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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Un Nobel contre la folie nucléaire

Le 10 octobre 2017

Dimanche 1er octobre

 Le gouvernement espagnol a choisi la violence, prenant le risque de renforcer la cause indépendantiste. La guardia civil n’y est pas allée de main morte pour empêcher la tenue du scrutin. Les images en témoignent à volonté. La victimisation est pleinement assurée par le pouvoir régional qui parle de « violence injustifiée » autant que d’ « atteinte à la démocratie ». Même s’il ne récolte que ce qu’il a semé, le pouvoir régional catalan va donc user de ces tristes affrontements pour argumenter. D’autres tentations régionalistes pourraient, comme par solidarité, virer à l’indépendantisme ailleurs qu’en Espagne. Carles Puigdemont et Mariano Rajoy ne savent pas jusqu’où leur conflit peut nourrir des intentions partout dans l’Union européenne.

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 Tout s’achète désormais en ce bas monde, même des postes à responsabilités concernant  l’Éducation et  la Culture. Hammad Bin Abdulaziz Al-Kawari. C’est le nom du prétendant à la direction générale de l’Unesco. Il est Qatari. On assiste une fois de plus à une opération d’envergure sans doute appuyée par des valises bien remplies. Le candidat guatémaltèque s’est déjà désisté au profit du Qatari. Pourquoi ? Audrey Azoulay, ministre de la Culture sous François Hollande, est aussi candidate, en insistant sur le fait qu’elle est d’origine marocaine. A-t-elle déjà été approchée par un charmant émissaire du Prince venu tout spécialement du Golfe ?

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 Que retenir en priorité de la lecture du Journal du Dimanche (JDD) ? Michael Haneke, sans aucun doute, parce qu’un livre est recommandé (Haneke par Haneke, entretiens avec Michel Cieutat et Philippe Rouyer, éd. Stock), et quelques pages plus loin, parce que Jean-Louis Trintignant l’encense. Depuis Amour (2012), l’acteur a souvent eu l’occasion de louanger celui qui lui a donné l’occasion d’accomplir une fin de carrière pleine d’éloges. En évoquant la sortie prochaine d’un nouveau film qui les a de nouveau réunis (Happy end, avec notamment Isabelle Huppert), Trintignant (87 ans) est cette fois plus affirmatif : « C’est peut-être le plus grand cinéaste » déclare-t-il. On s’en souviendra lorsque le film sera programmé.

Lundi 2 octobre

 Nietszche prétendait que Dieu était mort. En tout cas, il n’était pas à Las Vegas hier soir. L’une de ses créatures abattit  - elle seule ! … - 58 autres et en blessa 515.  On a beau prévoir que la banalisation va s’emparer de ce type d’information, on se doute que ce genre d’événement n’en sera bientôt plus un, mais on reste ébahi à l’idée qu’il soit possible à un individu d’éliminer froidement ses semblables, le plus souvent au nom d’une puissance divine. La conjugaison du verbe croiser renferme bien des mystères. Allons mesdames et messieurs ! Pas tous à la foi ! …

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 Ruquier avait décidé d’engager Christine Angot dans son émission du samedi (tard) le soir, On n’est pas couché sur France 2. Il n’aura fallu que trois semaines pour que l’écrivaine crée l’incident, humiliant une femme qui a eu le courage de briser l’omerta sur le harcèlement sexuel dont elle fut victime. Si Ruquier a coupé au montage, toute la presse a relaté l’attitude d’Angot quittant le plateau en hurlant et n’y revenant que 20 minutes plus tard. Yann Moix, son collègue, a ressenti le besoin de la défendre. Tout cela est vil et fangeux mais au bout du compte, on sait qu’il y a des personnes de la maison qui doivent se dire : «Bah ! Après tout, tant mieux, ça va faire progresser les audiences !... » … Et donc rapporter des parts de marché. Allons Christine Angot, encore une diatribe s’il vous plaît, l’audimat vous récompensera…

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 Quelqu’un avait-il déjà vu le mahatma Gandhi partir dans un grand éclat de rire ? C’est ce qu’il aura dû faire aujourd’hui sur son gros nuage blanc puisque si l’Inde a choisi le jour de son anniversaire (1869 – 1948) pour célébrer sa fête nationale, l’ONU a embrayé en 2007 pour décréter ce 2 octobre Journée internationale de la non-violence.

Mardi 3 octobre

 Jean-Luc Mélenchon et ses amis déposent un amendement au règlement de l’Assemblée nationale visant à supprimer le drapeau européen qui trône à côté du drapeau français derrière le président de ladite assemblée. Les députés du Front national devraient voter en faveur de cet amendement et démontrer ainsi que c’est par les symboles que les extrêmes se rejoignent. D’abord.

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 L’Obs insiste sur le néologisme Glocalisation pour commenter la fièvre identitaire qui s’empare de régions comme l’Écosse, la Flandre et bien sûr la Catalogne ; des populations chauffées par le pouvoir régional au point de croire qu’elles vivront mieux à l’écart des autres. D’économique, le fait régional est devenu éthique. Il est à présent irrationnel, c’est-à-dire qu’il ne peut plus être raisonné sainement. Le traiter par la répression ne fera qu’accentuer ses inévitables dérives.

