semaine 33

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

La fabrique des egos

Le 16 janvier 2018

Lundi 1er janvier

 Vladimir Poutine doit être envié par toutes celles et tous ceux qui se sont déjà soumis à une campagne présidentielle et qui la terminent sur les rotules tant la centaine de jours passés à débattre, convaincre et sauter d’un marché public à un plateau de radio ou de télévision sont éreintants. Le maître du Kremlin remettra son mandat en jeu dans deux mois. Le voilà donc en campagne. Cela consiste pour lui à se montrer, tantôt en joueur de hockey sur glace, tantôt en fier cavalier, tantôt en sage studieux recevant des visiteurs venus de tous les continents. Et si un citoyen s’avise d’envisager une candidature d’opposant, celle-ci est promptement rayée de la compétition par la puissante (et bien entendu indépendante) commission électorale. Au « Moscou la gâteuse » lancé par Louis Aragon en 1924, Vladimir Poutine répond par : « Moscou le gâteau ».

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 Que se passe-t-il en Iran et quel est l’objet de la protestation populaire qui se manifeste dans les rues de Téhéran et d’une bonne dizaine d’autres villes ? Certes, le pays connaît de sérieuses complications économiques mais encore ? Il n’y a, en fait, qu’une seule vraie question : la théocratie est-elle ébranlée ? Ce n’est que si la réponse à cette question était affirmative qu’il y aurait lieu de s’intéresser de plus près à ces troubles.

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 Theresa May jouera cette année sa crédibilité. Son mandat en dépendra. Il lui faut donc, elle aussi, pratiquer la méthode Coué. La voici dans sa logique en train de déclarer : « En 2018, les progrès du Brexit redonneront de la fierté à la Grande-Bretagne. » « Les progrès du Brexit » ! L’oxymore est osé…

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 La vie smartphone résumée par Anne Roumanoff : « Á force d’être proche des gens qui sont loin, on finit par être loin des gens qui sont proches. »

Mardi 2 janvier

 Il est encore trop tôt pour interpréter l’ampleur de la protestation iranienne qui commence à compter ses martyrs. Des manifestants sont morts et des communications ont été coupées. Le peuple s’élève contre la vie chère et contre le chômage. Mais aussi contre le régime. Dans la foule qui se soulève, des femmes enlèvent leur foulard en signe de rébellion et des panneaux apparaissent qui clament « Ne laissez pas l’avenir aux mollahs ! » Une jeunesse qui veut vivre sans entraves, c’est un champ de blé qui lève, une lueur qui devient lumière et nargue l’obscurité.

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 « Á travail égal, salaire égal ». Bien loin des douteuses et parfois brumeuses ou cocasses tentatives de féminisation des substantifs, cette revendication dégage un véritable sens moderne, une réforme tellement élémentaire et cependant si difficile à décréter. L’Islande la réalise et devient ainsi le premier pays au monde à concrétiser une parité effective et complète. L’exemple vient quelquefois d’une petite nation perdue non loin des pôles.

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 Les frères Dardenne publiant une tribune libre (dans Le Soir) pour réclamer la mise à l’écart du secrétaire d’État à l’Immigration Theo Francken, c’est un fait suffisamment rare pour qu’on le souligne et le retienne. L’époque où les acteurs et opérateurs culturels s’engageaient dans la vie politique semblait révolue. Elle ne l’est pas totalement. Tant mieux. Ce n’est pas parce que Sartre s’est toujours trompé que ses petits-enfants ne doivent pas oser. Cette position des Dardenne serait-elle annonciatrice d’un film ayant les migrants pour thème principal ? Le moment est venu. Que les créateurs des pays riches mettent leur talent à l’évolution du genre humain dans ses diverses acceptions, comme autrefois.

Mercredi 3 janvier

 Le taux de chômage continue de baisser en Allemagne, atteignant même des records au point que certaines entreprises, le retour de la croissance aidant, peinent à recruter. Dès lors, elles commencent à embaucher des réfugiés fraîchement arrivés, dont certains se consacrent à l’apprentissage de la langue. On savait qu’à terme, le million et demi de migrants accueillis par Merkel constitueraient un apport essentiel à l’économie. On ne s’attendait cependant pas à ce que ce fût si soudain. Hélas !, cela lui a coûté l’entrée de près de 100 députés au Bundestag. Sic transit gloria mundi.

