semaine 48
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Et pourquoi pas une journée internationale de la laïcité?

Le 10 décembre 2016

Jeudi 1er décembre

 On ne parle déjà plus que de dimanche prochain dans les couloirs des bureaux européens à Bruxelles. Après que l’élection présidentielle de mai a été invalidée en juillet, l’extrême droite pourrait s’emparer du pouvoir en Autriche. Ce serait tout à fait inédit depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Et si Matteo Renzi perdait son référendum constitutionnel, ce sont les populistes de Beppe Grillo qui dirigeraient l’Italie. Faut-il préciser que dans un cas comme dans l’autre les vainqueurs seraient des anti-européens ? Au lieu de se lamenter par avance et de prier toutes les madones(on sait depuis longtemps que la méthode n’est pas efficace…), la Commission européenne ferait mieux de nourrir un idéal européen, de donner un nouveau souffle, un nouvel élan à cette formidable institution. Mais il y a fort à parier que Jean-Claude Juncker n’est pas capable de lancer pareils défis.

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 François Hollande renonce. Á l’ouverture des journaux télévisés de 20 heures, alors que l’on s’attendait à ce qu’il annonce sa candidature, en une voix blanche et quelque peu hésitante, il déclare qu’il ne concourra pas à la prochaine élection présidentielle. Ce soir, et surtout demain matin, toutes les réactions, de quelque côté qu’elles viennent, contiendront des mots comme élégance, lucidité, courage… Dans quelques mois, les gens de gauche commenceront à dire timidement qu’ils regrettent François ; et un peu après, des livres paraîtront, des émissions naîtront dans le paysage audiovisuel pour démontrer que ce quinquennat n’était pas si mauvais. Entretemps, le peuple de France aura choisi le successeur ; et il est fort peu probable que Manuel Valls, malgré son dynamisme sa volonté, sa force de conviction, parvienne à l’emporter. Comme en 2002, il est même possible que la gauche doive choisir entre la droite dure (Fillon) et la droite encore plus dure (Le Pen). Mais on peut toujours rêver. L’époque semble figée tandis que l’actualité ne cesse de transformer les incertitudes en surprises.

Vendredi 2 décembre

 Faites ce que je dis ; ne faites pas ce que je fais. Parmi tous ceux qui s’offusquent en apprenant que les vedettes du football planquent leur fortune dans des paradis fiscaux, combien y en a-t-il qui en font de même ? Christiano Ronaldo ? Le meilleur joueur du monde, est de ceux-là ? Et son club, le Real de Madrid ? Est-il un exemple de civisme ? La parole est au ministre des Finances de l’Espagne, bien muet jusqu’à présent face à toutes ces affaires.

Samedi 3 décembre

 Ce qui doit le plus tourmenter Hollande à la suite de son inévitable décision, ce n’est pas le renoncement proprement dit, en tant que tel, c’est le fait de ne pas pouvoir concourir, croiser le fer. Á la compétition, il était prêt. Il doit souffrir d’une joute manquée. Pendant les cinq mois qui le séparent de l’issue, il ne se privera donc pas de s’exprimer. Ses amis lui conseillent de ne pas se mêler de la primaire de la gauche. Il suivra sans doute leur suggestion. En revanche, se posant d’autant plus aisément dans le rôle de rassembleur qu’il n’est pas candidat et que la fonction l’y invite, il luttera contre l’extrême droite et ne cessera de mettre en cause le projet de François Fillon. Ce matin, en inaugurant le musée du Louvre d’Abou Dhabi, il a déjà lancé une belle petite pique au candidat de la droite en contestant l’idée de supprimer 500.000 postes.

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 « Chez ces gens-là, on compte !... » chantait Jacques Brel. « Ces gens-là », pour l’heure, ce sont les Étatsuniens du Michigan qui, après ceux du Wisconsin, n’auraient peut-être pas été aussi généreux de leurs suffrages envers Donald Trump. Á ce stade, Clinton aurait rassemblé au total plus de 2,3 millions de voix que l’élu. Le milliardaire aurait-il usé de son immense fortune pour trafiquer le scrutin, acheter certains responsables de dépouillements ? En Amérique, tout est possible, c’est bien connu.

Dimanche 4 décembre

 Un premier ouf de soulagement européen est ressenti en fin d’après-midi : le professeur d’économie de tendance écologiste, Alexandre Van der Bellen, remporte cette fois brillamment l’élection présidentielle avec plus de 46 % des voix devant Norbert Hofer, le candidat de l’extrême droite, qui a reconnu immédiatement sa défaite. Une réflexion pour l’avenir : le premier a 72 ans, le second pas encore 50…

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 Ah ! Ces commentateurs de la vie politique ! Ceux qui savent tout, qui nous décryptent tout, qui nous analysent tout à travers le prisme de leur compétence, avant que le peuple souverain ou les événements ne les contredisent et viennent annihiler leurs beaux propos !  Ils étaient tous là ou presque, ce midi, sur la 5, pour discuter du Quinquennat de Hollande (c’est ce qu’on lisait au bas de l’image). Mais non madame, messieurs, nous ne sommes pas à la fin du quinquennat, il reste plus de 150 jours au président pour gouverner, infléchir une politique, jeter les bases d’un chemin… Vous pouvez encore entrer en hibernation pendant un semestre. Et voulez-vous que je vous dise ? Le peuple ne s’en portera pas plus mal.