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 La verge d’or est en fleurs ces jours-ci. Ses vertus médicinales concernaient les affections pulmonaires, rhumes  et autres inflammations buccales. On lui a récemment découvert des capacités à soigner les cystites.

Mercredi 4 octobre

 On connaît les multiples raisonnements qui sondent les sentiments et les cœurs à la manière de les divulguer : « Le style, c’est l’homme », « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface », etc. Le vocabulaire de Macron commence à énerver celles et ceux qui s’y sentent, à raison souvent, visés : les ouvrières « illettrées », les chômeurs « fainéants », les journalistes qui « foutent le bordel », cela ressemble à des trumperies de la meilleure eau. Inspiré, Libération le présente même en sa une comme « le fils caché de Sarkozy ». Que voulez-vous ? Quand un bourgeois veut faire peuple, il sombre vite dans la bêtise. On n’attend pas d’un président qu’il s’exprime comme s‘il se trouvait accoudé au zinc d’un bistrot. Giscard d’Estaing jouant de l’accordéon était ridicule.

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 Comme chaque année à pareille époque, tous les jours consacrent un lauréat de prix Nobel. Et comme chaque année, personne ne retiendra le nom du physicien, du chimiste, du médecin, du chercheur qui auront, grâce à leurs connaissances scientifiques et aux découvertes qu’elles auront fait naître, œuvré au développement et au progrès de l’humanité.

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 Il faut imaginer Sisyphe heureux, Poutine gentil et Trump intelligent.

Jeudi 5 octobre

 Faut-il que la situation soit désormais accablante et sensible après les atrocités qu’a produites la tuerie de Las Vegas pour que les élus républicains envisagent de réglementer la vente des armes.

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 François Hollande avait accepté que le 12 mai, avant de passer le relais à Emmanuel Macron, il s’entretienne avec Franz-Olivier Giesbert dans les jardins de l’Élysée. Le moment exclut la concentration, balancé entre l’amertume et la solennité. Aucun président ne s’était prêté à ce genre d’exercice. On avait juste appris que Mitterrand avait convié Jean d’Ormesson à partager son petit déjeuner en 1995 avant de recevoir Jacques Chirac… L’émission est donc inédite. Elle est de surcroît très instructive. On y découvre un président sur le départ analysant calmement et lucidement le quinquennat qui vient de s’achever. Construit sur la base de quelques thèmes essentiels, on a l’impression que François Hollande élabore la table des matières de ses futures mémoires. Ce qu’il espère rester pour l’Histoire ? « Un honnête homme ». C’est en effet ce que l’on souhaitait à la France après cinq années de bling-bling Sarkozy. Ce fut la caractéristique principale de son mandat. C’est peut-être ce que les Français regretteront un jour… Une émission devenue un document historique donc. Mais pourquoi FR3 la diffuse-t-elle seulement maintenant ? Un souhait de Hollande ?  De Giesbert ?  En tout cas, ce ne sont pas les deux protagonistes qui ont désiré qu’elle soit programmée à 23 heures 40 !

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 Le sens de la fête, film d’Éric Toledano et Olivier Nakache. Une belle idée pour une bonne distraction. La morale de l’histoire, c’est que les fêtes  spontanées, improvisées, sont plus réussies que celles qui sont scrupuleusement préparées. Mais le coup de génie des réalisateurs, c’est d’avoir choisi le taciturne rogneux Jean-Pierre Bacri comme maître des cérémonies.

Vendredi 6 octobre

 Tous les commentaires concernant l’attribution du prix Nobel de la Paix à l’association ICAN qui lutte pour l’abolition des armes nucléaires convergent du côté des conflits et menaces entre Pyongyang et Washington. Si elle émerge des récentes actualités, ce n’est toutefois pas cette partie de je-te-tiens-par-la-barbichette qui est la plus emblématique dans l’illustration de cette récompense. Du reste, la situation semble quelque peu se calmer entre le fou coréen et le bouillant imbécile étatsunien. Il est des questions beaucoup plus prégnantes au sein des pays possédant l’arme atomique. Ainsi par exemple, l’attitude de Trump (encore lui…) tenté de remettre en cause l’accord de 2015 difficilement acquis avec l’Iran et ratifié notamment par Obama, ce que l’actuel président a toujours dénoncé dès les premières heures de sa campagne électorale. Á Téhéran, le pouvoir est beaucoup moins spectaculairement démonstratif qu’à Pyongyang mais beaucoup plus intelligent et surtout plus ambitieux et jaloux de son indépendance, y compris l’indépendance énergétique.

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 En matière de vocabulaire déplacé voire carrément grossier, Mélenchon et Valls ne sont pas en reste, surtout quand ils s’invectivent par médias interposés. L’avenir de la gauche ne doit pas s’envisager avec ces deux-la.

Samedi 7 octobre

 Immense manifestation dans les rues de Madrid en faveur de l’Espagne unie. On s’y attendait. Le vrai test, ce sera demain à Barcelone.

