semaine 42
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Une Europe forte? Pas la Commission!

Le 24 juillet 2019

Mardi 16 juillet

 Pour que l’Europe subsiste, il faut qu’elle se renforce. Et pour qu’elle se renforce, il faut qu’elle progresse dans ses innovations et ses réformes intérieures, dans son poids international, mais aussi dans les mécanismes de décision internes. Le parlement ne peut pas être une chambre d’entérinement des arrêts du Conseil. C’est ce qu’expriment deux socialistes en tribune libre, le Français Raphaël Glucksman et le Belge Paul Magnette. On sait qu’ils sont cependant loin d’être les seuls à penser cela. Si, plutôt que de signer ce texte à deux, ils l’avaient fait circuler à Strasbourg comme une pétition, ils auraient recueilli de nombreuses signatures. La plaie, dans le schéma directionnel européen, est toujours la même depuis quarante ans que le Parlement existe, c’est le fonctionnement démocratique des instances face aux partages de pouvoir. Ceux qui ne croient pas en l’Europe mettent cet aspect bancal en exergue ; ceux qui croient en l’Europe soulignent que l’on n’a pas fait le monde en un jour et que la construction est lente mais progressive. Aujourd’hui, Ursula von der Leyen joue sa carrière politique devant le parlement. Elle passe son grand oral avec l’objectif d’obtenir une majorité afin de succéder à Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. Elle va, dans son discours, élargir son intention, son programme de législature afin de sensibiliser les groupes parlementaires en tentant une synthèse personnelle de leurs aspirations. Elle ne pourra cependant pas cautériser cette fameuse plaie qui, une fois encore, marquera les travaux de gestion européenne pour cinq nouvelles années. Gabriele Abels, professeure de Sciences politiques à l’université de Tübingen, exprime bien la situation. S’agissant du paradoxe au sujet de la candidate, en difficultés au gouvernement dans son pays : « Je pense que c’est donc justement parce qu’elle est actuellement affaiblie que le Conseil européen l’a désignée. » Car : « Le Conseil n’a en effet pas intérêt à avoir une Commission trop forte. » Voilà pourquoi le libéral belge Guy Verhofstadt et le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans n’avaient aucune chance d’être retenus. 

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 … Et pendant ce temps—là… Edwy Plenel   savoure l’accroissement de son tableau de chasse. Avec la délicatesse qui le caractérise dans l’usage de la mise en examen journalistique (Médiapart n’est pas Le Canard enchaîné n’est-ce pas ? Non mais…), il a écrit hier soir à François de Rugy. On n’en connaît pas (encore)  la teneur mais en tout cas, le ministre de la Transition écologique, deuxième dans l’ordre protocolaire du gouvernement, a démissionné tandis que le Premier ministre et le président de la République acceptaient cette démission. Après Hulot et de Rugy, Macron aura intérêt à nommer une personnalité crédible mais surtout stable et rôdée à l’expérience du pouvoir. Ségolène Royal frétille déjà…

Mercredi 17 juillet

 Qu’elle ait obtenu la majorité de justesse, peu importe, c’est la loi, 50 % plus une voix. Qu’elle ait bénéficié des voix populistes, et alors ? L’essentiel est qu’elle ne les ait pas achetées. Tout ces commentaires ne sont pas importants et seront vite oubliés. Ce qui compte, c’est ce qu’elle fera en tant que présidente de la Commission européenne. Et d’abord, à partir de son excellent discours-programme, mettre ses actes en accord avec ses paroles (la chose la plus difficile au monde disait Goethe ; ce qui est particulièrement vrai pour les politiques). Ursula von der Leyen est au pied du mur. Son rendez-vous avec l’Histoire ne lui laissera pas de répit.

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 Ségolène frétillait… C’est son ancienne directrice de cabinet qui fut promue. Ségolène vacille…

Jeudi 18 juillet

 Après s’être donnée à un acteur pour la présider, l’Ukraine va peut-être se donner à un chanteur pour la gouverner. Le futur impétrant réussit des prestations musicales sur scènes devant des milliers d’admirateurs en mélangeant mélodies et meetings. Il se pourrait donc qu’une nouvelle génération de députés soient élus dimanche. On ne sait trop ce qu’ils peuvent révéler comme programme de gestion ; en tout cas, ils ne dégagent pas l’allure sévère des costumes gris foncé, cravates sombres et chapeau large à la soviétique tels que les anciens dirigeants se présentaient devant le peuple docile. 

