est moins simple, surtout à l’époque de la vidéosphère individualisée.

Jeudi 19 juillet

 Fort d’avoir été encouragé par Trump à dépasser les limites d’un équilibre déjà si fragile, le gouvernement israélien prend un décret promulgué par sa majorité qui consacre le peuple juif comme étant celui de la nation israélienne, une loi d’un nationalisme étouffant pour les 20 % d’arabes vivant des ce pays. Le repli ethnique prend des allures inhumaines ; difficile de l’exprimer autrement. Tout cela se passe au grand jour planétaire sans vraiment dégager le début d’une indignation. Ce qu’il est convenu de nommer « la communauté internationale » ressemble à une autruche zélée. Soit. Néanmoins, si Netanyahou ne ressent pas l’ombre d’un frein sous la forme de mise en garde, si au contraire il recevait même des compliments de son protecteur, il n’y dégagerait que des encouragements susceptibles de lui inspirer d’autres étapes plus autoritaires. Le bombardement de l’Iran par exemple…

Vendredi 20 juillet

 En marge de la Fête nationale belge, le quotidien Le Soir publie un sondage d’où il ressort qu’après cinq ans de règne, le roi Philippe « n’est plus moderne ». C’est donc qu’il l’a été ! Le peuple belge était dirigé par David Bowie et il ne s’en rendait pas compte !

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 Dans son éditorial du Point, Nicolas Baverez cite Machiavel : « Gouverner, c’est mettre vos sujets hors d’état de vous nuire et même d’y penser. » Macron lit sûrement Le Point - ou on le lit pour lui…- mais il n’a pas besoin de suivre le conseil, du moins jusqu’à présent : pour Jupiter, Machiavel est un allumeur de réverbères.

Samedi 21 juillet

 Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur, fête aujourd’hui son 98e anniversaire. On dit qu’il n’écrit plus lui-même ses éditoriaux depuis déjà plusieurs années. C’est possible. En tout cas, celui ou celle qui tient la plume pour lui a bien hérité de son style et peut mieux encore traduire sa pensée. Sa dernière prise de position, Qu’est-ce qu’un géant ?, parue dans l’édition de l’Obs de la semaine dernière, remet à sa juste place l’hommage qui fut rendu à Claude Lanzmann à la suite de son décès, le 5 juillet. Oui à l’auteur de Shoah, non à celui qui défend Israël parce que c’est Israël, en acceptant ses dérives et ses excès. Daniel n’a jamais varié sur ce point. Enthousiaste mais exigeant vis-à-vis des choses qui lui sont les plus chères, et conservant toujours intact son sens critique. Son éditorial parut quelques jours avant que ne soit votée cette Loi fondamentale inique qui consacre Jérusalem capitale du pays et l’hébreu la seule langue officielle, la langue arabe étant dotée d’un « statut spécial ». L’Histoire s’en souviendra.

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 Défilé de Fête nationale. Sur les gradins de la tribune d’honneur, derrière la famille royale loin d’être au complet, trônaient les arrivistes qui sont bien arrivés. On peut leur préférer les chercheurs qui ne trouvent pas.

Dimanche 22 juillet

 Ce que Trump aura réussi en supprimant sa contribution à l’Unesco, entraînant Israël dans son retrait, c’est de laisser cette respectable institution sous l’influence d’autres grandes puissances. Audrey Azoulay, la directrice générale, se voit bien obligée de combler le trou de trésorerie. La voilà reçue par Xi Jingping en personne et courtisée par les Émirats arabes unis. Elle a déjà encaissé plus de 100 millions de dollars et son périple de quête n’est pas achevé…

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 Le Parti populaire espagnol (PPE) s’est choisi un successeur à Mariano Rajoy. Ce n’est pas la dauphine attitrée du Premier ministre déchu qui fut élue mais bien un jeune loup de 37 ans, Pablo Casado, réputé très conservateur, qui souhaite diriger un parti « fort, libéral, patriotique et catholique ». Bref, il est partisan d’un franquisme fréquentable. En ce sens, il est dans l’air du temps et rejoint la tendance qui se fait jour un peu partout en Europe : pas une extrême droite mais une droite extrême. Sauf que pour le moment, il est dans l’opposition. N’empêche. Il est temps que la social-démocratie entame sa renaissance et que les libéraux progressistes choisissent leur voie. Les futures élections européennes devraient dégager une illustration très significative du mouvement aigreurs en lieu et place de celui des idées.

