semaine 38
Portrait de Robert Lemaire
A PA PEUR

Le billet du ronchonneur sans honneur

Le 18 août 2019

Dites-moi, mes seigneurs, gentes dames et gentils damoiseaux, aimez-vous dame Nature ? Aimez-vous qu’au printemps, elle reprenne le dessus et prolifère dans tous les sens ? Aimez-vous être envahis de cette pelouse de mauvaises herbe qu’il faut par ailleurs couper tous les 15 jours…Aimez-vous le bourdonnement des mouches qui se jettent indûment sur votre tartine matin, midi et soir ? Aimez-vous les beuglements du taureau dans l’étable en  pensant à sa bien-aimée, laquelle ne l’entends pas parce qu’elle est ailleurs, bien loin dans les prés ? Aimez-vous ce frémissement que nous, automobiliste éprouvons, ( et qui astiquons notre nouvelle voiture tout récemment achetée au salon de l’auto et dont nous n’avons même pas pu encore éprouver la vraie accélération de son électrique moteur ) et cette griserie qu’elle procure lorsque, pied au plancher, nous nous jetterons dans des courses folles sur les petites routes sinueuses du brabant wallon pour tester sa tenue de route dite impressionnante par le vendeur? Aah ! Je me doutais que vous aussi, vous aimiez cela ? Et bien tant pis pour vous !...parce que moi, je déteste la fierté idiote du détenteur d'un tas de feraille mis en place par un designer italo/serbe, je déteste aussi le concert des tondeuses du samedi matin, je hais les mouches et les moustiques et (je me répète) je ne supporte absolument pas la condescendance de ces australopithèques qui nous snobent avec leur voiture vrombissante qu’ils n’ont même pas encore fini de payer !!!

Mais keskisspass dans la tête de ces abrutis au volant de leur couteux petits bolides meurtriers? Qu’est-ce qui fait que ce bonhomme, gentil comme tout, bon père de famille et prêt à rendre service (même au voisin désagréable qui possède ce fichu chien qui aboie à n’importe heure), qu’est-ce qui fait que cet homme-là change absolument d’attitude dès qu’il s’installe au volant de sa béhèm, ou de son Alfa ou même de sa Toyota moteur turbo, au chassis surbaissé, à l’échappement chromé (lequel laisse échapper plaintes, râles et cris), et qui, cet homme là, à l’écoute de ces simulacres de coït pétaradant, reproduit ces cris et ces gémissements lesquels émoustilleraient  n’importe quel habitant de la planète doté cette sensibilité qui fait vibrer son bas ventre lorsqu’il est sollicité dans sa fibre de mâle reproducteur !

Regardez-le donc grimper dans son Kat-kat  au matin, fier comme Artaban, pour aller au boulot…et regardez son regard qui change lorsqu’il démarre : il lance des coups d’yeux haineux à tous ceux qu’il croise, il injurie ceux qui le talonnent de trop près …sans parler de ceux qui le dépassent, ne se doutant pas du risque insensé qu’ils prennent en défiant sa volonté de puissance !

Pourquoi, mais pourquoi les gens sont-ils comme ça ? Pourquoi Seigneur, les avez-vous dotés de cette agressivité incontrôlable qui les fait accélérer pour mieux tenter la queue de poisson à cet autre usager de la route qui a eu l’outrecuidance de croire qu’il allait se laisser faire ? Malheureusement, je n’ai pas de réponse et je ne peux que penser qu’ils sont des psychopathes, des cow-boys de l’asphalte, de vrais tueurs en séries, qui recherchent une gloire éphémère et qui, au fond, ferait beaucoup mieux de gouter aux joies de la conduite d'un vélo électrique !

Mais ne croyez pas que ça n’arrive qu’au printemps, lorsque la sève monte dans les veines, lorsque déferlent les hormones mâles, lorsque nos glandes nous envoient des pulsions qui nous aveuglent, qui nous subjuguent et qui risquent de nous faire affronter des événements quasi plus catastrophiques les uns que les autres !

Et ça ne touche pas que l’humanité ! Voyez les nuages par exemple qui vont s’amonceler sur nos têtes et nous déverser sur le coin de la gueule des déluges liquides parce que ces sacrés nuages ne savent qu’en faire vu que les océans s’enflent,  puisque la fonte des glaciers s’accélère et que le niveau monte ! Dès lors, nous subissons des inondations là où il n’y en a jamais, des trombes d’eaux et de boues qui submergent les rues et les villages ! A nous les pluies acides qui rongent les platanes des avenues, les marronniers des Sablons, celles qui entament la vigueur des arbres centenaires des parcs publics sans compter ceux des forêts ancestrales!

