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Une plateforme numérique répond en temps réel aux 23 besoins des personnes précaires

Le 20 mars 2019

A Bruxelles, on dort beaucoup dans la rue. Près de 3.400 personnes en situation de précarité ont été dénombrées fin novembre 2016 (la Strada, derniers chiffres officiels disponibles). Quasi autant qu’aujourd’hui à Paris, dix fois plus grande (3.600 personnes sans-abri recensées en février 2019). Un nombre qui ne cesse d’augmenter.

A Bruxelles, on aide aussi beaucoup les personnes en situation de précarité. Combien d’associations officielles n’existe-t-il pas, soutenues par autant de bénévoles ? Mais où aller pour quel besoin, santé, logement, écoute,.. tels sont les murs sur lesquels se fracassent régulièrement ceux qui veulent s’en sortir, ou vivre mieux dans la rue tout simplement, et ceux qui les soutiennent. 

Ces écueils sont désormais du passé. Ce mercredi 20 mars a été lancée officiellement à Muntpunt la plateforme numérique survivinginbrussels.be. Il s’agit d’un site web, disponible sur PC, tablette, GSM et borne interactive, qui aide les personnes à la rue ou en situation précaire à Bruxelles. En quelques clics et de manière intuitive apparaissent les bonnes informations. Où manger, dormir, boire, faire une lessive, aller aux toilettes, se doucher, trouver un lit pour la nuit, recevoir de l’aide juridique ou administrative, régler un problème de dettes, exercer une activité sportive ou culturelle… En tout, ce sont 23 besoins des personnes précaires qui sont listés, repérables à des pictogrammes. Chacun indique les principaux lieux bruxellois y donnant réponse. Si la plateforme est destinée aux personnes sans abri, elle s’adresse aussi aux travailleurs sociaux et à tout citoyen soucieux d’obtenir des informations correctes.

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Le projet Surviving in Brussels n’est pas neuf. Il a démarré en 2015 avec quelques bénévoles. Mais il a pris son envol grâce au subside octroyé à l’automne dernier par Brussels Smart City.

Présente au lancement officiel du site, la plateforme passant ce 20 mars du stade "démo" à celui de "public", Bianca Debaets, Secrétaire d'Etat à la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la Coopération au Développement, de la Sécurité routière, de l'Informatique régionale et communale et de la Transition numérique, de l'Egalité des Chances et du Bien-être animal, a rappelé que Survivinginbrussels.be n’est pas qu’un mot mais une réalité. "Cela peut aller vite, de perdre son domicile, son boulot, même si cela se passe rarement d’un jour à l’autre. Dans la rue, tout est différent, les soins de santé, l’hygiène, l’emploi. C’est un cercle vicieux. On perd ses contacts, ses amis, sa famille. On est de plus en plus isolé. Bien sûr, il y a les associations, le CPAS, etc., mais où les trouver ? Même pour nous, c’est parfois difficile." La responsable de l’égalité des chances et de la transition numérique applaudit l’idée de créer un site web, résultat concret de Brussels Smart City ayant pour but d’augmenter la qualité de la vie.

Valentine Reyniers, chargée du projet, précise : "Aujourd’hui, survivinginbrussels.be regroupe 70 associations membres. Le site répertorie 23 besoins des personnes en situation de précarité et 120 sous-besoins. 426 activités y sont actuellement encodées ainsi que des fiches "Savez-vous que ?" donnant accès à des infos simples. Les données existent en français, néerlandais et anglais. Elles sont en cours de traduction polonaise."

Le site est particulièrement réussi, permettant une navigation simple et intuitive. Il s’ouvre sur les pictogrammes qui représentent les 23 besoins. En cliquant sur l’un, on obtient des sous-rubriques permettant d’affiner la recherche, manger, dormir, prendre une douche, aller aux toilettes, etc., puis la fiche des différents lieux avec plein de renseignements, description, adresse, téléphone, site web, heures d’ouverture, conditions d’accès (selon le sexe, l’âge, la situation familiale, chiens admis ou non, payant ou gratis…) et une carte permettant de s’orienter selon son emplacement. Philippe Lambotte qui a techniquement créé la plateforme en donne les principes de base : "numérique, ergonomique, pensée par et pour les personnes en situation de précarité, innovante, transversale, collaborative, flexible, conçue pour évoluer, open data car les données sont accessibles à d’autres organisations et open source, donc importable dans d’autres villes."

Considérée comme impossible et utopique il y a quatre ans, la plateforme est aujourd’hui là, prête à accueillir de nouveaux membres, de nouvelles activités, de nouvelles langues de traduction. Séduites et enthousiastes, d’autres associations s’y inscrivent déjà le jour du lancement officiel. L’idée est d’y consigner en temps réel tout ce qui concerne le sans-abrisme. Permettra aussi d’éviter des énervements comme lorsqu’une personne est envoyée à l’autre bout de la ville et y découvre les consignes pleines. Désormais, cette information par exemple sera disponible en ligne en temps réel. Doublée d’une communauté homonyme qui s’occupe collégialement de sa gestion, la plateforme survivinginbrussels.be propose une aide appréciable à tous les précaires et ceux qui s’en occupent. Elle doit évidemment continuer et se développer. Pour se maintenir, elle doit être constamment actualisée. Le budget dégagé par Bianca Debaets (une personne et demie) ne va que jusque fin juillet 2019. Qu’en sera-t-il après cette date ?

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Image: 

Les pictogrammes correspondant aux 23 besoins des personnes en situation de précarité.

"A chaque clic sur un besoin, la plateforme affine la recherche et propose la carte du lieu."

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