semaine 15
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Des Pays-Bas à Hollande: ouf!

Le 16 mars 2017

Mercredi 8 mars

 Bertrand Delanoë annonce qu’il soutiendra Macron dès le premier tour car il trouve que le programme de Hamon est « dangereux ». C’est la première grosse pointure socialiste qui s’exprime aussi clairement. Il y en aura d’autres. Á terme, c’est l’éclatement du PS. Bravo les frondeurs ! Et merci Montebourg !

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 Á l’occasion  de la Journée internationale de la Femme, les revendications qui s’expriment en Belgique et en France touchent au nom des rues et autres artères urbaines. Pas assez de noms féminins … Et pourtant, dans toutes les communes, on trouve sûrement des : rue de l’église, rue de la Résistance, rue de la Libération, rue de la Loi, etc. Oui mais il s’agit plutôt de noms propres féminins ! Ah ! Patience, patience… Il faut que le Temps fasse son œuvre. On n’attribue un nom célèbre à une artère que lorsque le personnage est décédé. Victor Hugo, qui habitait dans son avenue, est l’exception. Donc, il n’est pas encore concevable de baptiser des rues du nom de Jacqueline Galant, Christine Boutin, Nadine Morano ou Frigide Barjot… En revanche, Christine de Pisan, Ninon de Lenclos, Joséphine Baker, Marguerite Duras, Barbara, Edmonde Charles-Roux et tant d’autres pourraient effectivement devenir de bons témoins de mémoire.

Jeudi 9 mars

 Il y a aussi de la corruption en Corée du Sud. La présidente de la République a dû démissionner tandis que la célèbre firme Samsung se trouve dans la tourmente. La rue n’est pas en reste, les heurts entre adversaires et partisans de la cheffe de l’État ne se comptent plus. Il y a peut-être aussi de la corruption en Corée du Nord mais on n’en sait rien : la dynastie des Kim-Jong-Machin est spécialiste dans l’utilisation des verrous.

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 Ce qui s’est passé à Bruxelles est pour l’Europe aussi cocasse qu’une histoire belge. Tous les membres de l’Union étaient partisans de reconduire Donald Tusk à la tête du Conseil européen pour un deuxième et dernier mandat. Tous…sauf la Pologne, le pays de Tusk. La Première ministre ultraconservatrice a ferraillé seule pendant de longues heures afin de faire échouer son compatriote. Si Jean-Paul II avait toujours été de ce monde, elle n’aurait sans doute pas hésité à faire appel à lui en une ultime ruade. Un conservateur, ça conserve, mais pas toujours opportunément. Et puis, ça ne craint pas le ridicule. Trop borné pour cela.

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 Long entretien de Christophe Alix dans Libération avec Philippe Waechter, directeur de recherche économique chez Natixis Asset Management, société mondiale d’expertises et de gestion possédant un siège à Paris. Pour ce spécialiste, le bilan de François Hollande « n’est pas si mauvais que ça… » Entre autres analyses, il relève que « la démographie française rend plus difficile la lutte contre le chômage ». On n’évoque pas souvent l’importance de la démographie française, le fait par exemple qu’elle est notamment beaucoup plus élevée que l’allemande. Ce peut être une difficulté mais à terme, c’est un atout considérable.

Vendredi 10 mars

 Le président égyptien Hosni Moubarak avait ordonné que la police tirât sur les manifestants lors des émeutes de février 2011. Il est âgé de 88 ans. On vient de le remettre en liberté. Il n’est pas gracié en raison de son grand âge. Il est innocenté. De toutes façons, le peuple égyptien s’en fiche. Il sait que son printemps est devenu automne et il se prépare à un long hiver.

Samedi 11 mars

 Le torchon brûle entre Erdogan et les Pays-Bas qui avaient interdit l’organisation d’un meeting en sa faveur où son ministre des Affaires étrangères devait prendre la parole. Les insultes fusent de la part du sultan. Tous les pays de l’Union européenne sont confrontés au problème : interdire ou pas ces rassemblements ? L’Allemagne refuse de donner l’autorisation. La Hollande, où des élections toutes proches devraient donner plus d’échos à l’extrême droite, en fait de même. Un meeting aura lieu à Metz demain. Le préfet de la Moselle argumente en avançant la loi républicaine. On ne peut pas lui donner tort, même si là aussi, ceux qui s’activent dans la campagne électorale trouveront du grain à moudre. La vraie faille, c’est qu’une politique commune et solidaire n’a pas été conclue entre les membres de l’UE.

Dimanche 12 mars

 Benoît Hamon fait campagne aux Antilles, terres traditionnellement situées à  gauche. Le peuple ne le connaît pas. Son nom ne lui dit rien. En Guadeloupe comme en Martinique, les salles sont à moitié vides. Alors Hamon change de tactique : il défend la politique du quinquennat de François Hollande. Il se fait applaudir. Dans le rôle de l’arroseur arrosé, c’est lui qui ouvre le robinet.