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 En présentant ses vœux à la presse, Emmanuel Macron annonce une loi visant à sanctionner les fausses informations, les fake news, qui polluent l’opinion et, on l’a vérifié ces derniers mois, risquent d’influencer le débat démocratique avec, en finalité, des résultats électoraux basés sur des mensonges. C’est du reste un peu ainsi (de son propre aveu) que son ami Donald Trump est arrivé au pouvoir. C’est une belle détermination, révélée au bon moment dans le bon cadre. Cette législation devra toutefois être très mesurée, très bien réfléchie, très justement structurée. Il ne faudrait pas que le remède soit pire que le mal.

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 Au Musée Marmottan à Paris (16e arr.), l’exposition Monet Collectionneur connaît une affluence fournie depuis son ouverture, le 14 septembre. Elle n’en vaut pourtant pas la peine. Toutes les œuvres exposées ont été offertes ou vendues au maître de l’impressionnisme. Elles sont donc de seconde zone. Michel, seul des deux fils encore vivant à la mort de Monet, n’était pas intéressé par le patrimoine de son père. Il l’a en partie dilapidé afin d’assouvir sa passion pour les safaris africains. Les plus belles pièces auront sans doute disparu de la collection. Il y a un seul grand tableau à voir dans l’exposition Monet Collectionneur : celui que peignit Paul Cézanne en 1867 – il n’avait que 28 ans !... - et auquel il donna comme titre Le Nègre Scipion. Cette toile magistrale est accrochée aux cimaises du Musée de São Paulo, rarement montrée en Europe. Les visiteurs se consoleront en découvrant une belle maison remarquablement meublée, et en admirant quelques beaux tableaux de Monet lui-même dans les collections permanentes du sous-sol. Encore que l’on puisse contempler de plus belles nymphéas et des nénuphars mieux réussis ailleurs dans Paris.

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 Une méthode pour les bonnes résolutions de l’année : relire Jacques Prévert.

« Il n’a plus qu’une seule vie à vivre

alors il prend son temps

et fait durer le plaisir. »

                        (Grand bal du printemps, éd. Gallimard , 1976)

Jeudi 4 janvier

 Fils de juifs polonais immigrés, Jean-Marie Aron s’était converti au catholicisme. Archevêque de Paris, il fut consacré par Jean-Paul II en 1983. Jamais il n’avait souhaité développer les raisons de son engagement catholique jusqu’à ce qu’un homme le convainque : Bernard de Fallois, qui venait de créer sa propre maison d’édition après avoir appris son métier chez Gallimard et puis dans le groupe Hachette. Et ce fut Le Choix de Dieu, entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton (1987) ; un livre qui lui permit d’entamer une nouvelle carrière. Á 91 ans, Bernard de Fallois vient de quitter ce monde. Serait-ce pour retrouver celui qui l’a rendu célèbre ? Qui sait si cet athée n’est pas occupé à connaître une bonne surprise …

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 On ne peut que souhaiter bon vent à Raphaël Glucksmann qui vient de faire paraître le premier numéro du Nouveau magazine littéraire. Son ambition est d’observer le monde par le prisme de la littérature. Le créneau – comme on dit – est disponible, à l’heure où L’Obs n’est plus qu’un ersatz du Nouvel Observateur et que L’Express s’essouffle tandis que les brèves du Point fatiguent autant que le bloc-notes de BHL. Seul Franz-Olivier Giesbert sauve l’intérêt de cet hebdomadaire. « Essayons ! » clame Glucksmann, « Essayons ensemble. Partons maintenant ! » Avec joie, cher Ami. « Tout reste à écrire » ajoute-t-il. Un peu exagéré mais mieux vaut qu’il le croie… Et pour jeter un regard littéraire sur le monde, il s’inspire de Hölderlin : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ». Une sagesse fertile doit naître de ce précepte. Un numéro 1, c’est toujours facile à concevoir. On jugera donc ce nouveau compagnon de table de chevet dans quelques mois. Une chose est déjà certaine : Glucksmann a fait oublier l’ineffable Joseph Macé-Scarron, qui dirigeait l’ancien titre avec une bêtise et une malhonnêteté dont il vaut mieux ne pas se souvenir.

