semaine 42
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Far West italien et brésilien

Le 01 avril 2019

Jeudi 28 mars

 Moins à l’aise pour peser sur les scrutins municipaux, Recep Erdogan pourrait bien découvrir la mauvaise surprise dimanche prochain, son parti étant, semble-t-il, promu à une défaite à Ankara et à Istanbul. « Sur un tapis de Turquie / Le couvert se trouva mis… » (La Fontaine. Le rat des villes et le rat des champs).

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 Matteo Salvini autorise la vente libre d’armes afin de mieux fortifier les situations de légitime défense. Des esprits chagrins prétendent qu’il v transformer l’Italie en Far west. Ben non ! Il veut simplement faire respecter l’ordre. Comme Bolsonaro au Brésil. Comme Trump aux Etats-Unis. Les malfaiteurs sont prévenus : celui qui est attaqué pour tirer. Au Far West, d’après les histoires, il y avait des sommations !

Vendredi 29 mars

 Que veut Theresa May ? Qu’espère-t-elle encore ? Elle ne cesse d’essuyer des revers chaque fois qu’elle soumet un projet d’accord de Brexit au parlement.  Elle est allée jusqu’ déclarer qu’elle démissionnerait si son projet était approuvé, façon d’entrer dans l’histoire de son pays par la grande porte. Il ne le fut point. Elle devrait néanmoins renoncer à son poste. Mais non, elle est toujours là, marquée par l’épreuve et cependant souriante. Est-ce l’enseignement de son père, prêtre anglican, qui lui a conféré pareille ténacité ? Aurait-elle encore dans sa manche une carte à abattre ? Une seule chose est sûre : aujourd’hui aurait dû être la date de sortie de l’Union européenne pour le Royaume Uni. Ce n’est pas le cas. Le drapeau bleu aux étoiles dorées flotte toujours sur Londres et de multiples copies sont agitées tout au long de la Tamise.   

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 Barbara Bush, veuve du président défunt (George) et mère de l’autre, toujours en vie (Doublevé) : « Je ne comprends pas pourquoi les gens sont pour Trump. » Nous non plus madame ! Mais vous, vous devriez le savoir !...

Samedi 30 mars

 Le temps de la dépréciation du politique n’est pas achevé. Demain, l’Ukraine connaîtra une élection présidentielle qui pourrait porter un humoriste qui n’a strictement aucune expérience à la tête du pays. Le raisonnement simpliste s’étend parmi les citoyens : « Quand on élisait des personnes sérieuses, cela se terminait en farce. Autant élire tout de suite un farceur… » Coluche aurait pu confier pareil raisonnement mais il s’est arrêté au moment où, justement, l’élection du farceur devenait sérieuse.

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 Le Macron slovaque est une femme. Elle non plus n’a pas d’expérience politique, mais elle n’est pas comique de profession. Elle est une avocate progressiste, en faveur de l’avortement et pour autoriser le mariage des homosexuels. Zuzana Caputova dirigera un Etat membre de l’Union Européenne. Si cela ne conforte pas sa position, au moins, ça l’encadre…

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 Le sultanat de Brunei est un petit Etat de 5000 km² situé au Nord de l’île de Borneo, dans cette Asie du Sud-Est très musulmane et ne compte que 30.000 habitants. Son chef applique la charia. Il coupe les mains des voleurs et condamne à mort les homosexuels. Il possède aussi neufs grands palaces dans le monde. En guise de protestation, George Clooney a lancé l’idée d’un boycott chez les pipeuls. Son appel semble entendu et les medias relaient. Deux établissements parisiens sont touchés par l’opération : le Plaza Athénée ainsi que le Meurice. Mais attention ! Ces deux monstres du luxe hébergent aussi de grands restaurants ! Dans les deux cas, c’est le très célèbre et très étoilé Alain Ducasse qui régale. Roger Feuilly, le chroniqueur gastronomique le mieux informé de la place parisienne, avait signalé cette innommable appartenance à travers ses billets quotidiens sur son blog Toutnestquelitresetratures dès 2014. George Clooney ne lit pas Feuilly. Il a tort. Quant à Ducasse, il aura dû le lire parce que l’auteur le lui adressa personnellement. Il ne lui répondit cependant point.   

Dimanche 31 mars

 Bras dessus, bras dessous, Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy apparaissent sur le plateau des Glières, en Haute-Savoie, afin de participer au pèlerinage annuel à la mémoire des maquisards, ces résistants de la Seconde guerre mondiale morts pour la France. L’événement est très médiatisé. Il y aurait en effet de l’eau dans le gaz entre les deux hommes, Sarkozy estimant que Macron gère très mal le phénomène Gilets jaunes. De fait, le vingtième samedi n’ayant pas été un échec pour les manifestants, un vingt-et-unième est déjà en préparation. On ne voit pas le bout de cette série morbide. Jamais le président d’avant-hier et celui d’aujourd’hui n’étaient pourtant apparus en semblable complicité. C’est donc bien le signe qu’un froid existe dans leurs relations. Bah ! Que ne dit-on pas ? Il y a même un autre bruit qui court en provenance de l’Elysée : voulant tout régler lui-même, Macron serait au bord d’un burn-out. Allons donc ! Un grand garçon si intelligent, si fort, si maître de ses facultés qui sont hautes et multiples, si puissant aussi, un burn-out enfin… C’est comme si l’affaire Benalla qu’il méprise lui revenait au visage…  Oui, bien sûr, dans une semaine, il devra répondre à quelques centaines de milliers de doléances exprimées dans le Grand débat qu’il a initié, mais qu’est-ce donc pour un grand garçon si intelligent, si fort, si maître de ses facultés qui sont hautes et multiples, si puissant aussi ?  Un burn-out ! Les gens disent vraiment n’importe quoi…

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 Laurent Delahousse a le nez fin. Il propose à François Hollande de venir dialoguer sur le plateau de son 20 heures. Bien entendu, le président d’hier accepte, et en toute sérénité, en termes polis et limpides, usant de la logique pour étançonner ses réponses, il décoche quelques flèches en douce… A la manière de Mitterrand dirions-nous. Son ouvrage à succès (Les Leçons du pouvoir), qui lui a permis de sillonner la France en visitant plus de cent librairies, vient d’être édité en livre de poche. Il y a rajouté trois chapitres, où il ne commente plus son quinquennat mais plutôt l’avenir de la France, à commencer par le présent. « A force de tout bousculer, tout s’est arrêté » constate-t-il. Ce constat lucide autant qu’amer est vérifié tous les samedis depuis vingt semaines.

 

 

Image: 
Libéraliser les armes à feu. Jair Bolsonaro l’annonçait lors de sa campagne électorale. Photo © Cris Faga / AFP

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Commentaires

Portrait de Claude Javeau
Apparemment, tu ne les lis jamais. Je te l"épargnerai pour cette fois.

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