Lundi 13 mars

 Á côté de la Brasserie Lipp, aux numéros 147 et 149 du boulevard Saint-Germain, il y avait autre fois le Drugstore Publicis, boutiques et cinémas créées par Marcel Bleustein-Blanchet, le père d’Élisabeth Badinter. On venait y acheter tout et n’importe quoi, des babioles de circonstances, et visionner des films politiques et littéraires qui n’étaient projetés nulle part ailleurs. Malgré un impressionnant comité de quartier présidé par Juliette Gréco, la vague des boutiques de luxe déferla sur le carrefour mythique. Armani s’installa sur le coin de la rue de Rennes et du célèbre boulevard. Le 14 septembre 1974, un terroriste avait lancé une grenade dans le drugstore, causant la mort de deux personnes, en blessant une trentaine d’autres. De son vrai nom Illich Ramirez Sanchez, il se faisait appeler Carlos et il avait déjà, à seulement 25 ans, semé la terreur sur plusieurs aéroports du monde. Deux fois condamnés à perpétuité, Carlos comparaît aujourd’hui, 43 ans plus tard, pour l’attentat du drugstore. C’est évidemment absurde. Celles et ceux qui vont le juger sont ou bien retraités, ou bien décédés. Il en va de même pour les témoignages qui seront donc, au mieux, de seconde main. Le seul intérêt du procès résidera dans la défense du terroriste. Celle-ci sera idéologique, sur des bases qui n’avaient aucun rapport avec la religion, contrairement aux temps présents. Il est bon de retourner un peu au passé récent pour méditer les soubresauts du présent. Cela se passait sous Giscard. Sous Mitterrand et sous Chirac, le prénom Carlos évoquait surtout un gros chanteur rigolo, fils de Françoise Dolto, aux chemises tropicales. Il mourut à 64 ans, en 2008. Lui aussi commence à être oublié…

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 Jusqu’à ce jour, les documentaires de Jean-Michel Djian étaient consacrés à des personnalités disparues (Defferre, de Gaulle, Mitterrand, Rimbaud…) et duraient un peu moins d’une heure. Le film qu’il présente ce soir sur FR3 est autre. Il dure 1 h 30 et il est consacré à François Hollande. Qui plus est, il avait été conçu et déjà tourné en partie avant le 1er décembre, date du renoncement du président à se représenter. C’est une superbe réalisation qui démontre la solitude du pouvoir propre à la Ve République, la solitude du pouvoir bien connue au sein du palais présidentiel (la prison dorée...), mais surtout la solitude de cet homme si chaleureux et qui nous rend pourtant si tristes. Manque juste un mot qui n’a pas une seule fois été prononcé durant l’intégralité de la projection : honnêteté. François Hollande est un homme honnête et par les temps que la France vit, c’est encore plus important de le souligner.

Mardi 14 mars

 François Fillon est triplement mis en examen. En sortant de chez le juge, il part discourir devant les chasseurs (des électeurs très conservateurs qui lui sont acquis coûte que coûte) et il se livre à quelques jeux de mots allusifs au départ du vocabulaire propre à son auditoire, en lien direct avec ce qu’il vient de subir. Cet humour grinçant ne le grandit pas et à 40 jours du premier tour, rabaisse encore l’image de la République dont les revues de presse internationales soulignent le caractère catastrophique.

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 Entendu au bistrot à vins Le Griffonnier (8, rue des Saussaies, Paris 8e) : les Parisiens possèdent moins de chiens. Un fonctionnaire de la mairie de Paris vient de le sous-entendre de manière étonnante dans une note sur la question. Il imagine qu’en 2014 et 2015, « les chiens pissaient moins qu’auparavant ». Il paraît que le rédacteur est un taiseux, tout à fait sérieux, le style rond-de-cuir, pas plaisantin pour un sou.

Mercredi 15 mars

 Ce que l’on sait déjà des élections législatives aux Pays-Bas : le parti libéral du jeune Premier ministre Rutte perd quelques sièges mais demeure la principale formation au parlement ; l’extrême droite ne réussit pas la percée attendue et espérée ; les sociaux-démocrates s’effondrent. Conclusion : les meubles ont une fois de plus été sauvés mais toujours de plus en plus difficilement. L’Europe prononce un ouf mais jusques à quand ? Tout cela continue à nourrir les craintes qui alimentent des inquiétudes. Au tour de la France de sentir le vent du boulet.

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 Il faut assister à une remise de décorations de François Hollande pour apprécier (admirer ?) un homme apaisé, détendu, intelligent (soulagé ?), très adroit dans l’art de complimenter successivement des personnalités de philosophie et de tendances politiques différentes, ayant excellé dans des domaines parfois très éloignés les uns des autres. Chaque commentaire lui offre toujours un élément qui l’autorise à quelque allusion subtile à propos des temps présents. Et quand on quitte le Palais de l’Élysée heureux d’avoir assisté à une heure d’éloquence et de longues minutes de dialogue singulier autant que plaisant, on se dit que dans la clique de tous ceux et celles qui ambitionnent de lui succéder, aucun n’est capable de réaliser aussi bien pareil exercice. C’est encore ici que l’on perçoit une inspiration mitterrandienne.

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