semaine 13

La ferveur bouddhiste en Birmanie

Question d'optique par Jean-Frédéric Hanssens, le 15 février 2019

Ce qui saute aux yeux dès que l'on se rend dans les pagodes, temples, monastères et stupas qui sont omniprésents dans le pays, est l'engouement très prononcé de la population birmane pour le bouddhisme Theravada ou "Petit véhicule". Voici un petit rappel, en quelques lignes succinctes, des principales caractéristiques des trois courants du bouddhisme.

Ce dernier est pratiqué principalement en Asie du Sud-Est (Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge et Sri Lanka). Il est considéré comme plus conservateur et plus élitiste. L'accès à l'éveil nécessite généralement un engagement monacal. Cette école est la plus proche du bouddhisme primitif et l’idéal est l’Arahat, caractérisé par la sagesse. Le  Theravada  se tient davantage à l’écart du monde, il est plus contemplatif. Cette tradition valorise donc la vie car c'est seulement en suivant les règles strictes dictées par le Bouddha que l'homme peut espérer acquérir pleinement une discipline mentale libératrice.  Ainsi les moines de ce courant, les bhikkhus sont tenus de respecter 227 règles et les nonnes 311. L’adepte du Theravada ne peut compter que sur lui-même pour sa délivrance.
Le  Mahayana ou "Grand véhicule" qui touche principalement le Nord de l'Inde, la Chine, la Corée, le Japon et le Viêt Nam apparaît comme plus libéral et plus accessible aux laïcs et aux femmes. Dans ce courant le nombre de règles est variable. Dans le Zen par exemple, les moines ne sont tenus de respecter que 10 règles. Il semble plus engagé dans le monde, avec une plus forte dimension sociale. La foi y occupe aussi une place plus importante à cause de l’aspiration des masses populaires à une plus grande accessibilité, à une dimension plus humaine de la voie, et à un besoin de foi-dévotion, transformant en religion ce qui était au départ une discipline de l’esprit.
Pour Trịnh Đình Hỷ (Qu'est-ce que la foi dans le bouddhisme?) "L’enseignement du Mahayana est hétérogène, se différenciant en de multiples écoles, chacune s’appuyant sur un ou plusieurs sutra tardifs spécifiques. Elles vont de l’Ecole de la méditation, dépouillée, visant la réalisation à travers la vacuité, jusqu’à la Terre Pure, reposant sur la foi-dévotion en le Bouddha Amitabha et aspirant à la renaissance dans le monde de l’Extrême Félicité de l’Ouest (Sukhavati), en passant par le Vajrayana avec ses nombreux rites tantriques."
Enfin,  au Tibet et dans les pays voisins de l’Himalaya, en Mongolie, le bouddhisme est arrivé plus tardivement sous la forme du Vajrayana (Véhicule du Diamant, ou bouddhisme tantrique), qui fait partie du Mahayana. Il faut noter que partout où le bouddhisme s’est implanté, il est apparu un certain syncrétisme religieux dû à une adaptation aux traditions locales, tels le confucianisme et le taoïsme en Chine et au Viêt Nam, le shintoïsme au Japon, le bön au Tibet, en même temps que l’animisme dans beaucoup de pays.
Mais revenons-en au Theravada pratiqué en Birmanie. On y compte pas moins de 500.000 moines. Pour Trịnh Đình Hỷ qui s'est investi dans la recherche sur  " Qu'est-ce que la foi dans le bouddhisme" , dire qu’il n’y a pas de foi-dévotion dans le bouddhisme Theravada est quelque chose d’inexact. Il suffit de voir la ferveur populaire avec laquelle il est pratiqué pour être convaincu de l’importance du bouddhisme en tant que religion dans ces pays du Sud-Est Asiatique. Et nous avons pu le constater également dans ces pays. La foi en Dieu, en Bouddha ou en d’autres divinités apparaît lorsque, face à une situation désespérée, on a perdu toute confiance en soi-même.
L’homme peut être ou non une créature de Dieu, suivant que l’on y croit ou non, mais une chose est certaine : Dieu est une création de l’homme, tel qu’il se le représente dans son esprit. Dès lors, toutes les guerres de religion s’expliquent clairement : c’est parce que chacun défend l’image qu’il se fait de Dieu, que les hommes se battent entre eux. Si c’était vraiment pour Dieu, au-delà de toute représentation et de toute religion, ils devraient tous se reconnaître les uns les autres et s’aimer comme des frères... En fin de compte, qu’est-ce que la foi, sinon un phénomène neuro-psychologique universel, une thérapeutique efficace contre la souffrance et le désespoir ? Quels que soient son objet et son intensité, elle peut être utile, voire salutaire. Alors, « Fais ce que voudras », comme la devise de l’abbaye de Thélème. Que chacun croit à ce qui bon lui semble, si cela le rend heureux ! A condition, comme le met en garde le Bouddha, qu’il reste lucide, tolérant, et qu’il respecte la différence, c’est-à-dire la foi - ou l’absence de foi - des autres.

