semaine 50

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Roch est parti réparer la clim

Edito par Jean Rebuffat

Macron Lagaffe (Saisie d'écran)

Les exigences de la politique sont décidément contradictoires. Quand on use de la langue de bois, c'est un désastre au niveau de l'opinion publique. Mais la classe politico-médiatique n'aime pas qu'on l'abandonne trop. En témoigne la grave question qui a secoué la République française : Emmanuel Macron a-t-il humilié le président burkinabé ?
L'apparence prend le pas sur la réflexion. Qu’a dit en substance le jeune dirigeant ? Que la colonisation avait été une honte. Que les temps changeaient. Et que la démocratie ne devait pas, en Afrique, être exportée depuis l’Europe, mais venir d’elle-même. En fait, on pourrait faire un parallèle avec la situation postcoloniale et celle des femmes occidentales aujourd’hui. L’égalité comme la démocratie, ça se conquiert aussi. Pour que l’Afrique émerge, il est important que les Africains eux-mêmes sortent de l’ambiguïté d’une position de demandeurs qui est une position de faiblesse. En témoigne justement l’incident dont on parle. La clim est tombée en panne, occasion de parler des difficultés techniques que le Burkina Faso doit affronter avec des moyens financiers limités. Puis le président Kaboré s’est éclipsé et Emmanuel Macron a lancé une plaisanterie : « Il est parti réparer la clim ! ». En réalité, il était parti pour une urgence physiologique (qui nous rappelle notre commune destinée animale…) et s’il fut ou non vexé par la vanne du président français, il n’en montra rien.
Ce qui est étonnant, tout de même, c’est que c’est de cela dont les médias parlent surtout. Il y a toujours un décalage entre la bienséance et la spontanéité. À l’heure où tout le monde dit tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux (jusqu’au président des États-Unis), il est tout de même paradoxal d’exiger un maintien amidonné des puissants de ce monde. Emmanuel Macron a-t-il le droit de tutoyer Roch Kaboré ? Il le fait bien avec Justin Trudeau. Oui, rétorque-t-on gravement, mais ils sont de la même génération.
Je te rassure, ami lecteur : même si tu as vingt ans, tu peux me dire tu. Et sur la lancée, réfléchir avec moi sur le fait que le respect, le vrai, naît plus du sentiment d’égalité que de la conformité aux critères de la bienséance.

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