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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Jeux et tragi-comédies politiques

Le 01 mars 2018

Vendredi 23 février                             

 De l’islamologue libéral franco-marocain Rachid Benzine : « Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance, c’est la certitude ». Hum… Et si on disait plutôt que l’ignorance, la méconnaissance, l’obscurité, antonymes de la connaissance, génèrent la certitude ?... Cela dit, rappelons-nous le sage constat de Jacques Lacan : « La psychanalyse est un remède contre l’ignorance. Elle est sans effet sur la connerie. » Pas question, donc, d’emmener les radicalisés qui reviennent au pays chez les psys.

Samedi 24 février

 Emmanuel Macron savait qu’en inaugurant le Salon de l’Agriculture, il serait observé par les uns, interpellé par d’autres, peut-être même conspué par de plus audacieux, de plus écœurés, de plus révoltés… Très intelligemment, il avait invité hier un millier de jeunes agriculteurs à l’Élysée afin de leur faire part de ses projets, de ses objectifs bref, de sa politique agricole dont l’Union européenne règle pour une grande part le destin. On sait combien communiquer est désormais l’acte central indispensable de l’action politique. Ce matin, le président est arrivé une heure avant l’ouverture du salon afin de prendre le petit déjeuner avec les organisations syndicales. Il a ensuite longuement parcouru les travées, beaucoup dialogué avec les uns, discuté avec d’autres. Comme il fallait s’y attendre, certains participants l’ont conspué. Parfois, il s’est un peu énervé. Mais dans l’ensemble, il a fait le job (comme disait Obama…) Et puis, toujours attentif à l’importance de la communication, il avait pris une autre précaution, celle de la durée de la visite. Il savait qu’on l’apprécierait également au temps qu’il passerait dans cette vaste foire. Alors il a veillé à s’attribuer un record de longévité. Il est resté plus longtemps à parcourir le Salon de l’Agriculture que ne s’y consacrait Jacques Chirac,  pourtant réputé pour y déambuler avec appétit, et que François Hollande, lui aussi familier des longues tournées. Car il importe que les statisticiens s’en souviennent : Chirac et Hollande sont Corréziens. Sur leurs terres d’élections, ils fréquentaient toute l’année des fermiers, des cultivateurs et des métayers. Ils y recueillaient plus de leçons de vie que sur les vastes plages du Touquet ou dans les couloirs de la banque Rothschild.

Dimanche 25 février

 Les soldats russes de service en Syrie sont rentrés au pays mais les conseillers militaires sont encore sur place. Ils alimentent les desseins toujours aussi monstrueux du sanguinaire Bachar al-Assad. Plusieurs centaines de morts chaque jour sous les bombardements de l’aviation gouvernementale. Des civils, des enfants… Le cessez-le-feu décrété à l’ONU ne produit que des effets très localisés… Alors que l’on imaginait la fin du conflit armé assez proche, alors que l’on parlait ça et là de reconstruction, ce ne sont que des images de détresse qui parviennent de ce pays en ruines. De temps en temps, le couple Bachar/Poutine apparaît à l’écran. Les deux hommes se sourient en se serrant la main. L’Iran est aussi dans le jeu de la férocité, bien actif sur le terrain semble-t-il. Machiavélique. D’autant plus sournois qu’aucun de ses dirigeants ne prend la pose  côté du couple infernal.

                                                                       *

 Éthique de la responsabilité accoudée à celle de la contrainte. Si un sans-abri refuse l’offre d’hébergement des services communaux et meurt victime des grands froids, le maire peut-il être poursuivi pour non-assistance de personne en danger ? La réponse ne va pas de soi. En tout cas, les grands froids sont là et il est courant, partout, de rencontrer des pauvres gens têtus qui préfèrent la rue glaciale à un matelas de fortune dans un local chauffé.

                                                                       *

 Neymar, la vedette chère du Paris Saint-Germain, est victime d’une entorse à la fin du match qui opposait son équipe à celle de Marseille. L’émoi est total dans la capitale, tout le pays retient son souffle ; on attend le verdict médical avec inquiétude. Une absence prolongée de ce champion pourrait hypothéquer les prochains objectifs du club. Cela lui coûterait cher. Très cher.

