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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

« Enfin, les difficultés commencent pour nous ! »

Le 09 mai 2017

Lundi 1er mai

 Fête du Travail ou Fête des Travailleurs ? La confusion règne jusque chez celles et ceux qui, sur antennes, se voient chargés d’expliquer l’origine de cette journée. De toute façon, cette nuance ne concerne déjà plus qu’une infime partie d’initiés. Pour la plupart des citoyens, le jour est férié, c’est l’essentiel, peu importent les raisons pour lesquelles il en est ainsi. Et si la bonne fortune veut qu’il augmente le ouiquenne, on criera aussi bien « Vive le Travail ! » que « Vive les Travailleurs ! » pour saluer l’aubaine.

                                                           *

 « La tendresse inspirée par la mort fait aimer les vivants qui l’éprouvent. » (André Malraux. La Tête d’obsidienne, 1974). Qu’est-ce à dire ? Un jour, un historien de la Littérature relèvera le lyrisme ampoulé d’André Malraux comme étant du plus haut comique.

Mardi 2 mai

 Les Chinois sont devenus l’actionnaire principal de la Deutsche Bank, fleuron de la plus puissante économie européenne. Il conviendrait peut-être parfois de prendre l’Allemagne en exemple.

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 Lady Macbeth (The young lady), film de William Oldroyd. Une jeune fille donnée contre un lopin de terre. Un mariage arrangé d’autant plus dénué d’amour que le mâle, plus âgé, est impuissant. C’est un sujet rabâché. Mais ici, la jeune fille se révolte en une violence qui croît de jour en jour au point de n’être plus que seule avec elle-même. Revancharde, amoureuse, meurtrière, monstrueuse, cette jeune révoltée se métamorphose continûment ;  et chaque fois, la gradation de ceci semble expliquer le geste en cela si bien que l’on est tenté de comprendre son épouvantable évolution. Et comprendre, c’est déjà un peu pardonner…  Le film a brillé dans de nombreux festivals de second plan (Toronto, San Sebastian, Annonay…) Il faudra retenir le nom de cette formidable interprète : Florence Pugh.

Mercredi 3 mai

 Le traditionnel face à face entre les deux finalistes de l’élection présidentielle a tourné au pugilat. Marine Le Pen a rendu le débat lamentable, minable. Cette femme n’était pas digne de gouverner la France. Elle n’était même pas digne de figurer au second tour. Trop de millions d’électeurs lui ont ouvert la route. Ils ont sali la République. Pendant trois ans, elle s’était efforcée de dédiaboliser son parti. Comme les sondages la donnaient perdante, elle devait jouer son va-tout. Elle redevint donc diabolique, bêtement diabolique. Son seul objectif était de déstabiliser Emmanuel Macron à n’importe quel prix. Celui-ci ne désempara point. Les jeux sont faits, du moins pour le verdict de cette élection-ci. Quant au futur fonctionnement de l’État, tout commence.

Jeudi 4 mai

 Depuis tant de semaines que la campagne présidentielle bat son plein, tous les organes de presse publient des tribunes libres avec plus ou moins d’intérêt. Celle que fait paraître Sigmar Gabriel dans Le Monde est à conserver pour mémoire. Le ministre social-démocrate allemand chargé des Affaires étrangères donne un éclairage inhabituel qui pourrait bien conduire le couple franco-allemand a une nouvelle conception de partenariat.

 « Macron est un patriote éclairé dont les idées sont à même de faire progresser le pays vers une force nouvelle. Il représente la reconstitution de la France en tant que phare capable de nous guider en ces temps tourmentés et parfois confus. […] Emmanuel Macron a raison : l’Allemagne doit en finir avec l’orthodoxie financière qui, en ces temps de taux d’intérêt négatifs, contribue plutôt à favoriser le retard des investissements qu’à moderniser notre pays. Une telle politique est néfaste non seulement pour l’Europe, mais aussi pour les Allemands qui devront payer cher lorsque les taux d’intérêt augmenteront à nouveau et que le retard des investissements se sera davantage creusé. »

 Et le mea culpa se poursuit par une sorte de confession étrange :