Lundi 23 juillet

 Une canicule naissante incite à prolonger la revue de presse en approfondissant certains sujets dominicaux que l’on prévoyait délicats depuis longtemps : le processus électoral en panne au Congo, l’arrivée d’un (très) conservateur à la tête du Pakistan, les manifestations israéliennes à propos des homosexuels, etc. Sans oublier bien entendu l’affaire Benalla, premier gros accroc pour Macron. En attendant, sur cette question, la chronique de Jean-François Kahn dans Le Soir de ce mardi et l’édition du Canard enchaîné de mercredi, une réflexion sur le journalisme couronne la séquence. Alors Balzac vient s’en mêler avec Splendeurs et misères des courtisanes (1838) : « Quiconque a trempé dans le journalisme, ou y trempe encore, est dans la nécessité cruelle de saluer les hommes qu’il méprise, de sourire à son meilleur ennemi, de pactiser avec les plus fétides bassesses, de se salir les doigts en voulant payer ses agresseurs avec leur monnaie. On s’habitue à voir faire le mal, à le laisser passer ; on commence à l’approuver, on finit par le commettre. Á la longue, l’âme, sans cesse maculée par de honteuses et continuelles compromissions, se rouille, les gonds de la banalité s’usent et tournent d’eux-mêmes. Les Alceste deviennent des Philinte, les caractères se détrempent, les talents s’abâtardissent, la foi dans les belles œuvres s’envole. Tel qui voulait s’enorgueillir de ses pages se dépense en de tristes articles que sa conscience lui signale tôt ou tard comme autant de mauvaises actions. »

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  L’Assemblée nationale reporte à l’automne les travaux de révision de la Constitution pour cause de crise élyséenne. Si cette Constitution n’était finalement point modifiée, l’Histoire retiendrait que c’eût été grâce aux exactions et aux abus de pouvoir de monsieur Benalla. Il y a tant de manières de se faire un nom !...

Mardi 24 juillet

 Jusqu’ici sphinxial, Jupiter – Macron a parlé, profitant d’une réception des parlementaires de sa majorité à la Maison de l’Amérique latine. Un monologue plus ou moins improvisé donc, sans presse pour questionner, sans contradicteur, presque sous le ton de la confidence. Il y a faute et trahison et je suis le seul responsable de ce dérapage ; la presse ne cherche pas la vérité ; qu’ils viennent me chercher. Des propos pour le moins bizarres qui visent à mettre les fusibles potentiels à l’abri et à contrôler demain la direction du dégonflage, pour autant que l’affaire n’enfle davantage. L’avenir dira si le « qu’ils viennent me chercher » n’est pas aussi un dérapage, à tout le moins une provocation inutile semblable à celles des cours de récréation. « Qu’est-ce que Jupiter auprès du paratonnerre ? » se demandait Marx en 1857 (Introduction à la critique de l’économie politique)

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 La firme Nike a commandé en Thaïlande la fabrication de maillots bleus assortis des deux étoiles de champion du monde. Cela lui coûtera 3 € la pièce. Ce maillot sera vendu au détail à 140 €. Dans les mêmes communiqués post-Mondial, la famille de Kylian Mbappé confirme que l’intégralité de sa prime de victoire sera versée à une association d’enfants malades.

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 On a rarement lu un article aussi virulent sous la plume de Philippe Dagen. Le critique d’art du Monde démolit une exposition qui se tient au Musée des Beaux-arts de Rouen, pourtant de bonne réputation, en hommage à Marcel Duchamp (Abcduhamp. L’expo pour comprendre Marcel Duchamp, jusqu’au 24 septembre) « Snob et confus » sont les épithètes du sous-titre tandis que d’autres, plus impitoyables et tranchants, apparaissent dans les alinéas. Cette exposition est née d’une date – prétexte : le cinquantième anniversaire de la mort de Duchamp. Ne faudrait-il pas se demander si cet artiste et son œuvre peuvent devenir un sujet de commémoration ? La réponse négative émane d’emblée. On la poursuit en cherchant un néologisme possible : incommémorable ?