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 Vladimir Poutine fête son 65e anniversaire. Il a déjà passé 18 ans au Kremlin et devrait être candidat à sa propre succession en mars prochain. Contre qui ? On ne sait pas puisque son principal opposant ne peut plus s’exprimer. Assassiné ? Non, en prison seulement.

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 Le Premier ministre Édouard Philippe réunira demain son gouvernement pour un séminaire détendu où chacun donnera son point de vue sur le budget. On se demandera notamment pourquoi le citoyen attache tant d’importance à la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF) et si peu à des mesures sociales plus importantes en termes de chiffres. La réponse est pourtant simple et il est étonnant que le Premier ministre, qui était maire, ignore la force des symboles en démocratie. Il ne pensait quand même pas que chaque citoyen allait décortiquer le projet de budget qu’il venait de concocter… Les expressions telles que « Président des riches » portent plus que n’importe quelle colonne de dépenses bienfaisantes.

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 Belle formule du député socialiste Nicolas Vallaud : « Emmanuel Macron n’est pas pour le meilleur des mondes, il est pour le monde des meilleurs. »

Dimanche 8 octobre

 La majorité silencieuse catalane ne l’est plus. Des centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Barcelone pour clamer leur attachement à l’Espagne et rejeter l’idée d’autonomie régionale. Il y a désormais deux peuples au sein d’une Catalogne plus divisée que jamais. Voilà le gâchis durable déclenché par ce monsieur Puigdemont, irresponsable président, lider minimo, triste sire, qui aurait son rôle dans Ruy Blas si Hugo était encore de ce monde, celui d’un laquais porteur de mauvaises nouvelle

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 Boris Johnson fait des misères à Theresa May. Á la vérité, ce n’est là que la face visible d’un iceberg. Les Tories ressemblent de plus en plus au Titanic. Et peut-être qu’ils ne disposent pas non plus de canots de sauvetage suffisants.

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 Les maires de France ne sont pas tendres non plus avec le Président Macron depuis que celui-ci a amputé le budget de 13 milliards concernant les collectivités territoriales. Connaître les campagnes autant que les villes, la France profonde disait-on, c’est une des règles à suivre pour le locataire de l’Élysée. Mitterrand et Chirac, comme avant eux de Gaulle, l’avaient bien compris. Et surtout, ces hommes-là ne faisaient aucun effort pour aller à la rencontre des paysans, des villageois, des piliers de bistrots où tout se commente. Ils y prenaient plaisir, et ça se voyait.

Lundi 9 octobre

 Accepter de plafonner le nombre de réfugiés en Allemagne, c’est, dit la presse, la concession d’Angela Merkel à l’aile droite de sa famille politique. Une concession qui ne doit pas la tourmenter. Comme un million de migrants ont été accueillis sous le mandat précédent, elle peut se permettre d’atténuer la masse.

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 Un Espagnol a remporté le gros lot de l’euromillions : 190 millions d’euros. Que va-t-il pouvoir bien faire avec une somme aussi mirobolante ? Racheter la Catalogne par exemple…

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 Tant de biographies sont aujourd’hui portées au cinéma, tant de moyens techniques peuvent désormais reconstituer une foule, un paysage d’antan que l’on se demande comment des acteurs incontournables de l’Histoire ne sont pas davantage évoqués. Le théâtre, plus limité dans la restitution des faits, pratique davantage la remembrance. Au Petit Montparnasse, les dialogues de la Seconde Guerre mondiale entre Churchill et de Gaulle (interprétés par Pascal Racan et Michel de Warzée, mis en scène par Jean-Claude Idée) recueillent un succès nécessitant la prolongation du spectacle jusqu’au 6 janvier. Le grand écran propose une évocation des premières années de Karl Marx, l’époque de sa rencontre avec Friedrich Engels, des expulsions de capitale en capitale, de la misère des ouvriers qui l’inspire, le motive, et dans laquelle il baigne aussi. Raoul Peck s’est lancé dans le projet. On pouvait dès lors être sûr de se retrouver en présence d’une narration fidèle. Cet ancien ministre de la Culture haïtien nous avait autrefois donné un Lumumba, mort d’un prophète (1990) poignant. Le jeune Karl Marx est une belle réussite, servie par des acteurs qui se projettent avec conviction dans la vie du personnage qu’ils incarnent. Le film s’achève avec la parution du Manifeste du parti communiste. Marx a 30 ans. Tout commence. C’est à partir de là que tout devient plus complexe à restituer.

Mardi 10 octobre

 La marque de cosmétiques Dove s’est vue obligée de retirer une publicité jugée raciste. Une femme noire enlève son pull et au fur et à mesure qu’elle le retire, sa peau devient blanche. C’est un beau sujet pour que les philosophes et les sociologues puissent s’épancher. Il est évidemment insupportable de laisser démontrer que la peau blanche serait soi-disant plus belle - et plus propre…- que la noire. Mais si l’on veut faire fonctionner la machine à censurer dans le domaine publicitaire, on risque d’être confronté à un travail interminable.

 

  

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Les représentants de ICAN célèbrent le Prix Nobel de la paix 2017, le 6 octobre. Photo © Yahoo actualités.

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