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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Observer depuis les cimes

Le 18 octobre 2017

Mercredi 11 octobre

 La température retombe en Espagne : on parle d’une réforme constitutionnelle mise à l’étude. Sans doute avec le désir de prendre le gouvernement catalan à contrepied. Quant aux agences de presse, elles montrent le désarroi des militants indépendantistes en publiant deux photos côte à côte : rassemblés sur les places dans le but de faire la fête, ils entendent Puigdemont proclamer l’indépendance. C’est une explosion de joie. Quelques minutes plus tard, la même prise de vue. Puigdemont suspend la déclaration d’indépendance : les mines sont déconfites.

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 Il y aurait plus dingue que Kim-Jong-un, c’est sa sœur, Kim Yo-jong. Elle n’a pas 30 ans et elle serait son égérie, son âme damnée, son inspiratrice, son impresario, son habilleuse, son scribe, sa conseillère permanente bref, elle est lui. Une famille explosive.

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 Boris Cyrulnik, 80 ans, est un psy délicieux, un homme avenant, qui aime répéter : « Plus je vieillis, plus le monde me paraît jeune». C’est une manière intelligente d’avoir confiance en l’avenir.

Jeudi 12 octobre

 Tandis que l’Union européenne s’efforce de temporiser, de rester cohérente vis-à-vis de l’Iran depuis que Trump a remis en cause le délicat et fragile accord sur le nucléaire, l’inconstant étatsunien ouvre déjà un autre front : il déclare se retirer de l’UNESCO sous prétexte que cette institution onusienne est « anti-israélienne ». Ce rustre conduit le monde à sa perte. Fortifié par cette décision absurde, le Premier ministre Netanyahou embraye : Israël annonce dans la foulée qu’elle fait de même. Ce borné conduit son pays à sa perte.

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 Confidence de Ken Weinstein, directeur du Hudson Institute, think tank proche des Républicains, à Anne Sinclair : « Les Américains qu’on n’écoutait plus ont au moins l’impression [avec Trump] d’être entendus et pour eux, c’est le plus important ! » Cette réflexion consolide  le constat maintes fois vérifié partout dans le monde, dégageant une différence civique entre la ville et les campagnes, les citoyens jugés délaissés et les élites, ceux qui savent et ceux qui privilégient le bon sens  plutôt que l’analyse. L’expression du suffrage universel révèle cette différence au grand jour par des résultats surprenants et inattendus. L’instrument audiovisuel, pouvant créer le village planétaire, a, soumis aux forces de l’argent,  manqué sa mission d’éducation permanente.

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 Le 24 octobre, Gilbert Bécaud aurait eu 90 ans. Voilà déjà 16 ans qu’il a quitté ce monde. Il existe encore des clubs « Amis de Gilbert Bécaud » très dynamiques. Ceux-ci se préparent à célébrer cet anniversaire. On ne serait pas étonné de revoir Monsieur 100.000 volts en vedette d’émissions de variétés de premier plan à la télévision. Le style qu’il développa avec une ardeur dont les pianos se souviennent n’est pas hors du temps, ni des mémoires. Et maintenant par exemple, restera parmi les plus belles chansons françaises, celles qui traversent le Temps et les modes.

Vendredi 13 octobre

 Ils étaient treize à table et le treizième était le traître. Depuis la Cène, le 13 est maudit. D’après le calendrier hébraïque, La Cène s’est tenue la veille d’un vendredi 13. C’est donc devenu un jour de malchance. Beaucoup d’institutions en tinrent compte. Leur superstition les conduisit à la prudence : pas de siège n°13 dans les avions, pas de 13e étage dans certains immeubles, un numéro de rue 11 bis ensuite le 15, etc. Et puis, on ne sait trop pourquoi, ce signe de malchance devint aussi jour de chance. C’est le vendredi 13 que les sociétés de jeux et loteries en tous genres font les meilleures affaires.  Peut-être est-il sain de mépriser le vendredi 13 au même titre, du reste, que toutes les superstitions. Car comme le disait Léonard de Vinci : « Dès que la Chance entre quelque part, l’Envie fait le siège et engage le combat. » Il arrive aussi que l’Envie nargue la Chance et qu’elle donne naissance à des situations les plus invraisemblables. L’Envie, ce peut être l’éveil des rêves les plus fous  Comme celui-ci par exemple : François Hollande redeviendra un jour président de la République.