Lundi 5 décembre

 Il y eut les printemps arabes ; voici à présent les automnes occidentaux. C’est au tour de Matteo Renzi de subir une cruelle défaite. Le référendum qu’il proposa dans le but de simplifier le système législatif afin  de rendre les institutions plus efficaces est rejeté par une grande majorité d’Italiens. Un référendum sur les institutions est toujours une gageure. De Gaulle lui-même en avait fait les frais en avril 1969. Le citoyen utilise son bulletin de vote pour dire sa confiance ou sa méfiance à l’égard de celui qui a élaboré la question mais pas du tout pour la question elle-même. Renzi présente sa démission. Le président lui demande de la reporter. Sa carrière politique n’est de toutes façons que temporairement interrompue (il aura seulement 43 ans le 11 janvier prochain). Bizarrement, les bourses cotent en hausse alors que l’on s’attendait à une chute due à l’inquiétude. N’empêche. L’Italie entre une nouvelle fois dans une mauvaise période d’instabilité politique. L’Italie, membre de l’Union européenne. Plus précisément : l’Italie, membre fondateur de l’Union européenne. Voilà une donnée que l’on ne doit pas élucider à Bruxelles : une Europe à plusieurs vitesses, dont le noyau dur serait constitué des six pays fondateurs, n’est pas une solution intangible pour la relance du processus. Le noyau dur pourrait aussi parfois montrer  des signes de mollesse.

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 Dans quelques jours, deux films du réalisateur chilien Pablo Larrain seront à l’affiche dans la plupart des salles. Si celui qui est consacré à Jackie Kennedy est construit de la même manière que celui réalisé autour de la personnalité de Pablo Neruda, on pourra considérer que le cinéaste a inventé une nouvelle forme de narration cinématographique. D’une part, plutôt que de s’étendre sur l’intégralité de la biographie (les fameux biopics - biography original pictures -, il choisit d’approfondir une courte partie de la vie du personnage. Avec Neruda, c’est la Guerre froide de 1948 et sa position intenable de sénateur communiste. S’agissant de Jackie Kennedy, ce devrait être la période qui suit l’assassinat de Dallas le 22 novembre 1963. D’autre part, indépendamment des paroles des protagonistes, Larrain inclut un commentaire qui serait la voix de leur conscience. Pas tout à fait novateur dira-t-on. Certes. Mais ici, cette autre voix audible est un guide permanent qui nourrit la perception de la trame. Larrain dépeint aussi aux degrés de l’idéalisme. Ce qui domine, dans son Neruda, ce n’est pas une quelconque manière de réhabiliter le communisme, de montrer aux jeunes générations qu’il n’y avait pas dans cette idéologie que de l’horreur, c’est la puissance de la poésie. La poésie qui sauvera le monde.

Mardi 6 décembre

 Valls candidat quitte donc Matignon. Hollande le remplace par Bernard Cazeneuve. L’ex-ministre de l’Intérieur aura connu un quinquennat de promotions successives auxquelles on ne s’attendait pas lorsque, député-maire de Cherbourg, il fut nommé ministre-délégué aux Affaires européennes le 16 mai 2012 pour, disait-on, faire plaisir à Laurent Fabius, son mentor. Il fut amené à remplacer Cahuzac au budget et ensuite Valls place Beauvau. De plus en plus hautaine grâce à la belle désignation de François Fillon, la droite ne manque pas d’ironiser sur Cazeneuve, Triste comportement : il fallait désigner un Premier ministre puisque le poste était vacant, et l’homme était tout indiqué, c’est simple. « Un gouvernement qui ne sert plus à rien ? » Peut-être… 

Mercredi 7 décembre

 Des instituts de sondage se plaisent à démontrer que la cote de popularité de François Hollande remonte en flèche. De Gaulle. Comment décrivait-il encore les Français ?  « Des veaux ! » Ah oui, des veaux, c’est cela…

Jeudi 8 décembre

 Quand on a l’ambition d’exercer un mandat politique, on se doit d’être un citoyen exemplaire. Quand on exerce de hautes fonctions politiques, on se doit d’être hautement exemplaire. Jérôme Cahuzac fraudait le fisc pendant qu’il était ministre du Budget. Il mentait, niant l’évidence en utilisant des formules définitives et hautaines, tantôt devant le président de la République, tantôt devant l’ensemble de l’Assemblée. La faute est colossalement monstrueuse. Elle nécessite une peine tout aussi exemplaire. Cahuzac vient d’écoper de trois ans de prison ferme. On ne le plaindra pas.

Vendredi 9 décembre

 Journée de la Laïcité. Depuis 2011, cette date, où fut votée, en 1905, la séparation des Églises et de l’État, a été choisie par le Sénat français pour lui décerner l’appellation Journée nationale de la Laïcité. Celle-ci n’avait un impact que dans les écoles officielles de la République. Depuis les attentats de janvier 2015 et les autres, ceux du 13 novembre en particulier, cette date prend un caractère événementiel beaucoup plus pertinent. On pourrait lui déférer une parfaite ambition : qu’elle devienne Journée internationale… plutôt que nationale. Une sorte de Ier mai-bis, c’est-à-dire un jour férié autre que ceux qui appartiennent à l’histoire de la chrétienté.

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 Deux sondages viennent de confirmer une opinion qui se retourne : « Approuvez-vous l’action du président de la République ? » 29 % de « oui ». « Considérez-vous que le bilan du quinquennat est positif ? » 32 % de « oui ». Les Français s’en veulent encore d’avoir décapité Louis XVI ; ils s’en veulent déjà d’avoir viré François Hollande… On peut commencer à élaborer des projets : une statue, des noms de rues (à Tulle, plutôt une avenue…), l’appellation d’une école, etc.

                                             

 

Commentaires

Portrait de Reggie
je plussoie Benoît pour les deux remarques. J’ai bien fait de mettre un fil RSS dans mon naaurvteig, j’ai des surprises en cours de journée qui me font bien sourire, excellent Martin, merci.

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