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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Faits significatifs et révélateurs

Le 01 octobre 2017

Dimanche 10 septembre

 Dans ses éditoriaux du Point, Franz-Olivier Giesbert cite souvent des auteurs afin d’appuyer ses réflexions. Cette semaine, il ironisa autour des folies de Kim-Jong-un, l’occasion d’évoquer Einstein : « Le monde sera détruit non par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent faire. » Et puis, comme souvent, il fait aussi référence à Winston Churchill : « La principale leçon de l’Histoire est que l’espèce humaine est incapable d’apprendre. » Brrr ! Comme tout cela paraît juste et vrai !

Lundi 11 septembre

 Un président de la République se doit de rassembler, de ne donner l’impression d’exclure personne en s’adressant à l’intégralité de son peuple. Non seulement Macron ne donne pas l’impression de suivre cette élémentaire conduite, mais il aime à faire comprendre qu’il s’en fiche, fort de sa popularité. Il s’en prend ainsi de temps en temps à certaines corporations dont les journalistes « qui sont à  la déontologie ce que Mère Teresa était aux stups », une caricature inutile. Et puis, il brocarde des couches de la population en se mettant à dos des citoyens qui, soudain, se sentent exister, même par la voie négative, ce qui rejaillit sur les autres. Á propos du code du travail, le président déclare : « Je ne céderai pas aux fainéants et aux cyniques » et tout le monde se sent un peu concerné.

Mardi 12 septembre

 Le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte une nouvelle volée de sanctions économiques contre la Corée du Nord. La Chine et la Russie, très réticentes à l’égard du texte présenté par les Etats-Unis, ont obtenu un allègement de propos trop belliqueux. C’est une bonne nouvelle. Mais Kim-Jung-un peut-il comprendre ? Et la question subsidiaire surgit toujours dans un pareil cas : le peuple, principale victime des sanctions, est-il capable de se révolter contre le régime ? Tout semble tellement verrouillé là-bas …

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 Comme prévu, la rue commence à parler dans Paris et dans les grandes villes françaises. Si le code du travail est le sujet de la contestation, des panneaux réclamant le départ de Macron sont aussi apparus. Prématuré, inutile et, à vrai dire, un peu stupide. Mais significatif et révélateur.

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 Chaque fois qu’on nous présente une nouvelle version de smartphone chez Appel, on nous annonce une révolution. Vieille méthode mise au point par feu Steve Jobs. Désormais, usé autant qu’orphelin, le truc est devenu stupide. Mais significatif et révélateur.

Mercredi 13 septembre

 C’est donc désormais officiel. La décision est tombée à Lima où se réunissait le Comité olympique : les Jeux se dérouleront à Paris en 2024. Anne Hidalgo sera peut-être encore aux commandes pour couper le ruban, à moins que ce ne soit pour prononcer le discours d’ouverture… Elle y a sûrement déjà pensé.

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 Sur les huit premiers mois de l’année 2017 en France, les ventes de cigarettes n’ont diminué que de 0,7%  alors que celles de la marque Marlboro ont augmenté de 3,4%. Il serait intéressant de connaître les chiffres des autres pays de l’Union. S’ils s’apparentaient à ceux-ci, cela signifierait que l’on a atteint un plancher. Malgré toute une série d’interdiction et des hausses constantes du paquet, le geste de fumer une clope ne disparaîtra jamais totalement. On a oublié E. Dumont et F.L. Bénech, les créateurs de la chanson lancinante Du gris, mais on n’oublie pas les interprètes qui se donnent le relais : après Berthe Sylva et Georgette Plana, Juliette et Renaud ont enregistré cette ode à la cibiche. Il y en aura d’autres.