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 19 h 45 Arte ouvre son Journal par deux titres : 1. Trump remet en cause l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. 2. Audrey Azoulay est élue directrice générale de l’UNESCO. 20 heures. Laurent Delahousse annonce les titres qu’il va développer au JT de France 2. Il y en a six, depuis les mises en cause du producteur américain Harvey Weinstein pour harcèlement sexuel jusqu’aux funérailles de Jean Rochefort. Pas un mot sur l’UNESCO. Cet oubli est d’autant plus dommageable que d’une part le dernier concurrent opposé à la lauréate était Qatari et que de nombreux pays arabes l’ont boycotté, prétendant que le Qatar finançait Daesh ; que d’autre part, Audrey Azoulay, dernière ministre de la Culture de François Hollande, est européenne, comme Irina Bokova, qui la précédait, et qu’il lui faudra d’autant plus démontrer son universalité plutôt que le repli, surtout après l’attitude de Trump entraînant Netanyahou dans son sillage brumeux.

Samedi 14 octobre

 Dans l’avion qui l’emmène à Séoul pour une première conférence en tant qu’ancien président de la République française, François Hollande aura eu l’occasion de prendre connaissance des commentaires à propos de la désignation d’Audrey Azoulay à l’UNESCO. Aucun ne manque de souligner que c’est François Hollande en personne qui a suscité cette candidature, avant la fin de son mandat.

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 « Les oubliés de Macron ». Une expression qui fait son chemin…

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 D’une certaine manière, on pourrait considérer qu’avec Happy end, Michael Haneke a réalisé une suite à son chef-d’œuvre, Amour. Jean-Louis Trintignant est là ; sa fille aussi en la personne d’Isabelle Huppert, et le climat de désespérance où la mort rôde toujours un peu domine les comportements et les relations. Par ailleurs, la lenteur narrative et les espaces vides entre deux faits de l’histoire laissent le spectateur en besoins de compréhension qui tantôt le pèsent, tantôt le guident vers une part de vérité, une obligation de réflexion sur la vie et ses scories. Le cadre où s’accomplit l’interactivité des circonstances prend autant d’importance que les sujets. C’est époustouflant dans l’indéfinissable. Il faudra inventer un adjectif dérivé de Haneke pour qualifier ce type de narration cinématographique.