Mercredi 25 juillet

 Le Festival d’Avignon s’est achevé. Ce fut un bon cru, sans effet majeur. Olivier Py l’avait voulu sous les questions du genre. Ce sont celles qui touchent aux violences politiques, sous différentes formes, qui s’imposèrent. Une façon de jeter un pont entre les images de Cannes et les scènes du Vaucluse, et de refléter, presque spontanément, l’état du monde.

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 L’Église est opposée à la GPA (Gestation pour autrui). Fort bien. Ses représentants se souviennent-ils  que le couple formé d’Abraham et Sarah était stérile, et que celle-ci prêta sa servante, Agar, à son mari, qui lui donna Ismaël ? Cette histoire ne serait qu’une petite péripétie si l’ange Gabriel ne s’était pas occupé du destin d’Agar et d’Ismaël ; l’ange Gabriel, celui-là même qui annonça la naissance de Jésus, un personnage dynamique, voyageur et, il faut bien le constater, un peu mêle-tout… Cette Bible, quelle modernité ! N’est-ce pas ô prêtres érudits !

Jeudi 26 juillet

 Aujourd’hui que les chiffres ont remplacé les mots dans la gestion planétaire, la finance domine toutes les relations diplomatiques. Parmi ses corrélats, le commerce est évidemment un paramètre essentiel. Or, Trump continue de menacer les Européens. Après leur avoir fait la leçon à Bruxelles sur leur apport à l’OTAN et envisagé de s’en retirer comme il s’est déjà extrait de l’Unesco, le voici qu’il place les accords commerciaux en sa ligne de mire americafirstienne. Là, c’en devient vraiment dramatique. Il faut arrêter le fou avant que ne s’accomplisse la rupture. Jean-Claude Juncker s’en est donc allé à Washington, le nouveau Canossa, flatter son suzerain. Il en revient glorifié, auréolé de l’exploit : les accords commerciaux avec les Etats-Unis sont sauvés ! Non pas « sauvés », sauvegardés plutôt… Il est bon d’employer les termes propres car les commentaires de la presse sont disproportionnés au point que le président de la Commission est en lévitation avant d’avoir vidé sa bouteille de whisky, rien qu’en lisant les journaux du matin. Il apprend même qu’il serait parvenu à « enterrer la hache de guerre » ! Ce qui est toutefois plus étonnant, c’est que les chefs d’État et de gouvernement sont plus circonspects que les commentateurs. Macron laisse entendre à mi-mots qu’il doute de ce succès, Charles Michel, « prend acte mais reste vigilant », tandis qu’Angela Merkel est au festival de Bayreuth, comme chaque année à pareille époque. Toutes ces excellences ont raison : Trump les a échaudées en les habituant à renier ses propos du jour au lendemain. Au fond de lui-même, on peut être assuré que Juncker n’en pense pas moins aussi.

Vendredi 27 juillet

 La Commission d’enquête parlementaire chargée d’analyser l’affaire Benalla est déjà hors d’usage. Tous les délégués des formations de l’opposition l’ont quittée. En cause, un comportement douteux des députés d’En marche qui bloquent et cadenassent les travaux. Difficile de ne pas concevoir qu’ils répondent à des injonctions de leur maître. Attention ! Jupiter vaut peut-être de Gaulle, mais ses godillots ne sont que des citoyens inexpérimentés en politique. Ceux du Général étaient des jeunes loups lancés dans l’aventure de la Libération, d’anciens résistants, des baroudeurs ou encore des gardiens du temple pendant la traversée du désert. La plupart d’entre eux étaient du reste maires ou à tout le moins conseillers départementaux. Bref, ils connaissaient le métier. Quel serait aujourd’hui le Chaban-Delmas, le Michel Debré, l’Olivier Guichard, l’Alain Peyrefitte, le Georges Pompidou de Macron ? Sans même parler de son Malraux…

