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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

La peste ou le choléra

Edito par Jean Rebuffat, le 28 avril 2017

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Graffiti sur un mur à Paris. Le débat est partout. Photo © Jean Rebuffat

Ainsi donc, le Front républicain n'existe plus, lui non plus. Déjà mis à mal sous Sarkozy, apôtre du ni-ni, mais appliqué avec une rigueur automatique par la gauche française classique, socialiste et communiste (ce qui a récemment évité aux Hauts de France de passer sous le contrôle du FN, au prix d'un hara-kiri), le voici attaqué par l'autre bout, dans des circonstances rappelées lundi et qui suscite en République un débat inattendu et dont une carte d'indigné se fait l'écho.

L'argument du refus de choisir entre la peste et le choléra est bien connu. Mais le danger des métaphores, c'est qu'en les prenant à la lettre, il y a de quoi réfléchir sous un angle inattendu.

«De 2010 à 2015, 3.248 cas de peste humaine ayant causé 584 décès ont été répertoriés à travers le monde», nous apprend Wikipédia, qui, pour le choléra, note qu'en 2015, «42 pays ont notifié un total cumulé de 172.454 cas, avec 1.304 décès». Le choléra est donc douze fois plus dangereux que la peste... En quoi choisir le moindre mal serait-il indigne? Pour en revenir à la situation française, il est clair que bien des électeurs de gauche ont préféré anticiper le second tour en abandonnant le candidat socialiste qui ne leur plaisait pas et en refusant d'adouber le candidat dit insoumis au bénéfice d'un Emmanuel Macron qui ne les enchante probablement pas énormément.

Déjà que le choix n'est pas égalitaire, on l'a vu, entre la peste et le choléra, mais en réalité, le choix défensif qu'est Macron est celui qui préserve le mieux l'avenir. Ceux qui à gauche penchent pour l'idée que Marine Le Pen va tellement être combattue à peine au pouvoir que le grand soir est pour après-demain me font penser aux communistes allemands de 1932 en Allemagne, pour qui l'adversaire était le parti socialiste... Ils déjeunent avec le diable sans même une longue cuiller.

Cela dit, le moindre mal, ce n'est pas un choix très emballant. Vous fait-il rêver? Mais remettre à demain n'est pas remettre à jamais. Le risque est trop grand. Faire table rase n'est pas scier les pieds de la table. Et puis regardons quand même la situation en face. Au bout du compte, Macron sera probablement président alors qu'on attendait Fillon, est-ce si terrible? La droite, elle aussi, s'est-elle évaporée? Elle s'est trompée de candidat, voilà tout, et penser qu'elle est morte est aller un peu vite en besogne. À droite comme à gauche, on a pu déjà choisir ou l'on pourra choisir de voter Macron en ayant à l'esprit les législatives qui vont suivre... Rappelons tout de même que l'Élysée n'exerce pas tous les pouvoirs et que c'est au palais Bourbon, à l'Assemblée nationale, qu'il réside vraiment en période de cohabitation.

Le choix de voter Macron et puis à gauche pourrait alors se montrer judicieux.

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