semaine 47
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Ouf, c’est la rentrée des livres et des politiques

Le 25 août 2018

Jeudi 16 août

 Ce n’est pas encore officiel mais ce n’est plus tout à fait une rumeur : Manuel Valls pourrait concourir aux fins de remporter la mairie de Barcelone. La compétition électorale est prévue au printemps prochain. Le temps presse si l’éventuel candidat veut se familiariser au terrain. Mais au-delà des contingences qui émailleraient son engagement et qui ne manqueraient pas d’être longuement analysées, une caractéristique neuve apparaîtrait dans le paysage européen : un ancien Premier ministre français, député en activité, pourrait devenir maire d’une grande ville espagnole. Cette situation totalement inédite confèrerait à l’Union européenne une nouvelle identité qui ne pourrait que renforcer sa cohésion.

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 François Hollande avait déclaré qu’il interromprait son tour de France des dédicaces afin de respecter les vacances des Français. Il reprendrait ses activités en septembre. Mais des libraires en redemandent ! Certains d’entre eux vont même à sa rencontre, le solliciter physiquement. Quand un souhait appuyé s’exprime, il ne dit pas non. Résultat : les files d’attente sont encore plus longues et les séances durent au moins 6 heures ! …La nouvelle est arrivée à Brégançon car des jeunes gens ont décidé de publier un tract vantant les mérites de la présidence Hollande. Il y a quatre jours, l’ancien président a fêté son 64e anniversaire. Á cet âge-là, de Gaulle traversait le désert et Mitterrand songeait à présenter sa candidature à l’élection présidentielle, une compétition qui à laquelle il avait déjà échoué à deux reprises.

Vendredi 17 août

 Erdogan maîtrise mal la chute vertigineuse de sa monnaie. Macron vient à son secours. Il lui téléphone pour « souligner l’attachement de la France à une Turquie stable et prospère. » Diable ! Il a oublié de joindre l’adjectif « démocratique » à ces deux-là ! Allez Manu, encore un effort ! Veille à ce que cet oubli ne soit pas qualifié de freudien…

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 Tandis que l’on prépare les funérailles des victimes de Gênes et que les travaux d’enlèvement des décombres se poursuivent, les tribunes libres s’accumulent dans la presse italienne et européenne sur les responsabilités quant à l’effondrement du viaduc. Enrico Colombatto, professeur d’économie à l’université de Turin, appuie sur trois mots : « corruption, gabegie, gaspillage ». Il n’est pas le seul. Le gouvernement d’extrême droite hésite à charger les exécutifs qui l’ont précédé. Il accable donc plutôt la société autoroutière. C’est une sagesse qui s’impose. Il faut toujours assumer l’héritage. Mais le débat ne fait que commencer. Déjà, l’Europe est pointée. Elle a tellement bon dos cette Europe…

Samedi 18 août

 Enfin - grâce à Libération et au vide estival – des nouvelles de Notre-Dame-des-Landes ! Comme on le prévoyait, la zone squattée par les opposants à l’aéroport n’est pas encore tout à fait dégagée et le blocage des routes n’a pas totalement disparu, ce qui nuit considérablement à certains petits commerces au point que plusieurs d’entre eux se sont résolus à fermer boutique (allô ? monsieur le ministre de l’Intérieur ? Monsieur Collomb ? …) Quant aux villages limitrophes, ils dégagent des sentiments divers. Á Vigneux, là où le nouvel aéroport devait naître, on est content, on félicite les zadistes. En revanche, à Saint-Aignan, en bordure de l’aéroport actuel, on est inquiet : en compensation de l’abandon du projet, une piste supplémentaire sera construite qui créera inévitablement de nouvelles nuisances (allô, monsieur le ministre de la Transition écologique ? Monsieur Hulot ? …)

Dimanche 19 août

 Á minuit la Grèce sera libérée de sa tutelle financière après huit années de garrot. L’Histoire retiendra qu’elle dut son maintien dans l’Union européenne à la ténacité de François Hollande. C’est à partir de ce lundi que l’on va pouvoir évaluer la réelle capacité d’Alexis Tsipras à gouverner le pays. Il est souriant et l’attrait touristique ne faiblit pas, au contraire. Ce sont là de bons signes. Mais rien ne remplace le soutien populaire.

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 L’artiste est prophète (suite). Des corneilles envahissent les villes polonaises et des loups pourraient bientôt entrer dans Paris.

Lundi 20 août

 On sait que la démesure est monnaie courante aux États-Unis. Leur président ne doit pas fournir d’effort pour illustrer cette réputation ; il lui suffit d’être égal à lui-même. La Pennsylvanie vient de recenser 300 prêtres pédophiles. Le pape François, dépassé par l’événement, ne peut rien exprimer d’autre qu’une « ferme condamnation des atrocités » Ce n’est pas encore ce souverain pontife-ci qui incitera l’Église à supprimer de sa doctrine le célibat des prêtres, une réforme inexplicable, au demeurant superflu, qui lui coûte cher en ces temps de pureté rigoureuse. Conseillons-lui l’apprentissage de la sage parole de Joseph Staline : « Un mort, c’est une catastrophe. Un million de morts, c’est une statistique. »

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 Georges Bernanos admirait Charles de Gaulle mais il refusa le poste de ministre que le général lui offrit à la Libération. Le chef de la France libre avait déjà dû lui envoyer un télégramme (« Votre place est parmi nous… ») au Brésil afin qu’il regagne la mère-patrie en quittant son pays d’exil. Un moment d’histoire un peu bizarre qui ne fut jamais vraiment approfondi. Et comme Bernanos mourut en 1948, l’intéressé n’eut pas l’occasion d’expliquer ses motivations avec le recul du temps. Bourru et sagace, il aurait été le Clemenceau du Général.