Jeudi 14 septembre

 On ne savait pas que Jean-Claude Juncker pouvait se montrer ambitieux. Il vient sans doute de prononcer le plus conséquent discours de sa vie. C’est une sorte de testament inhérent à la poursuite de la construction européenne.  On y trouve des esquisses d’étapes qui figuraient dans les objectifs de François Hollande, en particulier du côté des finances : un ministre européen de l’Économie, des budgets propres, un parlement pour la zone euro… Toute une batterie de mesures déjà évoquées depuis que le Royaume Uni n’est plus capable de les empêcher. Il fallait aussi à Juncker l’audace d’une proposition propre et inédite. Il l’a trouvée en optant pour une seule présidence, la même pour le Conseil et la Commission. Un président élu pour diriger l’Union, cela devrait en partie annihiler la parole de Henry Kissinger devenue légendaire (« L’Europe ? Quel numéro de téléphone ? » ) C’était en 1970 …

Vendredi 15 septembre

 Kim-Jong-un considère les sanctions votées par l’ONU comme une provocation. Il réplique en accomplissant un pas de plus dans l’escalade et envoie un nouveau missile survoler le Japon. Le Conseil de Sécurité est convoqué en urgence. On chemine doucement vers le moment de vérité pour la Chine. Le dilemme de Xi Ping devient cornélien. Condamner l’attitude de la Corée du Nord est l’évidence. Mais la punir au point de renverser le régime, c’est ouvrir une base supplémentaire pour les Etats-Unis.

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 Comme Trump, Macron commence à signer des lois et décrets devant les caméras. Plus fringant, il commente son geste et les conséquences qu’il provoque. Le spectacle continue.

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 « J’aurai commencé ma vieillesse le jour où j’aurai cessé de m’indigner. » Pierre Bergé, qui est mort la semaine dernière à 86 ans, n’aura donc jamais été vieux.

Samedi 16 septembre

 Après avoir fréquenté assidûment la rue de Solferino et obtenu entre autres de François Hollande une investiture pour devenir sénateur (un mandat de 9 ans…), Jean-Luc Mélenchon a commencé à prendre ses distances avec le PS jusqu’à le dénigrer et le quitter.  Á la tête d’une formation d’extrême gauche qu’il avait créée, il a trouvé des alliances avec le parti communiste. Aujourd’hui qu’il dirige le groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale et qu’il apparaît comme la voix principale de la gauche parlementaire, il boude son camarade Pierre Laurent, secrétaire général du PC. Au point de n’être pas présent à la Fête de l’Huma. Cet ancien trotskiste prêchant la solidarité révolutionnaire est trop imbu de sa personne. Il finira seul.

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 Afin de célébrer la désignation de Paris comme ville olympique en 2024, Emmanuel Macron a organisé hier une réception à l’Élysée pour quatre cents personnes dont ses deux prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande. La photo du trio a été envoyée à toutes les rédactions. Et leurs propos ? On ne sait pas. Toutefois, à Europe 1, Hervé Gattegno signale que Sarkozy ne dit jamais du mal de Macron mais que tous deux disent du mal de Hollande. Dire du mal : l’occupation favorite de Sarkozy. Macron aura son tour. Mais qu’est-ce que ça peut faire tout ça, à part remuer le microcosme ?

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 Le monde de l’écrit, vu par Oscar Wilde : « Les textes journalistiques sont illisibles et les textes littéraires ne sont pas lus. »

 Une citation qui inspire deux questions :

  1. Cette réflexion est-elle vraie de nos jours ?
  2. Comment l’appliquerait-on au monde de l’audiovisuel ?

 Trouverait-on déjà un embryon de réponse dans l’entretien que Pierre Arditi accorde au Soir ? : « Je me méfie de cette société qui un jour prendra un spot publicitaire pour une tragédie de Racine ».

Dimanche 17 septembre

 Madrid fait de la résistance. Le Premier ministre Rajoy avait interdit la tenue d’un référendum d’autodétermination en Catalogne, comme le gouvernement de la Région l’avait prévu à la date du 1er octobre. Depuis l’annonce de la sanction, des manifestations protestataires naquirent chaque jour à Barcelone et aux alentours. Vint cette semaine la grande mobilisation. Des dizaines de milliers de personnes ainsi (et surtout) que 700 des 948 maires catalans défilèrent. Jusque là, pareille mobilisation, si imposante fut-elle, ne concernait encore qu’une région. Hier, à Bilbao, le Pays Basque a connu à son tour une manifestation en soutien à la revendication catalane. Le sentiment de séparatisme y est resté très enraciné malgré (ou grâce à) la fin de l’utilisation de la revendication par la violence de l’ETA. Cet événement démontre le réel risque : l’effet-domino déclenchant la dislocation de l’Espagne. Et pourquoi cet effet-domino ne s’étendrait-il pas alors à toute l’Europe ? L’Écosse, le Pays de Galles, la Flandre, la Corse… Bien d’autres encore seraient prêtes à emboîter le pas.

