semaine 21
Portrait de Pierre Galand
Pierre Galand

Aujourd’hui le sionisme, c’est le déni de Palestine

Le 12 mai 2019

Samedi 11 mai, la place de la Monnaie à Bruxelles vibrait en musique et en chants de la protestation contre la tenue de l'Eurovision de la chanson à Tel Aviv en Israël. "Sing for Palestine" était organisé par ViaVéloPalestina, l'Association Belgo-Palestinienne, Palestina Solidariteit. A cette occasion, voici le discours que j'ai prononcé pour expliquer le titre dela campagne: "No eurosong for apartheid".

Force est de constater que ceux qui dirigent Israël ont conduit à son terme ce que proclamait le 1er Congrès sioniste de Bâle en 1897. Je cite : « Le sionisme vise à établir pour le peuple juif, un foyer national reconnu publiquement et légalement en Palestine. »

20 ans plus tard (1917), la déclaration Balfour accorde au mouvement sioniste cette reconnaissance internationale recherchée.

1947 / 1948 : c’est le partage de la Palestine sous mandat britannique. L’ONU concède et accorde la légitimité de l’Etat d’Israël sur 55% de la Palestine.

1967 : Israël occupe la totalité de la Palestine. L’ONU condamne mais il n’y aura ni sanctions ni retrait.

2018 : le gouvernement Netanyahou fait voter par le parlement, le 19 juillet, une nouvelle loi fondamentale. Israël est proclamé « Etat nation du peuple juif avec Jérusalem indivisible pour capitale complète et unifiée ». La loi précise : Israël, « Etat Nation du peuple juif, où celui-ci applique son droit naturel, culturel, religieux, historique ainsi que son droit à l’autodétermination ».

Dans cette loi fondamentale, on ne mentionne ni la démocratie ni l’existence de la population arabo-palestinienne qui représente 1/5ème de la population et la langue arabe y perd son statut de langue officielle. C’est donc une négation de ce qui était proclamé en 1948 dans la Déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël qui… « assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens sans distinction de croyance, de race ou de sexe. Les habitants arabes du pays sont invités, dans la Déclaration, à « jouer leur rôle dans le développement de l’Etat sur la base d’une citoyenneté égale et complète et d’une juste représentation dans tous les organismes et les institutions de l’Etat. »

Du déni de Palestine à l’instauration d’un régime d’apartheid

Tant en Israël que dans les territoires palestiniens, les citoyens palestiniens n’ont plus aucune pleine reconnaissance. Ils sont « mis à part ». C’est cela l’Apartheid. L’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se transforme en annexion pure et simple et ce avec d’une part l’appui des USA et le silence complice des Européens et de nombreux pays arabes. Quant à l’ONU, elle s’est mise hors jeu depuis le refus d’accréditer le rapport Goldstone sur les crimes de guerres et crimes contre l’humanité commis lors de l’agression contre Gaza en août 2014, et plus récemment en refusant que soit publié le rapport de Madame Rima Khallef, S.G. de la Commission économique et sociale des N.U. pour l’Asie Occidentale. Celle-ci démissionna plutôt que de retirer son rapport intitulé : « Pratiques d’Israël vis-à-vis des Palestiniens et la question de l’Apartheid ».

En effet, par l’adoption de la loi du 19 juillet 2018, Israël s’est autoproclamé « Etat raciste ». A l’exemple des blancs de l’Afrique du sud de l’apartheid, seuls les juifs y ont droit de cité.

L’apartheid a été qualifié de crime contre l’humanité. L’ONU et les Conventions de Genève se sont chargé d’en préciser le corpus juridique en droit international et le Tribunal Russell sur la Palestine, en sa session de Cape Town en novembre 2011, à clairement dénoncé l’ensemble des actes d’apartheid et de persécution posés par Israël à l’égard des Palestiniens et qui engagent sa responsabilité juridique internationale.

Faut-il encore rappeler que l’apartheid en droit international s’applique à toute situation dans le monde où les trois éléments clés coexistent :

1. deux groupes raciaux distincts peuvent être identifiés,

2. des actes inhumains sont commis à l’encontre du groupe subordonné,

3. ces actes sont commis systématiquement dans le contexte d’un régime institutionnalisé de domination d’un groupe sur l’autre.

Cet apartheid infligé aux Palestiniens impose aux Etats parties aux Conventions de Genève de coopérer pour mettre fin à cette situation illégale et de prendre les mesures appropriées notamment des sanctions ou la rupture des relations diplomatiques.

Devant l’absence de mesure concrète pour condamner et sanctionner les comportements illégaux et terroristes de l’Etat d’Israël, nous appelons tous les Israéliens et les juifs anti colonialistes et défenseurs des droits humains à se joindre à nous pour dénoncer Israël coupable de crimes d’Apartheid et de persécution à l’égard des Palestiniens. Nous appelons l’A.G. des Nations Unies à réhabiliter la Commission de lutte contre le crime d’Apartheid et d’arrêter des sanctions à l’encontre du gouvernement israélien.

Nous appelons les partis politiques belges et européens à répondre au mouvement BDS lancé par la société civile palestinienne afin que soit mis fin à l’annexion de la Palestine par Israël.

Aujourd’hui nous dénonçons et condamnons l’appui apporté par les mass-médias au méga show de l’Eurovision à Tel Aviv, au pays de l’apartheid.

En conclusion, je me rappelle de cette phrase d’un ami angolais qui durant la lutte du MPLA contre le colonisateur portugais nous disait : « Allez dans le monde et dites que nous ne luttons pas contre les Blancs, nous luttons contre un régime qui nous opprime ! »

Proclamons aujourd’hui que nous ne luttons pas contre les juifs ni contre Israël ; nous luttons contre un régime raciste, nous luttons contre la colonisation et l’annexion, contre l’occupation militaire, les colons et le gouvernement Netanyahou et tous ceux qui sont complices de l’oppression du peuple palestinien.

Vive la solidarité.

Vive la résistance du peuple palestinien. 

Image: 

Des ballons aux couleurs de la Palestine symbolisent les villages palestiniens rasés par Israël. Photos © Gabrielle Lefèvre

L'équipe de ViaVélo Palestina a traversé quelques communes de Bruxelles afin d'expliquer la campagne contre l'Eurovision en Israël.

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