Mardi 21 août

 « Si les retours continuent d’augmenter, on ne parviendra plus à suivre la cadence… » Théo Francken, le secrétaire d’État chargé de l’Immigration en Belgique, est désespéré : sa politique de rapatriements forcés s’amplifie tellement bien qu’il manque de personnel pour en assurer l’accomplissement. La solution paraît pourtant simple : que les préposés à l’accueil soient affectés ipso facto au retour. D’un comptoir l’autre, on gagnerait du temps… Et de l’argent… Pauvre Francken ! Membre du parti nationaliste flamand qui, comme tous les partis nationalistes, est obsédé par la présence d’étrangers, il avait reçu, il y a quatre ans, le portefeuille qui lui permettrait de commander des charters et d’en jouir en présentant chaque année un palmarès musclé choyant la popularité de son parti en flattant les bas-instincts du bon peuple. Raté ! Deux ans plus tard, la crise migratoire se déclenchait. Pouah ! Quel métier ! Francken arrive exténué au bout de la législature. Il mérite d’être récompensé. Qu’on le mute à la Coopération au Développement pour la dernière année…

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 L’Obs propose des tableaux statistiques prouvant que le monde ne s’est jamais aussi bien porté : l’espérance de vie augmente, la sous-nutrition baisse, l’extrême pauvreté aussi ; l’alphabétisation progresse ainsi que la démocratie ; et l’économiste allemand Max Roser, chercheur à Oxford, l’une des figures centrales de l’antidéclinisme, signe un article intitulé « Nous vivons la meilleure période de toute l’histoire de l’humanité.» Il y a quelques années, Le Point avait  publié un dossier semblable. Et pourtant, le pessimisme perdure chez les citoyens. Alors quoi ? Rien. Le mal-être ne se mesure pas. Et le sentiment de vivre en permanence au bord d’un gouffre ne doit pas se psychanalyser. Ce qui compte, c’est de d’offrir un futur. Manu ! Encore un effort !...

Mercredi 22 août

 Deux millions de fidèles se retrouvent à La Mecque pour accomplir le pèlerinage qui sauvera leur vie. En 2015, la bousculade avait causé la mort de 2300 pèlerins. Désormais, l’événement se déroule sous la surveillance de l’énergique prince héritier réformateur Mohammed Ben Salman. Dans les grands bouleversements qu’il engage au sein de la très conservatrice Arabie saoudite, il ne s’est pas encore attaqué à ce fantastique rendez-vous annuel. Trop sacré. Trop emblématique. Trop ancré dans la tradition islamique. Pas encore…

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 Il paraît que les partis politiques sont à la recherche de têtes de liste pour les élections européennes. S’ils avaient des idées, ils auraient des candidats pour les représenter. Trop peut-être.

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 Une actrice italienne, victime des harcèlements de Weinstein, aurait agressé sexuellement un mineur d’âge. La vie est belle.

Jeudi 23 août

 Á Trappes (Yvelines), un homme a poignardé sa mère et sa femme en des gestes violents et fous. Quelques indices pourraient laisser croire qu’il se revendique d’Allah mais la police penche plutôt pour un drame familial. Bref, il s’agirait d’un fait divers. Qu’à cela ne tienne, monsieur Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, se déplace sur les lieux de l’horreur. Va-t-il proposer au président qu’un hommage national soit rendu aux deux victimes dans la Cour des Invalides ?

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 Parmi les 567 romans (dont 186 étrangers) que proposera la rentrée littéraire, la lettre de Vanessa Schneider à sa cousine « pour la venger du mal qu’on lui a fait » fera sans doute beaucoup parler d’elle (Tu t’appelais Maria Schneider, éd. Grasset). On la dit déjà bouleversante. Elle réveillera les curiosités cinéphiles et elle fera vibrer les cordes voyeuristes. C’était en 1972. Bernardo Bertolucci tournait Le Dernier tango à Paris dans un appartement près du pont de Bir Hakeim, l’histoire d’un quadragénaire interprété par Marlon Brando, délaissé par son épouse, et qui se livre à des ébats sexuels passionnés avec une jeune fille de 19 ans. Pour obtenir l’authenticité d’une scène de sodomie, Brando proposa à Bertolucci de la réaliser sans trucage, à l’aide d’une plaquette de beurre, et sans prévenir la jeune actrice. Bertolucci reconnaîtra plus tard que c’était réellement un viol. Maria Schneider ne s’en remit jamais. Elle mourut huit ans plus tard. Cela dit, elle avait auparavant révélé sa bisexualité, elle se droguait, elle connaissait des périodes de déprime et à l’âge de 16 ans seulement, elle avait enfin eu un contact avec son père biologique, Daniel Gélin, qui ne l’avait jamais reconnue. On ajoutera que jusqu’à la fin de sa vie, elle voua une admiration pour Marlon Brando et puis, on pourra éventuellement commencer la lecture du livre de Vanessa, si du moins les critiques lui trouvent un véritable attrait littéraire.

 

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Un livre bouleversant sur Maria Schneider, héroïne malheureuse du film de Bernardo Bertolucci. Photo © D.R.

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