Vendredi 5 janvier

 Au Parti socialiste français, le poste de premier secrétaire n’est pas rémunéré. Seuls sont prévus des défraiements. Ordinairement, celui qui dirige le parti est toujours (au moins) parlementaire. Ce n’eût pas été le cas de Najat Vallaud-Belkacem, fort citée ces temps-ci pour être désignée lors du congrès d’avril prochain. Elle vient de renoncer. Elle est à la recherche d’un salaire. Après avoir été ministre durant un quinquennat entier (Droits des Femmes, ensuite Education nationale), elle n’a plus de revenus. L’exemple doit être souligné.  Il importe de montrer au citoyen que l’exercice de la politique ne consiste pas nécessairement à se remplir les poches. Najat Vallaud-Belkacem va diriger une collection d’essais aux éditions Fayard. C’est aussi une belle manière de découvrir le prolongement d’une vie professionnelle démarrée en politique.

*

 Trump continue à défier Kim Jong-un par tweets et communiqués rendus le plus possible publics. Il en est à signaler que son bouton nucléaire est plus gros que celui du Coréen. Exactement comme s’il parlait de sa queue dans une cour de récréation. Et dire que Kubrick nous avait prévenus !

Samedi 6 janvier

 Tony Blair se bat pour que le Royaume-Uni abandonne le Brexit. S’il avait mieux défendu la vocation européenne de son pays lorsqu’il le gouverna pendant une décennie plutôt que de rester inféodé aux Etats-Unis et sonner un premier glas pour la social-démocratie, on n’en serait pas là. To late monsieur, to late. Blair pas clair, ce n’est pas neuf.

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 Secrétaire d’État, porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux était l’invité de l’émission de Ruquier On n’est pas couché. Il accomplit une prestation lamentable au cours de laquelle il s’est notamment fait étriller par Yann Moix. Griveaux a grandi politiquement dans l’équipe de Michel Rocard avant de se pointer dans celle de Dominique Strauss-Kahn. Il n’en a manifestement pas retenu des enseignements qui lui auraient permis d’assumer ses nouvelles fonctions dans le gouvernement d’Édouard Philippe. Déjà, lorsqu’il était porte-parole de Macron durant la campagne, on ne l’avait pas senti brillant, contrairement à Castaner qui assumait pareille tâche. Mais c’était moins visible. D’une certaine manière, Macron occupait tellement bien les medias qu’il n’avait pas vraiment besoin d’un porte-parole. Dans l’enthousiasme de la victoire, Griveaux laissa courir le bruit qu’il serait intéressé par la mairie de Paris. C’est le meilleur concurrent que pourrait espérer Anne Hidalgo.

Dimanche 7 janvier

 Á peine arrivé en Chine pour une visite de 57 heures, accompagné d’une cinquantaine de chefs d’entreprise, avec le but affirmé d’améliorer la balance commerciale où les importations françaises sont trois fois supérieures aux exportations avec ce grand pays, Emmanuel Macron annonce qu’il compte y revenir « au moins une fois par an »… Soit.  Mais, euh !, qu’en pense le président Xi Jinping ?

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 Tous les jours, à 8 h 39, dans la matinale d’Europe 1, Patrick Cohen offre deux minutes à Raphaël Enthoven pour observer philosophiquement les actualités. Cette chronique s’intitule Le fin mot de l’info et c’est un régal. La performance consiste à viser juste et fort avec une concision qui ne nuit pas à la compréhension, au contraire. On se plaît à l’écouter tandis qu’au fil des semaines, on se surprend à être au rendez-vous, à s’organiser pour ne pas le manquer, preuves que ces deux minutes-là vont retenir l’intérêt du nombre, entrer peut-être un jour dans l’histoire de la radio déjà bien balisée d’émissions-cultes. Enthoven vient de rassembler ses interventions dans un livre (Morales provisoires, éd. de L’Observatoire). Le virtuel et les fausses informations vont nous obliger à décrypter de plus en plus les nouvelles. Cet ouvrage nous y aidera.

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 « Il y a quelque chose d’encore plus beau que Paris : la nostalgie de Paris. » (Paul Morand)

Lundi 8 janvier

 Quelle journée historique ! Le 8 janvier 1959, Fidel Castro entre à La Havane ; le 8 janvier 1959, Charles de Gaulle entre à l’Élysée, le 8 janvier 1996, François Mitterrand entre à la postérité, et ce 8 janvier 2018, Emmanuel Macron entre à Xi’an, le point de départ de la route de la soie, dont il veut faire un nouveau symbole des relations entre la Chine et l’Europe. Mais, euh !, qu’en pense le président Xi Jinping ?

