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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Richard Tassart
"Street/Art", le blog de Richard Tassart

Jana et JS, un album photo.

Le 07 décembre 2017

 

J’ai déjà consacré un billet à un pochoir de Jana et JS[1]et rencontré depuis, au hasard de mes pérégrinations citadines, d’autres pochoirs de plus modestes dimensions. Pour compléter ma connaissance de leur travail, je suis allé visiter l’exposition de leurs œuvres à la galerie Joël Knafo[2] à Paris. Bien que les pochoirs aient des dimensions très variables, de quelques décimètres carrés à plus de 100 m2, bien qu’ils soient peints sur des supports très différents (toile, bois, etc.), il se dégage de l’ensemble une profonde unité.

Une unité thématique d’abord. Les pochoirs (en excluant les éléments de décor) sont des portraits. Des portraits « photographiques ». Portraits de femmes, d’un homme, d’une jeune fille... D’une femme et d’un homme. D’une femme et d’une jeune fille. Des portraits qu’on serait tenté, à tort, de qualifier de « classiques ». Les poses de ¾ arrière cachent le visage et interdisent la reconnaissance du modèle. Plus généralement, toutes les compositions oblitèrent une partie du visage des femmes et de JS. Une exception (qui confirme la règle), le superbe pochoir d’une adolescente ayant trouvé refuge auprès de sa mère. Cette exception pourrait avoir une explication : est-ce une manière pour le couple à la ville de Jana et JS de nous présenter leur fille ? Un peu comme le prêtre qui, après avoir baptisé le nouveau-né, le présente à la famille et au monde comme un nouveau membre de la communauté des Chrétiens.

Curieux portraits en vérité dont l’objectif (photographique) est de masquer l’identité de la personne représentée. Bizarre pudeur d’artistes qui se représentent en se cachant derrière une main, un bras, un appareil photo. Si pour le badaud lambda leur incognito est préservé, il n’en est pas de même pour les amateurs de street art qui savent que la femme est Jana et l’homme, son compagnon, JS.

Dans mon précédent billet consacré à ces deux pochoiristes, j’écrivais que les thèmes étaient « ordinaires ». C’est vrai mais insuffisant pour bien comprendre.

Les sujets sont « familiaux » et c’est en ce sens qu’ils sont pour celui qui regarde, « ordinaires ». Bref, nous pouvons considérer l’œuvre de Jana et JS comme un album de photos de famille. Des photographies qui figent des moments d’intimité dans un jeu subtil de miroirs. Peint sur le pignon d’un immeuble d’habitation du 13ème arrondissement de Paris, le couple a peint JS, en train de nous photographier. Dans le grand pochoir qui a été le sujet du post précédent, Jana et JS posent avec leur chat devant un appareil photo posé sur un pied et déclenché par un retardateur. L’adolescente qui cherche refuge dans les bras d’une femme nous regarde la regardant. Dans ce jeu observateur/observé, les regards des personnages sont autant de signes : si Jana nous « refuse» son regard, c’est justement par pudeur. Nous savons que les yeux sont « le miroir de l’âme » et, pour cette raison, les regards sont cachés.

Le couple nous livre quelques images de sa vie, certes, mais il pose également des limites. Les images sont toutes choisies avec circonspection : ce sont d’abord de « belles » images savamment composées et cadrées, bien éclairées. Elles constituent une « esthétisation du réel » ; elles témoignent d’une recherche formelle digne d’un photographe de talent. Les clichés, source des pochoirs, ne recouvrent pas la totalité d’une vie de famille. Leur ensemble ne raconte pas une histoire : ils illustrent quelques beaux moments (dans tous les sens du terme). Si celui qui regarde est un voyeur, les scènes ne sont guère ambigües. Les portraits de femme sont sensuels (les vêtements sont ceux de l’intimité de la maison, voire parfois de la chambre) ; les postures (j’irai jusqu’à dire les « poses »), les chairs montrées renvoient bien davantage à la beauté qu’à un quelconque érotisme bon marché.

Jana et JS sont les sujets (et pas seulement les acteurs) de leur œuvre. Cela n’est pas sans rappeler le récit autobiographique. Sauf qu’il n’y a pas de « mise en récit » et que la recherche plastique est au cœur des choix des images. Les pochoirs sont de « petits bonheurs du jour », des atmosphères, des arrêts sur image d’un amour partagé.

Dans ces conditions, quand l’essentiel est la représentation des personnages, le décor est presque superflu. Parfois, les pochoirs n’en ont pas (par contre, les lieux ont été choisis avec soin). Le plus souvent c’est le même que nous retrouvons : des immeubles « sociaux » qui pourraient être situés à Hong Kong ou dans n’importe grande ville d’Asie. Des immeubles de type HLM comme pour souligner la volonté de « normalité ».

Ajoutons à cet inventaire, une palette de teintes « douces », raccord avec les situations et le projet artistique.

Jana et JS sont, dans le monde du street art, atypiques. Ils renoncent à la provocation souvent basée sur l’indécence, au clinquant des couleurs mais aussi à l’ambition démesurée des thèmes. Ils nous entrouvrent la porte sur leur vie, avec retenue. Leur humilité, leur modestie font plaisir à voir. Une vraie bouffée d’humanité.

Image: 

Un visage caché : un portrait tronqué.

Un portrait de face ; une main cache une partie du visage.

Jana et JS. Une pose familière (les vêtements, les pieds nus etc.). L'ensemble évoque l'intimité d'un couple. Un couple qui se montre et se cache.

Une pose de 3/4 digne de "La demoiselle à la perle", si ce n'est l'angle qui cache le visage au lieu de le montrer.

Une variante sur une pose de face.

Importance du lieu du collage. Pieds nus, robe relevée, tête tournée masquant l'identité.

Un portrait de face. Une belle scène d'amour et de réconfort.

Deux portraits masqués insufflant de la vie à un intérieur "modeste".

Un portrait de 3/4 arrière, des tons pastels, une belle lumière.

Portrait du couple avec chat.

Élément de décor.

Détail du décor.

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Pastel. La représentation des personnages est réduite à ses contours.

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