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 Moscou. Il n’y a plus de longues files d’attente devant le mausolée de Lénine. On en trouve en revanche au Mc Donald’s du Kremlin. Un progrès ?

Lundi 18 septembre

 Une réconciliation serait en voie d’être conclue entre le Hamas et le Fatah. Le gouvernement israélien ne doit pas s’en émouvoir. Il a peut-être tort.

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 Durant la législature qui s’achève, l’Allemagne aura enregistré l’entrée sur son territoire d’un million et demi de migrants. Cela n’empêchera pas Angela Merkel de remporter les élections dimanche.

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 Á Tokyo, aux heures d’affluence, des employés du métro sont chargés d’aider les navetteurs à entrer dans les voitures bondées. Pousseur de quai, c’est leur métier. Les Japonais ont osé. Des rames de métro surchargées, on en trouve dans toutes les capitales aux sorties des bureaux ; mais le métier de pousseur de quai n’y est pas pour autant instauré. Cela ouvre des perspectives. On pourrait engager dans les salons de coiffure des coupeurs de cheveux en quatre ou à proximité des ronds-points des empêcheurs de tourner en rond. Dans les parlements, on verrait plutôt des diseurs de bonne aventure.

Mardi 19 septembre

 Macron est à New York pour l’assemblée générale de l’ONU. On sait qu’il a rencontré Donald Trump. Mais s’entretiendra-t-il avec Christopher Bickerton, chroniqueur au New York Times, qui lui a consacré un portrait tout récemment ?  « Un président français raté de plus » écrivait-il, parce que l’ensemble de son projet politique est trop centré sur sa personnalité ». La prédiction est audacieuse et méprisante mais le constat est justifié.

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 En 1968, que représentait l’Armistice ’18 pour un adolescent que l’on avait guidé chaque année, durant son enfance, devant le monument aux morts à fleurir le 11 novembre ? Les anciens combattants étaient sujets de plaisanterie, vieux médaillés à drapeau tricolore en bandoulière et béret alpin… Défilés folkloriques suscitant l’indifférence… La drôle de guerre, der des ders, représentait un moment d’histoire lointain  chargé d’incompréhension et de désintérêt. Dans le demi-siècle qui s’était écoulé, un autre conflit mondial avait causé d’autres horreurs, d’autres révoltes, d’autres monstruosités, d’autres aversions, d’autres calomnies, d’autres paix fragiles. Le vieux monde était derrière, il fallait courir pour qu’il ne nous rattrape. Nous avons couru : il nous a rattrapés.

  Cinq décennies plus tard, comment un adolescent d’aujourd’hui appréciera mai’68 ? Michel Hazanavicius nous en donne une clef en évoquant trois années de Jean-Luc Godard, celles qu’il passa en tant qu’époux avec Anne Wiazemsky, bien campée par Stacy Martin. Son film, Le Redoutable, est une interprétation du livre dans lequel Anne raconte leur vie commune depuis le tournage de La Chinoise  (Un an après, éd. Gallimard, 2015) jusqu’à leur séparation en 1970. En toile de fond dominent donc les événements de mai ’68 que Godard vécut intensément, allant jusqu’à faire annuler le Festival de Cannes en compagnie de François Truffaut et de quelques autres. Magnifiquement incarné par Louis Garrel, Godard sera perçu différemment par les moins de vingt ans et les plus de soixante. L’évidence admise, on aime les postures et les jeux de mots, on observe le rythme des échanges et leurs piques naturelles en un questionnement permanent : Bon Dieu qu’allait-il faire dans cette galère ? Qu’importe. Godard est vrai. Godard est Godard. L’histoire du cinéma l’a intégré.  On s’amuse. Ce film est amusant. Comme mai’68.

