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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Et voilà le «néo-communisme» belge!

Le 01 septembre 2017

Mercredi 23 août

Á chaque jour sa trumperie. Voilà le grand Donald qui s’attaque désormais à la zone Afghanistan – Pakistan – Inde. Ça ne plaît pas beaucoup à la Chine qui contrôle là-bas un fragile équilibre depuis des décennies. Elle a  immédiatement réagi. Et toujours, de la part du G.I., le même comportement flou : « Va falloir que ça change ! » clame-t-il haut et fort. Une fois encore, on a envie de lui demander : « Mais encore ? » Impossible. Son exclamation à peine lancée, il a filé à Phoenix se ressourcer en meeting devant ses partisans et vérifier qu’ils sont toujours aussi fanatisés. « C’est de la faute des autres, les politiciens de Washington et les vedettes d’Hollywood », est le constat qui s’entend dans les travées autant qu’à la sortie du rassemblement. Il y a bien deux Amériques. L’une qui toise et l’autre qui fait froid dans le dos. Le pire, c’est qu’à la Maison-Blanche, on y trouve la synthèse des deux.

Jeudi 24 août

François Hollande s’est permis d’émettre une appréciation quant au début du quinquennat de Macron, prouvant, comme il l’a d’ailleurs confirmé, qu’il n’a pas l’intention d’abandonner la politique. François Bayrou vient à son tour de s’exprimer en quelques critiques et autres doutes… Ces deux interventions reposent sur un constat commun : beaucoup de com’, pas assez de concret. Et voilà qu’à son tour, Alain Juppé envoie sa petite musique. Tout en sérénité, il s’inscrit lui aussi dans le reproche identique : « Je ne sais pas ce que c’est que le macronisme. Dire qu’on veut faire de la politique autrement, ça me fait bien rigoler. Ça fait quarante ans que je l’entends dire. Les vrais problèmes sont ailleurs : quelle éducation, quelle politique européenne, quelle politique de contrôle aux frontières européennes, quelle politique énergétique vraiment efficace ? Voilà les priorités. Le reste, c’est de la mousse [… ] Si j’avais dit ‘je suis Jupiter’, j’en aurais pris plein la gueule ». Le président de la République peut s’attendre à quelques tirs croisés bien élaborés, sans doute sans concertation préalable. Bah ! Ce sont les risques du métier… Mais c’est un peu tôt.

Vendredi 25 août

Les fous d’Allah ont frappé à Barcelone et toute l’Espagne s’est solidarisée dans l’épreuve, chagrin et hommages partagés. Le Premier ministre Rajoy et le roi Felipe se sont associés à toutes les cérémonies après avoir été actifs dans la gestion du drame et ses conséquences. La Région de Catalogne avait prévu la tenue d’un référendum sur l’indépendance par rapport à l’État central. Elle vient déjà d’avertir que les attentats et leurs suites ne changeraient en rien l’organisation du scrutin prévue le 1er octobre. On ne voit pas pourquoi il devrait en être autrement. Il est fort probable que les meurtriers ignoraient même la perspective d’un changement institutionnel chez les Catalans. Mais le fait de prévenir : « Attention ! Ne croyez pas que nous allons renoncer à notre référendum d’autodétermination sous prétexte que le peuple nous découvre ensemble pour protester contre les agressions bêtes et aveugles », ça laisse un goût amer, une sorte de résonnance dérangeante, comme le son de poubelles que l’on ramasse. Il faut oser souligner qu’il existe dans des revendications régionalistes des graines d’extrémisme identiques à celles qui nourrissent le nationalisme, et que ces graines sont parfois encore plus nocives parce que plus réductrices, souvent plus mesquines. La carte n’est pas le territoire dit-on. Que l’on ne joue pas non plus le destin du territoire à la carte.

