semaine 21
Portrait de Richard Tassart
"Street/Art", le blog de Richard Tassart

Visite d’exposition : Itvan Kebadian « Paysages ».

Le 13 mai 2019

Vous avez aimé les scènes d’émeutes peintes par Itvan K. dans le cadre des Black Lines ? Vous adorerez ses paysages exposés à la galerie Dominique Fiat du 18 avril au 22 juin 2019[1].

Ne vous attendez pas à admirer des paysages bucoliques, vertes prairies, fleurs sauvages, petits oiseaux, couchers de soleil. Les paysages d’Itvan Kebadian sont bien davantage des scènes. Des « mises en scène » de personnages et d’éléments. Les « plans larges » sont des arrêts sur image de personnages confrontés à d’autres personnages, soit à des éléments qui les dominent et les écrasent. L’encre de Chine est noire. Les œuvres des dessins noirs sur fond blancs, un peu comme les fresques peintes « dans la rue ». Parfois, dans le tumulte, la fuite, le désordre, des nuées, à moins que cela ne soit des fumées. Des explosions s’élèvent de surnaturelles fleurs rouges. Rouges certes comme le sang versé, mais signe d’un espoir qui se lève, enfin.

Les compositions traduisent la démesure et le tragique de la scène. Les nuages, les nuées, les fumées, sont des menaces. Menaces de l’insurrection, menaces du naufrage. Démesure de l’Homme acteur et victime de la force. Force des armes, forces de la nature.

Les paysages d’Itvan Kebadian sont des paysages intérieurs. Verlaine aurait dit que son « âme est un paysage choisi ». Un paysage noir avec à l’horizon une faible lueur d’espoir. Un paysage dévasté, ruiné, tourmenté. Entre le graffiti, les Black Lines et ses paysages, de nombreux points communs : il s’agit de la même « âme ». Des différences pourtant, dans la forme. Les vapeurs, les pesants nuages, les toxiques fumées, qui sont bien davantage des gaz que des matières sont rendues, accèdent à l’existence, grâce à des réseaux de traits. Leur nombre et leur finesse traduisent ce qui n’existent presque pas. Ces réseaux d’une grande densité alternent avec des surfaces d’un noir de jais. Le trait s’oppose à la surface, comme le malheur à l’espoir.

J’avoue avoir été surpris par la « préciosité » de la forme et par la dureté du fond. Une opposition fondamentale qui, me semble-t-il, révèle les « paysages » de l’âme d’Itvan Kebadian. Paysages de fin du monde, d’apocalypse. Comme une allégorie romantique de ce qui nous menace.


[1] Galerie Dominique Fiat, 16, rue des Coutures Saint-Gervais, Paris 3e

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