 « Nous autres, Allemands, devons enfin cesser de raconter des histoires mensongères sur l’Europe. En Allemagne, le monde politique, les médias et, en partie, le monde de l’entreprise ne cessent de clamer que notre pays est ‘la bête de somme’ de l’Union européenne. En vérité, l’Allemagne n’est pas un ‘contributeur net’, mais bien un ‘bénéficiaire net’. Car 60% de nos exportations vont dans l’Union européenne. Ce n’est donc que si toute l’Europe se porte bien que les Allemands vont bien également. Si les autres Européens vont mal, l’Allemagne elle aussi souffrira, à terme, de chômage. »

 Voilà un témoignage qu’Emmanuel Macron devra prendre en compte. Il sera un président élu, en grande partie, par défaut. Á lui de devenir apprécié pour, plus tard, être aimé. Sigmar Gabriel vient de lui tendre un fameux marchepied.

                                                           *

 Des élections ont aussi eu lieu en Algérie. Un chiffre les illustre : celui de l’abstention. Lors des législatives de 2012, il était déjà spectaculairement bas (43%). Il est désormais de 38,5%, malgré l’insistance des autorités ainsi que de la nomenklatura. Quant aux résultats, ils n’inspirent aucun commentaire, la situation demeurant bien amidonnée. Juste un point à souligner : les islamistes ne progressent pas. Du moins par les urnes…

Vendredi 5 mai

 Tour d’horizon rapide des six pays fondateurs de l’Union européenne.

 En Belgique, le Premier ministre libéral Charles Michel est âgé de 41 ans. Aux Pays-Bas, le Premier ministre libéral Mark Rutte est âgé de 50 ans. Au Grand-Duché, le Premier ministre libéral Xavier Bettens est âgé de 44 ans. La France se prépare à élire Emmanuel Macron, un social-libéral de 39 ans et l’Italie devrait en rappeler un également, Matteo Renzi, âgé de 42 ans. Quant à l’Allemagne, elle est dirigée par Angela Merkel, une démocrate-chrétienne de 63 ans. Pas encore leur mémé mais déjà leur maman.

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 Le prince Philip Mountbatten, duc d’Edimbourg, mari de la reine Elisabeth, annonce qu’il prend sa retraite. Il est âgé de 95 ans. Le statut de l’ouvrier est quand même plus enviable que celui d’époux de monarque !

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 Raffarin : « Voter Macron et ensuite faire contrepied. » Tout est là, en effet. Dans les deux grands partis balayés en cette présidentielle, aussi bien au PS que chez Les Républicains, il y aura des scissions, c’est sûr ; mais leur ampleur sera déterminante dans la nécessaire recomposition politique résultant des élections législatives.

Samedi 6 mai

 Cessez-le-feu, un film trop décousu construit autour de Romain Duris, assez bon dans le rôle, afin de démontrer que pour ceux qui l’ont faite et qui lui ont survécu, la guerre de ‘14 ne s’est évidemment pas achevée le 11 novembre 1918.

Dimanche 7 mai

 Lors du formidable congrès du PS très  prometteur qui se tenait en juin 1977 à Nantes, Michel Rocard – qui connaissait bien l’histoire de sa famille politique – entama son discours par une citation que bien peu de congressistes auraient pu évoquer. Il s’agissait d’une réflexion du député socialiste Alexandre Bracke-Desrousseaux prononcée le 10 mai 1936, après la victoire du Front populaire, devant le Conseil national de son parti : « Enfin, les difficultés commencent pour nous ! » Depuis lors, cette phrase revient régulièrement dans les discours. Elle n’aura jamais été autant pertinente que ce soir. Pour Emmanuel Macron, qui remporte l’élection présidentielle avec 65,8 % des voix, pour la droite, déjà en ordre de marche avec Baroin et Woerth, bien décidés à remporter les élections législatives des 11 et 18 juin et à forcer la cohabitation, et pour la gauche (le PS en particulier), dont un nombre certain de représentants se préparent à rallier En Marche, le mouvement du nouveau président.

 (Lillois, fils de l’auteur de la chanson P’tit Quinquin, Desrousseaux laissa son nom à quelques établissements et artères du Nord, comme par exemple l’école primaire de Hénin-Beaumont, fief de Marine Le Pen…)

Image: 

Emmanuel Macron avec le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel. Photo © AFP/Tobias SCHWARZ

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