                                                           *

Tous ces bons chiffres qui commencent à émailler l’économie française et qu’il est si laborieux, pour les observateurs, comme pour les nouveaux venu à la direction du pays, d’admettre qu’ils sont la conséquence des années d’efforts réalisés sous le quinquennat de François Hollande…

Samedi 26 août

Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, annonce qu’en 2018, les douanes étatsuniennes viendront installer un point de contrôle à l’aéroport de Bruxelles-National (Zaventem) ce qui évitera aux personnes se rendant aux Etats-Unis de patienter dans «des files interminables» en arrivant Outre-Atlantique. On imagine comment les autorités américaines réagiront sur le territoire belge chaque fois qu’une situation suspecte se fera jour au contrôle. Il semble difficile de se vassaliser de manière plus officielle devant la grande puissance.

Dimanche 27 août

 Bernés. De nombreux électeurs de Trump se disent bernés.De nombreux Britanniques ayant voté pour le Brexit se disent bernés.
 De plus en plus d’électeurs de Macron se disent bernés. La cote de popularité du  président a perdu 24 points depuis le début de l’été. Il n’en faut pas davantage pour susciter des commentaires inquiétants. Le seul chiffre à considérer pour l’heure, c’est 5%. Macron n’a encore accompli que 5% de son quinquennat. Commenter l’actualité, ce n’est pas écrire l’Histoire.

                                                           *

Anne Sinclair tiendra une chronique en forme de bloc-notes dans le Journal du Dimanche à partir de la semaine prochaine. Le 1er mars dernier, son livre Chronique d’une femme blessée (éd. Grasset) dressait des portraits pessimistes de l’évolution de notre monde. Les sujets ne manquaient pas à ses démonstrations ou à ses états d’âme. Elle pourrait sans doute continuer sur le même ton mais on espère qu’elle relatera aussi des événements chargés de suites positives… Quant au style, sera-t-il proche de son illustre exemple Françoise Giroud ? Rappellera-t-il celui de François Mauriac ? Les comparaisons ne manqueront pas. Á tort : Anne Sinclair sera elle-même, comme toute sa vie l’a démontré.

Lundi 28 août

En visite à Jérusalem, Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, évoque son rêve, celui de voir un jour coexister deux États, un Israélien et un Palestinien. Il ne fait que réitérer un souhait exprimé maintes et maintes fois par de grandes puissances et en particulier par l’Institution qu’il dirige. Le Premier ministre Netanyahou, dans sa réponse, regrette « l’obsession absurde des Nations-Unies »… Voilà où l’on en est : le projet auquel le monde entier aspire est une « obsession absurde ». Cette suffisance passera dans les faits divers des pages internationales et Antonio Guterres, orateur courageux, mangera son chapeau comme bien d’autres avant lui.

Mardi 29 août

Emmanuel Macron estime que la France est « irréformable » ? Vraiment ? En connaît-il l’histoire ? Aucun pays démocratique n’a épuisé autant de constitutions ; d’année en année, des réformes sont élaborées ainsi que votées pour entrer en vigueur. Lorsqu’elles émanent d’un gouvernement de droite (l’élection du président au suffrage universel), elles sont combattues par la gauche ; et lorsqu’elles émanent d’un gouvernement de gauche (la réduction du temps de travail, le mariage pour tous), elles sont combattues par la droite. Mais dans tous les cas, elles entrent dans les règles de vie des Français. Le président Macron serait-il occupé à nous éclairer sur une certaine forme d’aveu d’impuissance ?

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En 2014, Pierre Assouline avait publié un ouvrage intéressant sur les derniers mois des principaux chefs de la collaboration française (dont Pétain et Laval) repliés au château de Sigmaringen, dans le sud de l’Allemagne (aujourd’hui le land de Bade-Wurtemberg) (Sigmaringen, éd. Gallimard).  Si ce triste épisode de huit mois à partir de septembre 1944 avait fait l’objet de chapitres dans plusieurs ouvrages consacrés à la Seconde Guerre mondiale, aucune étude n’avait encore été aussi détaillée que celle-là. Il avait donc fallu attendre 70 ans pour que l’on apprenne les aléas de ce triste épisode auto-humiliant… L’audiovisuel était aussi en reste. ARTE vient de combler le vide grâce à un excellent film de Serge Moati. Une information utile, nécessaire et bien construite. Un regret cependant : pas un seul mot sur Louis-Ferdinand Céline, pourtant réfugié parmi la clique des ultimes partisans français d’une victoire allemande.