Samedi 28 juillet

 Hélène Vissière, correspondante aux États-Unis pour l’hebdomadaire Le Point, évoque la personnalité de Julian et Joaquin Catro, jumeaux latinos, étoiles montantes du parti démocrate. On aurait tort de prendre son portrait-reportage à la légère. En septembre 2015, au tout début de la campagne pour les élections primaires républicaines, alors que les observateurs imaginent au final une joute entre Jef Bush et Hillary Clinton, Hélène Vissière souligne les gesticulations et les messages informatiques du milliardaire Donald Trump comme secouant la compétition. Ses enquêtes l’avaient conduite jusqu’à David Axelrod, ex-stratège d’Obama qui lui confiait : « Les Américains en ont assez du gris et veulent revenir au noir et blanc, et c’est Trump. » On y est.

                                                           *

 Les arbres sont de vivants produits essentiels de la nature. Ils redeviennent espèces à respecter tant on les sait désormais indispensables aux grands équilibres, du climat en particulier. Que les écologistes ne considèrent pas cette attitude comme une part de leur influence. La loi de Moïse précisait déjà : « Quand tu soumettras une ville à un long siège en la combattant, tu ne brandiras pas la hache pour détruire ses arbres. » (Deutéronome, XX, 19) Les arbres sont nos semblables. Des poètes les ont beaucoup chantés ; pourtant, de belles distinctions restent à faire rimer. Ainsi, en été, tandis que les hommes se dénudent, les arbres s’étoffent. Mais en hiver, alors que l’homme s’emmitoufle, l’arbre se déshabille.

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 Il n’est pas facile de dénicher une pensée de Sénèque (-4 av. J-C  -  65) qui n’ait plus sa pertinence aujourd’hui.

Dimanche 29 juillet

 En Irak, il y a un ministre de l’Électricité. Car ce pays, qui regorge de pétrole, manque souvent de courant. Les pénuries sont fréquentes et par 50°, un ventilateur qui s’arrête, c’est une cause de décès qui se dessine. Alors le peuple manifeste. Le ministre de l’Électricité est obligé de démissionner. C’est le troisième au cours de la même législature. Le gouvernement dépensant des milliards de dollars pour obtenir de l’électricité, cela entraîne de la corruption. Le mieux placé se sert d’abord. Le talion devrait ici ressurgir. Priver George W. Bush de courant électrique serait la moindre des sanctions que le fauteur de troubles mériterait.

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 Alexandre Benalla n’est pas une grosse brute, c’est un idéaliste raffiné accomplissant le destin qu’il s’était choisi : seconder, protéger une haute personnalité politique. Le problème est qu’il a tellement usé de zèle dans sa mission qu’il n’en perçut plus les limites. Désormais, il court les plateaux et les rédactions pour justifier ses gestes et se défendre. Il le fait avec brio parce qu’il expose avec convictions. Son gymkhana est pathétique.  C’est un authentique personnage de roman. Il y aura des livres consacrés à cet homme-là. Et conséquemment, l’interrogation glisse doucement vers son patron : soit, Benalla ne connaît pas ses limites ; il ne s’en attribue pas. Et Macron ?

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 Depuis Garde à vue (Claude Miller, 1981), on n’avait plus connu un huis-clos aussi bien construit, poignant et haletant. The Guilty de Gustav Möller est une prouesse de mise en scène pour un scénario taillé au cordeau, une performance pour l’acteur principal et quasiment seul à l’écran, Jacob Cedergren. Quant au nécessaire rebondissement imprévu qui doit survenir à la fin, il laisse au spectateur le goût amer de la question délicate, celle qui hante l’esprit pour longtemps : est-ce le sacrifice qui est sacrilège ou le sacrilège qui est sacrifice ?