 Et dans cinquante ans, qui pourrait être l’agitateur d’idées de notre présent porté à l’écran de pareille manière ? Onfray peut-être…

Mercredi 20 septembre

 Le gouvernement Rajoy fait monter la pression contre les indépendantistes catalans. Le référendum d’autodétermination s’avérant illégal dans les formes prévues, par la Région, l’État espagnol a recours à la force. Que la guardia civil confisque dix millions de bulletins de vote au cours d’une perquisition, c’est compréhensible. Qu’elle arrête quatorze membres de l’exécutif, des secrétaires généraux et d’autres hauts fonctionnaires, c’est moins acceptable et plus risqué : elle en fait des martyrs, de bonnes images et du grain à moudre pour les médias, juste ce qu’il faut pour nourrir l’opinion publique.

                                                           *

 On doit cet aphorisme au poète Achille Chavée : « Il ne faut pas tourner la page, il faut parfois la déchirer ». Les socialistes français sont occupés à prendre cette pensée au pied de la lettre. Ils viennent de mettre l’immeuble du 10 rue de Solferino en vente. L’ère Mitterrand s’achève par un éclat dans la mémoire des lieux. Cette artère proche de l’Assemblée nationale possède ses balises historiques. C’est là que le régime de Pétain rassemblait ses archives. De Gaulle y tenait ses réunions dans les années cinquante durant sa traversée du désert. Mitterrand avait une « antenne présidentielle » pendant les quelques jours qui précédaient son investiture. Le numéro 10 aura connu des moments de liesse et des heures d’espoirs déchus. Il est probable que l’on aurait pu, comme le précisait l’ancien député marseillais Patrick Menucci, attendre avant de prendre pareille décision mais l’équipe collégiale qui dirige actuellement le PS a sans doute davantage voulu marquer symboliquement la césure plutôt que rassembler des fonds. La page du PS triomphant est donc déchirée. Pour bon nombre de socialistes, c’est un déchirement.

Jeudi 21 septembre

 Il est encore trop tôt pour évaluer le bien-fondé possible de la raclée administrée à la droite et à la gauche par la tornade Macron. En revanche, on ne peut que se féliciter de la déroute que le président a créée dans l’extrême droite. Marine Le Pen s’était montrée nulle lors du débat de l’entre-deux tours ; voici que son vice-président Florian Philippot, celui qui jouait « le fréquentable » de la bande, vient d’être limogé. C’est papa qui va être content … Réconciliation en vue !

                                                           *

 Le fantasque député belge Laurent Louis avait tenu, à la manière de Jean-Marie Le Pen, des propos négationnistes. Plutôt que de lui infliger une peine de détention ou une amende, la Cour d’appel de Bruxelles l’a condamné à visiter pendant cinq ans des camps de d’extermination à raison d’une visite annuelle et de rédiger un compte rendu. En dehors du royaume, cette décision judiciaire passera peut-être inaperçue. Ce serait dommage car son caractère inédit est exemplaire. 

Vendredi 22 septembre

 C’est un air connu. Tôt ou tard, les extrêmes finissent toujours par se rejoindre. Jean-Luc Mélenchon a trouvé une belle allitération : « Fâchés mais pas fachos ! » Grâce à cette formule, en argumentant à propos de Florian Philippot qui s’écarte du FN, l’Insoumis espère récupérer une partie de l’électorat d’extrême droite. L’ancien Premier ministre belge Paul Vanden Boeynants avait le sens des formules bien adaptées. Avec son accent de maquignon populaire bruxellois, il aimait à répéter : « Si les dégoûtés s’en vont, il ne restera plus que les dégoûtants… »  Mélenchon se souviendra qu’entre les fâchés et les fachos, il y a les fâcheurs et les fâcheux.

                                                           *

 Après avoir subi un terrible tremblement de terre au début de la semaine (près de 300 morts), le Mexique subit une réplique et quelques secousses sismiques à répétition. Ah ! Si Donald Trump avait déjà construit son mur, quelle joie de le voir s’écrouler sous la colère des dieux !

