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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Qui Jupiter rend-il fou?

Edito par Jean Rebuffat, le 18 mai 2017

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Les grilles de l'Olympe sont bien gardées. Photo © Jean Rebuffat

Mais non, ce n'est ni le trône de Jupiter ni le siège d'Emmanuel Macron... Photo © Jean Rebuffat

Emmanuel Macron sera un président de la République française jupitérien. Qui l'affirme? Lui. Et que veut-il dire par là? Qu'il sera seul au sommet de l'Olympe, ferme et bienveillant comme le premier des dieux de la Grèce antique, non pas inaccessible, mais rare dans la confidence, tout à fait  l'inverse de son prédécesseur. Voyage parisien aux premiers jours de la Macronie.

Rue du Faubourg Saint-Honoré, face au 55, ce jeudi, jour du premier conseil des ministres de l'équipe Philippe. La vie continue. Face à l'Élysée, un camion décharge une précieuse cargaison d'oeuvres d'art à vendre aux enchères: Sotheby's est le voisin d'en face du chef d'En Marche. Les badauds commentent. Le sentiment général, qui ne vaut jamais que ce que vaut un micro-trottoir, c'est-à-dire moins qu'un sondage? Qu'il faut laisser sa chance au nouveau président. La mode du bashing est-elle passée? La composition du nouveau gouvernement n'a l'air de choquer personne mais de ravir les chalands. Enfin autre chose et qui ne soit pas une aventure! Le chef de l'équipe des livreurs lance cependant: "Bah, on finira par râler, évidemment... Même quand c'est bien, ce n'est jamais assez bien! La France est comme ça!...". Il y en a qui râlent déjà: les confrères qui ont été aimablement priés de débarrasser la cour d'honneur. Le premier point presse a montré ce que sera la com: verrouillée. Le porte-parole, Christophe Castaner, à part quelques liaisons dangereuses au niveau de la langue française, n'a dit que ce qu'il devait dire comme il devait le dire, c'est-à-dire peu. On a distribué les feuilles de route et le président ne veut voir qu'une seule tête parmi ses ministres. Gauche, droite, centre et société civile sont nos prénoms, Jupiter est notre nom de famille. Et à part ça? La photo de famille, prétexte de la prière d'aller attendre de l'autre côté des grilles, n'a même pas eu lieu sur le perron: il a plu au mauvais moment. Personne n'avait d'imper et Nicolas Hulot, même pas une cravate, on est écolo ou on ne l'est pas. On doit le répéter? Gauche, droite, vert, rouge, rose ou bleu, tous en rang! Tous différents mais tous semblables. C'est un grand écart impossible? Cela ne va jamais tenir? On verra. En attendant ce qu'il faut noter, c'est que l'aile droite du gouvernement a vu l'économie lui être dévolue, ce sera du libéralisme. Mais l'aile gauche a le social, ce sera du socialisme aussi - bref, du social-libéralisme. En gros, ce qui est déjà en train de fonctionner. Car l'inversion de la courbe du chômage, celle annoncée tant de fois pour demain à grands coups de trompe par François Hollande, et qui conditionnait sa candidature, elle semble enfin là.

Jupiter a bénéficié d'un alignement des planètes inattendu et inédit et cela a l'air de continuer. Les trois traîtres de droite qui sont aux responsabilités sont-ils des prises individuelles ou des précurseurs? La droite classique enrage et s'affole. Normal: Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre. Le calcul, vu du haut de l'Olympe, est simple: les restes socialistes seront faciles à gérer, les insoumis sans même les communistes et les populistes en costume bleu marine se compteront sur les doigts (peut-être aussi sur les orteils), le seul rival, c'est la droite classique, la seule qui est capable de faire élire des députés par centaines. Il faut arriver devant elle. Alors, elle se scindera  définitivement et ce qu'Emmanuel Macron vise, c'est un pouvoir gaullien, ni plus ni moins. Il doit déjà penser que trois mandats de cinq ans lui permettraient de battre le record de longévité de François Mitterrand, deux septennats. On n'a plus vu ça depuis la famille Bonaparte.

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