semaine 47
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Le fond de l’air est brun

Le 01 juillet 2018

Samedi 16 juin

 Réflexion de Claude Javeau, professeur honoraire à l’Université Libre de Bruxelles : « Si les Diables rouges parviennent en finale, leur entraîneur, Roberto Martinez, touchera une prime de 1,5 million d’euros. Je propose de lui offrir en sus une croisière sur l’Aquarius… » Ce bateau d’une ONG française recueillant des migrants naufragés en Méditerranée, interdit d’accoster dans un port italien arrive demain matin à Valence avec à son bord 629 désespérés. Les citoyens espagnols ont dressé des calicots de bienvenue. Et s’il se passait quelque chose comme un revirement des peuples européens vis-à-vis de ce phénomène migratoire pesant sur les gouvernements de l’Union ? Á Bruxelles, des restaurateurs se sont constitués en association pour embaucher des réfugiés syriens dans le cadre de petits boulots…

Dimanche 17 juin

 Il y a des gens qui broient du noir et d’autres, beaucoup moins nombreux, qui le célèbrent. Pierre Soulages en est leur plus talentueux représentant. Toute une vie à faire jaillir la lumière de cette couleur qui l’a hanté jusqu’à la manière de s’habiller ainsi que celle de Colette, son épouse depuis toujours, une année plus jeune que lui. On apprend tout cela dans l’entretien très bien charpenté qu’il accorda pour le JDD à Stéphanie Belpêche, un dialogue bien construit et très judicieusement équilibré sur les jalons d’une vie de fidélités aux objectifs que l’artiste s’est imposés. Pierre Soulages tire aussi fierté de la visite des présidents de la République. Il les cite tous, depuis de Gaulle jusqu’à Macron, sauf bizarrement Georges Pompidou, celui qui, avec sa femme Claude, devait sans doute s’attacher le plus à son œuvre, voire peut-être même se passionner pour elle. Il garde Mitterrand pour la fin de son énumération car il tient à le qualifier : « le pharaon ». L’intéressé aurait aimé.

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 Au vu de la bande-annonce pour Les troisièmes noces, le film de David Lambert, on s’attend à une comédie sur la construction d’un mariage blanc. Bouli Lanners, « vieux pédé », veuf inconsolé, accepte d’épouser Tamara, une jeune africaine interprétée par Rachel Mwanza. L’histoire, en fait, n’est pas drôle du tout. Mais que de longueurs ! Que de scènes superflues ! Le sentiment de remplissage nourrit une lassitude jalonnée de lieux communs et de moments  convenus.

Lundi 18 juin

 L’ennui. Une denrée rare. On a encore souvent rappelé ces temps-ci l’éditorial de Pierre Viansson-Ponté, Quand la France s’ennuie, publié dans Le Monde du 15 mars 1968, et considéré comme une analyse visionnaire du journaliste. Georges Bernanos voyait les choses différemment, mais c’était avant l’apparition de la civilisation de l’image : « L’ennui, le médiocre ennui, haï de tous, l’ennui qu’on croit stérile est l’humus profond, gras et noir, où longtemps d’avance, le hasard sème le grain d’où germera la joie. » (Un crime, 1935). Ainsi pourraient illustrer cette pensée toutes les périodes situées chaque jour, entre deux retransmissions de matches de Coupe du monde…

Mardi 19 juin

 En 2016, le président colombien Juan Manuel Santos reçut le prix Nobel de la Paix pour ses efforts en faveur du processus de pacification avec les Forces armées révolutionnaires colombiennes. C’était un fameux succès, les FARC existant depuis 1964, très actives depuis plus de 50 ans. L’élection présidentielle, à laquelle Santos ne pouvait plus se représenter, donna, comme on s’y attendait, la victoire à Ivan Duque, partisan d’une droite rugueuse, impitoyable. Pendant sa campagne, il ne cessa de signaler qu’il remettrait en question l’accord avec les FARC. Au soir de son succès, ce fut le point principal de son allocution. Il est obsédé par une sanction dure avec ce mouvement de guérilla communiste. On ne sait pas comment Duque va gouverner la Colombie mais apparemment, on sait qu’il se fiche de ne pas respecter l’héritage et qu’il risque donc de remettre en selle une rébellion armée dans ses maquis. Car on peut déjà supposer que les menacés ont eu le temps de s’organiser… Manquerait plus que Trump envoie ses boys aider Duque comme au bon vieux temps où la CIA fomentait des putschs en Amérique latine.