Samedi 23 septembre

 Avant la fin de la campagne électorale allemande, le constat fut prononcé chez les observateurs : Angela Merkel a relancé l’économie de son pays grâce à l’accueil des réfugiés. On était persuadé que ce phénomène finirait par être reconnu et analysé, mais à moyen terme, pas aussi tôt. Certes, l’on sait que la démographie allemande est faible et qu’une main-d’œuvre étrangère s’est, depuis longtemps déjà, avérée nécessaire. Mais que la face positive de cet apport soit déjà mis en évidence aujourd’hui, ça, c’est une attitude citoyenne inespérée prouvant la maturité démocratique de ce pays. Demain, les chiffres diront si ces traits-là ont engrangé des suffrages pour la chancelière, renforçant son record de longévité au pouvoir.

                                                           *

 Ils sont là, dans les rues de Paris, rassemblés par le parti La France insoumise. Ils sont là, ils défilent derrière Jean-Luc Mélenchon en brandissant des panneaux, des calicots… Il y a trois jours, la contestation liée au Code du Travail révisé avait été assurée par une manifestation de la CGT. Les autres syndicats ne s’y étaient pas associés. Cette fois, seule l’extrême gauche est en cortège. Pas de quoi inquiéter Macron et Petit. Quant à Mélenchon, le nombre croissant de manifestants qui le rejoignent va créer sa perte. L’orateur ne se sent plus. On doit s’attendre à un dérapage verbal.

Dimanche 24 septembre

 Angela Merkel remporte les élections mais avec un score plus faible qu’espéré. Elle devra gouverner avec les libéraux et / ou avec les écologistes car les sociaux-démocrates, qui réalisent un score encore plus faible – le plus mauvais depuis la guerre -, ont déjà déclaré qu’ils retourneraient dans l’opposition. C’est la percée de l’extrême droite qui représente le principal enseignement du scrutin. Macron devient le mieux élu parmi les 27 de l’Union mais ce soir, il enregistre aussi un revers : son parti n’a pas brillé aux élections sénatoriales. Celles-ci ont redonné vie à la droite et maintenu le PS au niveau puisque son groupe est toujours le deuxième en ordre d’importance au Palais du Luxembourg. Tout change pour que rien ne change, une fois de plus.

                                                           *

 Ce n’est pas encore de la rage mais c’est déjà un peu d’amour. Theresa May, Première ministre britannique, fait les yeux doux à l’Union européenne. Dans une tribune libre publiée par le Journal du Dimanche (JDD), elle dit sa volonté d’être « toujours amis » et « sa fierté d’appartenir à la famille européenne ». Cette attitude chaleureuse révèle une mutation forcée. Au Royaume-Uni, de plus en plus de citoyens regrettent le Brexit. Un sondage donne même le retour des travaillistes de Jeremy Corbyn au pouvoir en cas d’élections anticipés. Il y a quelques mois, May se voulait négociatrice granitique face à l’Union. La voici mielleuse. En anglais, miel se dit honey, comme dans "Honey soit qui mal y pense".

Lundi 25 septembre

 Merkel aura donc besoin à la fois des libéraux et des Verts pour constituer une majorité ; des libéraux opposés aux avancées européennes proposées par Macron, en particulier un budget pour la zone euro ;  et des Verts exigeants, puisqu’ils ont déjà participé à la gestion du pays, qu’ils jouent un rôle important dans certains Länder, et qu’ils se savent indispensables. De plus, libéraux et Verts sont à l’opposé les uns des autres. Quand on sait que de surcroît, l’extrême droite fera son entrée au Bundestag avec huit dizaines de députés, on a tendance à se demander si le quatrième mandat de Merkel, pour être celui du record de longévité, ne sera pas aussi celui du record des difficultés. Elle annonce un gouvernement pour Noël. Certains observateurs envisagent déjà un blocage susceptible de déclencher un retour aux urnes.