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 Aïe ! La présidente von der Leyen vient d’énoncer sa première phrase historique. C’est un truisme. « L’Europe doit jouer un rôle clé dans le monde » déclare-t-elle. Attendons-nous à d’autres que l’actualité imposera, comme : « Les États-Unis et l’Iran doivent trouver un terrain d’entente » ou encore « Il faut que le Congo anéantisse le virus Ebola », voire « La Chine a un rôle important à tenir dans le développement démographique de la planète »… Au bout du parcours, dans ce style graduel, on obtient : « Il est bien que le soleil continue de se lever à l’est ». Mais bon. Accordons à la belle Ursula le temps de s’installer ainsi que celui de prendre ses marques. Qu’elle s’occupe donc de bâtir sa Commission en discrétion plutôt que de donner des entretiens prématurés à la presse.  

Vendredi 19 juillet

Glanes estivales et déconnage caniculaire.

 Les chroniqueurs gastronomiques Périco Légasse et Roger Feuilly avaient naguère émis le projet de publier un guide annuel sous le titre « Les oubliés du Michelin », un intitulé qui n’a pas besoin d’être expliqué. Cette idée n’a jamais été concrétisée. C’est d’autant plus dommage que les choix du fameux guide rouge sont de plus en plus contestés, liés à des arrangements commerciaux. Les cas objectivement litigieux ou suspects ne manquent pas.

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  Le Figaro pose la question à ses lecteurs : « Faut-il renationaliser les autoroutes en France ? » 82 % répondent par l’affirmative. Les gens de droite épouseraient-ils des idées de gauche ? Non. C’est que, vraiment, les augmentations de tarifs aux péages deviennent écœurantes.    

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 Il est dangereux de lire les Anciens allongés sur les plages. Cela peut donner mauvaise conscience quand l’esprit divague un peu sur la vie professionnelle qui attend. Exemple, de Sénèque : « Quand on emprunte les voies ‘Demain ‘, on arrive sur la place ‘Jamais’ ».

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 Johnny Hallyday est mort un 5 décembre. Comme Mozart.

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 Si on est victime de la maladie de Parkinson, il est déconseillé de jouer au Mikado.

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 Á la fraîche, se souvenir de l’incipit de « La Chartreuse de Parme comme on récite un poème : « Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le Pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles, César et Alexandre avaient un successeur ». « Quelle attaque ! », comme aurait dit Simon Leys…

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 Dix jours plus tard (voir recension du 9 juillet), on revoit les chiffres. Et c’est une bonne surprise ! : Bernard Arnault gagne une place sur le podium. Récapitulons donc : les trois fortunes les plus élevées du monde sont respectivement celles de Jeff Bezos (Amazon ; 164,8 milliards de dollars), Bernard Arnault ( LVMH ; 105,1) et Bill Gates ( Microsoft ; 103,7). Ce Macron, quand même, quel formidable soutien !

Samedi 20 juillet

 Il ne faut pas être un grand spécialiste en polémologie pour comprendre, à l’examen d’une carte géographique distinguant les 40 kilomètres du Détroit d’Ormuz, que cette zone propice à toiser pourrait bien devenir le foyer d’un conflit mondial, surtout si les bisbilles entre Trump et l’Iran commencent à concerner d’autres grandes puissances. Le Royaume-Uni semble aussi « agressé » par la République islamique. Et Boris Johnson va bientôt remplacer Theresa May.

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 Á l’instar de la chaîne franco-allemande Arte, une chaîne franco-algérienne pourrait voir le jour. Et pas n’importe comment ! Avec un parrainage riche et sérieux composé de personnalités culturelles et politiques comme Azouz Begag, Benjamin Stora ou Élisabeth Guigou. On ne sait où en est l’avancement du projet mais il serait question d’un lancement de premières émissions dès 2020. Si tel était le cas, l’initiative porterait davantage de fruits dans le rapprochement (la réconciliation…) entre l’Algérie et la France que tous les messages, les embrassades diplomatiques ou les cérémonies spectaculaires comme celles qu’offre la compétition sportive, pas toujours du reste avec bonheur.  

 

Image: 

Ursula von der Leyen est née Albrecht en 1958 à Ixelles. Photo © Wikipédia

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