Vous pensez que je suis pessimiste, que je ne vois que le mauvais coté des choses, que je ne détecte pas les plaisirs que la Nature peut nous apporter chaque année ! Je ne suis pas dupe : on sait tous que le printemps c’est magnifique : les petits oiseaux qui piaillent, qui cherchent à construire des nids douillets pour mieux y déposer leurs œufs et ainsi perpétuer l’espèce ! Non, je ne suis pas naïf et je vois bien que cette obsession de la reproduction touche tous les êtres vivants, depuis l’amibe au fond des abîmes ou chassent les baleines en rut, en passant par les vaches, les cochons, les renards, les souris, les rats, et même les insectes : abeilles, mouches, moustiques, puces, poux, et punaises…mais aussi bien entendu, l’ineffable hominidé qui, malgré les guerres et les révolutions pulvérise tous les indices de croissance démographique !

L’Amour ! Valeur universelle !... L’Amour, toujours l’amour ! A croire que les hommes et les femmes n’ont pas d’autres sujets de conversation, d’autres problèmes à régler qui ne se limitent pas à  des problèmes de budget, de pensions trop basses, et d’allocations familiales…

On omet de penser aussi qu’il y a des problèmes de tolérance, de religion, de couleur de peau, d’accession à la culture, à l’éducation, et aussi des problèmes de faim dans le monde, des problèmes de salubrité, d’hygiène, de soins de santé… Pourquoi fait-on semblant d’oublier qu’il y a une  quantité phénoménale de sujets sur lesquelles l’humanité devraient se pencher bien plus souvent et plus longtemps qu’elle ne le fait ?!

Mais non ! L’humanité ne pense qu’à une chose : se reproduire !... et qu’importe ce que les enfants deviennent une fois qu’ils sont là ! Pour les nantis, c’est simple : on leur paie des études et puis qu’ils se débrouillent !... mais pour les autres ? Je vous le demande ? Que faire des petits enfants qui naissent dans la misère, dans les camps de réfugiés ou dans les endroits où la guerre sévit pareil a une maladie endémique…

La vérité, c’est que pour nous les humains de toutes races, couleurs et religions, afin d’oublier toutes ces contraintes intolérables qui assaillent notre conscience, on ne pense qu’au  sexe, on parle d’amour, encore et toujours d’amour !!!

C’est vrai, sexe et amour sont indissolublement liés! Fichu sexe, dont l’amour dispose inconsidérément et qui est toujours là, omniprésent, malgré les fadaises que nous serinent les chansons, dans les spectacles, en radio et à la télé ! Ben oui, il ne s’agit pas de répéter à longueur de journées, des « je n’aime que toi, tu es l’homme de ma vie, tu es la plus belle, tu m’impressionnes avec tes yeux mutins, tes cheveux d’or, ton teint d’albâtre, ta moustache en guidon de vélo, ta taille de guêpe, ta carrure d'Apollon, ta voix douce, ta peau si fine, tes muscles, ah tes muscles…»… sans oublier : « ta voiture sport, ton compte en banque, tes relations dans la jet-set, ton petit ensemble qui te va si bien, ta Rolex et ton 3 pièces Armani ! ». Parce que, à force de répéter tout ce qui nous éblouit chez notre partenaire, on oublie le sexe et son intangible réalité, ses contraintes et surtout sa finalité qui, de tout temps, nous obligent à reprendre pieds sur terre et à considérer le sexe pour ce qu’il est : un organe reproducteur…..

On est d’accord : notre corps est un instrument qui ne fait pas toujours de la bonne musique…quoique ceux ou celles qui ont le bel organe, comme les ténors par exemple, peuvent soutenir des notes avec force ou chanter avec des trémolos, les sopranos peuvent produire des contre-uts, et les coloratures savent, en plus, conduire leur talent dans les variations des basses et des hautes sphères, passer de l’une à l’autre sans difficultés et contrôler parfaitement n’importe quelle appogiature qu’on trouve dans les morceaux lyriques !

Voilà, j’ai dit !... et je sens que je vais recevoir une note de service pour propos défaitistes ! M’en fous : a pa peur…..

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Commentaires

Portrait de VANDEN AVONT MICHEL
Défaitiste non, votre texte m'a ravi et mis de belle humeur, merci à vous

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