Dimanche 15 octobre

 Héritier des Léon Bloy et Léon Daudet, Éric Zemmour excelle dans le propos réactionnaire et dans la provocation. Son livre Mélancolie française (éd. Fayard / Denoël, 2010) présentait un chapitre intitulé Le Belge. Jamais un écrivain français ne s’était montré aussi érudit sur l’histoire de la Belgique. En la décortiquant, il aboutissait à l’inévitable destin : la Belgique va éclater. Zemmour vient de réitérer sa prédiction sur Paris Première au cours d’un débat touchant à la Catalogne. Et justement, peut-être devrait-il revoir son appréciation. Le grand soir indépendantiste n’a pas eu lieu à Barcelone. Pour l’heure, on ignore comment les choses vont évoluer mais survient dans les analyses la question de l’impasse européenne. Tout État souhaitant adhérer à l’Union doit être accepté par l’unanimité des membres. On le savait mais cette règle semblait jusqu’ici presque occultée par les enthousiasmes. En clair, si la Catalogne indépendante voulait devenir membre de l’Union européenne, elle devrait en établir la demande et obtenir l’assentiment de tous les États qui la composent… dont l’Espagne. Cette clause impérative sème le doute et la panique chez les acteurs économiques. Ceux-ci envisagent leur déménagement vers Madrid. S’agissant de la Belgique, le même raisonnement peut s’appliquer à la Flandre. Du reste, il y a chez les nationalistes de la NV-A des tendances à délaisser leurs revendications communautaires, d’autant plus que la situation actuelle leur convient très bien : le Premier ministre, Charles Michel est leur faire-valoir. Il a le titre mais le pouvoir est au Nord (son parti, le MR, occupe 20 sièges sur 150 à la chambre ; les trois autres partis de sa majorité sont flamands). Le véritable chef du gouvernement, c’est le maire d’Anvers, Bart De Wever. Sans être indépendante, la Flandre pompe les moyens de sa prospérité à la manne fédérale. Le beurre et l’argent du beurre. Une situation tellement confortable que des voix flamandes – et non des moindres - s’expriment déjà maintenant, à plus de 20 mois des élections, pour souhaiter la reconduction de la coalition vers un gouvernement Michel 2. La séparation de la Belgique prévue par Zemmour n’est sans doute pas pour demain. D’autant que demain, les Diables rouges gagneront peut-être la Coupe du monde de football, auquel cas le drapeau tricolore ébranlerait tout le royaume au point de l’émouvoir et d’en attendrir ses composantes. Un phénomène identique au black-blanc-beur de 1998 en France.

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 Le botaniste Francis Hallé, 79 ans, professeur émérite à l’université de Montpellier aime tellement la forêt équatoriale qu’il fait découvrir le mot Canopée au plus grand nombre. La canopée, c’est l’étage supérieur de la forêt, directement influencé par les rayons du soleil. On a tous un havre en tête. Le havre de Hallé, c’est la canopée, l’endroit idéal pour admirer la forêt. S’y balader, c’est bien, mais c’est comme si on découvrait Paris en se promenant dans le local à poubelles d’un immeuble dit-il. Mieux vaut se retrouver sur le toit… Bien entendu, si le professeur Hallé continue de fréquenter les canopées du monde, c’est pour en tirer des constats vitaux en faveur de l’évolution de l’humanité. Le voici en route pour la Birmanie, un pays où, d’après lui, les forêts proposent les plus intéressantes canopées. Ces jours-ci, quand on découvrait la Birmanie dans les actualités, c’était pour apprendre que l’ONU avait qualifié d’ « épuration ethnique » le sort qui y était réservé aux Rohingyas, ce peuple martyrisé dont bizarrement, la conseillère spéciale de l’État Aung San Suu Kyi conteste et même nie le drame qu’il subit. Des professeurs de l’Université catholique de Louvain se sont rendus en Birmanie. Ils ont enquêté, discuté aussi avec la lauréate du prix Nobel de la Paix (c’était en 1991… Depuis, l’eau a coulé sous les ponts de l’Irrawaddy) et ils ont fait rapport au Conseil rectoral. Conclusion : il n’y a plus de chaire Aung San Suu Kyi à l’UCL. Voilà ce que c’est d’honorer des personnalités vivantes dans les symboles de l’alma mater. L’École nationale d’Administration (ENA) est plus prudente, qui donne à ses promotions des noms de hautes figures marquantes mais lointaines, comme Voltaire ou Clemenceau…Et même comme cela, il arrive que l’on prenne des risques !... Car la recherche historique bouscule souvent les certitudes. Demandez-le, par exemple, à Alain Badiou, jadis défenseur des Khmers rouges…

 

 

Image: 

Observer la cime des arbres de la forêt primaire à l’aide d’une plateforme légère de 300 ou 600 m2. Ce « radeau » sert à la fois de laboratoire et de lieu de vie pour les scientifiques. https://fr.ulule.com/radeaudescimes/

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