Mardi 26 septembre

 Malgré les pressions de Donald Trump, les sénateurs du parti Républicain décident de ne pas voter l’abrogation de la loi de sécurité sociale dite Obamacare. Il est des réformes qui marquent l’évolution de l’Histoire de manière indélébile. Vouloir les effacer, c’est opérer une régression que le destin récuse. Ce n’est même plus l’inéluctable progrès, c’est la logique d’une marche dans la société des Hommes. Trump ne peut pas comprendre.

                                                           *

 En Arabie saoudite, un décret royal autorise les femmes à conduire une automobile. La vraie révolution, ce sera non pas quand elles pourront conduire mais quand elles pourront se conduire. Á leur guise.

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 Dire « Á vue de nez » à Bergerac et se faire tancer.

Mercredi 27 septembre

 « Moins taxer les hauts salaires de la finance ». Voilà ce qui est annoncé sous les instructions d’Emmanuel Macron au sortir du Conseil des ministres. Les ministres dits de gauche qui ont choisi d’embarquer dans cette chaloupe devraient commencer à se poser des questions. Au surplus, on a beau observer le bateau, la conclusion s’impose : il n’y a pas de canot de sauvetage.

                                                           *

 Bien qu’il se prénommât Wolfgang, le compositeur autrichien Korngold (1897 – 1957)  n’était certes pas un génie. Mais on peut agréablement lui découvrir de plaisantes similitudes avec Tchaikovsky, ce qui, après tout, à la sauce 20e siècle, peut s’avérer délassant. Á la fin de sa vie, il essuya de mots faciles justifiant « qu’il était plus corn que gold ». C’était, paraît-il, un mot d’esprit qui l’affectait. Outre que c’était assez injuste, ce n’était en fin de compte pas très fin. Cela se passait à Hollywood où il résidait, naturalisé citoyen américain en 1943. Ceci explique peut-être cela.

Jeudi 28 septembre

 « Nous sommes prêts à assumer le pouvoir ! » La salle est noyée dans les vivats et les exclamations. Jeremy Corbyn vient de la prononcer à la tribune du congrès du parti travailliste britannique, réuni comme il se doit à Brighton. Il aurait lâché cette annonce grandiloquente un an plus tôt, il n’aurait recueilli que ricanements et hilarités contenues. Mais voilà : en juin, il a remporté les élections, ramenant 40 députés de plus dans la vieille maison, et tous les sondages le donnent gagnant si le scrutin avait lieu aujourd’hui. Ceux dont la pensée s’incruste dans le cadre hexagonal n’hésitent pas à déclarer que le socialisme est mort. Mort ? Voyez les Anglais où naquit le régime parlementaire, le capitalisme et ses scories. Voyez les Etats-Unis de Bernie Sanders, là où le parti démocrate était plus libéral que les partis libéraux d’Europe…

                                                           *

 « Le président ‘aime à rappeler qu’il fut l’assistant de Paul Ricoeur’, mais personne n’aime à rappeler que ce fameux Paul Ricoeur fut pétainiste. » Ah ! Ce Michel Onfray ! Il ne laisse rien passer… « Un moment de désarroi » dira le philosophe en reconnaissant qu’il donnait des conférences au Cercle Pétain en 1940 et 1941. Un aveu formulé… en 1994 …

Vendredi 29 septembre

 La Catalogne se prépare à organiser un référendum d’autodétermination contre l’avis de l’Etat central. Les choses risquent de s’envenimer en cette fin de semaine, après des sommations, des perquisitions, des violations et autres faits et gestes contrariant la loi d’une part, la faisant respecter de l’autre. Le réveil des régionalismes sonne à Barcelone. Des nationalistes flamands ont accompli le déplacement afin de soutenir les indépendantistes. Á Bruxelles, il est courant d’entendre au sein des cercles bien-pensants des conversations de bon aloi qui commencent par : « Dans le cadre de la séparation de la Belgique… »,  de la manière la plus tranquille qui soit. Réalisme, abdication, résignation ou… collaboration et soumission ?

                                                           *

 Commentant l’absorption d’Alstom par Siemens, Jean-Pierre Chevènement au Figaro : « Tout se passe comme si nos élites n’avaient plus de culture industrielle mais seulement financière. »

 

 

 

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Affiches électorales d'Angela Merkel. Photo © Radio Canada.

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