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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Pris en otage par ceux qui foutent le bordel

Edito par Jean Rebuffat, le 13 octobre 2017

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C'est entre l'Ostrogoth et l'otarie que l'on trouve l'otage, pas dans sa X5. Je ne sais pas quel âge avait le petit Larousse quand il a écrit son dictionnaire, mais les puissants de la planète feraient mieux de le prendre au sérieux. Photo © J. Rebuffat

Comment diantre faire comprendre aux puissants de ce monde que les mots ont leur importance? Mardi, il y avait grève en France et en Belgique. Et bien entendu l'inévitable «les travailleurs et les usagers ont été pris en otage» a fleuri sur toutes les lèvres distinguées, à commencer par celles du Premier ministre belge. Quant au président catalan, lui, il vient d'inventer l'indépendance à effet retard. Comment voulez-vous que le bon peuple s'y retrouve? Quant au président de la République française, il aime les expressions fortes comme foutre le bordel. Comment voulez-vous que nos enfants soient bien élevés?

C'est anecdotique, dira-t-on. On peut faire la différence entre le célèbre «casse-toi pauv'con» sarkozien et les foucades du juvénile président en ce sens que le premier était une attaque personnelle alors que le second se contente, au fond, d'emprunter le vocabulaire spontané du chaland qui passe mais ne vise spécifiquement aucun individu. Cela a un petit côté vulgaire mais tant pis: c'est de l'arrogance plus que de l'agressivité. Face à une sinistrée de Saint-Martin, très énervée, le même Emmanuel Macron avait été plus subtil. Il lui répondait avec patience et elle a fini par lui lancer: «Je peux être une chieuse, vous savez!», ce à quoi il répondit: «J'avais cru pouvoir le remarquer» avec son sourire désarmant et bleuté.

Pourquoi les politiques ont-ils tant de mal à trouver les mots justes? Quand ils ne font pas usage de langue de bois, ils glissent dans la vulgarité ou l'excès. C'est bien simple: on dirait des journalistes sportifs à qui ces hyperboles guerrières étaient jadis réservées. Car non, M. Charles Michel, personne n'a été pris en otage par la grève de mardi; savez-vous ce que c'est qu'une prise d'otage? Quand vous devrez en commenter une, probablement à chaud, cela s'est déjà vu, quels mots vous viendront à la bouche?

Ces exagérations sont stupidement polémiques et ne visent qu'à dramatiser à outrance. Le jugement de tout un chacun finit par en être embrumé. Les autorités bruxelloises ont fait fermer le viaduc Hermann-Debroux au nom du principe de précaution? Eh bien, une fois de plus, les automobilistes auront été pris en otage par l'incurie de ces autorités. Ah, dites-moi, qu'y a-t-il de plus pacifique qu'un navetteur venu seul du Brabant wallon et dont le moteur diesel (les contrôles sont-ils fiables?) tue lentement? Réponse: quelques dizaines de milliers de navetteurs qui font semblant de déplorer les cadences et les grèves des transports publics. Clair, ça: pour ne pas être pris en otage, il vaut mieux prendre sa X5. On risque juste le carjacking.

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