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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Donald s’en va-t-en guerre…

Edito par Gabrielle Lefèvre

Manifestation anti-Trump dans les rues de Bruxelles le 24 mai 2017. Photo © Gabrielle Lefèvre

Il a la stature et les mimiques de ces généraux d’opérettes, costumes multicolores et épaulettes dorées en moins. Il arbore sa morgue et son smartphone comme armes de guerres médiatiques, commerciales et même militaires. Donald Trump serait risible – comme ces va-t-en guerre dessinés par Hergé et Franquin – s’il n’y avait la tragique réalité de la marche d’un monde dominé par l’implacable logique du plus fort. Ces derniers jours, nous avons été servis en sinistres parades guerrières.  

Le président des États-Unis a siphonné 380 milliards de dollars à l’Arabie Saoudite, dont 110 milliards en contrats militaires, la plupart ayant un effet immédiat. Bien joué: il fait payer l’Arabie Saoudite pour assurer de juteux contrats à son industrie de l’armement, soulager sa facture de présence armée au Moyen-Orient, la sécurité des intérêts américains et la lutte contre le «terrorisme» étant confiée en partie à l’ami saoudien… très performant si l’on en juge par les massacres commis en toute impunité au Yémen. Ce même «ami» saoudien qui a aidé et financé les pires terroristes de la région: Al-Quaida, d’abord, Daesh ensuite. Et qui a diffusé sa vision ultra-radicale de l’islam dans nos pays. Les milliards de dollars font taire les consciences. Ainsi, l’Arabie Saoudite reconvertit son industrie pétrolière déclinante, non pas en développement agricole, en énergie solaire, éolienne ou autres nouvelles technologies qui constitueraient un vrai progrès pour l’humanité. Non: la guerre est plus rentable pour les rois, les princes, les présidents et les marchands qui les servent et les influencent.  

L’ennemi est tout trouvé: l’Iran. Donald Trump ne fait que suivre la politique de ses prédécesseurs Bush père et fils: déstabiliser l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan et maintenant l’Iran. Pour la Libye, la Grande-Bretagne et la France s’en sont chargées, ainsi que le récent attentat de Manchester le rappelle. Et le «terrorisme» suscité par ces agressions n’a fait que croître, justifiant à posteriori l’investissement militaire et cette autre guerre économique: les projets de développement pétroliers mondiaux. Et ce, malgré le fait que de nombreux Etats, y compris américains, ont bien  compris que la fin des énergies fossiles a sonné et qu’il fallait se reconvertir dans les énergies «propres».

Derrière Trump, il y a les gouvernements israéliens, les grands fabricants d’armes, les experts en technologies de la «sécurité» de ce pays qui, depuis 50 ans, occupent, exploitent et répriment les territoires palestiniens. En toute illégalité et surtout, en toute impunité grâce à la protection des États-Unis. Le dernier geste de l’ancien président Obama n’a-t-il pas été une aide militaire exceptionnelle de 38 milliards de dollars (sur six ans) au gouvernement Netanyahu, que pourtant, il exécrait? De 2001 à 2007, par exemple, Israël a reçu pour plus de 19,5 milliards de dollars d’aide militaire des États-Unis. Or c’est bien la répression de Palestiniens par Israël qui est une des causes premières des révoltes de populations arabes et musulmanes contre les injustices de l’ordre mondial.

Pour ne pas affronter cette responsabilité, il est plus simple de désigner l’ennemi n°1, l’Iran. La visite de Donald Trump en Israël et en Palestine n’a servi qu’à conforter le rôle d’Israël dans cette partie du monde, sans exiger de lui la moindre obligation de reconnaissance d’un État palestinien viable tel que demandé par les Nations Unies depuis des décennies. L’important pour les intérêts américains et les marchands d’armes étant que l’Arabie Saoudite n’inquiète plus Israël, se concentre sur l’ennemi héréditaire et chiite qu’est l’Iran, et, de plus, paye pour cela!

La diplomatie guerrière de Trump fut la même à Bruxelles lors de l’inauguration en grandes pompes du nouveau siège de l’OTAN: faire payer les Européens pour la sécurité généreusement assurée par les armes américaines. Une insulte à l’Europe prix Nobel de la Paix. Un poids financier inacceptable pour nos Etats et leurs politiques sociales. Une aubaine pour nos vendeurs d’armes et les États de l’est européen qui n’ont que la Russie en ligne de mire.

À cela, des milliers d’Européens s’opposent. Les mouvements pacifistes renaissent, teintés de vert pour la défense climatique honnie par Trump, avec une touche de rose pour le combat des femmes pour leur dignité violée par ce président machiste et surtout par ces militaires qui dans le monde entier font du viol une arme de guerre, ajoutons le rouge des défenseurs des libertés bolivariennes en Amérique latine et celui des socialistes européens qui rêvent encore de solidarité et de coopération.

L’Europe devra démontrer qu’elle est plus qu’une marionnette ridiculisée par un businessman - président US.

 http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/05/23/l-industrie-militaire-americaine-comblee-par-le-voyage-de-donald-trump-en-arabie-saoudite_5132243_3234.html

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2016/09/14/97002-20160914FILWWW00378-les-usa-octroient-38-milliards-d-aide-militaire-a-israel.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_militaires_entre_les_%C3%89tats-Unis_et_Isra%C3%ABl

 

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