Lundi 26 février

 En Turquie, Erdogan aurait une opposante sérieuse et dynamique, pouvant le mettre en difficulté. Elle est laïque mais elle est aussi nationaliste, ultraconservatrice. En Israël, Netanyahou ne devrait pas échapper à la chute pour corruption avérée. En Syrie, Poutine décrète une trêve pour constituer un couloir humanitaire et permettre d’évacuer les civils. Mais une trêve de 5 heures, de 9 à 14 heures (Tiens ! C’est donc Poutine qui décide là-bas !...) En Chine, Xi Jinping va se faire désigner président à vie. Il fait très froid. Peut-être aurait-on mieux fait de rester au fond du lit ce matin…

                                                                       *

 Pour réformer la SNCF (c’est-à-dire supprimer les quelques avantages que détenaient les cheminots afin de compenser la pénibilité), Macron va encore utiliser les ordonnances. Tant que son parti est pratiquement le seul à travailler au Parlement, il peut s’autoriser à ignorer le pouvoir législatif. Mais qu’il se méfie des aisances factices, elles sont nombreuses et fréquentes dans un parcours politique. Qu’il ne sous-estime pas non plus les syndicats du rail, leur histoire pourrait lui rappeler des conquêtes sociales inattendues et durables.

*

 Dans Le Monde du 1er octobre 2011, on pouvait lire : « la France est le seul pays européen où la fiction nationale n’est pas leader en parts de marché, alors que triomphent les séries américaines. » Les temps ont changé, TF1 s’est spécialisée dans le médiocre, tandis que Marshall Mac Luhan n’avait pas prévu qu’une autre galaxie était déjà en train de naître.

Mardi 27 février

 L’ONU confirme la reprise des combats en Syrie, dans la Ghouta orientale, malgré la trêve humanitaire annoncée par Moscou. Les forces gouvernementales ont continué à bombarder la région et l’aide humanitaire aux civils n’a donc pas pu se déployer. Quel aveu d’impuissance !  Merkel et Macron avaient téléphoné de conserve à Poutine. Celui-ci aura bien dû s’en amuser.

                                                                       *

 Aux temps où les reportages et documentaires construits sur le concept de cinéma-vérité justifiaient le statut de service public de la RTBF, Manu Bonmariage et Jean-Jacques Péché réalisaient des films sous le registre Faits divers qui montraient des scènes de la vie ordinaire présentées de telle sorte que les gestes les plus banals, les paroles les plus naturelles et courantes pouvaient susciter la réflexion et l’interrogation. Les programmes évoluèrent. Faits divers devint Strip Tease, qui connut un succès équivalent, et dont le superbe graphisme du générique, rythmé par la musique cuivrée de Combo belge, résonne encore dans les mémoires. C’était le temps où les stupides séries américaines n’abêtissaient pas encore le téléspectateur. Certains documentaires furent tellement bien réalisés qu’on les imaginait parfois se transformer en longs métrages. Celui qui fut consacré à la juge d’instruction Anne Gruwez vient de connaître ce destin-là. Ni juge ni soumise n’est donc pas de la fiction. « C’est pire ! » prévient la bande-annonce, et l’on n’est pas loin de le penser. Car d’un rire spontané autant que goguenard, on passe, chemin faisant, au rictus amer pour, quelques heures plus tard, nourrir une réflexion sociologique inquiétante et déstabilisante. La face cachée d’une société paraissant équilibrée, tranquille, bien structurée provoque soudain le vertige. « C’est aussi cela le monde dans lequel je vis ? » Si décriée puisse-t-elle être, Anne Gruwez accomplit des tâches pédagogiques en exerçant son métier. Elle inculque, met en garde, guide, force le trait pour mieux prévenir le coupable. Le dialogue ou son monologue ressortissent à de l’éducation permanente. Les aspects de ce film qui semblent drôles renferment en fait une leçon de vie.  

Mercredi 28 février

 Le Monde révèle que dans les rues de Téhéran, des femmes provoquent la police en se baladant tête nue. L’abandon du voile réglementaire suscite des interpellations flicardes et des dialogues socratiques naissent qui contrarient les représentants de la loi. Jusqu’à présent, tout cela serait plutôt ludique. Mais on sait que bien des révolutions ou des accélérations de l’Histoire ont commencé par des jeux.

                                                                       *

 Les efforts consentis par François Hollande portent désormais leurs fruits. La croissance reprend et la courbe du chômage est inversée. Trop tard pour que celui qui était à la manœuvre en bénéficie. Bizarrement, son successeur n’en profite pas non plus. Sa cote de popularité est en baisse. C’est que la reprise est là mais seuls les hauts revenus en jouissent. Attention ! L’autosatisfaction et les certitudes sont les piperies des gouvernants.

                                                                       *

 Á temps de Toussaint, méditation de Toussaint. De Saint-Augustin : « les fidèles ne perdent rien à être privés de sépulture comme les infidèles ne gagnent rien à en recevoir » (De cura pro mortuis gerenda, 420). De Marcel Mariën : « Les cannibales n’ont pas de cimetière » (Á l’ombre de la proie, éd. du Daily-Bul, 1968).

 

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Et pendant ce temps, l’Europe ferme ses portes aux réfugiés. Photo © Amnesty International

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