Mercredi 20 juin

 Tandis que le monde entier s’indigne de voir des enfants mexicains séparés de leur mère à la frontière avec les Etats-Unis, l’ambassadrice de Trump à l’ONU annonce que son pays se retire du Conseil des droits de l’Homme, considérant que celle-ci est discriminante à l’égard d’Israël. Méthode bien connue de la part de l’extrême droite : prendre l’événement à rebrousse-poil et le gonfler sans coup férir. Bien entendu, quelques minutes plus tard, Benyamin Netanyahou s’est félicité de la position américaine. Il y a cinquante ans, le fond de l’air était rouge. Il devint ensuite vert avant qu’il soit bariolé aux couleurs de l’Union Jack. Désormais, il vire au brun. En un demi-siècle, il n’a jamais été vraiment bleu.

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 C’est de l’impuissance politique, de son manque de pédagogie que naît le populisme.

Jeudi 21 juin

 Glanes de solstice.

  • Macron et Merkel sont tombés d’accord pour doter la zone euro d’un budget propre dès 2021. En principe, cette année-là, ils seront encore tous deux aux commandes. En principe.
  • Le Monde titre : Burn-out à l’Élysée où le rythme de travail du président et le nombre considérable de réunions provoquent des défaillances. C’est un combat d’arrière-garde mais bon sang, quand les substantifs adéquats existent en français, pourquoi faut-il aller chercher le mot idoine chez les Anglais ? Larousse parle d’ « épuisement professionnel » Eh bien que Le Monde titre Épuisements professionnels à l’Élysée nom de Dieu ! Dans cette catégorie-là, les termes français ne manquent du reste pas : défaillance, déprime, surmenage, etc.
  • La croissance française est revue à la baisse. De 2,3 % en 2017, elle pourrait plafonner à 1,7 en 2018. En cause : la consommation des ménages. Ah ! Ces pauvres qui ne savent pas activer l’économie ! Ça ne servirait vraiment à rien de leur donner un peu plus d’argent : ils le dépenseraient mal.
  • Macron et Merkel se sont aussi mis d’accord sur le phénomène de migrations, devenu le plus prégnant pour l’Europe. Il faut empêcher les migrants potentiels de prendre la mer avec l’intention de rejoindre l’Europe. Pas con. Donc, au lieu de se chamailler, de s’inquiéter pour ouvrir les ports du nord de la Méditerranée, il vaut mieux veiller à fermer les ports du sud de la Méditerranée. Oui mais comment ? C’est simple, il faut les bombarder. Commencer par les ports Libyens, Tripoli et autres, l’aviation connaît le chemin, Sarkozy l’a déjà envoyée là-bas, conseillé par BHL.
  • Á Gaza, les cerfs-volants palestiniens taquinent les Israéliens. Netanyahou, appuyé par Trump, pourrait bien demander qu’on les mentionnât dans la liste des armes de destructions massives.
  • Les néo-nazis connaissent une recrudescence de notoriété au Québec. Et    tu quoque Belle Province !

 Même Angela Merkel a le blues !

 Allons ! Abomination de la désolation !... C’est l’été…

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 Á l’occasion de la Fête de la Musique, Macron innove, comme il se doit. La cour du Palais de l’Élysée a été ouverte au public pour assister à un concert de musique techno. Le couple présidentiel était de la partie et il a même posé avec les artistes offrant ainsi de beaux reportages juteux aux revues spécialisées. La fanfare de la Garde républicaine a sans doute été jugée trop traditionnelle. Ringarde la garde !... Soit. Á Buckingham, l’un des endroits du monde où l’on vénère le plus la tradition, lorsque la fanfare de Sa Gracieuse Majesté égaye un événement festif, elle interprète en tenue rigoureuse d’apparat, de belles mélodies des Beatles. Et c’est magnifique !

