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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean Rebuffat
Les tables de l'ogre

Balade lyonnaise

Le 28 octobre 2016

Si Lyon évoque pour vous le paysage autoroutier de bord de fleuve qui suit les embouteillages du tunnel sous Fourvière, passez votre chemin. Si Lyon rime avec bouchon, ce n'est pas qu'à cause de la circulation automobile, mais grâce à ses tables de bistrot. En capitale des Gaules, on mange bien. Je fréquente les lieux assidûment depuis quelques années et j'entame bien volontiers ce nouveau blog par trois déjeuners lyonnais de ces derniers jours.

Commençons par la brasserie Georges, plus vieille que la gare de Perrache à côté de laquelle elle trône, puisque cette année, elle fête ses 180 ans. Une salle énorme (420 couverts) comme la choucroute qu'on y sert et que je me permets de vous recommander chaudement. Elle se décline sous plusieurs dénominations mais pas de mesquinerie: prenez l'impériale, à 22€70. Vous n'aurez plus faim, en principe, ou alors juste pour une petite portion de morbier superbement affiné (7€, de mémoire). Il y a bien d'autres plats, lyonnais ou autres; une tête de veau pas assez copieuse à mon goût dévorant, mais également des quenelles de brochet, une andouillette ou tant d'autres choses que vous y retournerez bien volontiers, craquant alors comme de vieux habitués pour les plats du jour à 16€70. Et question vin? C'est une brasserie, il y a de la bière, évidemment, et pas n'importe laquelle, une bière brassée sur place. Mais bon, si la bière va bien avec la choucroute, je préfère en général le vin et pour 11€, le pot lyonnais est parfait (un chenas qui me rappelle cette bonne vieille blague: quels sont les trois fleuves qui coulent à Lyon? Réponse: la Saône, le Rhône et le Beaujolais).

Nous allons rester dans les institutions en allant ensuite chez Abel, mais attention! pas le comptoir Abel, endroit hautement recommandable, le bistrot Abel qui s'est ouvert voici quelques mois et qui, dans un ravissant décor qui manque encore un peu de patine. C'est que là, il y a un peu plus de place(s) et que vos chances d'y déjeuner croissent d'autant. Sous la houlette du chef Fernando De Almeida (Lyon est une ville cosmopolite), vous y mangerez, à des prix qui ne s'affoleront jamais et qui ne vous feront pas dépasser de beaucoup la trentaine d'euros par convive, tout compris, des œufs en meurette, des quenelles de brochet, des cuisses de grenouille, d'excellents pâtés, etc., etc. Mention très bien pour le moëlleux au chocolat qui était le dessert du jour lors de mon passage: moi qui ne raffole pas des desserts et qui suis plutôt fromage, il était parfait et parfaitement chaud à cœur (la cuisine lyonnaise donne d'ailleurs souvent chaud au cœur).

Et nous terminerons en beauté avec le comptoir Brunet, une autre institution dont le patron, Gilles Maysonnave, qui fréquente toujours les lieux et qui était venu saluer les joyeux convives qui m'accompagnaient, a remis récemment l'affaire entre de bonnes mains. L'endroit est resté dans son jus et les plats, aussi. N'hésitez pas à choisir le tablier de sapeur, à condition d'aimer la tripaille, mais vous l'aimez, non? Sans ça, que feriez-vous à Lyon? Bon, alors essayez les béatilles, vous m'en direz des nouvelles. Ce que c'est? Crêtes, rognons, cœurs et gésiers de coq. Autre chose? L'andouillette? Comment, vous n'aimez pas ça non plus? Essayez la tête de veau (oh pardon), le saucisson chaud ou l'omble chevalier. Et ensuite, une cervelle de canut, ce fromage blanc appelé ainsi par dérision, les canuts étant les ouvriers tisseurs dont les grèves insurrectionnelles sont encore plus anciennes que la brasserie Georges. Chez Brunet, là aussi, pas de surprise pécuniaire, une petite quarante d'euros maximum et le tour est joué.

Il ne vous reste plus qu'à y aller. Excellent voyage, bon appétit et large soif!

L'Ogre

Les sites, avec tous les renseignements utiles, comme les horaires et les adresses: Brasserie Georges, Bistrot d'Abel, Comptoir Brunet.

PS. Bien des gens vont à Lyon (on ne se nourrit pas seulement de pain) pour le nouveau musée des Confluences. Mais le Musée des Beaux-Arts de la place des Terreaux est l'un des plus beaux de France question collections permanentes: ne le manquez pas. Promenez-vous aussi dans le quartier Renaissance ou grimpez jusqu'à Notre-Dame de Fourvière: la basilique est bling bling jusqu'à l'écœurement mais s'il fait beau... quelle vue magnifique sur Lyon!

PS 2 bruxellois qui n'a rien à voir. Le restaurant étoilé le Passage, à Uccle, dans le bout de l'avenue Carsoel, presque à Saint-Job, fête ses 22 ans. Déjà très bon marché pour un étoilé, ne v'la-t-y pas qu'il commet la folie douce de vous proposer son lunch, facturé d'ordinaire à 35€, à un incroyable 22€. Mais attention, n'y allez pas comme ça, c'est du 2 au 17 novembre et uniquement sur réservation avec la mention 22 ans.

Image: 

Gilles Maysonnave en son (ancien) comptoir Brunet. C'était dimanche dernier, lisez le menu. Photo © Jean Rebuffat

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