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 Au Honduras :

  • le pseudo-dictateur au pouvoir a manipulé les élections
  • la gauche manifeste, proteste, déclenche une grève générale
  • le pouvoir réprime durement
  • les Etats-Unis soutiennent le pseudo-dictateur

Air connu et même un peu vieillot. On pensait que la CIA n’avait plus tellement prise sur l’Amérique latine. Elle semble avoir de beaux restes, des poches d’influence toujours tenaces, comme ce Guatemala qui annonça son désir d’implanter son ambassade à Jérusalem…

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 IG Metall, le puissant syndicat allemand de la métallurgie et de la construction mécanique, appelle les ouvriers de Violkswagen à la grève afin d’obtenir une augmentation de salaire. Cette organisation qui rassemble près de 4 millions d’adhérents prône une réduction de la durée du travail à 28 heures/semaine avec compensation salariale. Rien que ça ! Cette information aura dû être commentée autour de la table où chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates tentent de former un gouvernement…

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 « Dieu en embuscade, cela existe. Où ? Sur le chemin de Damas. » Qui parle ? Le pape François ? Non. Victor Hugo (Choses vues, 31 décembre 1867).

Mardi 9 janvier

 Theresa May ne va pas vivre une année facile. La voici qui remanie son gouvernement sous la contrainte de scandales sexuels naissants. Et Blair qui tente de recouvrer une popularité, davantage du côté de ses électeurs qu’auprès de ceux de son parti ! Bah ! Qu’elle se dise d’abord que les choses ne se passent jamais comme on les avait imaginées, prévues ou prédites… Il ne faudrait toutefois pas qu’un ennui de santé vienne s’ajouter à ceux de sa fonction. Elle ne paraît pas en grande forme ces temps-ci…

                                                                       *

 Á présent que la vie a repris son cours normal et que la fièvre des guirlandes et des fééries lumineuses s’est apaisée, il est bon de relire le texte qu’Éric Guichard  - philosophe, maître de conférences à l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques - avait publié dans le numéro de Libération des 30 et 31 décembre sous le titre : La science contaminée par les croyances numériques. La société n’est qu’à la préhistoire de son organisation sous l’emprise du numérique et de l’intelligence artificielle. Il importe de la préparer, autant à l’école que dans la chose publique. Et de méditer ceci : « La foi dans l’innovation n’a qu’une fonction politique : freiner les revendications sociales, en invitant les pauvres et les exclus à attendre des jours meilleurs, une fois que ces ‘nouvelles technologies’ nous auront apporté bonheur, richesse, démocratie et savoirs. » Invitant ou incitant ? Le résultat est le même.

Mercredi 10 janvier

 Être féministe n’est pas être anti-hommes, et le geste de séduction, même maladroit, n’est pas du harcèlement. C’est la répétition de ce geste qui le devient, et bien entendu la contrainte voire la violence physique qui pourraient l’accompagner. Voilà en substance ce qu’ont dit une centaine de femmes dans Le Monde, s’opposant ainsi à l’expression « Balance ton porc ! » des militantes radicales qui choque, quant à elle, par sa brutalité verbale et la vulgarité qui l’enrobe. Catherine Deneuve, figure parmi les signataires de ce texte dont l’intitulé, La liberté d’importuner, contraste avec l’autre, et qui pourrait devenir un beau sujet de dissertation philosophique. Le débat est lancé chez les féministes. Il n’est pas prêt d’être achevé, d’autant que la personnalité de l’actrice le conduit hors frontières, carrément sur un large plan international.

                                                                       *

 Une autre prise de position qui risque de provoquer des débats interminables est l’annonce, par Emmanuel Macron, de vouloir légiférer pour sanctionner les auteurs de fausses informations, en particulier au cours des campagnes électorales. Qui sera le détenteur de la vérité qui pourra donc punir ? Et puis, l’arsenal juridique concernant les faiseurs d’opinion n’est-il pas suffisant ? Condamner les fausses informations, ce pourrait être une fausse bonne idée.

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 Que souhaitez-vous pour 2018 ? a demandé L’Express via un sondage de l’Ifop. Les moins de 40 ans répondent : « Qu’on ait moins peur les uns des autres » et les Français, toutes générations confondues, demandent au gouvernement une politique migratoire plus sévère… Gouverner, c’est pratiquer l’art du possible.

