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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Mort, où est ta victoire?

Edito par Jean Rebuffat, le 22 décembre 2017

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La Catalogne et l'Espagne s'entre- et s'auto-déchirent. Capture d'écran du site rts.ch.

Qui a gagné les élections en Catalogne? On ne sait, mais personne n'ignore qui les a perdues: Mariano Rajoy. Un nouveau faux dialogue de vrais sourds s'engage et le pire n'est pas à exclure: l'irruption de la violence.

Il est assez piquant de constater que les adversaires des indépendantistes catalans leur enjoignent en général de respecter la constitution et les lois mais que lorsque les résultats électoraux leur sont décevants, ils critiquent le système électoral... Ce petit fait est exemplaire de ce qui se passe et ne présage rien de bon. Car avec 47,5% des voix, certes, les indépendantistes n'ont pas rassemblé derrière eux une moitié des électeurs catalans, mais ont obtenu 70 des 135 sièges, le parti du président sortant, Carles Puigdemont, en comptant 34, soit deux de plus que le parti du vice-président embastillé, mais trois de moins que Ciutadans, version catalanisée de Ciudados mais opposée à l'indépendance et dont l'emblème mêle trois drapeaux, le catalan, l'espagnol et l'européen.

La Catalogne n'est pas coupée en deux que dans ce sens-là: la fracture gauche-droite existe également au sein de chacun des deux camps. La seule chose claire est que le parti du Premier ministre espagnol, le PP, a fondu et ne dispose plus que de trois malheureux sièges à la Generalitat. De tous côtés, naturellement, on lance des appels au dialogue. La chose paraît urgente mais Mariano Rajoy joue à présent la montre et fait mine de dire qu'en toute bonne logique démocratique, c'est Inés Arrimadas avec qui il devrait discuter.

Si l'on ajoute que huit des députés indépendantistes élus sont en prison ou en Belgique, on se doute qu'il ne sera pas simple de constituer un gouvernement... Il reste cependant des atouts. Du côté des indépendantistes, le petit parti d'extrême gauche a perdu six de ses dix députés. Or il est d'une intransigeance anti-madrilène frôlant l'absolu. Ce qui veut dire qu'il y a 66 députés qui sont plus ou moins prêts à dialoguer. Ce n'est pas la majorité, mais l'arbitre en l'espèce c'est le parti de la maire de Barcelone, Ada Colau, huit sièges, qui n'est certes pas pour l'indépendance catalane mais qui demande, pour vider le problème, ce qui semble en définitive la seule solution sensée: un référendum clair et légal sur l'indépendance.

La solution du bon sens, peu en veulent et comme tous crient victoire, sauf le PP, qui la joue mauvaise perdante, peut-on leur rappeler la Bible: mort, où est ta victoire?

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