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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Richard Tassart
"Street/Art", le blog de Richard Tassart

Codex urbanus, histoire de rire.

Le 28 septembre 2017

 

Dans la grande salle de la halle Hébert de l'Aérosol, une fresque a retenu mon attention et m’invite au commentaire. Plus précisément, une partie d’une fresque de grande dimension, fruit d’une collaboration entre un writer[1], Dark’s Snoopy et Codex urbanus. De très étranges créatures semblent traverser nonchalamment l’œuvre. Créatures marines se déplaçant comme un banc de poissons.

Elles sont violettes, au dos bosselé, dotées d’une bouche d’où sortent des tentacules blancs. Elles sont l’œuvre d’un artiste dont le nom est le projet artistique. Formule sibylline, j’en conviens, qui mérite un court développement. Un graffeur parisien dont le blaze est « Codex urbanus » fabrique dans Paris, un codex. N’étant pas persuadé de la complète transparence de cette explication, allons plus avant dans les obscurs recoins de mon vocabulaire. Un artiste crée dans Paris un livre[2]. Un livre bien particulier s’apparentant aux codex médiévaux représentant des créatures fantastiques (des licornes, des chevaux ailés, des dragons, des phénix etc.). L’artiste, en fonction des noms des rues de Paris, des enseignes de magasins évoquant ces animaux qui hantent les contes et légendes, dessine des chimères, leur donne un nom latin comme Linné les nommait au XVIIIème siècle[3].

Dans un entretien, Codex urbanus, présente son projet : « Le Codex urbanus est un travail urbain qui fait écho aux anciens codex médiévaux ou aztèques; ce sont des manuscrits illustrés, mais celui-ci a la particularité d’avoir des pages de pierre ou de béton. Je trace donc, de manière nocturne et rupestre, des chimères sur les murs, à la façon d’un moine naturaliste. Par exemple, on peut encore voir l’étrange Dermochelis Eliphas (l’Eléphantortue) de la rue Planquette ou les deux spécimens rares d’hyménoptères sur la devanture du restaurant la Guêpe, rue des 3 frères. Il y a aussi 3 fresques à la bombe scellées dans le 3ème sous-sol du squat artistique Le Bloc à la Mouzaïa[4], mais ça c’est pour les archéologues des années futures… »

Commencé en 2011, le Codex comprend aujourd’hui plus de 200 pages. L’artiste continue résolument l’«écriture » de son livre, non pas gravé dans le marbre, mais dessiné sur la pierre et le béton. Parfois, les chimères s’échappent du bestiaire à l’occasion d’une collaboration avec d’autres artistes, se retrouvant, en couleurs, sur une toile, sur une page imprimée, sur une gravure ancienne.

Mais revenons à notre codex parisien. Le dessin évoque les représentations des animaux et des chimères de l’époque médiévale, les gravures de Jérôme Bosch et pour les connaisseurs de bandes-dessinées, le graphisme d’un Joann Sfar. C’est dire que le réalisme n’est pas la préoccupation de notre artiste. Un dessin que nos critères contemporains jugeraient maladroit, un numéro de page, un nom en latin, voilà qui est suffisant. La maladresse du dessin en elle-même est drôle (l’effet de décalage entre l’objectif scientifique de la représentation et la pseudo-naïveté » du graphisme). Drôle également les figures composites de ces animaux improbables, mariage (malheureux) de la carpe et du lapin. Drôle la double dénomination en latin, la langue savante universelle des naturalistes. Drôle l’écart entre le dessin « moyenâgeux » et une classification qui date du milieu du XVIIIème siècle. Anachronisme voulu d’un animal de fantaisie. Drôle le rapport entre l’élément réel et objectif, source du bestiaire.

Enfin, on l’aura compris si un Codex urbanus, est on ne peut pas plus sérieux, faire de Paris un livre est un projet aussi sérieux que prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer ! Nous retrouvons avec un plaisir non dissimulé l’humour des surréalistes du début du XXème siècle ou du fameux collège de pataphysique ou une résurgence d’Alfred Jarry ou du non-sense anglo-saxon…A moins que cela, plus prosaïquement certes, soit celui de Codex urbanus, artiste français, Antoine T., né en 1974.

L’identité de l’artiste n’est pas connue. C’est peut-être une chimère !


[1] Les « writers », de l’anglais « to write » écrire, sont les artistes qui effectuent un travail plastique sur les lettres ( alphabet latin mais aussi d’autres alphabets voire des alphabets inventés).

[2] Un codex est un cahier formé de pages manuscrites reliées ensemble. Cet ancêtre du livre moderne a été inventé à Rome durant le IIe siècle av. J.-C. et s'est répandu à partir du Ier siècle, pour progressivement remplacer le rouleau de papyrus (le volumen) grâce à son faible encombrement, son faible coût, sa maniabilité et la possibilité qu'il offre d'accéder directement à n'importe quelle partie du texte.

[3] Carl von Linné, un botaniste suédois, en 1758, propose un système de classification des organismes qu'il publie dans un ouvrage intitulé Systema Naturae. Il attribue à chaque espèce un nom comprenant deux parties, d'où l'appellation « nomenclature binominale ». Il utilise une langue universelle : le latin. Le premier élément du nom scientifique désigne le genre; il commence toujours par une majuscule. Le second élément désigne l'espèce. Le tout est composé en italique. Notre espèce, par exemple, se nomme Homo sapiens (ce qui signifie « l'homme sage »).