Jeudi 11 janvier

 Décidément, les débats de fond fleurissent ces jours-ci ! Antoine Gallimard annonce qu’il « suspend » son projet de publier les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline. Et revoici du grain à moudre non pas à propos de la censure mais plutôt de l’autocensure… Bah ! Ça nous change des débats de fonds…

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 Frédéric Beigbeder était au bar du Ritz lorsqu’un commando de malfaiteurs a fait irruption dans cet hôtel de luxe, armé de pistolets et de haches, afin de briser les vitrines et de voler pour 4 à 5 millions d’euros de bijoux. Il s’est réfugié dans les toilettes du sous-sol, croyant à une attaque terroriste. S’il était en panne d’imagination pour un prochain roman, le voilà outillé. N’empêche : après les stades et les écoles, il convient à présent d’équiper de sentinelles militaires armées les entrées des hôtels de luxe. La génération qui vient au monde ces temps-ci trouvera cet état de fait courant, normal. Et quand on lui racontera que cela n’existait pas avant la deuxième décennie du 21e siècle, elle se dira que notre société s’avérait bien dangereuse parce qu’imprudente.

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 « Haïti et l’Afrique sont des pays de merde ». Dernière trumperie. Sans importance. Apparemment. Mais le vase à indignations se remplit. Un jour, il suffira d’une goutte…

Vendredi 12 janvier

 L’Allemagne a réussi à boucler l’année avec un excédent de 38 milliards d’euros. Malgré ce résultat remarquable et prometteur, Angela Merkel ne parvient pas à former un gouvernement depuis le 24 septembre. Caprice de riches ? Hum… Pas seulement. Conservatisme exacerbé ramolli par l’usure du pouvoir. Les adhérents du SPD auront à se déterminer sur un préaccord au cours d’un congrès extraordinaire le 21 janvier. Pour préparer le renouvellement du Parlement européen de juin 2019, il vaudrait mieux que les choses s’arrangent. Macron attend Angela. Impétueux et pressé, il est toutefois bien obligé d’attendre. Pour patienter, il peut téléphoner à son ami Trump et là, il a de quoi faire. Le ramener dans la COP 21 par exemple…

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 L’an dernier, grâce à Catherine Frot et à Meryl Streep, deux films ont révélé l’extravagante personnalité de la soprano Florence Foster Jenkins qui pensait être une diva, qui chantait en vérité horriblement faux, et que toute la bonne société new-yorkaise acclamait hypocritement. Elle l’aurait raillée mais voilà : Florence était très riche… « Trop riche » dit Sorj Chalandon dans Le Canard enchaîné en commentant sa fin, après une prestation au Carnegie Hall de la 7e Avenue où elle se produisait à guichets fermés, où elle reçut The standing ovation, mais où la presse du lendemain décrivit la supercherie. « Absence de vibrato, diction inintelligible, ni rythme, ni note, ni hauteur de ton, tout est faux, et à contretemps. Mais rien n’est drôle. Ce n’est pas une farce, c’est une tragédie. » C’était le 25 octobre 1944. Elle avait 76 ans. Elle mourut de chagrin un mois plus tard. Quand le spectateur sortait de la salle noire après avoir vu Frot ou Streep, il avait définitivement abandonné le rire qui s’était emparé de lui au début du film. Il était mal à l’aise, dans un état d’esprit  bancal, engoncé dans le pathétique. Avec le recul, on sait que Florence Foster Jenkins est une femme de cœur, pleine de sentiments généreux, une mélomane admirable. Ce n’est plus son portrait qui importe, c’est celui de tous ces fourbes dissimulateurs visqueux qui l’applaudissent et vantent son talent d’année en année. C’est eux qu’il convient de dépeindre, c’est à eux qu’il faut consacrer un film. L’occasion de se poser les questions : qui sont-ils aujourd’hui ? Que font-ils ? Que pensent-ils ? Comment se comportent-ils en tant que citoyens ? Etc. On attend le réalisateur audacieux, le nouveau Claude Chabrol.

Samedi 13 janvier

 Il y a 120 ans, le 13 janvier 1898, L’Aurore, le journal de Georges Clemenceau, publiait en pleine page une tribune d’Émile Zola sous le titre J’Accuse… ! Quel serait le thème de pareille charge aujourd’hui ? Les migrants, sans aucun doute.