Vendredi 22 juin

 La Turquie vote dimanche pour renouveler son Parlement mais aussi pour élire le chef de l’État. Tous les médias semblent considérer qu’Erdogan pourrait se retrouver en ballottage. Difficile à croire. Les urnes ne sont-elles pas déjà remplies ? Une seule raison le nuirait : il a lui-même provoqué des élections anticipées alors qu’il détenait un pouvoir bien consolidé. On dit que cette initiative est due à de mauvaises prévisions économiques. Cette manœuvre tactique aurait-elle dégoûté le peuple ? Peut-être. En tout cas, l’opposition s’est organisée en se rassemblant. La voilà donc unie et ragaillardie, donnant plus de conséquence à l’arithmétique.

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 Bestiaire de com’ politique : on commence par vendre la peau de l’ours et on finit par noyer le poisson.   

Samedi 23 juin

 La France est un pays unique au monde par sa littérature, ses créations artistiques, ses paysages variés, ses villes attrayantes au plan du patrimoine historique comme de l’avant-garde dans l’aménagement urbain, ses reliefs divers et variés, sa gastronomie, son art de vivre, etc.

 Paris est une ville unique au monde.

 On peut récuser le premier constat et prétendre qu’il existe d’autres pays où l’harmonie des caractères, depuis la littérature jusqu’à la gastronomie, peut offrir un art de vivre équivalent.

 Il est déjà beaucoup plus difficile de contester l’attrait de Paris.
 Mais là où la France est sûrement un pays unique au monde, c’est par l’article premier de sa Constitution, établie par Charles de Gaulle et approuvée par le peuple, datée officiellement du 4 octobre 1958.

 Le voici :

 « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

 La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »

 On ne trouve nulle part ailleurs un texte aussi respectueux de la dignité humaine. Nicolas Hulot fait pression sur le président de la République pour que l’on insère dans cet article premier la protection de l’environnement qui est déjà mentionnée dans l’article 34 et qui fait l’objet d’une charte approuvée en 2004 jointe à ladite Constitution. Ce serait ouvrir dangereusement la porte à d’autres considérations qui, débattues, risqueraient de diluer la force de cet article premier dans des préoccupations qui, aussi nobles et profondes soient-elles, n’ont pas leur place à cet endroit.

 Touche pas à cet article premier Nicolas ! Touche pas !

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 Le milliardaire François Pinault déclare au Monde que Macron « ne comprend pas les petites gens ». Tandis que lui…

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 Une révolution en Arabie saoudite : à partir de ce soir minuit, les femmes pourront piloter une  automobile. Par cette annonce qui étonne ou fait sourire, on perçoit bien le gouffre qui sépare cette nation médiévale avec l’Occident, lequel entretient avec elle des rapports plus que courtois, pétrole oblige.

Dimanche 24 juin

 Pendant plus d’une semaine, les médias n’ont cessé de sous-entendre que l’opposition turque pourrait créer la surprise aux élections présidentielle et législatives et mettre Recep Erdogan en difficulté. Ce soir Erdogan est réélu dès le premier tour et son parti, associé à la droite nationaliste dure, gouvernera sous sa botte puisqu’en l’élisant les citoyens ont également opté pour une révision de la Constitution octroyant plus de pouvoirs encore au sultan. Démocrature n’est pas un anglicisme. Il faudra néanmoins l’accepter comme néologisme sans tarder. La contraction entre « démocratie » et « dictature » existe tellement dans les faits (Xi Jingping, Vladimir Poutine, Erdogan…) qu’elle doit trouver sa réelle signification dans le vocabulaire.

Lundi 25 juin

 Dans un entretien au Monde sous le titre L’identitarisme est la maladie du XXIe siècle, l’écrivaine académicienne Danielle Sallenave conclut : « Il n’y a plus d’enfants du peuple, maintenant, mais des ‘gamins de quartier’, rebelles à nos valeurs et futurs djihadistes. Or, ce qu’il nous faut, c’est retrouver ce qui animait l’idée républicaine dans ses origines, avant même qu’elle s’établisse durablement : le désir, l’espoir, la volonté de faire advenir un monde où chacun pourrait s’arracher à la dépendance politique, économique, sociale ; où chacun pourrait conquérir sa part d’une souveraineté qui est celle du peuple même, quand il les réunit. Ce qu’il nous faut, c’est cet idéal toujours inaccompli. Mieux qu’un idéal : une utopie. Car l’idéal est un rêve, tandis que l’utopie est un projet. » Quand la social-démocratie entamera sa reconstruction voire sa renaissance, elle fera bien de situer cet extrait dans ses attendus.

