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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Yves Kengen
Yves Kengen, journaliste punk

Vos gueules, les politiques!

Le 22 juillet 2017

Vous lirez rarement ici des articles sur la politique. C’est que, vous voyez, la politique – ou plutôt «les» politiques – prennent trop de place. Trop de place dans le débat public, trop de place dans les journaux, trop de place dans cette immense caisse de résonance que sont les médias sociaux.

Tout étant relatif, vous opposerez, malins : par rapport à quoi ? Eh bien, par rapport à leur importance, leur influence réelle sur la société.

Cette réflexion m’est venue lors d’un reportage sur le Congo. Le sujet en était les manœuvres capitalistiques de quelques entreprises et businessmen pour s’emparer des meilleures mines de cuivre du Katanga et des plus riches gisements diamantifères du Kasaï. Au prix de quelques libertés avec l’embargo sur les ventes d’armes dans la région des Grands Lacs et d’une corruption (très) active de l’entourage du président conformément à ce qui se pratique dans la région depuis l’indépendance (voir la version courte du papier ci-dessous).

On se fout du monde

Depuis, lorsque je lis des articles sur la situation politique au Congo, je suis surpris de n’y trouver que très rarement des références à l’influence économique. Or, c’est ce qui régit ce pays aux plantureuses ressources géologiques, la politique au sens occidental du terme n’étant rien d’autre qu’un rideau de fumée pour masquer des turpitudes indicibles.

Dans notre beau pays, le principe reste si les moyens changent. Il y a longtemps que le monde politique a abdiqué la souveraineté consentie par le peuple face à la toute-puissance de l’économie. Les élus ont perdu la main – et leur dignité – la première fois qu’ils ont cédé au chantage à l’emploi. Depuis, bien peu d’actions parlementaires et gouvernementales ne se décident sans l’aval des fédérations patronales, quand il ne s’agit pas d’accords conclus sous le manteau. N’est-ce pas, M. Chodiev ? Et ce n’est qu’un exemple.

Dans ce contexte circacien, la « crise » politicienne de cet été illustre de façon particulièrement aiguë cette surévaluation du rôle des élus du processus démocratique. Cette façon de décider de jeter aux orties, par un caprice de gosse gâté (ou frustré ?), le travail de plus d’une demi législature accompli par un gouvernement issu du suffrage universel est un pied de nez à la démocratie et au peuple souverain. Pour arriver à quoi ? À un nouveau gouvernement (peut-être) qui n’aura que 21 mois (dont 3 de vacances) pour tenter de constituer et de mettre en œuvre une politique différente. Impossible, évidemment. On se fout du monde. Et ce, à un moment où la confiance du peuple vis-à-vis des politiques est au plus bas. Délirant. Je ne me risque pas à frôler le point Godwin en évoquant les conséquences funestes d’un discrédit encore plus profond…

« Ils iront jusqu’au bout »

Et pourtant, cela donne du grain à moudre aux gazettes. Un feuilleton, certes de mauvais goût, livré gratuitement et qui permet de noircir du papier et de tirer du temps d’antenne, d’ouvrir des tribunes aux commentateurs et aux pythonisses de tout poil. Au détriment des nouvelles du monde autrement plus déprimantes mais sûrement plus utiles. Si au moins ça pouvait nous épargner les papiers sur les statistiques de la météo de l’été et ceux sur le remplissage des hôtels à la côte, mais vous verrez qu’à ceux-là on n’échappera pas non plus.

Pour conclure, sans rallier les rangs des ceux qui crient « tous pourris » aux politiques ou qui critiquent les médias et les journalistes (qui n’en peuvent mais), j’appelle les élus du peuple et ceux qui leur servent la soupe à quelque modération, au respect du citoyen et de l’électeur, sans même parler d’humilité ou de vision à long terme. Mais je suis pessimiste : le mal est fait, on ne voit pas l’ombre d’une amorce d’autocritique chez ces gens et il faut craindre que, comme le dit si bien François Ruffin, « ils iront jusqu’au bout ». Encore bravo, et merci.

 

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