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 Un débat sur France Inter (un débat parmi tant d’autres…) relatif aux fausses informations (fake news) donne l’occasion à un animateur d’évoquer la méthode consistant à « séparer le bon grain de l’ivraie ». Á l’instar de plusieurs paroles des évangiles, cette expression est le résultat d’une pensée tronquée de Vauvenargues (1715 – 1747). La voici dans son intégralité qui pourrait être méditée par plus d’un commentateur : « On n’apprend aux hommes les vrais plaisirs qu’en les dépouillant des faux biens, comme on ne fait germer le bon grain qu’en arrachant l’ivraie qui l’environne. » … Et l’on s’aperçoit que la première partie de la citation est plus lourde de réflexion que la seconde.

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 Les banques font preuve d’une imagination débordante pour inventer des frais. La chaussette bourrée au fond de la garde-robe et le magot sous l’oreiller pourraient bien redevenir en pratique.

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  Benoît Hamon, sur le plateau de Ruquier dans l’émission On n’est pas couché : « La République ne fabrique plus des égaux. » C’est exact. Elle fabrique plutôt des egos.

Dimanche 14 janvier

 Est-ce la détente dominicale qui fait naître dans les rédactions d’étranges proximités d‘informations ? Sur Europe 1, le matin, on apprend que le dernier cinéma porno de Paris (Le Beverley, 2e arr.) va fermer ses portes. Juste après, on signale que les finances de l’Église française sont dans le rouge. La tentation est grande d’imaginer la Sainte Institution reprenant le circuit X afin de renflouer ses caisses. Après tout, comme l’avait révélé jadis Le Canard enchaîné, Louis Pauwels, éditorialiste bien pensant du Figaro Magazine, pouvait arrondir ses fins de mois grâce à un cinéma de ce type occupant un établissement  propriété de son épouse… BEL-RTL, journal de la mi-journée : un éléphanteau est né dans un parc animalier. Images touchantes d’amour maternel commentées avec charme et douceur. Juste après, il est question de l’élection de Miss Belgique. « Sans transition » précise le présentateur en souriant. Sans transit plutôt… Eh oui ! C’est dimanche, un jour où une analyse approfondie des nouvelles serait amusante et légère…Parfois…

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 Si l’on figure parmi les amateurs des films de Claude Lelouch, la meilleure manière de visionner Chacun sa vie, qu’il réalisa et produisit l’an dernier, est d’en acquérir le DVD. Ce film ne fut en effet pas bien distribué, très peu en France, pas du tout en Belgique. D’une certaine manière, ce n’est pas grave. C’est loin d’être son meilleur. Mais la narration propre au cinéaste reste intacte, ce côté accrocheur basé sur la face cachée des histoires simples est toujours agréable à goûter. Quelques scènes charmantes bâties autour de la personnalité de Johnny Hallyday demeureront dans l’anthologie du cinéma, d’autant plus que la belle gueule de Jean Dujardin rehausse les images de joie musicale. Quant aux Beaunois (en particulier ceux de la place Carnot) et aux touristes qui choisissent cette sous-préfecture de la Côte d’Or comme étape de vacances, ils ne pourront qu’apprécier l’ambiance de fête qui plane sur la cité viticole.

Lundi 15 janvier

 Comme il fallait s’y attendre, les débats entre féministes à propos des agressions sexuelles débouchent sur des  prises de position individuelles parfois pertinentes, parfois maladroites, parfois même insupportables. Et comme on le redoutait, Catherine Deneuve, la plus célèbre des cent signataires pour « la liberté d’importuner », est soumise à toutes les appréciations. Alors elle a décidé de sortir de son silence, et de manière admirable. La mise au point qu’elle a confiée à Libération, reprise par tous les médias et en particulier par Le Monde, qui publia le texte qu’elle cosigna, est d’une qualité irréprochable et d’une netteté remarquable. Elle en profite pour rappeler à certains de ses détracteurs qu’elle figurait parmi les « 343 salopes » qui avaient signé le manifeste « Je me suis fait avorter… » publié par Le Nouvel Observateur le 5 avril 1971 à l’invitation de Simone de Beauvoir. Elle était en effet en bonne compagnie avec des consoeurs comme Jeanne Moreau, Marie-France Pisier, Micheline Presle, Agnès Varda, Marina Vlady… Et bien sûr, des écrivaines comme Marguerite Duras ou Françoise Sagan. Quatre ans plus tard, la loi Veil était adoptée. C’était aussi le temps où Le Nouvel Observateur était un journal de combat. Hélas!, il n’est plus désormais qu’un magazine pipeul comme les autres.

Image: 

Catherine Deneuve revient sur la polémique lancée dans « Le Monde ». Photo © Euronews

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