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 L’Office national de la Chasse et de la Faune sauvage (ONCFS) estime à 430 le nombre de loups en France. L’augmentation annuelle de la population des canidés est estimée à 20 %. C’est une information très encourageante pour les dizaines de milliers de touristes et de vacanciers qui se préparent à des randonnées dans les forêts, les campagnes et en montagne… Albert Vidalie prétendait qu’il avait ressenti la prémonition de Mai’68 lorsqu’un an plus tôt, il écrivit Les loups sont entrés dans Paris, un texte « écrasant » disait Serge Reggiani, sur lequel Louis Bessières façonna une musique lancinante. Cette prémonition pourrait bien se réaliser de manière plus concrète un demi-siècle plus tard.

Mardi 26 juin

Le François devant lequel Macron se fait modeste et respectueux n’est pas Hollande. C’est le pape.  

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Le vœu, l’injonction artificielle (voir samedi 23) étaient trop tardifs. La Commission de révision de la Constitution se réunit pour la première fois aujourd’hui sous la présidence du rapporteur général, Richard Ferrand, chef du groupe des macroniens, déjà incapable de répondre aux questions, pourtant élémentaires, de Patrick Cohen à la matinale d’Europe 1 sur ce fameux article premier. La boîte de Pandore a été ouverte. 1378 amendements ont déjà été déposés. C’est dire que les propositions les plus loufoques (comme réécrire la Constitution en écriture inclusive…) se font jour autour d’un texte qui doit rester large mais précis. Il faudra que le travail se poursuive à l’automne et même après… Le plus tard sera le mieux. Par bonheur, lorsque l’Assemblée aura procédé à l’adoption du nouveau texte, celui-ci devra être approuvé dans les mêmes termes par le Sénat. Les Sages n’auront jamais si bien porté leur nom. D’ores et déjà, leur président Gérard Larcher rappelle le mot de Montesquieu : « Il faut toucher à la Constitution d’une main tremblante. »

Mercredi 27 juin

 Si l’on était amené, dans les prochains jours, à commenter une crise de régime en Allemagne, compte tenu de l’importance que prend la Coupe du monde de Football dans la vie des nations, l’on serait sûrement porté à mentionner dans les symptômes la défaite humiliante des champions du monde sortants, sortis par une petit équipe de Corée du Sud qui, elle, avait déjà fait ses valises. Pour la première fois depuis 1938, la Mannschaft quitte le tournoi dès son entrée en lice. C’est un très mauvais signe pour Angela Merkel, déjà en grosses difficultés à cause de sa droite bavaroise dure et exigeante vis-à-vis des migrants. Elle retrouvera ses collègues européens demain à Bruxelles pour un sommet à hauts risques. On imagine le conseil que Macron pourrait lui donner : « Va voir le pape ! »