Mercredi 30 août

La Belgique est quand même un pays où le loufoque n’a d’égal que le sérieux avec lequel on le cultive. Dans quelques semaines, les historiens vont se pencher sur le centième anniversaire de la Révolution d’Octobre, un événement extraordinaire qui a nourri les plus fabuleuses espérances et engendré les déviances les plus atroces. Une époustouflante tempête qui s’éteignit sept décennies plus tard mais dont les antécédents et les enseignements, voire les leçons et les influences, n’ont pas fini d’alimenter les méditations sur la marche de l’humanité comme sur ce XXe siècle infernal que Victor Hugo imaginait d’or et qui fut surtout de feu. C’est le moment qu’au pays de Tintin, une nouvelle insulte apparaît dans le microcosme politique : « communiste » ! On avait déjà eu « marxiste », très suranné, « espèce de pauvre ! », une diatribe qui faisait mauvais genre dans la bonne société. Elle fut remplacée par « prol », sans doute l’abrégé de « prolétaire », plus acceptable. Et maintenant, voici « communiste ! », exclamation provoquée par la publication d’un livre d’Elio Di Rupo, président du Parti socialiste (Nouvelles conquêtes, éd. Luc Pire). L’auteur propose-t-il l’appropriation des moyens de production par la classe ouvrière ? Non. Envisage-t-il de transformer l’agriculture belge en kolkhozes ? Pas le moins de monde. Pense-t-il à expatrier la famille royale ? Encore moins. Des camps de travail alors, une police secrète, du rationnement, la confiscation des biens de riches… ? Non, non et non. Il imagine de nouvelles avancées sociales, des réformes qui s’inscriraient dans l’optique d’égalité chère aux socialistes. Le plus piquant et cocasse de l’affaire, c’est que le qualificatif « communiste » est lancé par Benoît Lutgen, le président du parti démocrate-chrétien qui abandonna cette appellation en kidnappant le terme « humaniste », devenu inutilisable dans le royaume par le risque de confusion. Ne plus oser affirmer sa propre identité tandis que l’on trafique celle des autres, ce n’est pas très chrétien tout ça. Quant au Premier ministre libéral, Charles Michel, il ne peut que s’amuser de ces bisbilles sémantiques dont pour l’heure il engrange les dividendes. Il n’a cependant pas osé employer le mot qui blesse. Dans un récent entretien, il qualifie Di Rupo de « néo-communiste », comme pour alléger la charge. Il sait pourtant que « néo-libéralisme » n’assouplit point  l’idéologie dont il se réclame.

Jeudi 31 août

Le Texas connaît des inondations catastrophiques à la suite du passage de l’ouragan Harvey. Donald Trump a promis de donner 1 million de dollars aux déshérités à partir de son compte personnel. Nous voici dans la négation même de la politique. Le peuple – et les victimes en particulier – ne pourront  que saluer la générosité du président, mais ce n’est pourtant pas dans ce rôle qu’on l’attend, générosité mal ordonnée, confusion des actes, dépréciation de l’État que l’on dirige et que l’on représente, déviance d’attitude, degré zéro de la politique.

                                                           *

On connaît la réflexion de Charles de Gaulle en guise de portrait de son ami Malraux : « Brumeux avec quelques éclaircies ». Dans les années ’20, Drieu La Rochelle disait déjà : « des éclairs et de la fumée ». Il n’y a pas de doute : cet homme-là devait achever sa mort au Panthéon.

 

Image: 

Traité de communiste et de néo-communiste, le socialiste Elio Di Rupo se dit, lui, « écosocialiste ». Photo © RTL

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