Vous découvrirez, ci-dessous, des photos d'une cérémonie de noviciat. Il est le passage du statut de laïc au statut de moine novice et l'entrée des jeunes Birmans au monastère pour quelques jours à plusieurs années. Tout homme doit effectuer deux retraites monastiques dans sa vie : une première entre l’âge de 10 et 20 ans comme moine novice et une seconde comme moine à part entière après 20 ans. Presque tous les garçons et de nombreuses filles prennent part avant leurs vingt ans à la cérémonie du noviciat.
Cette accession à l'état de moine bouddhiste n'est jamais définitif, on peut en partir à tout moment et aussi y revenir. Les jeunes bouddhistes débutent leur noviciat à l'issue du Shinbyu, cérémonie durant laquelle ils sont habillés et maquillés comme des princes pour symboliser l'abandon de son statut de prince par Bouddha. Par la suite, dans le temple ou le monastère du village les enfants se font raser la tête. Dès lors, ces jeunes novices n’auront pas de propriété, seront vêtus des habits bouddhistes, avec la tête nue, les pieds nus, et porteront un bol à la recherche des aumônes tous les matins.  Ces photos ont été prises à Bagan.
La semaine prochaine, je vous proposerai de déambuler dans ces lieux de vie et d'échanges qui rythment le quotidien de tous les Birmans, de Rangoon au plus petit village perdu où riches et pauvres se côtoient pour y trouver nourriture, jouets, ameublement...pour agrémenter la vie familiale. Je vous parle des marchés.  


Cérémonie du noviciat à Bagan. Photos © Jean-Frédéric Hanssens






Bagan, ancienne capitale du royaume birman du 11ème au 13ème siècle, compte plus de 2.000 pagodes sur 42km2


Bagan


Le site se prête à de nombreuses cérémonies et photos de mariage.


Un petit nettoyeur dans le monastère Sanatha's Yaunchi


La pagode Shwedagon à Rangoon (Yangon)


Sur le site de la pagode Shwedagon


Vue sur la plaine de Mandalay qui se dessine à l'horizon, depuis le monastère Shwenandaw.


Le monastère Shwenandaw.


Monywa, le second plus grand bouddha debout au monde. Il fait 116 mètres de haut, tandis que la staue du Temple de la Source de Henan en Chine culmine à 153 mètres.


Pagode Mahamuni et son bouddha déformé par les dizaines de milliers de feuilles d'or déposées quotidiennement par les pèlerins sur la statue. Ce geste devrait porter chance?


Apprendre à donner une aumone dès le plus jeune âge.


L'art de l'échafaudage en bambous pour repeindre en couleur dorée les monastères et stupas.


Les stupas blancs de la pagode Kuthodaw qui contiennent le plus grand livre du monde.


Le monastère Shenandaw Kyaung à Mandalay, entièrement ciselé dans le bois de teck.


Une image du sexisme dans le bouddhisme Theravada.


La grotte naturelle de Pindaya qui habrite 8.000 statues de bouddha. De quoi donner le tournis.


Une pagode située à Ava, capitale du royaume birman du 14ème au 19ème siècle.


Jeunes bouddhistes au travail au lac Inle.


Kakku, situé dans l'état Shan et ses 2.500 stupas dont les plus anciens datent du VIIème siècle. Les dizaines de milliers de clochettes suspendues aux sommets, participent à disséminer une ambiance de zénitude toute particulière.


Ambiance au couché du soleil à la pagode Sutaungpyei qui surplombe Mandalay


Lire par ailleurs: Bouddhisme et science par le Dr Trinh Dinh Hy

http://centrebouddhique.fr/quest-ce-que-le-bouddhisme-theravada/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme_mah%C4%81y%C4%81na

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme_vajray%C4%81na

https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2007/10/04/bouddhisme-les-trois-grandes-ecoles_962978_3216.html

  

photos: 

Cérémonie de noviciat à Bagan. Reportage photographique © Jean-Frédéric Hanssens

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Portrait de cecile gouzee
passionnant, sublimes photos

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