Lundi 30 juillet

 Le « Qu’ils viennent me chercher ! » de Macron pourrait bien prendre place dans les paroles célèbres de la Ve République au même titre que le « Casse-toi pauv’ con » de Sarkozy. Ces mots qui font mal, ces maux qui font le reste…

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 Il le tient enfin son Don Quichotte, le tenace Terry Gilliam, et l’on perçoit dans cette immense fresque baroque les longues années de travail parsemées d’échecs et remises sur le métier que le réalisateur a connues. Le film existe, c’est sûrement pour lui un soulagement autant qu’un salut à la persévérance. L’œuvre est grandiose, elle mêle à satiété la fiction et la réalité jusqu’au mélange des genres avec un art de la référence à l’œuvre originale dans les monologues et les scènes abracadabrantesques qui surgissent l’une après l’autre et dont le lien parfois ténu mais toujours bien présent oblige le spectateur à suivre attentivement la trame. Un chef-d’œuvre ? Sans doute. En tout cas, un fabuleux hommage à Cervantès qui doit (ou qui a dû) habiter chez Gilliam depuis le début du siècle. Habiter chez Gilliam, mais surtout habiter Gilliam, bien avant. Car l’auteur est obsédé par son héros et puis possédé par le personnage qui l’inspire au point de le tuer afin de le faire renaître sous d’autres traits jusqu’à bâtir ainsi la morale inévitable : on a tous en nous quelque chose de Don Quichotte.

 « Foutraque » a dit la presse en mai dernier lorsque le film fut projeté en clôture du Festival de Cannes. Dans son livre Les Mots de ma vie (éd. Albin Michel, 2011), Bernard Pivot note que cet adjectif est tombé en désuétude. Il est sorti du Petit Robert tandis que le Petit Larousse le mentionne encore (Adjectif. Familier : fou, extravagant). Pivot, sensible à l’architecture des termes et à leur intonation, avoue un faible pour ce mot et souligne que Charles Dantzig, comme lui, a souhaité le sauver de l’oubli dans son Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (éd. Grasset, 208) en référence à Françoise Sagan qui l’utilisait souvent.

Mardi 31 juillet

 L’ancien vice-président du Congo Jean-Pierre Bemba écopa de dix ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Après quoi le Tribunal pénal international de La Haye l’acquitta. Dix ans… Hormis en Belgique, l’ancien pays colonisateur, la nouvelle ne fit pas grand bruit. Dix ans pourtant… ! Il se pourrait que cette décennie-là finisse par compter dans l’évolution de l’Afrique. Car Bemba espère désormais revenir en martyr, un statut que les peuples adorent, surtout là-bas. Dix ans à méditer son rebond, à élaborer un programme de prise du pouvoir. Une traversée du désert sous les verrous. Dix ans qui ont en effet donné l’occasion au célèbre détenu de conserver intacte sa popularité. On le vérifiera demain, jour de son grand retour à Kinshasa. Bemba veut commencer par fédérer l’opposition avant de se porter candidat à l’élection présidentielle. Mais, au fond, y aura-t-il une élection présidentielle en République démocratique du Congo cette année ?

                                                           *

 Jean-Louis Andral, conservateur du Musée Picasso d’Antibes, vient de publier un magnifique petit ouvrage consacré à l’œuvre de Nicolas de Staël (Nicolas de Staël, ciel, terres, mers, éditions des Falaises). C’est, comme souvent avec cet artiste, une ode à la couleur en tant que produit esthétique d’une observation méticuleuse et pénétrante. Mais ici, l’étude est ramassée. L’auteur ne s’attache qu’aux quatre dernières années du peintre, et à partir d’un moment précis, celui où, lors d’un déjeuner dans son atelier de la rue Gauguet en ce 14e arrondissement de Paris tellement marquant dans l’histoire de l’art, Staël rencontre René Char. Une amitié naquit aussitôt qui produisit des recherches poético-esthétiques fabuleuses. Andral parsème judicieusement ses pages illustrées d’extraits d’une correspondance qui, à eux seuls, commentent les tableaux. Plus besoin d’exégèse. Ce que Staël écrit à Char et, conséquemment, à Jacques Dubourg, son marchand, guide le lecteur ébloui par tant d’éclats méditerranéens que viennent ponctuer les célèbres paysages siciliens d’Agrigente où Staël donna peut-être le meilleur de lui-même. Un été sans une visite chez Nicolas de Staël crée un déficit de ferveur. En marge de cette errance de beauté, une éclipse de lune entre Mars et le soleil devient anecdotique.

 

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L'éclipse de Lune ce 27 juillet: un spectacle magique! Photo Youtube.

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