 

[4] La Mouzaïa, est le nom d’un quartier pavillonnaire du XIXème arrondissement de Paris.

Image: 

Les chimères de Codex urbanus "traversent" les "calligraphes" de Dark's Snoopy.

Au mystère des symboles et des signes du writer s'ajoutent les créatures marines.

Des chimères empruntant des traits à plusieurs poissons.

Fig 101 Bestia Mirabilis

Fig 183 Chauliodus Rhinellus

Fig 62 Araneus Lupus

Fig 80 Sepia Lucanae

Martin Schongauer, le griffon, 15ème siècle. Un exemple de chimères.

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Du même auteur

Une longue fresque structurée par une diagonale traversant l'angle droit formé par les deux murs de l'atelier.

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Une opposition de précis et de l'indistinct.

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Un noir profond, un tracé puissant et dynamique.

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L'extrême précision du dessin référée aux grandes dimensions de la fresque.

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Des ruptures traits à peine esquissés/ noir profond.

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L'illusion du réalisme.

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Un beau mur de briques d'un édicule de la Ville de Paris, sous un réverbère, une composition formée d'un personnage et de troncs d'arbres coupés.

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Une "dame"le bras en écharpe. Quelques touches de couleur.

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Les œuvres sont souvent signées d'une écriture cursive, bien scolaire.

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Une scène de jeu d'enfant, des "messieurs et des dames" s’amusent.

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Une situation avec deux personnages.

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Un ange passe...sur les bords du canal Saint-Martin.

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Un extra-terrestre.

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Un autre ange...

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Une "drôle de dame". Un portrait sur-mesure.

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Une mère à l'enfant collée sur un "beau"mur (un pont du canal St. Martin)

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Un "sous-titre", en forme de maxime.

Le caméléon symbolise l'Homme dans l'imaginaire de Sitou.

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Le caméléon "prend" les couleurs du mur, comme une métaphore du destin de l'Homme qui "accepte" les heurs et malheurs.

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Le fractionnement des aplats par des courbes puissantes et l'absence totale d'harmonie entre les couleurs (couleur chaude placée à côté d'une couleur froide, pas d'opposition chromatique avec les complémentaires etc.) signent le "style" de Sitou.

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Une pile du pont de l'Ourcq (Paris XIXème arrondissement) peinte par Sitou.

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Les têtes de la girafe et du caméléon sont ceintes d'un "halo" peint de couleur vive. Un des traits caractéristiques de la peinture de Sitou.

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Malgré l'imbrication des traits, la forme de la tête est clairement lue par le spectateur.

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Le caméléon, animal fétiche de Sitou.

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Sitou Matthia, posant devant son caméléon.

Les chimères de Codex urbanus "traversent" les "calligraphes" de Dark's Snoopy.

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Au mystère des symboles et des signes du writer s'ajoutent les créatures marines.

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Des chimères empruntant des traits à plusieurs poissons.

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Fig 101 Bestia Mirabilis

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Fig 183 Chauliodus Rhinellus

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Fig 62 Araneus Lupus

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Fig 80 Sepia Lucanae

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Martin Schongauer, le griffon, 15ème siècle. Un exemple de chimères.

L'intérieur du hangar. Une fonction polyvalente. Les murs sont décorés de fresques.

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Un espace détente que les visiteurs s'approprient comme bon leur semble.

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Un "petit coin" aménagé pour boire un verre entre amis.

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La dalle (buvette, food trucks, hall of fame, skate etc.)

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La buvette (fresque de Madame)

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Superbe fresque haute de plus de 15m peinte par Swed Crew

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Détail d'un Corto Maltese (Jow.L)

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Le musée.

Le collage de Levalet sur le rideau de fer de la permanence des Républicains.

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Détail de deux dormeurs : le fonctionnaire et le pompier.

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La permanence des Républicains, rue de Crimée à Paris.

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Détail du projet de Levalet et Hérard, rue Véron.

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Détail du fil artistique. Deux collages, l'un de Levalet, l'autre d'Hérard.

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Dans le renfoncement d'une porte condamnée, une "réponse" de Levalet à une chaussette d'Hérard accrochée à un fil à linge.

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Après le décollage partiel des collages inférieurs, d'autres collages, moins artistiques.

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La situation actuelle (provisoire, j'espère!)

"Le rêve", une oeuvre de commande, dont le thème a été imposé par les commanditaires.

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La première phase de réalisation du portrait. Les principaux traits de la posture(3/4, tête inclinée, bras levé etc.) constituent le schéma de base de l'oeuvre.

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La segmentation extrême de toutes les surfaces apparaît dans un deuxième temps.

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Les yeux, le nez et la bouche structurent fortement le visage, facilitant la compréhension.

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Au réalisme de la représentation de l’œil (iris, pupille, cils) s'opposent l'abstraction des lignes et l'arbitraire des couleurs.

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L'ensemble des surfaces est l'objet d'un traitement graphique comparable.

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Le fond garde une relative unité chromatique (traits bleu outremer sur fond bleu ciel)

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Hommage rendu par Hopare à un ami décédé. La ressemblance est imposée par la situation.

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