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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Répéter ni dieu ni maître

Edito par Jean Rebuffat, le 17 novembre 2017

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Capture d'écran du site www.lesoir.be, qui décrypte l'événement... lequel est qualifié d'émeute. L'inflation du vocabulaire est en soi déjà révélatrice alors que le journal est plutôt critique vis-à-vis de la démesure des réactions flamandes et fédérales.

Quelle attitude adopter envers une religion, quelle qu'elle soit, mais a fortiori lorsqu'elle est ressentie comme une menace? C'est un vieux problème qui a resurgi depuis quelques jours dans l'actualité, tant en Belgique qu'en France, avec les incidents de Bruxelles et la polémique autour d'Edwy Plenel et de Charlie Hebdo. Dans les deux pays, on croyait pourtant la question révolue avec la neutralité de l'État ou la laïcité comme valeur clef républicaine. Or d'évidence elle ne l'est pas.

Il y a dans l'islamophobie de principe quelque chose d'intolérant qui a eu des précédents dans l'Histoire: postuler a priori que le tenant d'une religion dont on n'est pas se trouve dans l'erreur et qu'il est donc une menace intrinsèque. À ce sentiment s'ajoutent bien sûr d'autres considérations. L'Histoire s'accommode mal des monismes et même des horreurs comme la saint Barthélémy contiennent des arrière-pensées politiques. Qu'un rassemblement de fans d'un youtubeur de la banlieue parisienne place de la Monnaie à Bruxelles puisse carrément aboutir à une demande de mise sous tutelle de la ville de Bruxelles nous le rappelle sur un plan certes moins dramatique mais qui n'a rien d'anecdotique: la Flandre n'a jamais admis en son for intérieur que Bruxelles puisse être une région à part entière et cherche très souvent à rogner son autonomie. Ajoutons à cette stratégie l'idéologie de droite bien connue avec ce slogan terrible, tolérance zéro: nous voyons bien qu'effets et causes se compliquent et s'enchevêtrent.

Tolérance zéro, c'est en effet, comme son nom l'indique clairement, une attitude intolérante par essence. On réprime d'abord et on réfléchit ensuite. Bref d'abord la castagne et puis l'analyse: c'est faire comme ceux si vite désignés par les termes racaille et voyous. Entendons-nous: pour autant, cela ne veut pas dire démissionner. Le maintien de l'ordre est une nécessité sociale et la garantie de l'expression possible de nos libertés. Et c'est là tout le fond pratique du problème théorique dont nous parlons depuis le début: comment faire pour maintenir et l'ordre et nos libertés?

Or là l'angélisme et l'invective sont omniprésents. Je comprends la tentation de soutenir les minorités malmenées, par exemple les jeunes des quartiers, dont il se fait que la plupart sont musulmans, parce qu'ils ont moins de chance que les autres. Un effort de compréhension et même d'indulgence est louable. Mais de là à tout pardonner ou à ménager jusqu'à se renier soi-même... La gauche, si ouverte aux valeurs d'égalité et de fraternité, se déchire sur ce point, comme en témoigne la polémique entre Plenel et Riss par médias interposés (à commencer par ceux qu'ils dirigent). L'incantatoire «pas d'amalgame!» ne peut tout de même pas nous faire oublier qu'en effet, il y a un problème socio-économique et un problème idéologique à résoudre et à combattre. On a le droit d'affirmer qu'une religion est néfaste par nature, par exemple, parce qu'elle finit toujours par vouloir imposer un contrôle social et moral non seulement à ses adeptes mais encore à contraindre ceux (et surtout celles) qui veulent s'en éloigner... ou pire, à toutes et à tous. Dans cette optique, penser que résoudre les problèmes socio-économiques résoudra d'office la problématique idéologique, c'est rêver en couleur. Bien sûr, il faut le faire, c'est une question de justice et d'équité. Mais Louis XIV n'avait pas vraiment de problèmes de fin de mois et on peut voir en lui l'incarnation d'un totalitarisme religieux. La religion est aussi un outil de pouvoir temporel et de contrôle social, pourquoi voudrait-on que les puissants s'en passent?

Réaffirmer bien haut et bien fort que l'on ne veut ni dieu ni maître restera encore longtemps d'actualité...

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