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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Yves Kengen
Yves Kengen

Vous pouvez crever !

Le 08 juillet 2017

« Le Canard Enchaîné » (5/7) a le bon goût de revenir sur la mort, le mois dernier en Irak, de trois confrères (dont un fixeur) dans l’exercice de leur dangereuse mission (page 8). On y lit, stupéfaits, que ces martyrs, des free-lance, ont été envoyés à Mossoul à la hussarde, par une boîte de prod’ sous-traitante de l’émission « Envoyé spécial » de France 2, mais privés de toutes les mesures de sécurité préventives généralement offertes aux heureux salariés du service public : formation idoine, gilet pare-balle, kit de survie, balise GPS… Pour ne rien arranger, la production avait prévu 9 jours de tournage sur place, ce qui est énorme, et n’avait pas lésiné sur les superlatifs alléchants pour convaincre Envoyé Spécial de lui passer commande : ils allaient assister, et donc filmer comme à la parade, « l’offensive majeure de la Golden Division (les forces spéciales irakiennes) contre Daech, à Mossoul, peut-être la dernière bataille. Dans le collimateur, précise la production, 35 Français (…) Ils seront visés, exécutés. » Et d’ajouter : « Nous serons les seuls journalistes occidentaux avec les soldats de la Golden Division au moment de l’offensive. » On comprend mieux pourquoi.

La faute à personne

On ignore le sort réservé aux fameux « 35 Français », mais on connaît celui qui attendait le caméraman Stéphan Villeneuve, la journaliste Véronique Robert et leur fixeur Bakhtiyar Haddad. Certes, on peut penser – c’est mon cas mais qui suis-je pour juger – que Villeneuve, père de 3 jeunes enfants, avait peut-être mieux à faire que d’aller promener sa caméra sous les balles des fous furieux islamistes.

Qu’en pense-t-on à France 2 ? Ben, pas grand-chose. Sinon que l’expédition funeste n’était connue d’aucun des services compétents de la chaîne, validée par les seuls responsables d’Envoyé Spécial. Le rédac’chef, Jean-Pierre Canet, a été viré aussi sec et ce n’est sans doute pas fini ; mais ça ne rendra pas Villeneuve à sa femme et ses enfants ni Véronique Robert à sa famille et ses amis. Quant au fixeur, il s’en trouvera sûrement pour estimer que ça fait partie des risques du métier.

Moralité : il existe des tricards de la télé qui ne valent pas mieux que la chair à canon qu’utilisent les armées et des directeurs de chaîne dont le cynisme n’a rien à envier à celui des généraux de la grande muette. Ah oui, j’oubliais : on attend toujours une déclaration de la direction de la chaîne publique à propos de ce drame qui s’est produit… le 19 juin. Encore bravo, et merci.

Image: 

Véronique Robert, décédée à Mossoul au cours d'une pige mal préparée. Chair à rédaction?
Photo Radio-Canada

Commentaires

Portrait de Patrick Willemarck
Merci Yves.
Portrait de André Ballieu
On ne peut donc plus trop parler de '' risques du métier''! C' est désolant
Portrait de anonyme
Merci yves

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