Jeudi 28 juin

 Jusqu’à présent, aucun incident, aucun débordement et, a fortiori, aucun attentat n’ont entaché le déroulement de la Coupe du monde de Football. Les enceintes sont pleines et la fête s’accomplit dans l’allégresse.  De son bureau du Kremlin, Vladimir Poutine doit suivre au jour le jour les compétitions qui se déroulent aux quatre coins de son empire. La répartition des stades a aussi fait l’objet d’une belle étude propagandiste. Rien n’a été négligé. Le monde entier fait ainsi connaissance avec des villes dont il ignorait le nom. Même Kaliningrad fut servie. Cette enclave au bord de la mer Baltique a été conquise par l’armée soviétique lors de la Seconde guerre mondiale. Hors de question pour Staline, lors du nouveau partage des territoires à Yalta, de s’en séparer. Á l’époque, elle s’appelait Königsberg. Ce fut une ville prussienne renommée grâce aux personnalités qu’elle produisit dans l’empire allemand parmi lesquelles le respectable et prestigieux philosophe Emmanuel Kant (1724 – 1804) qui y resta toute sa vie, renonçant à l’appel des sirènes qui l’invitaient à vivre dans les grandes villes réputées intellectuelles de l’empire. Compte tenu de sa situation géographique, Königsberg devenue Kaliningrad est surtout aujourd’hui une solide base militaire. Mais elle est aussi équipée d’un stade où un match important pour la suite du tournoi oppose ce soir l’Angleterre et la Belgique. Ce petit pays que l’on distingue à peine sur le globe terrestre est tout entier paré des couleurs noires, jaunes et rouges que reflète son drapeau. Son cœur bat au rythme des Diables rouges. Et cependant, pendant qu’ils s’époumonent  devant les grands écrans installés en plein air sur les places publiques ou les petits de leur salon, les citoyens belges ignorent que leur avenir se joue à Bruxelles. L’Union européenne est en effet en péril, divisée sur la question des migrations. Á 28 - Theresa May est toujours là… -, ils doivent absolument trouver un compromis stable et durable, respectueux de la personne humaine, digne du devoir d’hospitalité qui honore son histoire et les valeurs qu’elle représente. Si les Diables rouges remportent la victoire, la bière coulera partout et les chants de gloire s’envoleront vers le ciel. La nuit festive sera longue. Au siège des institutions européennes, la nuit sera longue aussi, mais moins festive.

Vendredi 29 juin

 Alvarez Manuel Lopez Obrador, dit AMLO, enfin président du Mexique ? Réponse après-demain, pour un enjeu qui concerne le monde entier. Car hormis des modifications sensibles au plan intérieur, on peut s’attendre à une bonne dose de poil à gratter dans les articulations de Donald Trump.

Samedi 30 juin

 Les Européens ont trouvé un accord au milieu de la nuit sur le problème des migrants. Des « plates-formes de débarquement » à créer en Afrique du Nord, des « centres contrôlés » dans les pays de l’Union qui se porteront volontaires, tous ces lieux supervisés par l’administration européenne, ce n’est pas une solution glorieuse, à perspectives de responsabilités courageuses et honorables. Mais c’est la formule qui a fait consensus, qui a obtenu l’unanimité, ce que plus personne n’osait espérer, nombreux observateurs se préparant déjà au verdict contraire en élaborant des scénarios d’explosion institutionnelle. Les commentaires seront multiples et souvent critiques. L’évaluation de cet accord pourra déjà donner ses fruits lors du sommet de décembre. Avant cela, toutes les supputations ne seront que bavardages. L’Union européenne vit, elle est debout, c’est le point fort de la nuit. Partant, Angela Merkel pourra continuer à diriger la plus forte économie des 28. Ce n’est pas rien.

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 Tous les médias déroulent avec plus ou moins d’éclat la phase  annonciatrice de l’événement dominical : l’entrée de Simone Veil au Panthéon. Les évocations biographiques sont parsemées d’éloges. Qui s’en offusquerait ? Mais Simone Veil n’entrera pas seule au temple de la « Patrie reconnaissante ». Son mari sera du voyage. Et il faut le dire tout net : Antoine Veil n’a pas sa place au Panthéon. Même si la famille l’avait souhaité, le président de la République n’aurait pas dû accepter. Parce qu’à tant faire que d’honorer les partenaires, si essentiels eussent-ils pu être dans la  vie et l’œuvre des impétrants, on peut énumérer des souhaits légitimes : la marquise du Châtelet aurait sa place près de Voltaire, ou sa nièce et amante Marie-Louise Denis qui l’accompagna jusqu’au dernier jour, ou Julie de Lespinasse, de complicité intellectuelle, qui reçut un vibrant hommage de l’homme de Ferney lorsqu’elle décéda. Madame de Warens, tutrice et amante de Jean-Jacques Rousseau n’aurait pas volé sa présence à ses côtés. Et que dire de la merveilleuse Juliette Drouet qui, si elle ne vécut point avec son Totor durant toutes ces décennies d’amour et de complicité littéraire ou épistolaire, aurait mérité de passer l’éternité à ses côtés sous la voûte étoilée ?... Et s’il s’agit de faire entrer un couple sans modifier ce qui est, que Macron fasse entrer Germaine de Staël et Benjamin Constant ; ce serait pour lui, dans son hommage, l’occasion de se replonger dans les racines du libéralisme, le vrai.

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